Au pied des Dentelles de Montmirail

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J’ai parcouru les Dentelles de Montmirail de villages en domaines, de forêts en plants de vigne. Ce nom qui ricoche entre soie voluptueuse et nature rocailleuse décrit bien cette région du Vaucluse en Provence.

Quand les bourgeons poussent sous l’écorce et que fleurissent les cerisiers, quand les vignes s’illuminent de camaïeux rougeoyants, vous connaîtrez l’intimité de cette région en toute solitude. Mais si vous aimez être emporté par la foule, la chaleur et les fêtes des vins, parcourir les routes, accompagnés par le chant des cigales, l’été sera votre saison.

Il est maintenant temps d’aller dans ces Dentelles de Montmirail ! Je vous y emmène par l’ouest, par Séguret, le village <de santons>. Comme dans tous les villages aux ruelles caladées, on se déchausse avant d’entrer, enfin, on laisse sa voiture ; prenez le temps, sinon, à quoi bon ? Peintres, sculpteurs, plasticiens, artisans y ont élu domicile. Nous sommes dans la pure tradition provençale :

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Derrière les murs crépis ou de pierres sèches se cachent quelques maisons cossues dont les portes travaillées s’ouvrent parfois  lors d’un repas entre amis, pour déguster un rosé frais devant un soleil flamboyant dans le silence d’une soirée d’été, face à la plaine viticole et aux Cévennes .

De Séguret, glissez à Gigondas, qui a su de distinguer par la culture. En parcourant les ruelles, il faut de bonnes jambes, vous croiserez les ombres de métal des sculptures présentes toute l’année. Là aussi, vous profiterez du couchant avant d’assister aux soirées lyriques dans l’écrin du théâtre de verdure, quand les pierres commencent à se délester de la chaleur de jour. Rien de tel qu’un peu de musique pour adoucir une nuit d’été….

Tous les vins rhodaniens

Vacqueyras, plus discret, a su garder son identité de village viticole. Seule la grande fête populaire du 14 juillet met le village en effervescence, car c’est l’occasion unique de déguster en un seul lieu tous les vins de la vallée du Rhône. Sous un soleil ardent, le repas de 800 personnes, durant lequel le vin coule à volonté, finit en chansons, et les serviettes tournent autant que les têtes. Beaumes-de-Venise est un gros bourg presque endormi. heureusement, son muscat renommé nous rappelle à lui. Si vous souhaitez le déguster, de grâce, évitez les premiers prix, trop doux et sucrés ; testez les cuvées supérieures, plus fines et goûteuses. Nous vous inquiétez pas du regard des joueurs de pétanque qui vous suit sur la place, ils pensent qu’elle leur appartient, mais ils ne sont pas méchants…

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Les routes et les pistes qui sillonnent les Dentelles sont nombreuses. Je vous invite à partir de Beaumes en direction de Lafare. Dans les années 1980, quelques « néo » occupaient alors les maisons délaissées, on pouvait voir de jeunes couples en habits colorés vivre de peu ou de rien. Quelque uns sont restés et ont fondé une nouvelle vie, liée à la nature. Aujourd’hui, un bistrot de Pays est l’étape indispensable : on y mange, ont y boit un café, on fait le plein de produits locaux, on y blague, on y prend des nouvelles du pays. On vous y indiquera la direction de la cascade Saint-Christophe :

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Attention, c’est assez sportif, mais belle récompense en haut …

Une croix contre le mistral

En direction de Suzette, les falaises se dressent au-dessus de la route, les vallées s’ouvrent et se ferment au gré des virages ; des mas isolés rappellent une vie oléicole et viticole. Chacun peut donner libre cours à ses envies : les parois rocheuses appellent le grimpeur, les chemins, le randonneur, et les caveaux, le dégustateur. La nature est intacte, pas de nuisances, on est loin de tout ! Le village s’ouvre sur les Dentelles, le Ventoux, la vallée, tout est à votre portée, vous n’avez qu’à vous laisser bercer par les couleurs du jour. À Suzette, demandez comment vous rendre à Saint-Amand. Sur la crête, laissez passer le temps, c’est lui qui se charge de faire bouger le décor, de jouer avec les ombres et les lumières. Et si le mistral s’invite, calez-vous au pied de la croix, vous ne le sentirez plus :

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Le dernier village n’est qu’un pâté de maisons autour de l’église, au pied d’un rocher, dans un virage : La Roque-Alric, une cinquantaine d’âmes y vit.

La sérénité des moines

En redescendant, allez au Barroux, grimpez à pied au château que vous aurez vu de loin avec sa tour crénelée, qui lui aussi vous plonge hors du temps. Si maître mistral est présent, il offre une des plus belles lumières du sud de la France. D’en haut, laissez votre esprit tourner avec les corolles de tuiles blondes, les ruelles en calades qui serpentent vers les vignes et les forêts de pins. Ce sont toutes les senteurs du sud, celle du vieux figuier enlacé avec les pierres, et dont on sait que l’union donnera un goût au fruit dont le jus coulera pour le plus grand bonheur de nos papilles.

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L’image des moines est là, aérienne et paisible. Ces derniers ont construit, dans les années 1980, un monument sobre, de style roman, en pleine nature au pied du mont Ventoux, à deux pas des dentelles. Allez voir cet immense paquebot de silence posé sur sa colline, même si vous n’êtes pas concerné par la religion. C’est splendide, intemporel, magique, et le cadre, exceptionnel. Pour ceux qui le souhaitent, les moines proposent des retraites….

Qualité et culture raisonnée

Les Dentelles de Montmirail se prêtent à d’admirables randonnées. Certaines vous mèneront vers les thermes de Montmirail , aujourd’hui fermés. Peut-être entendrez-vous au milieu des ruines, dans l’écho du passé, les voix de Sarah Bernhardt et les rimes de Frédéric Mistral. On doit saluer les anciens pour avoir su se reconvertir. L’eau des thermes était réputée pour la santé ; faute de fréquentation, ils ont su la transformer en vin…..

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Depuis les cinquante dernières années, lassés de traiter et de ≈faire pisser la vigne≈ comme ils disent, les vignerons ont fait évoluer la production vers la qualité et la culture raisonnée. À Gigondas, 15 domaines proposent des vins en culture biologique. Les vins du «nouveau monde» comme on les appelait il y a vingt ans ont d’abord fait sourire, puis fait peur. Les vins de Vacqueyras et de Gigondas étaient complexes, charpentés, plutôt faits pour la garde, à l’opposé des monocépages fruités venus d’ailleurs, à boire sans attendre. La nouvelle génération de vignerons a dépoussiéré l’histoire en gardant les acquis. On y produit des vins à boire plus rapidement, mais toujours de qualité.

Le nom des Dentelles vient de la finesse des parois rocheuses qui s’érigent vers le ciel, et Montmirail, Mons mirabilis, porte bien son nom de mont admirable.

Une dernière chose :   Un petit concert dans les Oliviers…..

 

 

 

 

 

 

FLORENCE NIGHTINGALE, pour l’amour de soigner

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Riche, ravissante et cultivée, elle a tout sacrifié à sa vocation d’infirmière. Première femme décorée de l’ordre du Mérite, elle reste, plus d’un siècle après sa disparition, l’incarnation de l’altruisme.

Constantinople, 5 novembre 1854, minuit. Dans les corridors glacés de l’hôpital Barrack, une silhouette escortée d’une lanterne évolue lentement entre les paillasses. Ses yeux verts scrutent l’obscurité d’où s’élèvent les gémissements des soldats britanniques entassés dans des salles infestées de rats. Durant des heures, elle masse les jambes de l’un, caresse le front d’un autre. À l’oreille d’un agonisant, elle distille une ultime tendresse : «Je suis là. Prends mon amour. Il est immense. Il est celui d’un mère pour son enfant. Prends mon amour…» Les blessés,  épuisés, la regardent incrédules. Est-ce une apparition ?

Cette bienfaitrice qu’ils surnommeront «la dame à la lampe» qui est-elle ?  Qu’est-ce qui a bien pu  pousser une aussi gracieuse jeune femme à venir soigner les damnés de la guerre de Crimée, ici, dans le triste quartier de Scurati ? Il y a de quoi être déconcerté : elle ne ressemble pas aux souillons avinées qui travaillent d’ordinaire dans les hôpitaux. Et pour cause, elle appartient à la grande bourgeoiserie anglaise et a bravé tous les interdits pour vivre sa vocation d’infirmière.

À 34 ans, Florence Nightingale s’apprête à entrer dans l’histoire en donnant des lettres de noblesse à une profession balbutiante, mais aussi en réformant les règles de l’hygiène hospitalière. Missionnée par le ministre de la Guerre, elle a débarqué la veille dans le détroit du Bosphore à la tête d’un groupe de trente-huit femmes déterminées, comme elle, à soulager les souffrances des soldats. Sur place, elle découvre un chaos inimaginable qu’elle entreprend de combattre avec un sens de l’organisation hors norme. Constamment révoltée, elle se met souvent en colère mais rien ne la décourage : ni l’épidémie de choléra qui tue plus que les blessures, ni les hurlements des malheureux opérés sans anesthésie, ni l’hostilité de médecin misogynes, ni l’absence de règles élémentaires de propreté, ni les entraves de la bureaucratie.

À la tête de son équipe, elle assainit les latrines, lave les draps, récure les sols, impose des bandages propres, s’empare des denrées bloquées dans les entrepôts des douanes, instaure des règles de cuisson des aliments….Et plus que tout, elle exige le respect de la dignité humaines des patients. Elle réprimande les docteurs pour leur brutalité verbale et elle passe ses nuits au chevet des mourants. Les résultats ne se font pas attendre : le taux de mortalité baisse, les hommes reprennent courage et la réputation du «rossignol» (nightingale en anglais !) arrive jusqu’en Angleterre, où la reine Victoria en personne l’érige en héroïne nationale.

Elle ne cherche pas les honneurs, mais fait l’objet d’un culte, malgré elle.

À la fin du conflit, en mars 1856, à Istanbul comme au Royaume-Uni, elle fait l’objet d’un culte. Des vignettes et médailles à son effigie s’arrachent comme des talismans. Le 27 juillet 1856, une fois le dernier blessé embarqué pour la mère patrie, elle consent enfin à rentrer. Mais pour éviter l’accueil triomphal qui l’attend, elle prend un pseudonyme et revient incognito ! Elle ne cherchera jamais les honneurs, mais surtout elle mesure alors l’ampleur de la tâche qui l’attend pour faire triompher ses idées.

Fidèle à cet engagement, elle va y consacrer le reste de son existence et obtenir de formidables avancées. Auteure de nombreux ouvrages, elle va ouvrir la première école d’infirmières, en 1860, et ses conseils seront sollicités en Europe comme en Amérique. Mais elle n’aurait jamais accompli son destin de pionnière si elle n’avait gagné une bataille qui semblait pourtant perdue d’avance : Défier ses parents, la bonne société et la morale pour sortir de sa cage dorée et prendre son envol.

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Florence, Italie

Miss Nightingale naît le 12 mai 1820, en Italie, à Florence… d’où son prénom ! Ses parents, de riches bourgeois progressistes, passent leurs premières années de mariage à voyager en Europe. L’année précédente, son unique sœur est née à Naples dans le quartier de Parthenope, nom qui devient le sien. Audacieux dans le choix des prénoms de leur progéniture, les Nightingale le sont aussi dans leur goût pour le savoir et les idées neuves. Anglicans érudits, il donnent une solide éducation à leurs filles et les encouragent à l’empathie sociale. Ils vont être entendus au-delà de leurs espérances ! Parthenope Résultat de recherche d'images pour "Parthenope nightingale" s’intéresse à la condition paysanne qui lui inspirera deux romans et plusieurs essais sociologiques, mais elle ne transgresse pas les codes de sa classe et épouse un lord. Rien à voir avec «Flo» qui, très tôt manifeste un tempérament exalté. À 6 ans, souvent occupée à tenter de guérir les animaux blessés qu’elle recueille, elle fait déjà le serment de consacrer sa vie aux plus faibles. Ce trait de caractère typiquement enfantin devient une véritable obsession avec l’âge.

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En 1837, à 17 ans, une épidémie de grippe décime l’Angleterre et elle prend en charge les soins très exigeants de tout son entourage. C’est une révélation. Elle écrit alors dans son journal ! «Dieu m’a parlé et m’a appelée à son service».  Bien décidée à répondre à cet «appel», elle n’envisage cependant pas de rentrer dans les ordres et elle se heurte à l’opposition de ses parents. À l’époque , en dehors des religieuses, les infirmières sont au mieux des femmes de charge et au pire des prostituées. Les gens fortunés se font soigner chez eux, seuls les pauvres vont à l’hôpital où tout est scandaleux : la crasse, la promiscuité des corps, la compagnie des hommes. Le projet de Flo est tout bonnement délirant !

Espérant calmer ses ardeurs, son père entreprend de lui enseigner les mathématiques, n’imaginant pas qu’elle utilisera plus tard les statistiques pour prouver l’efficacité de ses méthodes. Pour l’heure, elle voyage en famille à travers l’Europe et saisit chaque occasion de s’instruire sur la médecine, notamment en questionnant les docteurs qu’elle rencontre, en lisant les publications disponibles ou en visitant les infirmeries des couvents.

Malgré tout, elle s’étiole et fait plusieurs dépressions graves. La vie mondaine l’ennuie, les fastes de l’aristocratie lui semblent indécents et les flirts ne l’inspirent pas. Ravissante et cultivée, elle est pourtant très sollicitée. Un seul homme la troublera vraiment : en 1845, Richard Monckton Milnes, un séduisant avocat, la demande en mariage. Elle temporise pendant six ans avant de refuser. Le célibat semble garantir sa pugnacité : elle ne se mariera pas, mais elle gardera toute sa vie une lettre de Richard dans un portefeuille qui ne la quitte jamais.

Le goût pour l’écriture et la pédagogie occupent ses dernières années.

À 25 ans, Miss Nightingale, féministe avant l’heure, aspire à un accomplissement personnel et enrage que sa condition de femme la limite autant. Sa rencontre avec Sidney Herbert Résultat de recherche d'images pour "Sidney Herbert", homme politique libéral et futur ministre de la Guerre, va la sortir de l’impasse. Grâce à leur amitié et leur profonde convergence idéologique, elle va développer un projet d’école et affûter ses arguments sur les vertus de l’hygiène. Sidney lui ouvre des portes et amadoue ses parents : ils la laissent diriger des établissements de soins où son sens de l’organisation fait merveille. Elle mène des réformes avec fermeté, mais non sans humour : « Il peut sembler un principe étrange à énoncer que la toute première exigence à l’hôpital est de ne faire aucun mal aux malades !».

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Constantinople

Lorsque la guerre de Crimée éclate, elle a acquis une solide expérience et se sent prête à sortir du confort de son bureau d’intendante pour éprouver ses théories sur un champ de bataille, au plus près de la souffrance. Sidney, nommé ministre de la Guerre en 1852, lui propose une mission dans l’hôpital militaire de Scutari, à Constantinople. Cette fois les parents de Florence cèdent : Leur patriotisme et le parcours déjà exemplaire de leur fille balaient leurs dernières réticences. En quelques semaines, elle est prête. Plus rien ne pourra l’arrêter.

À son retour, en 1856, sa santé altérée par une fièvre hémorragique dont elle ne se remettra jamais complètement l’oblige à garder la chambre plusieurs mois. Peu à peu, elle s’installe dans une vie recluse dans son hôtel particulier à Mayfair, un des quartiers les plus chic de Londres. Aurait-elle perdu le goût du combat ? En aucun cas ! ses convictions sont intactes mais le monde l’incommode et elle œuvre désormais par écrit.

Commence alors une seconde existence fort active mais immobile. Entourée d’une meute de chats persans, elle noircit des milliers de pages. En 1860, elle ouvre enfin son école, au sein de l’hôpital du King’s College et publie son livre le plus célèbre, «Notes sur les soins infirmiers : ce que c’est et ce que ce n’est pas», le premier manuel pédagogique. Très sollicitée, elle acceptera entre autres de conseiller le gouvernement américain durant la guerre de Sécession et de participer à la réforme de la Croix-Rouge.

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À partir de 1892, frappée de cécité, elle s’enfonce dans une léthargie qui lui fait perdre le souvenir de ses exploits. En 1907, lorsqu’elle est la première femme décorée de l’ordre du Mérite, elle a tout oublié. Elle s’éteint dans son sommeil, le 13 août 1910. À sa demande, elle est enterrée dans la plus grande discrétion et sa pierre tombale ne mentionne que ses initiales. Une humilité à la mesure de l’intégrité de celle qui est restée sa vie durant fidèle à sa devise : «Regardons nos consciences comme nous regardons nos mains, pour voir si elles sont sales».

 

 

 

 

 

 

Le Corbusier (1887-1965) Une maison est une machine à habiter.

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Charles-Édouard Jeanneret-Gris voit le jour le 6 octobre 1887, dans le Jura  Suisse. Ce n’est qu’en 1920 qu’il se fera appeler par son pseudonyme : Le Corbusier. Figure du mouvement moderne, c’est un homme à multiples casquettes. Bien connu pour ses réalisations architecturales et ses réflexions sur l’urbanisme, Le Corbusier exerçait aussi dans de nombreux autres domaines tels que l’art de la sculpture, la peinture, les lettres, le graphisme… Ses diverses expériences ont nourri son travail d’architecte tout au long de sa vie.

Visionnaire et créateur, il a dessiné notre quotidien, inventé de nouvelles formes, donné au béton ses lettres de noblesse et terrorisé souvent l’académisme par ses audaces. Il n’est pas seulement le père des HLM sinistres et des grandes barres cauchemardesques, mais un grand poète de notre habitat, sobre, élégant et lumineux à la fois. D’abord peintre, Le Corbusier n’est pas homme à rester enfermé dans un atelier. Il faut qu’il ressente physiquement les choses qu’il représente. Une culture autodidacte fondée sur l’expérience personnelle du regard et sur le rôle du dessin. À trente ans, il s’installe à Paris. Il admire les machines avec leur fuselage parfait. Il veut une maison aussi belle et commode qu’un avion ou une automobile. Avec le peintre Ozenfant et sa revue «l’Esprit nouveau», il défend le purisme contre un art décoratif. Durant l’exposition des Arts décoratifs de 1925, Le Corbusier fait sensation en présentant des «cellules d’habitation» avec des casiers, des chaises, des tables. Ici pas de superflu, que de l’épure. Trop à l’étroit sur la toile, Le Corbusier s’oriente vers l’architecture, qui lui permet de trouver d’autres espaces pour créer.

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La villa Savoye de Poissy

En 1926, Le Corbusier définit les «cinq points d’une architecture nouvelle» : Le plan libre, la façade libre, la fenêtre courante, les pilotis, le toit-jardin. Cette manière inédite de bâtir n’est possible que par l’utilisation du béton. Ce matériau autorise une plus grande liberté. On peut par exemple créer des jardins suspendus ou de grandes terrasses sur les toits. Le Corbusier conçoit immédiatement des villas puristes (la villa Savoye de Poissy notamment) sortes de maisons-sculptures toutes blanches, dépouillés mais ouvertes sur la nature et le soleil. Un art d’habiter inscrit dans sa doctrine de l’urbanisme, la Charte d’Athène (1930). Marqué par la vie en communauté, il invente l’université d’habitation, immeuble collectif transformé en ville.

Parfois ses utopies peuvent dégénérer. Ainsi son insensé Plan Voisin (1925) qui prévoit de raser le Marais, un des plus beaux quartiers de Paris, pour le remplacer par un parc d’où surgissent d’immenses bâtiments de deux cents mètres de haut.

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La Chapelle de Ronchamp (Haute-Saône)

Dans les années 1950, avec la Chapelle de Ronchamp, le couvent des Tourettes et la ville de Chandigarh en Inde :  Résultat de recherche d'images pour "le corbusier Chandigarh inde" l’architecte joue avec les matières brutes (béton, pierre), exploite toutes leurs potentialités, les rend sensuelles, étranges. Puis Le Corbusier éprouve le besoin de retrouver une forme d’habitation minimale pour mener une vie de moine. Le «Cabanon» du cap Martin Image associée répond à cette exigence. C’est une cellule de 3.66 mètres de côté et de 2.26 mètres de hauteur. Ce cube est la quintessence de son art de vivre.

Le Corbusier ne consacre pourtant pas tout son temps à l’architecture. Chaque jour, de 8h à 13h, il se consacre à la création, à la peinture, Résultat de recherche d'images pour "le corbusier peinture" la sculpture, les collages. Une « pause artistique » dans son activité d’architecte, qu’il considère comme nécessaire. Il dessine énormément durant ses voyages, constituant une véritable collection de carnets de croquis. Il est à l’origine de nombreuses statues, notamment en bois, qu’il peint parfois : bleu, jaune, rouge, vert, ses couleurs de prédilections, qu’on retrouve d’ailleurs dans certaines œuvres architecturales ou encore dans ses peintures.

Homme de rigueur et rationnel, Le Corbusier invente une unité de mesure qu’il nomme Le Modulor. Résultat de recherche d'images pour "le corbusier le modulor" Basé sur le nombre d’or et les proportions humaines, il défini les mesures de son architecture : la hauteur des plafonds, la largueur et hauteur d’une chaise, la largeur d’un couloir… Bon nombre de ses réalisations sont basées sur ce rapport : le couvent de la Tourette, les unités d’habitation… L’architecte utilise également le Modulor dans la réalisation d’affiches, ou pour ces peintures. Il met en place des tracés régulateurs, qui lui permettent d’ordonner ses compositions, de fixer la géométrie de l’ouvrage de manière non-arbitraire.

Il va aussi subir l’opposition des architectes conservateurs qui affirment que les habitants développeront des maladies mentales en vivant dans ces bâtiment ! La Cité radieuse de Marseille sera par exemple baptisée « La maison du fada » par les marseillais…

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Départ de Marseille. Ce soir on dort chez Corbu ! Dans la « Maison du Fada », il y a un hôtel avec des « suites », tout là-haut, qui promettent. Sortie métro Prado, à peine un œil sur le mythique stade Vélodrome, construit en 1937. La Cité Radieuse se profile bientôt sur le trottoir d’en face. Arrivé au pied du bâtiment, c’est le choc : que c’est grand ! 56 mètres de haut, 165 de long, 337 appartements.

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Le hall d’entrée, façade de la Cité Radieuse

De près, dedans, les charmes de la Cité Radieuse finissent par opérer. Ceux du béton brut, des couleurs, des beaux appartements traversants — mais pas très larges —, du balcon du bar-restaurant… La chambre, « dans son jus » n’est pas mal, même si «la suite» annoncée n’est qu’un studio côté mer.

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Mais le mieux, c’est le toit-terrasse tout là-haut, sous le ciel cobalt de Marseille. Avec son école, sa pataugeoire où les habitants barbotent, sa petite scène de théâtre, son gymnase devenu récemment galerie d’art … Bien vu, Corbu !

Et si, vue d’en bas, la Cité radieuse écrase le paysage, son toit-terrasse est un havre de sérénité. Vraiment moderne par son approche des formes, simples, orthogonales, mais très dessinées, et son utilisation des matériaux de son temps, le métal, et surtout le béton qu’il coffre à sa volonté, Le Corbusier fait de ses bâtiments de véritables sculptures. Un architecte n’est-ce pas  aussi un artiste ?

Les détracteurs de Le Corbusier le critiquent souvent pour son côté « froid » et brutal, car il a toujours privilégié le béton et le dépouillement. Ce n’est pourtant pas le sentiment que l’on a en visitant la Cité radieuse. Dans les espaces publics comme à l’intérieur des appartements, l’ambiance est chaleureuse, conviviale et vivante. Lors de ma visite, j’ai eu l’occasion d’échanger avec quelques habitants de la Cité. Ils m’ont tous dit s’y sentir très bien et ne veulent pas quitter ce « village vertical ». Les appartements sont  des pièces d’un jeu de construction, et la grande différence avec ce que l’on appelle les «clapiers» HLM construites dans des ZUP – c’est la qualité des matériaux et l’excellente isolation phonique. Dans la cité radieuse, on emménage avec ses valises, sans avoir besoin de meubles, tous les meubles sont intégrés ou presque. «Dès qu’il fait beau, j’organise des pique-niques sur le toit-terrasse, dit Cécile. Sous la grande cheminée, on a l’impression d’être à bord d’un transatlantique quittant la côte !» La lumière, le silence, la mer, l’absence de vis-à-vis, l’intimité alternant avec la vie communautaire : tels sont les ingrédients de l’inoxydable affection que «radieux» et «radieuses» vouent à leur chère Cité. Sans oublier l’essentiel, rappelle un habitant :  «Le Corbusier a mis beaucoup de lui-même dans cet immeuble. Son esprit est à l’intérieur.»

A la Cité Radieuse de Marseille, il y a même des appartements à vendre, comme celui-ci :

Ces logements sociaux avaient été conçus pour des gens modestes. Mais aujourd’hui, ce sont plutôt des personnes aisées, enseignants ou architectes, qui y habitent.

Depuis 2016, 17 de ses réalisations ont été reconnues «patrimoine mondial de l’UNESCO» qui comprend, dans l’ordre chronologique : les maisons La Roche et Jeanneret Résultat de recherche d'images pour "le corbusier lles maisons La Roche et Jeanneret" (1923) à Paris, une villa au bord du Lac Léman (1923) à Corseaux (Suisse), la Cité Frugès (1924) à Pessac (Gironde), la Maison Guiette (1926) à Anvers (Belgique), les Maisons de la Weissenhof-Siedlung Résultat de recherche d'images pour "le corbusier  les Maisons de la Weissenhof-Siedlung" (1927) à Stuttgart (Allemagne), la villa Savoye et la loge du jardinier (1928) à Poissy (Yvelines), l’immeuble Clarté (1930) à Genève, l’immeuble locatif de la Porte Molitor (1931) à Boulogne-Billancourt (Haut-de-Seine), l’Unité d’habitation (1945), dite « Cité Radieuse », à Marseille (Bouches-du-Rhône), la Manufacture (1946) à Saint-Dié-des-Vosges (Lorraine), la maison du Docteur Curutchet (1949) à La Plata (Argentine), la Chapelle Notre-Dame-du-Haut (1950) à Ronchamp (Haute-Saône), le Cabanon de Le Corbusier (1951) à Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes), le Complexe du Capitole (1952) à Chandigarh (Inde), le Couvent Sainte-Marie-de-la-Tourette (1953) Résultat de recherche d'images pour "le corbusier le couvent de la tourette" à Eveux (Rhône), le Musée National des Beaux-arts de l’Occident (1955) à Taito-Ku (Japon) et la Maison de la Culture (1953) à Firminy (Loire).

A une époque où les voyages sont difficiles, cet homme n’hésite jamais, saute dans un paquebot, un Zeppelin, un avion, traverse les océans et, quasi seul de sa génération, construit partout.  Et tout récemment redécouvert, un gymnase à Bagdad… Dans chaque édifice, il met la même force, le même engagement, sans concession. Pas de doute, il s’agit là d’une œuvre-manifeste du XXe siècle qui justifie son classement au patrimoine de l’huma­nité.

Le Corbusier a construit ou pensé nos villes modernes. Il est l’un des rares architectes connus du public, au point de soulever des passions contradictoires.

A Marseille, la Cité Radieuse est désormais le troisième monument le plus visité de la ville. Nombreux sont les visiteurs étrangers, fans d’architecture, venus notamment du Japon.

 

 

 

Pour les Rois, la terre, elle, ne ment pas.

L'archipel des Tonga.

L’archipel des Tonga.

Pour les amateurs de cocotiers, de lagons bleus et de plages de sable blanc, il y a plus lointain que les Seychelles, plus isolé que les Maldives et plus exotique que la Polynésie Française : L’archipel des Tonga.

Perdu au fin fond du Pacifique sud, ce petit royaume méconnu, difficilement accessible et peuplé de rugbymen débonnaires, vit officiellement grâce à la pêche, au coprah et aux rares touristes privilégiant le désœuvrement absolu. Dans les faits, cette carte postale du bout du monde est une implacable tyrannie. Une aristocratie toute-puissante tient d’une main de fer les rênes du pouvoir politique et financier. En perpétuels «voyages d’affaires» des États-Unis à l’Australie et de la Nouvelle- Zélande à la Chine, elle nargue une population misérable dont le produit net par an et par habitant, 1 500 euros, est 8 fois inférieur à celui des Polynésiens et un des plus bas au monde.

La reine Elizabeth II, lors d’une visite au Tonga, avec le roi Tupou IV.

Au sommet de la hiérarchie, le roi de Tonga dont tous les nobles sont plus ou moins les cousins et tous les affidés. Issu d’une dynastie dont la légitimité remonte au colonisateur britannique et aux missionnaires wesleyens qui l’on imposé à la fin du XIXème siècle, il est l’homme le plus puissant et le plus fortuné de l’île, où il possède deux palais, les principaux hôtels, une flottille d’automobiles, dont un taxi londonien dont il se sert pour arpenter ses terres, et un avion privé.

En novembre 2006, à la mort de Tupou IV, 88 ans et plus de 200 kilos, la population a explosé. Des émeutes ont éclaté spontanément, réduisant en cendres le coeur de Nuku’alofa, la capitale, et faisant 6 morts et une centaine de blessés. Pour rétablir le calme, le gouvernement a dû décréter l’état d’urgence puis, débordé, s’est résolu à appeler un contingent de policiers australiens à la rescousse. 571 émeutiers ont été arrêtés et près de la moitié condamnés à de lourdes peines de réclusion à domicile, Tonga ne disposant pas de prison.

En août 2008, le calme revenu contre de vagues promesses de réformes démocratiques, Tupou V, le nouveau roi, a été couronné en grandes pompes, au son du God save the king of Tonga, en présence du prince héritier du Japon, du duc de Kent et d’un demi millier d’invités venus des quatre coins de la planète, sans compter les milliers de porcs rituellement sacrifiés pour l’occasion !

Sponsorisée par le gouvernement chinois, la cérémonie aurait néanmoins coûté 2,2 millions d’euros à l’archipel. Les raisons d’une telle dictature monarchique ? La terre.

Le roi de Tonga est considéré comme le possesseur de l’archipel. Il peut en concéder de vastes parcelles plusieurs générations durant mais n’en demeure pas moins le propriétaire éminent. Il en est de même pour tout ce qui y est cultivé ou construit dans le royaume. C’est la cas du réseau électrique. Puisque la centrale qui le produit et les pylônes qui soutiennent les câbles d’alimentation appartiennent au roi, personne ne s’offusque que le souverain encaisse la redevance. Quand un Tongien s’éclaire, dit une plaisanterie locale, cela enrichit le roi. Quoi de plus normal puisque «le roi, c’est la terre» !

Hormis Tonga, les rois d’aujourd’hui ne sont plus les propriétaires de leurs États. Ils n’en sont pas moins restés profondément attachés à la terre. Leur légitimité en est issue et ils ne l’oublient pas. À l’exception du roi des Belges qui, en épigone de notre Louis-Philippe, pose au roi citoyen, les monarques règnent davantage sur des pays, des provinces et des territoires que sur des peuples. Si leurs possessions sont vastes, ils portent des titres prestigieux. Ils sont roi, empereurs comme Akihito du Japon ou encore souverain multi-cartes comme Elizabeth II, reine du Royaume-Uni,  d’Angleterre, d’Écosse, et d’Irlande du Nord ainsi que 16 royaumes que compte encore le Commonwealth. À l’inverse, s’ils ne règnent que sur quelques kilomètres carrés, comme à Monaco, au Liechtenstein ou au Brunei, on les traite de «princes d’opérette», quand bien même ces opérettes valseraient avec les milliards.  «Monaco», marmonnait Basil Zaharoff, le fameux trafiquant d’armes qui, à la fin de sa vie, s’était retiré sur le Rocher, «Ce n’est pas une monarchie, c’est un casino». Est-ce la raison pour laquelle le prince de Liechtenstein, qui règne en souverain absolu sur une petite vallée alpestre de 160 Km² (80 fois Monaco tout de même), possède le double en surfaces arables et en forêts en Autriche et en Slovaquie où il passe pour un des premiers propriétaires terriens ?  Ou que le ranch de 5 859 km² – à peu de choses près, le département du Var – que s’est offert le sultan du Brunei en Australie pour fournir ses sujets en viande de boeuf, est aussi étendu que ses États et même un petit peu plus ?

En raison de cet atavisme terrien, les patrimoines princiers ont toujours une base foncière. Parce qu’ils y sont très attachés, on cite souvent les propriétés des Windsor, vastes comme des provinces. Même s’ils appartiennent à la nation et son inaliénables, la dynastie a l’usufruit des duchés royaux de Lancastre et de Cornouailles. Ils représentent une jolie surface, 1 800 km², en gros, le département de l’Essonne. Toute en traditions surannées, leur administration donne parfois à penser que la monarchie britannique est issue d’un roman de Walter Scott.

C‘est toujours en tant que duchesse de Normandie qu’Elizabeth II,  règne à Jersey et à Guernesey où elle est représentée par des baillis et des connétables. À son accession au duché de Cornouailles, le prince Charles a, quant à lui, perçu des droits féodaux : une paire de gants blancs, un couple de lévriers, une livre de poivre et de cumin, une paire d’étriers dorés, 100 shillings d’argent, un arc, une lance et du bois de chauffage. En tant que chef de famille, Elizabeth II,  possède en outre la propriété pleine et entière des manoirs de Sandringham dans le Norfolk et de Balmoral en Écosse, vastes bâtisses acquises sous Victoria qu’entourent 30 000 hectares giboyeux, ainsi qu’une dizaine de domaines de moindre importance pour un total de 100 000 hectares, en terres et en forêts. Le tout selon les estimations des spécialistes, vaudrait 100 millions d’euros, soit un tiers du patrimoine royal, et aurait tendance à s’apprécier, en Angleterre tout au moins, beaucoup moins en Écosse. Elle possèderait aussi des domaines à l’étranger : on parle d’un ranch en Australie, d’une réserve au Kenya, d’un haras dans le Kentucky ou de champs de coton dans le Mississippi qui auraient été vendus après que la presse eut révélé que la souveraine percevait des subventions publiques.

Le roi Mohammed VI du Maroc, entouré de son fils le prince héritier Moulay El Hassan et de son frère le prince Moulay Rachid.

Le roi Mohammed VI du Maroc, entouré de son fils le prince héritier Moulay El Hassan et de son frère le prince Moulay Rachid.

Au Maroc, la dynastie alaouite doit également sa fortune à la terre. Grâce à ses 20 domaines et aux 12 000 hectares qui les entourent, confisqués aux colons français lors de l’indépendance, Mohammed VI est le premier propriétaire foncier du pays. Comme il dispose d’un droit de préemption absolu, ses possessions ne cessent de s’agrandir. En 2006, il en aurait tiré plus de 100 millions d’euros de revenus.

Au Maroc, dit un proverbe, «sur trois oranges qui poussent, une est pour le roi».

Propriétaires avisés, ces princes terriens se comportent en paysans madrés. Écologique convaincu, le prince Charles a transformé les Cornouailles en «duché bio» où les produits du sol poussent sans engrais et où cochons et volailles échappent à l’élevage en batterie. Il tire un revenu substantiel de la ligne «Duchy Originals» qu’il a lancée dans les années 1990.

Henri de Monpezat, lui, a mis à profit son mariage avec la reine de Danemark pour promouvoir un cahors rosé, produit par son domaine de Cayx, très apprécié en Suisse, en Allemagne et au Japon. Quant au roi de Suède, il a accepté depuis 2004 d’associer son nom et celui de Solliden, la résidence d’été des Bernadotte, à une eau Oriflame. Surpris par ce mélange des genres, ses concitoyens l’ont également été d’apprendre que depuis 2000 leur souverain percevait 190 000 euros par an de subventions européennes pour couvrir les pertes de son exploitation du Sörmland. Il n’est pourtant pas le seul à agir ainsi. Propriétaires depuis 1854 de l’imposant château de Marchais dans l’Aisne, et des 700 hectares qui l’entourent, les Grimaldi de Monaco, selon la presse qui en fait ses choux gras en 2005, percevraient 253 986 euros au titre de la politique agricole commune. La même année, ni Margaret Thatcher ni ses successeurs n’ayant accepté que les subventions soient plafonnées, la reine-paysanne Elizabeth II,  a touché 530 000 euros pour sa propriété de Sandringham, tout en essayant également de décrocher des subventions pour régler ses factures d’électricité. «Le Prince Charles a perçu 107 600 euros pour son duché de Cornouailles et 97 476 euros pour son exploitation agricole, soit un total de 205 076 euros

Ils sont les principaux bénéficiaires de la Politique agricole commune.

Au titre du duché de Lancastre, assez curieusement, la reine Elizabeth II, possédait autrefois des terrains dans le Strand. En 1988, une loi ad hoc, lui a permis de les vendre. Elle ne s’en est pas privée. Entre la mixité sociale et une belle plus-value, elle n’a pas hésité.

Ce n’est plus à Naples que «Francesco Rosi tournerait aujourd’hui son film «Main basse sur la ville», mais à Londres ou Bangkok.

Les rois des champs sont aussi les rois des villes. Propriétaires avisés des sols, ils ont investi dans l’immobilier à mesure que leurs États s’urbanisaient. C’est à cette reconversion que Monaco doit sa survie et ses princes leur fortune. Seigneurie de complaisance dévolue aux Goyon-Matignon, héritiers des Grimaldi, pour leur permettre d’arborer un titre princier dans les salons parisiens, Monaco n’était à l’origine qu’un verger provençal, cultivant l’olivier et le citronnier. Suite à l’annexion de Menton et de Roquebrune par la Sardaigne en 1848, transférés à la France en 1860 dans la foulée du comté de Nice, la principauté, réduite à l’os, passa de 24 à 2 km². Elle aurait perdu tout viabilité si le prince Charles III n’avait eu l’idée d’y ouvrir un casino et des hôtels de luxe. Confiée à François Blanc, un entrepreneur de génie qui avait fait fortune dans les jeux de hasard à Luxembourg puis à Hombourg, l’initiative fut un succès immédiat. Le Rocher, «où on ne peut rien semer ni cueillir» devint un des rendez-vous les plus élégants de la Belle Époque.

La principauté de Monaco fit montre d’une «étrange neutralité» envers l’Allemagne nazie afin de rafistoler ses finances mal en point. Dès 1936, un accord discret aurait été passé avec le Dr Schacht, ministre des fiances du Reich, pour permettre aux fonds nazis de transiter par les banques monégasques au nez et à la barbe des démocraties. Durant la guerre, avec la complicité du régime de Vichy, les investissements douteux affluent, le marché noir et les trafics en tous genres se multiplient. Mandel Szkolnikoff, le roi de la contrebande, fait du rocher sa base arrière. La fraude fiscale explose, occasionnant un préjudice estimé à la libération à près de 150 millions d’euros. La Deutsche Bank prend des participations dans la Société des bains de mer et envisage d’ouvrir une filiale à Monaco. Louis II n’ignore rien de la coloration vert-de-gris que prennent ses États et en tire même avantage. À en croire le capitaine Ardant, père de la comédienne, Fanny Ardant, alors en fonction au palais, le prince, toujours à court de liquidités, ne reculait devant aucun trafic. À la libération, il est sérieusement question d’annexer purement et simplement Monaco à la France. Le rôle de soupape financière que joue le Rocher et l’attitude du prince Rainier, qui, en septembre 1944, a rejoint l’armée de libération, sauvent la principauté, le trône et Louis II. On comprend que depuis, les Grimaldi aient préféré jeter un voile pudique sur l’origine équivoque de leur patrimoine.

  • Le halo de fumée qu’entretiennent les monarques à propos de leurs biens tient aussi du calcul financier. Cacher son jeu permet d’avancer masqué et de se lancer dans des opérations risquées sans perdre son crédit en cas d’échec.

Deux guerres mondiales plus tard, les tapis verts, les bancos princiers et les douairières surannées ne faisant plus recette, le prince Rainier employa ses cinquante-cinq années de règne à recycler le principauté en résidence de luxe, capitonnée et sécurisée.  Stratégie habile : ouvriers, promoteurs, intermédiaires : la population de la principauté vit largement de l’immobilier qui garantit à l’État un tiers de la TVA qu’il perçoit.

Les Grimaldi en profitèrent pour redorer leur blason. Une bonne part de leur patrimoine serait constitué de placements immobiliers. À Monaco, ils possèdent notamment la résidence de «la Belle Époque» qui surplombe le port, d’une valeur supérieure à 200 millions d’euros. En 1999, lors de l’incendie criminel qui lui a coûté la vie, on a appris qu’ Edmond Safra, le milliardaire Libanais qui y vivait en reclus, acquittait un loyer de 500 000 euros par an pour une surface de 1 000 mètres carrés. Douze ans plus tard, la valeur locative a pratiquement triplé. Comme le prince possède également «le Rocamar» (6 appartements de grand luxe avec terrasse donnant sur la mer), «le Roc Fleuri» ( 100 appartements de standing) et un certain nombre de locaux commerciaux, son revenu locatif annuel avoisinerait plus de 20 millions d’euros, compte non tenu des terrains et des immeubles qu’il détient aux marges de la principauté, à Paris et aux États-Unis.

Hotel Hermitage, Monte Carlo

Imaginons qu’un destin favorable conduise vos pas à Monaco. L’Hôtel de Paris affichant complet, vous descendez à l’Hermitage, qui n’est pas mal non plus dans le style Art nouveau avec son jardin d’hiver coiffé d’une coupole bâtie par Gustave Eiffel.

Même si le jeu n’est pas votre tasse de thé, une visite au casino s’impose. Sans cette pâtisserie architecturale édifiée en 1879 par Charles Garnier, le père de l’Opéra de Paris, Monaco serait resté un port de pêche anonyme et ses princes des anecdotes pour érudits locaux.

Après une halte rapide à l’opéra attenant, inauguré par Sarah Bernhardt et entièrement rénové en 2005, vous empruntez la rue Grimaldi puis le boulevard Albert 1er pour grimper sur le rocher et prendre quelques photos du musée océanographique, dirigé jadis par le commandant Cousteau. À quelques pas de là, vous voici au Palais princier, étonnante bâtisse crénelée à laquelle chaque époque a laissé son aile, sa colonnade ou sa tour.

Après en avoir visité les grands appartements pour la somme de 8 euros, vous ne résisterez pas aux figurines kitsch à l’effigie des carabiniers monégasques vendus par la boutique à souvenirs.

Retraversant Port Hercule, vous déambulerez ensuite boulevard Louis II puis avenue de la Princesse-Grace, qui, dit-on, serait l’artère la plus chère au monde :

plus de 90 000 euros le mètre carré contre 55 000 seulement pour la Vème avenue de New-York. Après un saut au musée des voitures anciennes où est exposée la collection du prince Rainier, vous vous décidez à flâner jusqu’au Larvotto, cette presqu’île entièrement gagnée sur la mer, pour profiter de sa plage et admirer le coucher de soleil depuis ses terrasses. Pour dîner, le restaurant Bar Boeuf And Co vous tend les bras, et en fin de soirée, vous n’aurez que l’embarras du choix. Le Moods ou le Jimmy’z ? Quoi qu’en disent les noctambules blasés, on y revient toujours. Une bonne journée songez-vous en regagnant votre hôtel. Pour vous ? sans doute. Mais pour le prince de Monaco : assurément.  Chacune de vos étapes lui a profité. L’hôtel, le casino, l’opéra, le Palais, les musées, le sporting club, jusqu’aux «souvenirs shops» : Tout lui rapporte grâce à ses participations sans la Société des bains de mer dont il est l’actionnaire de référence.

Le «Patron»  disent les monégasques reconnaissants à propos de Rainier III, a fait du Rocher une véritable «pompe à phynances». Il s’est servi en premier.

Monaco est un cas d’école. Même s’ils ont relancé leur fortune sur les tapis verts, ses princes se sont empressés d’en diversifier les sources en investissant dans le plus grand nombre de secteurs possibles.

C’est aussi cela la monarchie du capitalisme : un remake à coup de milliards de la cigale et de la fourmi, dans un décor de casino.

 

 

Échappée en Forêt-Noire

À quelques dizaines de kilomètres de Strasbourg, le Land Allemand du BADE-WURTEMBERG déploie de grands espaces naturels ponctués de charmants villages aux traditions bien ancrées.

foret noire./muenstertal-talweiden

Le cousin germanique des Vosges

Pour visualiser la région, imaginez un livre ouvert : au milieu coulerait le Rhin, la page de gauche serait le massif français des Vosges. Sur la page de droite, un peu décalée vers le haut, figurerait la Forêt-Noire (Schwarzwald). Ce massif s’étend sur 200 kilomètres, en parallèle de l’Alsace, de Pforzheim à Bâle.

Photographic Print: Switzerland, Bernese Oberland, Lauterbrunnen Town and Valley by Michele Falzone : 24x18inAu nord, les routes serpentent entre les grandes étendues de hêtres, de sapins et surtout d’épicéas. À Bad Wildbad, un chemin surélevé et une tour d’observation en pente douce (Baumwifelpfad) permettent de se prendre pour un oiseau. À 40 mètres de haut, les arbres se dévoilent depuis la cime et le regard porte jusqu’aux Alpes suisses.

Le centre de la Forêt-Noire est moins austère, cédant la place à des coteaux ensoleillés et à des prairies veillées par des fermes traditionnelles Vineyard hill - Baden-Wurttemberg, Germany Premium wines delivered to your door.  Get in. Get wine. Get social.La vigne s’épanouit notamment dans le Rebland, aux portes de Baden-Baden. Les exploitations comme Weingut Schloss Neuweier, accueillent les visiteurs, curieux des vignes en terrasses et des déclinaisons du riesling ou du pinot noir. Les hauts sommets et les lacs préalpins dominent la partie sud. Le feldberg culmine à 1493 mètres avec maints suiveurs à plus de 1000 mètres. Les vacanciers apprécient les rives du Schluchsee et du Titisee. bateau sur lac Titisee

Coucous, gâteaux et pompons

Peu de régions allemandes possèdent des traditions aussi vivaces que la Forêt-Noire. Du chapeau à gros pompons rouges aux horloges à coucou, le folklore local a rendez-vous dans le musée de la Forêt-Noire, à Triberg. Aux intérieurs artisanaux succèdent une galerie des minéraux ou une collection d’orgues de barbarie. La passion des horloges à coucou est telleGerman cuckoo clocks! I always wanted to see one up close. A traditional piece of folk art at its finest.qu’une entreprise a crée le plus grand modèle du monde (6 tonnes) aux abords du village (Eble Uhren-Park)  Les marchés de Noël mettent en avant les spécialités locales en décembre. Les plus renommés se déroulent à Baden-Baden, Fribourg, Triberg ou Breitnau, sous le grand viaduc de Ravennaschlucht. Et le fameux gâteau ? Eh bien, on n’y coupe pas ! Pâtisseries et restaurateurs le déclinent à l’envi. Chacun s’inspire de la recette de 1915, mêlant une génoise au cacao imbibée de Kirsch, des cerises au sirop et une généreuse crème chantilly :

Forêt noire

Les bienfaits de thermalisme

Il existerait 350 stations thermales en Allemagne, dont une cinquantaine dans le land du Bade-Wurtemberg. Il suffit de répéter le mot Bad (bain) dans le nom de la localité. La sécurité sociale allemande ne prenant plus en charge les cures médicales, la plupart se sont reconverties dans le bien-être.  S’il ne fallait retenir qu’une station, ce serait forcément Baden-Baden.

Plaisirs d'Hiver/ Laure P-R

Friedrichsbad Roman-Irish Thermal Bath. Baden-Baden, Germany. 150 years of curative relaxation.Quintessence du thermalisme avec ses sources à 68°C, elle existe depuis les Romains, voire les Celtes. Mais c’est au XIXème siècle qu’elle prend son essor, attirant artistes et têtes couronnées de toute l’Europe. Aujourd’hui encore, elle garde une aura internationale. Les salons du casino (les plus beaux du monde, selon Marlène Dietrich) rutilent tels les grands appartements de Versailles, tandis que les spectacles se succèdent dans le plus grand opéra du pays. Côté bains, les moins prudes optent pour la pompe du Friedrichsbad avec sa coupole néo-Renaissance et son parcours en 17 étapes. Ceux qui préfèrent garder le maillot se dirigent vers les thermes modernes de Caracalla.

À 40 kilomètres à l’est, Bad WildbadBild: Touristik Bad Wildbad GmbH est le parfait exemple d’une station qui a su s’adapter.

Des cités de caractère

Comme en Alsace, les petites villes et les villages ont gardé leur charme médiéval, alternant pignons, colombages et façades colorées au fil des rues. Les placettes se parent de fontaines, de mairies cossues, de temples ou d’églises, tandis que les terrasses des Biergarten et des Weinstuben désaltèrent les amateurs de bière ou de vin.

Freiburg im BreisgauFribourg-en-Brisgau (Freiburg im breisgau) revendique le titre de capitale de la Forêt-Noire et de cité écolo grâce à son quartier vert. Abîmée pendant la guerre, la vieille ville a néanmoins gardé son cachet. La tour de 116 mètres de la cathédrale est un immanquable point de repère La cathédrale de Fribourg en Brisgau  tandis que l’on flâne le long des rues. La plupart sont décorées de galets du Rhin et bordées par le bächle. Dans ces rigoles de pierre coule une eau pure : elle fait la joie des enfants qui y traînent  de petits bateaux et le malheur des étourdis. Il serait vain de citer tous les beaux villages tels Gengenbach, Gernsbach ou Triberg. Ce dernier se distingue en abritant les plus hautes cascades allemandes et de nombreuses possibilités de randonnées.

Triberg Waterfall - Black Forest, Germany Gutach River, Triberg, Baden-Wurttemberg, Germany  http://www.tripadvisor.com/Attraction_Review-g187285-d190949-Reviews-Triberger_Waterfall-Triberg_Black_Forest_Baden_Wurttemberg.html

Les musées de Stuttgart

La capitale régionale est une bonne porte d’entrée vers la Forêt-Noire. Très bombardée, la ville n’a d’intérêt que par ses collections muséales.

The Mercedes-Benz Museum is an automobile museum in Stuttgart, Germany. It covers the history of the Mercedes-Benz brand and the brands associated with it. Stuttgart is home to the Mercedes-Benz brand and the international headquarters of Daimler AG. Postcard.

Mercedes-Benz ou Porche ? Ces fleurons automobiles ont crée des musées design. Côté Mercedes, le long de paliers en spirale se déploient des ancêtres, une voiture à portière papillon, des bolides ou une Papamobile. Côté Porsche, on passe de la classique 911 à la 917 de course, sans oublier la fameuse Coccinelle. Résultat de recherche d'images pour "la premiere voiture coccinelle"

L’art fait bonne figure avec la galerie nationale d’Art qui présente une large palette, de Hans Holbein à Paul Cézanne ou Jeff Koons. Le musée des Beaux-Arts complète avec les expressionnistes allemands, en particulier Otto Dix.

L’éclat du baroque

Bien érudit qui pourrait s’y retrouver parmi les ducs de Wurtemberg ou les margraves de Bade…mais ces maisons souveraines ont couvert, au XVIIIème siècle, leurs principautés de somptueux palais.

À Ludwigsbourg, dans la banlieue de Stuttgart, deux corps de logis reliés par des galeries forment une impressionnante cour. Castle, Concluded Favorite Ludwigsburg Germany Cas #castle, #concluded, #favorite, #ludwigsburg, #germany, #cas  Germany Castles  Acceda a nuestro sitio Mucho más información   https://storelatina.com/germany/travelling Deux chapelles, un théâtre, de ravissants petits cabinets et des stucs à perte de vue complètent le décor.  À Rastatt, près de Baden-Baden, plus qu’au palais principal, on s’arrête dans la résidence de la favorite, plus raffinée. Schloss Favorite (Rastatt) – Wikipedia Les sols de scagliola imitent le marbre tandis que les murs sont recouverts de milliers de carreaux de faïence. 1f

Couvents et abbayes ne sont pas en reste. À Sankt-Peter, près de Fribourg, le faste de l’église rivalise avec les ornements de la bibliothèque. Non loin, à Sankt-Blasien, l’immense dôme est le troisième plus large d’Europe après Saint-Pierre de Rome et les Invalides :

St. Blasien (Sankt Blasien), Germany, is a town in the Waldshut district in Baden-Württemberg. It is located in the southern Black Forest, 17 km northeast of Waldshut-Tiengen. The town is twinned with Saint-Blaise in Switzerland. There is also a well known Jesuit College Kolleg St. Blasien and an abbey with a famous boy's choir. I was invited to visit the church with a German friend on a cold weekend in 1985. It's round dome dominated the town, its interior was spell-bounding.

Pour finir, détente à Europa-Park

Les 95 hectares du plus grand parc d’attractions d’Europe, après Disney-land Paris, se situent à Rust, entre Strasbourg et Fribourg. Outre une soixantaine de manèges, montagnes russes et parcours à thèmes, Europa-Park propose un véritable tour d’Europe en 14 quartiers nationaux. On passe de Jeanne d’Arc à Don Quichotte via la station spatiale. Miracle …

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Dian Fossey, La femme qui vivait avec les gorilles

Dian Fossey, une primatologue américaine, a consacré sa vie aux gorilles des montagnes, entre le Congo et le Rwanda. Son combat acharné en leur faveur lui a même coûté la vie, en 1985. Sa fondation, Dian Fossey Gorilla Fund, oeuvre toujours pour la protection de cet animal et de son habitat.

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En janvier 1970, la photo qui paraît en une du magazine National Geographic va beaucoup faire parler d’elle. On y voit la main d’un gorille baptisé Peanuts posée paisiblement dans celle de Dian Fossey. C’est la première fois dans l’histoire de la recherche animale qu’un contact entre un humain et un gorille sauvage est dévoilé au grand public. La photo prise dans les montages du Rwanda, va révéler au monde entier l’existence de cette femme singulière qui a décidé de vouer sa vie entière aux grands singes.

Avant de s’intéresser aux gorilles, le premier animal auquel Dian Fossey prête attention est un poisson rouge. Née le 16 janvier 1932 à San Francisco, elle vit une enfance malheureuse et reporte tout son amour sur le seul animal présent à la maison.

Ses parents divorcent quand elle a 6 ans et sa mère se remarie avec un homme d’affaires qui se montre très dur avec elle. Il lui interdit par exemple de manger à table avec eux et Dian se renferme sur elle-même.

L’adolescente comprend vite qu’elle doit quitter le foyer pour s’épanouir. Elle entame des études de comptabilité, qu’elle abandonne ensuite pour devenir vétérinaire, elle a déjà conscience qu’elle vivra toute sa vie entourée d’animaux. Ses lacunes en sciences l’obligent à abandonner cette voie et elle se tourne vers l’ergothérapie. A 22 ans, tout juste diplômée, elle part dans le Kentucky où elle est embauchée dans un hôpital pour enfants. Si le métier ne la passionne pas plus que ça, elle se lie d’amitié avec l’une de ses collègues, Mary White, une femme fantasque et rêveuse qui lui propose de l’accompagner pour un safari au Kenya. Dian refuse par manque d’argent, mais cette rencontre provoque chez elle un déclic. L’idée de partir ne la quittera plus jamais.

Trois ans plus tard, elle emprunte l’équivalent de trois ans de salaire pour s’offrir un premier voyage qui l’emmène pendant six mois au Kenya, au Rwanda et en Tanzanie. Elle découvre, émerveillée, les animaux sauvages qu’elle admirait jusqu’ici dans les livres.

Elle a dressé avant de partir une liste de personnes importantes qu’elle souhaitait rencontrer. Sans expérience et avec un certain culot, elle a frappé à leur porte pour leur demander de l’emmener voir des gorilles.

La jeune aventurière fait ainsi la connaissance du photographe britannique Alan Root et surtout de Louis Leakey, célèbre primatologue Kényan à l’origine, quelques années plus tard, de la création de «Trimates», un groupe de trois chercheuses à qui il demande d’étudier les grands singes.

Leakey est persuadé qu’il faut faire observer les primates par des femmes car elles sont plus sensibles. Il charge la Britannique Jane Goodall d’étudier les chimpanzés en Tanzanie, la Canadienne Biruté Galdikas est quant à elle envoyée en Indonésie pour côtoyer les orangs-outans.

Manque quelqu’un pour les gorilles. De retour aux États-Unis, Dian découvre que Leakey anime une conférence près de chez elle. Elle s’y rend et le supplie de lui confier la mission. Le scientifique, frappé par la détermination de la jeune femme, finit pas accepter qu’elle fasse partie de ce trio totalement inédit.

En 1966, Dian Fossey, alors âgée de 34 ans, se rend d’abord au Congo, mais un coup d’État l’oblige à quitter le pays. Persuadée qu’elle a choisi le meilleur endroit pour observer les gorilles, elle reste au pied des montagnes des Virunga, mais installe cette fois son camp côté Rwanda. Les débuts sont difficiles. Hypocondriaque et d’une santé fragile, Dian met plusieurs semaines à s’habituer à cet environnement hostile. Résultat de recherche d'images pour "Diane Fossey maison"Elle quitte rapidement sa tente pour s’installer dans une petite maison en bois et commence ses travaux financés par la National Geographic Society.

Aucun humain n’est parvenu à s’approcher si près de ces animaux. Lorsqu’elle les observe, Dian se place à un bonne distance afin de ne pas influencer leur comportement.

Elle va changer le regard de millions d’hommes et de femmes sur ces primates, encore associés au méchant King-Kong. En scrutant leur fonctionnement en groupe, leur mode de communication et leur personnalité, elle prouve qu’ils sont doués d’intelligence et de sensibilité.

Encore plus insensé, la scientifique se lie d’amitié avec ses protégés, comme Peanuts, qui lui tend la main sur ce cliché pris par le photographe Bob Campbell (qui deviendra son amant), ou encore Digit, son préféré, un beau spécimen d’environ 5 ans, probablement orphelin de mère. Un conte de fées qui sera de courte durée…En 1977, le corps de Digit est retrouvé mutilé. Le gorille a été victime des braconniers qui coupent les mains des singes pour en faire des cendriers vendus aux touristes !!

Cette nouvelle plonge Dian dans un profond désarroi. La primatologue qui, à 40 ans passés, a décroché un doctorat en zoologie à l’université de Cambridge, commence alors une nouvelle vie.

Il y a un avant et un après Digit, Dian qui se considérait jusqu’alors comme une scientifique, se transforme en activiste, militante et gardienne des gorilles. Elle mène des campagnes parfois violentes en mettant le feu à des villages. Un combat qui la conduira à sa perte.

Le 27 décembre 1985, son corps est découvert dans sa petite maison, Dian a été assassinée à coups de machette. Trente ans plus tard, le meurtre n’a toujours pas été élucidé.

Quand elle est morte, 350 gorilles vivaient dans ces montagnes. On en recense aujourd’hui plus de 600. Si les gorilles ne sont plus pourchassés, c’est grâce à elle.

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Dian Fossey repose, selon sa volonté, à Karisoke, à côté de la tombe de Digit et au milieu d’autres gorilles.

Résultat de recherche d'images pour "Diane Fossey"Sa fondation, Dian Fossey Gorilla Fund, continue de venir en aide à ces primates qu’elle a contribué à réhabiliter.

Quelques années après la mort de Dian Fossey, le réalisateur britannique Michael Apted, décide d’adapter sa vie au cinéma. Il fait appel à Résultat de recherche d'images pour "Diane Fossey sigourney Weaver" l’actrice américaine Sigourney Weaver et part tourner durant l’été 1987 dans les montagnes du Rwanda, où vécut la primatologue. Le film, Gorilles dans la brume, sort l’année suivante et le public découvre le destin incroyable de cette femme hors norme. Un succès immense !

 

 

Madame CLAUDE, celle qui a fait trembler la république.

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Ses carnets auraient pu faire exploser la Vème République ! Madame Claude, proxénète de légende, connaissait tous les petits secrets des riches et puissants. Une certaine gloire et une terrible décadence…..

Certaines pages (des carnets) rendues publiques, mentionnent   : «Vicieux – se fait uriner sur tout le corps, mange les matières – fait le chien» Où : «Vicieux – aime être dominé, se faire fouetter, se fait sodomiser avec un gode – boit beaucoup».  Où encore : « tel homme politique aime les fessées» …

«J’ai été la meilleure maquerelle du siècle», s’enorgueillissait Madame Claude, avant d’ajouter que son but était de «rendre le vice joli». Ses «filles», pas moins de cinq cents, les plus belles de Paris disait-on, se pliaient aux désirs d’une gent masculine bien née et aux commandes du monde : Le Shah d’Iran, des ministres, des stars de la chanson et du cinéma, Gionanni Agnelli le patron de Fiat, Aristote Onassis, quelques Rothschild, des princes arabes, et même le président Kennedy. Des années durant, l’arrogante et redoutable Madame Claude s’est régalée de sa toute-puissance.

Madame Claude s’est inventé une vie, une famille, des origines. Une légende personnelle qui échappe au réel.

Si elle se dit bourgeoise et flanquée de trois frères, Fernande Grudet, née le 6 juillet 1923 à Angers, n’a en réalité qu’une soeur. Son père, ingénieur et plus tard résistant, est en réalité un bistrotier qu’un cancer a emporté en 1941. Sans diplôme ni argent, Fernande, n’a pas connu la déportation à Ravensbrück, sous l’Occupation, elle est fille-mère. A la libération, elle enterre Fernande pour se faire appeler Claude, laisse sa gosse à sa mère et monte à Paris où elle vend ses charmes.

Parmi le grand banditisme qu’elle fréquente, elle tombe amoureuse. Ce sera la seule fois de sa vie ! Elle s’entiche d’un gangster, le chef du «Gang des tractions avant». (Le gang des Tractions Avant est une bande de malfaiteurs des années d’après-guerre spécialisée dans les attaques à main armée. Certains sont issus de la Carlingue  ou « Gestapo française de la rue Lauriston » dirigée par Bonny et Lafont.  D’autres ont fait partie de la Résistance.  Le gang est indissociable de la personnalité de son chef Pierre Loutrel,  dit Pierrot-le-fou). Une passion dévorante et éphémère au terme de laquelle elle renferme définitivement son coeur.  Elle en gardera un profond mépris des hommes.

Il faut être con, ou tordu, vraiment, pour payer une fortune une partie de jambes en l’air, lance-t-elle.

Se rendant compte qu’elle a davantage la bosse des affaires que le goût de la bagatelle, en 1957, elle monte son petit commerce, un bordel mondain. L’ascension est fulgurante. Dans les années 1960 et 1970, cinq cents filles rejoignent ainsi le «cheptel» de la patronne. Esthète et perfectionniste, comme on joue à la poupée, elle cisèle ses créatures avec le soin d’un génie diabolique.

Une prostitution haut de gamme dont les tarifs sont très élevés pour l’époque : entre 1 000 et 1 500 francs pour une demi-heure ou une heure et 15 000 francs pour une nuit en moyenne. Sur chaque passe, Madame Claude prend 30%. En quelques années, elle devient ainsi millionnaire.

D’abord, je corrigeais les défauts physiques, nez, oreilles, seins. Ensuite, j’éduquais. Diction, gestuelle, culture générale. Je les travaillais parfois une année entière, quand je les lançais, elles étaient parfaites. expliquera-t-elle, avant de préciser que la qualité première des femmes est d’apprendre à savoir faire semblant.

Une confession clinique, digne d’une éleveuse, qui fait froid dans le dos. Pire, la maquerelle a recours à des «goûteurs», comme elle le dit, des hommes amenés à évaluer les capacités érotiques de ses «protégées». Parmi eux, le frère et le premier mari de l’écrivaine Françoise Sagan.

Madame Claude vend du rêve à ses employées : la promesse de faire un beau mariage. Car ses clients fortunés et prévenants font voyager les filles en première classe, les logent dans des palaces et les sortent en yacht. De son côté, Madame Claude les habille chez les plus grands couturiers, leur paie des dessous raffinés et coûteux. «C’était comme des vacances […] une façon festive de se prostituer» explique Ambre. Elle se souvient aussi :

Il y avait une fille très très belle mais très très très pauvre. Elle avait sa beauté, c’est tout. Elle était prête à faire n’importe quoi pour de l’argent. Et cette fille a eu un succès extraordinaire, elle s’est mariée avec un richissime arabe et elle est devenue multimilliardaire.

On raconte même que l’une d’entre elle est devenue marquise.

Madame Claude explique combien de jeunes femmes très bien sous tous rapports viennent à elles :

Parce qu’elle s’emmerdaient avec leur conjoint, pour se payer des babioles, par goût de l’interdit, par curiosité.

Des années durant, Madame Claude se livre ainsi à son commerce sans jamais être empêchée. En effet, à mesure que ses petits carnets noirs s’emplissent de noms de clients puissants, de leurs secrets intimes et péchés mignons sexuels, la tenancière se fait de plus en plus intouchable. Ses clients occupent des postes clés dans la politique, la diplomatie, la justice et les ministères, aucun d’entre eux n’oserait fâcher sa pourvoyeuse de cinq à sept. De son trône, elle voit se débattre ces puissants, qui ne sont que des hommes en recherche de plaisir, elle se délecte de les tenir dans le creux de la main.

Les femmes étaient envoyées comme «cadeau» par des entreprises à leurs futurs clients pour les encourager à signer de gros contrats. Ainsi, Madame Claude s’introduisit grâce à ses filles dans le monde du show business, de la politique et des affaires et devient une femme d’influence et de réseau, comme l’explique le reportage «Un jour, un destin».

Grâce à son sulfureux business, Madame Claude serait donc l’informatrice – ce qu’elle a toujours démenti – de la police et notamment de la brigade mondaine. Afin d’échapper à la justice et au fisc, elle achète ainsi sa protection en fournissant les noms de ses nombreux clients hauts placés et leurs «travers» sexuels. Des centaines de personnes dont les pratiques les plus intimes auraient été fichées pour remonter jusqu’au sommet de l’État.

De plus en plus influente, Madame Claude devient Violette, un agent des services secrets français. Aux grandes heures de la Françafrique, elle met ses filles dans les bras des hauts fonctionnaires et chefs d’État africains, tirant profit de la fameuse technique de la confession sur l’oreiller. Ses prostituées de luxe deviennent des pions sur l’échiquier de la politique étrangère française, que l’on envoie en mission en Afrique et dont les services de renseignement français débriefent les coucheries.

Au milieu des années 70, le Président tchadien François Tombalbaye en fait les frais. Confiant à l’une d’entre elles qu’il s’apprête à «lâcher» la France, il est peu de temps après victime d’un coup d’État dans laquelle il perd la vie.

Un jeu dangereux donc. Plusieurs filles auraient ainsi disparu sans laisser de trace, quand d’autres ont été retrouvées mortes dans les bras de leurs clients. Leurs dossiers ont été classés sans enquête : c’est la raison d’État.

Pour la mère maquerelle protégée sous Pompidou, le vent tourne sous Giscard. Rattrapée par la justice et les impôts, ses ennuis commencent en 1972 lorsque le fisc lui réclame 11 millions de francs (1,7 millions d’euros).

La chute s’accélère lorsque le nouveau président élu en 1974 fait le ménage. Ses protecteurs ne sont plus à des postes de pouvoir : la protégée se fait lâcher. Son influence décroît lorsque la politique de répression remplace celle du renseignement et avec la libération des mœurs, les pratiques sexuelles des uns et des autres deviennent obsolètes.

Le juge Bruguière, à partir de 1976, se lance dans une grande chasse aux sorcières, plus exactement aux maquerelles et, tandis qu’il dépèce les grands réseaux de prostitution , Mme Claude  prend ses jambes à son cou et s’exile en Amérique.

Là-bas, elle fait dans la viennoiserie, monte une chaîne de croissanteries et, derrière sa caisse, empaquette ses petits pains. Son associé la dépouille, c’est une nouvelle banqueroute. «Sortie du sexe, je n’ai pas le sens des affaires», se lamente-t-elle. Le mal du pays est tenace et sa boutique d’antan lui manque.

Alors à 62 ans, en 1985, Madame Claude pointe le bout de son nez en France.

Grand mal lui en a pris : elle est arrêtée dans une bâtisse où elle avait trouvé refuge, sur les terres de l’amie Sagan. Un détour par la case prison de Cahors, quatre mois qu’elle passera enroulée dans son vison. Libérée, elle vend des vêtements dans une boutique, terrorise les clientes, comme elle a toujours sur faire, avant de décider, à 68 ans, qu’il serait temps de rouvrir son échoppe à plaisirs. Une douzaine de filles dans son appartement parisien. Mais décidément, les temps ont bien changé, elle se fait pincer et se retrouve six mois à Fleury-Mérogis, plus arrogante que jamais, et sans vison cette fois. La fin d’un monde.

En 2000, la Parisienne s’installe à Nice, dans une solitude seulement troublée par les visites de son coiffeur et voisin de palier. Elle retrouve sa fille perdue de vue depuis vingt ans, puis survient une nouvelle fâcherie, définitive cette fois. La vieille dame est intransigeante, autoritaire, menaçante, cassante et hautaine, un char d’assaut. Mais la guerre est déjà perdue. En décembre 2013, un AVC  terrasse la mère maquerelle la plus célèbre de France, elle voudrait en finir, choisir sa mort, en Suisse, comme elle a choisi sa vie et sa liberté. Mais la mort est longue à venir. Deux ans. Une fin solitaire, désargentée et sans gloire, à 92 ans, dans la tristesse de l’hôpital public de Nice.

Beaucoup de zones d’ombre subsistent tant sur la personnalité de Fernande Grudet que sur ses activités, ses protecteurs et ses célèbres clients. Car ses forces étaient, du dire de tous,  son silence et sa discrétion. Difficile aujourd’hui pour le commun des mortels de connaître les noms de ces centaines d’hommes de son cercle qu’elle consignait pourtant dans un célèbre carnet noir.

Les filles de Mme Claude sont aujourd’hui de vieilles dames de la bourgeoisie, insoupçonnées et insoupçonnables d’avoir dans leur jeunesse appartenu au célèbre réseau. Des noms circulent toujours dans les dîners….

Madame Claude s’est envolée avec ses secrets d’alcôve et ceux de la cinquième République.

Une disparition qui aura sans doute soulagé quelques rescapés de cette «belle» époque !

Dès qu’une affaire de proxénétisme est révélée par la presse, le nom de «Madame Claude» devient un terme générique pour désigner «ces  industries» qui existent hélas toujours….

Cabourg dans les pas de Marcel Proust

Le Grand Hôtel où Proust prenait ses quartier d’été, dresse toujours son imposante façade devant la Manche.

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Cabourg, appelée «Balbec» dans l’oeuvre de Marcel Proust,

 Description de cette image, également commentée ci-après

n’a cessé d’inspirer l’écrivain. Pour soigner son asthme, il a passé plusieurs étés, entre 1907 et 1914, au célèbre Grand Hôtel, dont il a fait le décor d’A l’ombre des jeunes filles en fleurs….

Né le 10 juillet 1871 à Auteuil, qui était alors une village de l’ouest de Paris, Marcel Proust est considéré comme l’un des plus grands romanciers du XXème siècle. Son oeuvre majeure est : A la recherche du temps perdu, un roman comprenant sept tomes, écrits en 1906 et 1922 et publiés entre 1913 et 1927.

L’un des volumes les plus connus, A l’ombre des jeunes filles en fleurs, a reçu le prix Goncourt en 1919. A cela s’ajoute une correspondance abondante (22 tomes de lettres) publiées après sa mort, survenue à la suite d’une pneumonie le 18 novembre 1922.

Proust's "Room" 414 at the Grand Hotel. From a blog http://www.marclefrancois.net/article-pelerinage-proustien-au-grand-hotel-de-cabourg-48394486.html. English translation: http://translate.google.com/translate?sl=auto&tl=en&js=n&prev=_t&hl=en&ie=UTF-8&u=http%3A%2F%2Fwww.marclefrancois.net%2Farticle-pelerinage-proustien-au-grand-hotel-de-cabourg-48394486.html

Derrière la porte de la chambre 414, au quatrième étage du Grand Hôtel de Cabourg, le temps s’est arrêté. A côté d’un grand lit, un petit bureau donne sur la Manche. Rien d’exceptionnel, à première vue, dans ce cadre certes confortable, mais épuré. Sauf qu’ici ont été rédigées les plus belles pages de la littérature française du XXème siècle. Du moins le croit-on. «Rien n’indique qu’il s’agisse de la chambre exacte de Marcel Proust, souligne Jean-Paul Henriet, historien, ancien maire de Cabourg et grand spécialiste de l’auteur. «Mais peu importe. On sait que l’écrivain a séjourné à l’hôtel, dans une chambre similaire, reconstituée ici à l’identique».

En juillet 1907, le romancier, âgé de 36 ans, a peu publié et se languit à Paris. Il vient de perdre sa mère dont il était très proche et est secoué par de violentes crises d’asthme, maladie dont il souffre depuis l’enfance. En quête d’air marin, il recherche un lieu en Bretagne où passer l’été, quand il tombe sur une annonce en première page du Figaro, journal pour lequel il écrit alors. Il découvre qu’un hôtel avec tout le confort moderne vient d’ouvrir à Cabourg, cette côte normande qu’il connaît bien pour y avoir séjourné enfant et lors de son service militaire. Séduit par le charme de la petite station balnéaire qui, en ce début de XXème siècle, accueille ses premiers estivants, Marcel Proust y reviendra sept été de suite.

Comme nombre d’asthmatiques, Proust, qui redoute les crises nocturnes, dort le jour et vit la nuit. Les clients de l’hôtel ne sont pas étonnés de le voir émerger sur les coups de 15 heures dans «L’aquarium», la grande salle de déjeuner située en face de la mer. Là, le romancier s’installe et observe la vie mondaine du palace. Il discute aussi bien avec les grooms et les maîtres d’hôtel qu’avec les riches clients en villégiature. Depuis l’hôtel, il a directement accès au casino, où il passe des heures à jouer et à converser avec les représentants de l’aristocratie. Il les fait parler de leurs mœurs et de leur façon de vivre. A l’époque, c’est une société fermée, mais lui va réussir à obtenir tout un tas d’informations dont il va se servir. Riche de ces confessions et après un dîner frugal fait d’une sole et d’un café au lait, l’écrivain remonte dans sa chambre et couche toute la nuit, sur le papier, le compte-rendu de ces précieux entretiens.

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Aujourd’hui le nom du célèbre écrivain a été donné aux 3.6 kilomètres de promenade longeant la digue qui protège la ville.

Plus rarement, cet homme, qui craint le froid et porte en plein été manteau, chapeau et foulard, s’aventure sur la digue devant l’hôtel, sur la promenade qui porte aujourd’hui son nom. Il écoute des concerts et observe cette micro-société qui l’amuse et qui, encore une fois, nourrit son oeuvre. Durant ces étés, Proust découvre aussi les premiers «taximètres» qui, au départ de l’hôtel, permettent de parcourir la côte en quelques heures. Une révolution ! Il est ragaillardi par le grand air, son asthme le laisse tranquille. Ce passionné d’histoire et d’architecture visite Lisieux, Bayeux, Houlgate et s’en inspire.  «Balbec», que l’on retrouve dans A la recherche du temps perdu, est une ville tout droit sortie de l’imagination de Proust et qui se compose d’éléments puisés dans les stations normandes. La mer et la digue décrites dans A l’ombre des jeunes filles en fleurs, c’est le paysage qu’il voyait depuis la fenêtre de sa chambre, à Cabourg ; La nef de la cathédrale de Balbec, c’est celle de la cathédrale de Bayeux, explique Jean-Paul Henriet.

Résultat de recherche d'images pour "alfred Agostinelli"Alfred Agostinelli, son chauffeur rencontré à Cabourg, deviendra même plus tard son secrétaire et son grand amour : Albertine, qui a donné son nom au sixième tome de la Recherche, c’est lui.

En 1914, le Grand Hôtel est réquisitionné pour accueillir les premiers blessés de la Grande Guerre. Proust n’y remettra plus les pieds. La mer et les paysages normands de ce «temps perdu» restent heureusement à jamais gravés dans son oeuvre.

 

PARIS, dans les villages du 20ème arrondissement.

Rue de Ménilmontant — Wikipédia

Depuis ma fenêtre, je vois les tuyaux rouges et bleus de Beaubourg et de la rue des Cascades. The 'regard Saint-Martin' in rue des Cascades, Paris © French Moments #Paris #SecretParis #Belleville La rue des Cascades…le coeur battant du village. Ici, tout le monde se connaît, se salue.   À chaque fois que je sors, je croise l’aimable Raoul, vêtu de sa sempiternelle salopette, graveur venu du Mexique, qui a ouvert il y a trente ans son atelier sur des Cascades. C’est Raoul qui est à l’initiative de la création des ateliers d’artistes de Belleville, qui ouvrent leurs portes deux fois l’an. Les portes ouvertes des ateliers de Belleville cest aujourdhui et demain (dimanche concert de piano à 15h30) #Belleville #poaab2018 . Until tomorrow come to visit artists workshop in #Belleville #paris20 #parissecretD’une famille plus que modeste, Raoul a commencé à travailler à l’âge de 7 ans ; ensuite il est venu faire des études à Paris, et est devenu cet artiste généreux, dont le partage est le maître mot. Un peu plus loin, je salue Lucio, écrivain anarchiste espagnol, toujours sur le pas de sa porte, à guetter un rayon de soleil. Et voilà que passe Rodrigo, homme de théâtre chilien, toujours chic, qui joue Garcia Lorca dans les bars du quartier et anime un café-poésie nomade.

Au bout de la rue, sur la devanture du bistrot des Mésanges, une odalisque géante s’étale sur la façade ; j’ai vu la street artist 13 bis la réaliser sous mes yeux : moment magique. D’ailleurs, les graffiteurs de talent ne sont pas rares dans le XXème arrondissement. Et voilà que je croise le comédien Denis Lavant, qui semble toujours sorti d’un film de Leos Carax, et ne se déplace jamais sans un livre. Devant le Café littéraire, tenu par une prof de lettres défroquée, on cause politique et littérature.

La colline de Belleville

Le vent a chassé les nuages, je remonte la rue des Envierges ; le café Moncoeur à sorti ses tables multicolores en face du parc de Belleville, la plus belle vue sur tout Paris.Paris Parc des Buttes-Chaumont Je regarde tomber les feuilles d’or des ginkgos, puis j’entre dans le parc. Gérard, le maître-jardinier créateur du lieu, est l’âme de ce parc, le plus charmant de Paris, le plus pentu aussi. Il faut le voir tisser ensemble des végétaux que personne n’aurait eu l’idée d’accorder, et dont il fait des broderies végétales. Enfant de l’assistance, il a poussé droit grâce aux jardins, et fait partager sa passion. Il ne part jamais en vacances en été : «Le parc est bien trop fragile sous le soleil ardent», me dit-il, les mains dans la terre. À dix minutes d’ici, dans le XIXème arrondissement, il y a les Buttes-Chaumont, parc immense et fastueux, mais ceux que je préfère sont les jardins suspendus de Belleville. Parc de Belleville - Belleville - 47 conseils de 1841 visiteurs

je traverse la rue de Belleville, et me voici en plein quartier asiatique : un restaurant coréen vient de s’installer entre le Pacifique et le Lao Siam, un des meilleurs thaïlandais de Paris, son «tigre qui pleure», ( du bœuf à la citronnelle) est à tomber. J’hésite entre les raviolis coréens et le tigre en larmes….Finalement, j’entre au Pacifique, je m’installe devant le grand aquarium, je commande un canard pékinois aussi bon qu’à Pékin : Je déguste l’exquise peau craquante, en tête à tête avec les carpes aux yeux d’or.

Aujourd’hui c’est jour de marché à Belleville : je ne puis résister, je prends un bain de foule le long du boulevard, je me laisse porter par la cohue, la foule bigarrée des femmes… ici l’on trouve des fruits qu’on ne voit nulle part ailleurs. Me voici au bout du marché, devant le stand d’Afissatou, qui vend de si beaux boubous. Lestée d’un bracelet en pierre bleue, qui me portera sans doute bonheur, me voici happée par l’église NotreDame-de-la-Croix et son parvis haut perché Eglise Notre Dame de la Croix de Ménilmontant Après l’agitation frénétique du marché, cela fait du bien d’être soudain au calme, sur la place ombragée, au pied des grands marronniers. Je m’assieds devant un thé à la menthe servi avec des amandes grillées, au milieu des fumeurs de narghilés. Puis je passe devant la belle librairie de Monte-en-l’air, spécialiste de romans graphiques et livres d’artistes : Les dédicaces attirent toujours un monde fou. Je traverse l’église, respire l’odeur d’encens, ou un organiste joue. Le prêtre a exposé chasubles brodées et mitres colorées, on se serait cru dans un film de Fellini.

Le village de Charonne

J’enfile mes bottes de sept lieues, et en trois enjambées me voici au square des Saint-Simoniens : Prosper Enfantin, grand utopiste du XIXème siècle, philosophe illuminé, vécut ici, dans une demeure dont il ne reste que le parc. Au printemps, sous la ronde des cerisiers en fleurs, on se croirait au Japon. Juste en face, le cimetière du Père Lachaise, où dort l’armée des morts : Molière et Balzac y côtoient Jim Morrison et Édith Piaf.

Visit the Pere Lachaise Cemetery.The cemetery is surrounded by a stone wall that protects it from the bustle of the city. The main entrance, located on the boulevard Ménilmontant (twentieth arrondissement), is marked by a heavy gate symbolizing the boundary between the visible and the invisible, life and death. You can read the following Latin inscription: "hope is full of immortality", "Whoever believes in me, even if he is dead, he will live."Cimetiere-du-pere-lachaise © paula soler-moya - Flickr Creative Commons

Mais à l’immense Père Lachaise, aux allées de tombes, finalement assez déprimantes, je préfère le petit cimetière intime du village de Charonne, à quelques minutes : Il suffit d’enjamber la petite ceinture, l’ancienne voie de chemin de fer. Épousant la petite église Saint-Germain, le cimetière, un des plus charmants de Paris, cimetière de Charonne  rue Stendhal 75020C’est le royaume des chats, qui prennent le soleil sur les marbres lisses des tombeaux. À peine est-on assis qu’un guide bénévole et volubile vient vous faire l’article : ce lieu est sa passion, il vous raconte l’histoire tragique des enfants Malraux. Sur les conseils d’un ami, je pousse un peu plus loin, je parcours la rue Saint-Blaise, face à l’église de Charonne. J’admire les panamas dans la vitrine du chapelier, puis je découvre la place des Grès, encore une belle terrasse sous les arbres..Me voilà sur le jardin de l’hospice Debrousse, qui abrite le pavillon de l’Ermitage. Le pavillon de l'Hermitage  fut construit en 1734 pour la duchesse d’Orléans dans le parc du château de Bagnolet. Cette charmante bâtisse de pierre claire est le dernier vestige du château envolé de la duchesse d’Orléans, femme du Régent.

La Campagne à Paris

Je grimpe les escaliers de la rue du Père-Prosper-Enfantin. Et là, perchée sur la cime d’une colline : calme absolu, rêve bucolique coupé de la cohue…L’étonnante rue Irénée-Blanc, qui cercle la butte ronde de petites maisons et jardins. Le quartier de “la Campagne à Paris” sur les hauteurs du 20ème arrondissement Qui croirait qu’on est à deux pas de la porte de Bagnolet ? On entend juste le chant des oiseaux. Je dévale les escaliers du Père-Prospère-Enfantin. À côté du pavillon de l’Ermitage, j’avise un beau bistrot à l’ancienne, le Papillon Paris: Bistrot Papillon rénové par un couple de Sri-Lankais beaux comme le jour, au sourire soleil, et qui ont su, ainsi que me le confie un habitué, redonner au lieu son lustre d’antan. L’accueil est charmant, le zinc d’époque, et la cuisine aussi agréable que l’accueil. Au sortir de la campagne à Paris, je suis tombée par hasard sur un lieu qui clôt idéalement cette balade. Saluons l’ancien village de Charonne, et celles et ceux qui, parfois venus de très loin, nous apportent, en le faisant revivre, l’éclat et la joie dont nous avons tant besoin.

 

 

 

 

 

 

ARISTIDE ET MARGUERITE BOUCICAUT (XIXème siècle) LE DUO GAGNANT.

Aristide Boucicaut - Le Bon Marché — WikipédiaMarguerite Boucicaut (1816-1887), a participé à la création et à la prospérité du Bon Marché à Paris aux côtés de son mari Aristide Boucicaut et, femme d'une grande générosité, elle a montré constamment des préoccupations sociales et humanitaires. Elle a légué à sa mort son immense fortune à des œuvres de bienfaisance tout en assurant la pérennité du premier grand magasin parisien et en gratifiant ses employés.Entrepreneurs et visionnaires, les commerçants Aristide et Marguerite Boucicaut ont fondé,  AU BON MARCHÉ, modèle à l’origine des grands magasins.

Au Bon Marché (Department Store) 1952 History, Catalogue, Shop, Store Tom Keogh, Marguerite & Aristide Boucicaut, | Hprints.com

Le XIXème siècle a vu naître les grands magasins. Xavier Ruel a fondé le BHV ; Jules Jaluzot, Le Printemps ; Ernest Cognacq, La Samaritaine, et Théophile Bader, Les Galeries Lafayette. On doit le Bon Marché aux époux Boucicaut : ces derniers ont bousculé les codes du commerce de détail et imaginé un modèle qui a marqué durablement la société moderne de consommation.

Jacques-Aristide Boucicaut est né en 1810 dans une petite bourgade de Normandie. Fils d’un modeste commerçant, il doit travailler très jeune. D’abord employé dans la boutique paternelle, il devient ensuite colporteur en bonneterie. A 19 ans, il monte à Paris, où il est embauché comme vendeur Au Petit Saint-Thomas, magasin de nouveautés. Commercial hors pair, il prend rapidement du galon et est promu chef de rayon. C’est à cette époque qu’il rencontre Marguerite Guérin, pauvre et orpheline, mais également travailleuse et débrouillarde. La jeune femme a monté sa propre affaire : elle tient un bouillon qui sert toute la journée un plat unique aux ouvriers et aux employés. Marguerite et Aristide ont tous deux le goût de l’effort et le sens de l’initiative. Ils se marient en 1848. Cette même année, Aristide perd son emploi, mais rebondit vite en se faisant embaucher par Paul Videau, qui vient d’ouvrir, avec son frère Justin, un magasin baptisé «Au Bon Marché», situé dans l’angle de la rue de Sèvres et de la rue du Bac. La fibre commerciale et le génie des affaires d’Aristide se révèlent immédiatement. Sous son impulsion, la mercerie se métamorphose. Le 1er juin 1853, les Boucicaut s’associent aux frères Videau. Confiants, les époux mettent toutes leurs économies dans l’affaire. La boutique comprend alors quatre rayons et une douzaine d’employés et va progressivement devenir un grand magasin, proposant un large choix d’articles.

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Avec Aristide aux commandes, les innovations marketing et commerciales se multiplient. Elles peuvent se résumer en une phrase : désormais, le consommateur est Roi. Il peut entrer et sortir librement du magasin, sans obligation d’achat, il peut retourner un produit s’il n’est pas satisfait, acheter à crédit ; il a le droit de toucher et d’essayer la marchandise sans être importuné. Les prix sont affichés et fixes (finis, les prix «à la binette», qui variaient en fonction de la tête du client).

Aristide innove continuellement en offrant de nouveaux services, comme la livraison à domicile. Il édite dans les années 1860 son premier catalogue, permettant la vente par correspondance. Chaque saison, jusqu’à 500 000 exemplaires – accompagnés d’échantillons – sont envoyés à la clientèle, un service qui a lui seul, mobilise 150 employés. Cette nouvelle stratégie paie : la foule se presse Au Bon Marché. En dix ans, de 1853 à 1863, le chiffre d’affaires va progresser de 450 000 à 7 millions de francs. Malgré ce succès, Paul Videau est effrayé par l’audace de ses associés : Il décide de sortir de l’affaire en janvier 1863. Plus rien n’arrête alors les ambitions des Boucicaut. En 1869, il acquièrent un terrain et posent la première pierre d’un grand établissement commercial. Le nouveau Au Bon Marché sera, selon les mots de son propriétaire, «Le seul édifice spécialement construit et entièrement affecté à l’usage d’un grand commerce des nouveautés». Sous la conduite de l’architecte Louis-Charles Boileau et de l’ingénieur GUSTAVE EIFFEL, les espaces sont optimisés et magnifiés, grâce à l’alliance de la pierre, du fer et du verre.

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Ce nouveau bâtiment – dont la construction s’achèvera en 1887 – peut accueillir un large public sur une superficie de 52 800 mètres carrés. Il est organisé en 74 rayons gérés chacun par un chef, responsable de l’approvisionnement et de la vente. Le marketing et la publicité font leurs débuts avec des slogans tels que «Ici on reprend tout ce qui a cessé de plaire» ou «Chez Boucicaut, on livre à domicile aussi loin qu’un cheval peut aller dans Paris et sa banlieue». Les devantures de ce magasin moderne sont reproduites sur les catalogues, mais on les retrouve aussi sur des agendas, des papiers buvards et des plans de Paris. Chaque semaine, les enfants des clients reçoivent des images publicitaires à collectionner.

Aristide Boucicaut est également l’initiateur d’un événement promotionnel toujours en vigueur, le mois du blanc, durant lequel le linge de maison est vendu à prix réduit. En 1873, peu après les fêtes de fin d’année, alors qu’il errait dans un magasin vide, il avait imaginé cette animation afin de relancer les ventes….Et ça a fonctionné ! Autre innovation : pour capter et retenir la clientèle, le magasin dévient un lieu culturel grâce à un salon de lecture et à une galerie d’exposition.

Si les clients sont chouchoutés, les salariés ne sont pas en reste. Outre un intérêt direct à la vente, ils ont un accès gratuitement à des cours de langues étrangères, de chant, de musique et d’escrime. Ils bénéficient d’un jour de congé payé hebdomadaire, d’une médecine du travail, d’un réfectoire gratuit, d’une caisse de prévoyance, puis d’une caisse de retraite (qui sera largement financée par la fortune personnelle de Marguerite Boucicaut).

Aristide Boucicaut, est un patron qui fait rêver l’Amérique !

En 1877, Aristide meurt. Il laisse à sa veuve une entreprise réalisant un chiffre d’affaires de 72 millions de francs et employant plus de 1 700 personnes. Pendant dix ans, Marguerite va diriger seule la société, tout en poursuivant la politique commerciale et le management de son mari. En 1880, elle décide ainsi d’intéresser financièrement chaque salarié de la société. Elle décède sept ans plus tard, en 1887 dans sa villa cannoise. Ses somptueuses obsèques sont célébrées en l’église Saint-Thomas-d’Aquin à Paris. De nombreux employés, clients et amis se déplaceront pour rendre hommage à sa bonté ainsi qu’à ses accomplissements. Son testament s’inscrit dans la continuité de ses œuvres sociales et philanthropiques : elle confie à l’Assistance publique, son légataire universel, la construction d’un hôpital moderne qui portera son nom,  lègue une partie de sa fortune à des oeuvres philanthropiques, l’autre à ses employés (chacun reçoit, suivant son ancienneté, de 1 000 à 10 000 francs).

Révolutionnaires dans leur approche de la relation client, les époux Boucicaut ont contribué à la diffusion de la mode parisienne en France et à l’étranger. La presse les présentait à l’époque comme «La Bonne Dame du Bon Marché» et «L’Homme que nous envie l’Amérique».

Une succes story Française immortalisée par Emile Zola, dans son chef-d’oeuvre «Au Bonheur des Dames». Une enquête passionnante dans laquelle Zola se révèle être un grand documentariste avant l’heure.

Leur savoir faire était axé autour de trois grand principes. D’abord, ils ont placé la qualité des produits au cour des enjeux marketing de réputation et de fidélisation : Ils proposaient, par exemple, aux consommateurs non satisfaits de retourner leurs achats. Ensuite, ils ont imaginé une expérience client unique. Pour la première fois l’acte d’achat est pensé comme un moment privilégié, déconnecté des contraintes du quotidien : les articles sont présentés dans de superbes mises en scène, les enfants peuvent être gardés dans le magasin… Faire des emplettes devient dès lors un loisir à part entière. Enfin, ils ont su mettre au centre de leur stratégie la fidélisation de la clientèle, tout en s’attachant à améliorer les conditions de vie et de travail de leurs employés.

Les Parisiennes prirent l’habitude de se retrouver dans ce grand magasin, échappant un temps à l’ennui de leur vie domestique. Et, ce faisant, certaines développèrent une addiction toute nouvelle au shopping !

Bon, et Le Bon Marché aujourd’hui ?  Détruit par un incendie, il est reconstruit en 1924 par Louis-Hippolyte Boileau. Depuis 1984, le Bon Marché est propriété du groupe LVMH  (C’est le premier groupe de luxe au monde avec quelques quinze milliards de chiffre d’affaire, 59 000 employés et 60 marques)  Bernard Arnault, qui sait se montrer intraitable avec les ouvrières qu’emploie son groupe de luxe LVMH, a entrepris une grande rénovation et refonte des espaces en vue de le moderniser. Le Bon Marché, démentant sans aucun scrupule son propre nom, puisque, «bon marché» signifie «peu onéreux», Le Bon Marché donc, est devenu le grand magasin de luxe de la rive gauche, celui dans lequel la bourgeoisie parisienne est assurée de trouver le fameux «bon goût à la française».