NOËL – Du païen au Chrétien

En 337, le pape Jules 1er décrète que Jésus a vu le jour le 25 décembre. Une date choisie parce qu’elle correspond à des réjouissances orchestrées….en l’honneur du dieu perse Mithra ! 

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Dans les années 330, alors que l’empereur Constantin officialise la religion chrétienne, l’Église décide d’instaurer une fête spécifique afin de célébrer la naissance du Christ.  Le choix de la date va s’inscrire dans un contexte de lutte contre le paganisme. 

En effet, les Saturnales, célébrant le dieu des semailles et de l’agriculture, donnent lieu à Rome à des réjouissances, souvent débridées, entre le 17 et le 24 décembre. Les Romains échangent des cadeaux, des porte-bonheur, des gâteaux et décorent leur foyers avec du lierre, des branches de houx et de gui. 

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Le 25 décembre est aussi le fête la plus importante de Mithra, dieu venu de Perse symbolisant la lumière et la pureté, introduit à Rome par l’empereur Élagabal en 218 et dont le culte devient officiel en 274, sous Aurélien

Les adeptes de cette religion, diffusée par les légionnaires dans les provinces les plus éloignées de l’Empire, appartiennent plutôt à l’élite urbaine aristocratique et militaire.  Ils célèbrent alors, au moment du solstice d’hiver, période de l’année où les jours rallongent, la renaissance du Sol Invictus, le «soleil invaincu». En fixant Noël au 25 décembre, l’Église facilite ainsi le passage des coutumes païennes à la foi chrétienne. 

En 337, le pape Jules 1er est le premier à décréter que Jésus a vu le jour un 25 décembre. 

En 506, le concile d’Agde en fait une obligation dogmatique et, en 529, l’empereur Justinien déclare la Nativité jour chômé. Mais la fête célébrant la Nativité ne connaît un réel essor qu’au Moyen Âge  avec la propagation du christianisme. 

Le terme même de Noël devient une exclamation de joie, lancée par la foule en liesse lors des grandes occasions : naissances, baptêmes ou mariages princiers, entrées triomphales des souverains dans une ville. 

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La crèche et la messe de minuit datent aussi de l’époque médiévale.  Très tôt les premiers chrétiens vénèrent le lieu de naissance du Christ à Bethléem, et les pèlerins viennent se recueillir dans la grotte et devant la crèche ayant, selon la tradition chrétienne, abritée l’Enfant Jésus. 

C’est saint François d’Assise qui célèbre le premier en 1223, une messe de minuit devant une étable où hommes et bêtes rejouent la scène de la nativité. 

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À partir du XIIIème siècle, les Mystères, ces tableaux vivants ayant pour thème le vie de Jésus, introduisent des crèches dans leurs représentations. Puis celles-ci apparaissent dans le choeur des églises, avant de se répandre, sous forme miniaturisées, dans les foyers.  Composées de petits personnages en verre ou en porcelaine, elles sont d’abord l’apanage des plus fortunés. L’apparition de sujets modelés en mie de pain ou en argile permet leur diffusion dans toutes les régions de France. 

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Inspirée par la tradition Italienne, la Provence invente les célèbres santons (du provençal santoun, «petit saint»). 

Pour les croyants, la messe de minuit et ses chants de Noël représentent le pinacle des festivités. Les plus anciens datent du XVème siècle. Ils ont été popularisés grâce aux bibles de Noël, recueils de cantiques vendus par des colporteurs du XVIème siècle. Quant au sapin, il faut attendre la fin du XIXème siècle pour qu’il s’impose en France.   Il est d’inspiration germanique. Résultat de recherche d'images pour "sapin de noel gif "


Résultat de recherche d'images pour "père noel "À l’origine ce personnage débonnaire,  à la barbe blanche, qui apportait des cadeaux aux enfants sages, était habillé de vert. Jusqu’à ce que la firme Coca-Cola, s’en empare en 1931, et en fasse un bonhomme ventru, tout de rouge vêtu. 

LA BÛCHE DE NOËL 

Au XIXème siècle, le gâteau inventé par les pâtissiers remplace la traditionnelle bûche placée jusqu’alors dans la cheminée, la veille de Noël. 

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Cette coutume, attestée depuis le moyen âge, héritière de divers rituels païens associés au solstice d’hiver, est répandue dans toute l’Europe occidentale et, en particulier, en France. Appelée «cosse» dans le Berry, «chuquet» en Normandie, «bocque» dans les Ardennes, «cachofio» en Provence, «cache fioc» dans le Roussillon, «capsou» en Aquitaine, «tronche» en Franche-Comté, la bûche, issue d’un bois dur et si possible d’un arbre fruitier, doit à l’origine être coupée avant le lever du soleil. À défaut, une vieille souche de hêtre ou de chêne , même entourée de lierre et de mousse, fait l’affaire.  Elle doit être suffisamment grosse pour brûler du 24 décembre jusqu’au nouvel an, ou tout au moins pendant trois jours, d’où le nom de «tréfeu» ou «tréfouet», trois feux, qui lui est donné dans certaines régions.

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Aucun foyer ne doit déroger à cette règle. Cette flambée, censée purifier les humains de tous les péchés accomplis depuis le Noël précédent, symbolise la lumière apportée au monde par la naissance du Christ. Elle possède aussi des vertus protectrices et éloigne les mauvais esprits. Le chef de famille bénit la bûche avec de l’eau et du sel, parfois du vin, de l’huile ou du miel, selon les provinces, avant de l’allumer – à mains nues car aucun ustensile ne doit l’approcher – Imprégné du liquide versé, le bois se consume plus lentement. Un homme armé d’un fusil, est parfois chargé de veiller sur elle lorsque toute la famille part assister à la messe de minuit.  Gare au démon qui pourrait venir l’éteindre et attirer le malheur sur la mesnie ! 

De nombreuses croyances sont associées à cette bûche. S’il y a beaucoup d’étincelles, la moisson sera bonne, prédit-on. Si la lumière projette des ombres sur le mur, elle annonce un décès dans la famille au cours de l’année à venir. 

Les tisons, non entièrement consumés, conservés à l’intérieur de la maison, la protège de la foudre. Les cendres ont le pouvoir de préserver des maladies et de protéger hommes et bêtes des accidents. 

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Parfois ornée de rubans ou bien de houx et de laurier, la bûche est, comme en Bourgogne et en Franche-Comté, évidée et fourrée de friandises pour les enfants. Une espèce d’ancêtre du Père-Noël .

À partir du XVIIIème siècle, elle est peinte et ornée de devises. À la cour, sous le règne de Louis XVI, des fleurs de lys  viennent décorer les énormes tronçons destinés à brûler dans les royales cheminées. 

Détrônée par le poêle en fonte et le calorifère, la bûche a été progressivement remplacée par sa célèbre doublure comestible Résultat de recherche d'images pour "les plus belles buches de noel" lourde en calories. 

Depuis quelques années, des versions plus light ont fait leur apparition…..

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Pourquoi n’existe-t-il pas de gauche ni de droite au théâtre ?

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Théâtre du Palais Royal  à Paris

Difficile pour le metteur en scène de théâtre assis dans la salle de dire à un acteur de sortir «à gauche» de la scène : s’agit-il de la gauche du metteur en scène ou de celle de l’acteur qui se trouve face au public ?

Pour pallier ce problème de droite et de gauche, sous l’Ancien Régime, les machinistes, qui étaient souvent d’anciens marins, avaient trouvé une alternative tirée du bâbord-tribord de la navigation : un «côté de la reine» et un «côté du roi» remplaçaient la droite et la gauche, et facilitaient la communication au sein de la troupe. Puis, lorsque la Comédie-Française fut installée au Palais des Tuileries entre  1770 et 1782, la troupe prit l’habitude de se référer au côté cour et au côté jardin du palais, qui correspondaient respectivement au côté droit et au côté gauche de la scène, lorsqu’on se trouve dans la salle.

Depuis l’usage est resté : au théâtre, la droite et la gauche n’existent pas. Il n’y a qu’un côté cour et un côté jardin …..même en l’absence de cour et de jardin !

Mais de quel auteur génial viennent ces dénominations fleuries ? Sophocle ? Shakespeare ?
Beaumarchais.
Sans qu’il n’y soit pour rien. Nous sommes en 1784, à Paris, où des acteurs répètent
Le Mariage de Figaro. Ces acteurs, ce sont les sociétaires de la Comédie Française.
Suite à des problèmes de place, l’intendance les a provisoirement installés aux Tuileries dans la salle des machines. L’endroit fait face à la Seine. Quand les acteurs regardent le fleuve, ils ont à leur gauche la cour du Palais des Tuileries et à leur droite un jardin qui s’étend à  l’époque jusqu’à la place de la Concorde. Ils ont donc à leur gauche le côté «cour», et à leur droite le côté «Jardin».

Présentée pour la première fois au public, la pièce connut un triomphe.
Et le binôme cour/jardin a lui aussi brûlé les planches.

Et pour ceux qui ont déjà oublié où étaient le côté  «cour» et le côté «jardin».

Les moyens mnémotechniques   les plus connus, pour savoir où se situent le jardin et la cour, consistent pour le public à se rappeler les initiales de Jésus-Christ  ;  J.-C.   pour les intimes ; comme Jardin/Cour en regardant la scène depuis la Régie (Rex/Romain); et pour les acteurs se remémorer la formule « côté cour, côté cœur» en regardant la salle, le cœur étant situé à gauche. De même pour les acteurs, jarDin comporte un D comme droite, tandis que cour n’en comporte pas.

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Je sais ça énerve ! 

Le vocabulaire du théâtre est riche de termes très imaginés, dont l’explication est souvent historique :

Une Italienne 

Au théâtre, une italienne est une répétition sans mettre le ton, d’une voix neutre qui permet aux acteurs de mémoriser leur texte sans se fatiguer.

Plus spécifiquement à l’opéra, l’italienne reprend les éléments caractéristiques au théâtre en y ajoutant qu’il s’agit en principe de la première répétition avec l’orchestre en fosse, et qu’elle réunit pour la première fois orchestre, chœurs et solistes en une seule séance de travail.

Le filage

la répétition, appelée aussi le filage, est un exercice d’apprentissage ou de  mémorisation d’une partie ou de la totalité d’une pièce de théâtre sous la direction du metteur en scène.

La générale

La répétition générale est la dernière répétition avant la première représentation. Elle couvre la totalité de la pièce dans les conditions de mise en scène de la représentation publique (durée, costumes, décors, son, éclairage…). Elle peut accueillir des amis, des invités, parfois la presse.

La Colonelle

C’est la répétition qui précède la générale. Dans la hiérarchie des grades militaires , le colonel est juste en dessous du général.

La couturière

C’est souvent aussi l’avant-dernière répétition avant la première représentation. Elle a pour objectif de tester la pièce avec tous les costumes, de fixer les dernières retouches, d’optimiser les changements et l’habillage.

Clou, corde et vipère

sont des mots proscrits dans le vocabulaire du théâtre (on est très superstitieux) Si on les dit, il faut payer une tournée à tout le monde pour exorciser l’effet de malchance qui pourrait se produire (on ne peut que constater que les théâtreux du monde entier aiment à boire entre collègues, car après avoir fait du théâtre quel grand plaisir que de parler de théâtre !…) Ne pas amener la couleur verte sur le plateau ni des œillets dans la loge, même effet et même remède…

Ne dites jamais « bonne chance » à un comédien, ça porte malheur ! Du temps où l’on venait au théâtre en calèche, les chevaux faisaient leurs besoins sur le parvis. Ainsi, plus il y avait de crottin, plus la pièce avait du succès. C’est pourquoi l’on dit « merde » pour souhaiter aux comédiens de faire salle comble. Et que répond-on ? Tout sauf « merci » !

Le quatrième mur

Le quatrième mur est un écran imaginaire qui sépare l’ acteur du spectateur. Parallèle au mur de fond de scène, il se situe entre le plateau et la salle, au niveau de la rampe. Avec ce système, les acteurs ont commencé à avoir des déplacements plus naturels   et quotidiens, ils pouvaient par exemple jouer dos au public.

Le public voit alors une action qui est censée se dérouler indépendamment de lui. Il se trouve en position de voyeur : rien ne lui échappe mais il ne peut pas intervenir. Le personnage peut briser cette illusion en faisant un commentaire directement au public, ou bien en aparté.

L’expression « briser le quatrième mur » fait référence aux comédiens sur scène qui s’adressent directement au public et, au cinéma, quand des acteurs le font par le biais de la caméra. Cette technique est considérée comme une technique de métafiction.

Brûler les planches

C’est le fait de jouer la comédie avec talent et de remporter un immense succès au théâtre. Le verbe brûler fait référence aux bougies que l’on plaçait jadis sur scène pour éclairer les acteurs. L’équivalent au cinéma ? Crever l’écran !

L’oeil du Prince

 Place d’où l’on voit le mieux le spectacle. En général, c’est le siège que choisit le metteur en scène lors des dernières répétitions, car il bénéficie d’une vue idéale sur la scène. L’œil du prince se situe aux environs du septième rang, au centre de la rangée. 

Être sous les feux de la rampe

À l’origine, cette expression signifie « être sur scène ». Ici, il n’est pas question de rampe d’escalier mais de rampe d’éclairage : des lattes en bois sur lesquelles on installait des chandelles afin d’éclairer la scène. L’arrivée de l’électricité a produit l’expression voisine « être sous le feu des projecteurs ».

Faire un four

L’expression faire un four signifie ne pas rencontrer le succès, échouer.
Cette expression provient du jargon du théâtre du XVIIème siècle. À l’époque, on faisait un four si le théâtre était plongé dans l’obscurité car cela signifiait qu’il y avait peu ou pas de spectateurs. D’ailleurs, s’il y avait peu de spectateurs, on éteignait pour inciter ces derniers à partir! À quoi bon jouer pour une poignée de personnes… On associait le four au manque de lumière comme dans l’expression il fait noir comme dans un four (peu utilisée aujourd’hui).

Également synonyme d’échouer, l’expression faire un bide est très utilisée de nos jours. Elle fait aussi partie du jargon du théâtre. En effet, les comédiens faisaient un bide (synonyme de ventre) si les spectateurs sortaient du théâtre sur le ventre , en rampant comme un serpent! Peut-être parce que, de cette manière, ils réussissaient à s’échapper du théâtre sans qu’on les voie!

À l’inverse, « tenir l’affiche », c’est rester plus longtemps que prévu à l’affiche en raison du succès remporté par la pièce.

Le Paradis

Dans un théâtre , le paradis (aussi appelé poulailler) est le dernier étage au-dessus des loges et des balcons.

Le film de Marcel Carné «Les enfants du paradis» (1945)  se situe au théâtre des Funambules   et évoque l’atmosphère populaire de cette partie d’un théâtre. Le scénario est de Jacques Prévert.  Arletty et Jean-Louis Barrault  en sont les interprètes principaux.

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À l’opposé, on trouve la baignoire qui ne sert pas à prendre des bains, mais à regarder le spectacle du rez-de-chaussée !

LA BAIGNOIRE DE POMPÉI À JACUZZI

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Les Romains la connaissent en marbre ou en bronze. Le Moyen Age la découvre en bois. il faut attendre 1650 pour qu’elle commence à faire son apparition, en métal, dans les intérieurs chics des aristocrates. 

On connaît le goût des Romains pour les thermes, et le bien-être de prendre des bains dans le marbre et la mosaïque. On a découvert, à Pompéi et à Herculanum, les premières baignoires en bronze.  Mais il faut attendre le Moyen Âge pour en retrouver : elles sont alors en bois et utilisées dans les étuves. Les baignoires en métal apparaissent vers 1650, la tôle est employée à partir des années 1840. La porcelaine ou la céramique n’arrive qu’au début du XXème siècle, quand l’entreprise Jacob parvient à émailler l’argile, en 1886. Longtemps, on ne se baigne que de façon modérée, uniquement sur prescription médicale, de crainte de tomber malade. Transportés par l’eau, les microbes sont censés entrer dans l’organisme par les pores de la peau qui n’est pas considérée comme un écran. Les étuves ont ainsi été fermées au XVIème siècle, bien plus pour éviter les contagions et par manque d’approvisionnement en eau que par pudibonderie.

Deux cents ans plus tard, le futur Napoléon III, prisonnier, se fait installer au fort de Ham un complexe de bains qui coûte mille francs au gouvernement. Du fond de sa prison, il entend conserver une bonne santé avec des bains d’eau sulfureuse, réputée pour soulager les rhumatismes et guérir les plaies chroniques. L’odeur étant insupportable, d’autant que la baignoire est en bois, il se plonge ensuite dans une baignoire de cuivre recouverte d’un tissu blanc, pour éviter le contact désagréable du métal avec la peau, et remplie d’eau chaude.

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Hall des Sources – Vichy

En mai 1676, Madame de Sévigné, la célèbre épistolière, est à Vichy pour y «prendre la douche». Elle en fait une description épouvantable à sa fille. Toute nue,  ou presque, puisqu’elle est en chemise, pendant une demi-heure qui lui paraît l’éternité, elle endure les morsures d’un jet d’eau bouillonnante sortant d’un tuyau tenu par une femme. Elle parvient à renouveler son exploit huit jours consécutifs. il ne s’agit pas, pour elle, de se laver, mais de soigner ses rhumatismes.

À la fin du XIXème siècle, le docteur Delabost, médecin en chef de la prison Bonne-Nouvelle de Rouen, imagine de construire une «douche en pluie» pour décrasser les détenus. L’eau est d’abord curative, qu’on la prenne sous forme de douches ou de bains. Les difficultés pour remplir les baignoires d’eau chaude et les maintenir à bonne température, s’ajoutant aux problèmes d’aération des pièces et d’évacuation des buées, rendent la moindre opération de lavage complexe.

Pourtant, dès le XVIIIème siècle, les médecins hygiénistes préconisent le lavage à l’eau courante, mais celui-ci reste du domaine du rêve.

En 1834, Victor Considérant imagine un phalanstère ou la chaleur tirée d’un calorifère géant alimenterait un vaste réseau de tuyauteries, permettant à chaque occupant de prendre son bain quotidien.

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Cette utopie ne devient réalité qu’au XXème siècle dans les métropoles des pays développés, après l’aménagement de canalisations et de systèmes d’adduction d’eau. La salle de bains et la douche s’introduisent alors dans les appartements individuels.

Il y a plus d’un siècle, Francesco, Rachele et Valeriano Jacuzzi quittèrent l’Italie et immigrèrent en Californie pour vivre « le rêve américain ». Quelques années plus tard, leurs frères Gelindo, Candido, Giocondo et Giuseppe les rejoignirent pour fonder la société Jacuzzi Bros. Nous sommes en 1915 et c’est une histoire hors du commun, faite d’initiatives, de génie et d’esprit innovateur, qui commence.

Leur première invention fut une hélice de nouvelle génération adoptée par l’aviation des États-Unis, prémisse du premier monoplan à cabine fermée breveté en 1920. À partir de là, une succession d’intuitions leur ouvriront des perspectives nouvelles : de l’invention d’une pompe pour l’irrigation qui fait fureur chez les agriculteurs américains jusqu’à la création du Frostifugo, un super-ventilateur qui souffle de l’air chaud pour faire face aux gelées. Chaque idée en engendrait une autre.

En 1943, Kenneth Jacuzzi, le fils cadet Candido, est atteint d’une grave forme d’arthrite rhumatoïde. Ayant remarqué que les séances mensuelles d’hydrothérapie qu’il effectuait à l’hôpital contribuaient à soulager ses souffrances et les symptômes de sa maladie de manière significative, son père, le plus jeune des 7 frères Jacuzzi, développa en 1956 la première pompe à immersion reproduisant les effets curatifs de l’hydrothérapie, ce qui lui permit de pouvoir continuer les traitements chez lui. C’est la naissance de la pompe J-300, une pompe à jet qui exploite les effets curatifs de l’hydrothérapie.

Cet esprit innovateur était également très présent chez Roy Jacuzzi, un membre de la troisième génération, et dans les années 1970 il a développé des baignoires de plus grande taille avec système de chauffage et de filtration intégré pour accueillir plusieurs personnes, créant ainsi le premier spa.

Cette année-là, symbole de libération des corps, du droit au plaisir et d’hédonisme, voit naître un nouvel usage du bain associé au jet d’eau, celui du bain plaisir tonique, à la croisée de l’ancien usage thermal et de la recherche de propreté.

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La différence entre un spa et un jacuzzi est mince : tous deux font référence au  bain d’eau chaude bouillonnante fourni par un système de pompes hydrauliques où les jets hydromassants peuvent être contrôlés et paramétrés en fonction des besoins de ses utilisateurs.

Dans la vie, il n’y a pas de mal à se faire du bien !

Contrepèterie ; jeu de mots

Si la langue venait à vous fourcher, si vous commettiez ce que les pédants nomment un «Lapsus linguae» , vous auriez fait sans le savoir une contrepèterie

La cuisinière qui dit : J’ai mis à cuire une tapisserie (au lieu d’une pâtisserie), l’amoureux timide qui s’écrie en tombant aux genoux de sa belle : Je donnerai ma vie pour un mou de veau (au lieu d’un mot de vous) ou le comédien qui entre en scène, superbe, en ordonnant : Trompez, sonnettes ! (à la place de Sonnez, trompettes !) sont les auteurs bien involontaires d’une contrepèterie qui a provoqué un éclat de rire à leurs dépens. 

♦  Bien sûr, il n’est de véritable contrepèterie que volontaire car la réussite en ce domaine nécessite, pour devenir un art, une technique que seul un long entraînement procure.

La contrepèterie peut se définir comme l’intervention, au sein d’une phrase d’apparence volontairement anodine, de deux lettres, de deux syllabes ou même de deux mots, de manière à obtenir une autre phrase, gaillarde et drôle celle-là. 

Le bon maître François RABELAIS (1494-1553) passe pour avoir été l’inventeur du procédé qu’il nommait antistrophe ou équivoque. 

Il n’y a, disait Panurge, qu’une antistrophe entre «femme folle à la messe» et «femme molle à la fesse» .

On doit à Rabelais de nombreuses illustrations de ce procédé.

(À l’attention de ceux qui ne seraient pas des familiers de cette technique, j’indique les lettres à intervertir en caractère rouge,  exemple : Une lieuse de chardons  = une chieuse de lardons)  etc…

♦   C’est le sieur Estienne TABOUROT (1547-1590) qui dans son livre BIGARRURES ET TOUCHES DU SEIGNEUR DES ACCORDS, écrivit le premier le mot de contrepèterie qu’il avait emprunté au «jargon des bons compagnons». 

♦  À la fin du XIXème, période souriante entre toutes pour la profusion d’humoristes et de gens d’esprit qui s’y illustrèrent, la contrepèterie retrouva une nouvelle jeunesse. On contrepèta allègrement à la Belle Époque et, bien qu’atténuée, la tradition ne s’est pas perdue aujourd’hui.

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En éditant une série d’affiches pour vanter l’aménagement des berges de la Seine. La mairie de Paris ne s’attendait sûrement pas à une telle publicité…à son insu. La faute à une contrepèterie qui s’est glissée dans le slogan: «les berges sont à vous». (Vous ne trouvez pas? Vraiment? Inversez les premières lettres du premier et du dernier mot…) 

Le genre a ses classiques qu’il serait dommage de ne pas citer : 

d’Henri MONNIER ,  On connaît le boulevard des fille-du-Calvaire, mais on ne connaît pas assez le calvaire des filles du boulevard. 

de Victor HUGO ,  J’ai fait le bossu cocu. J’ai fait le beau cul cossu.

⇒ de Léon-Paul FARGUE ,  Lorsque ce doux poète écrivait à ses amis fraîchement décorés de la légion d’honneur, il les félicitait d’avoir reçu la roseur de la Légion d’honnête. C’est lui aussi qui avait rebaptisé la station de métro Sèvres-Lecourbe qui lui rappelait un ancien rendez-vous galant : La station Lèvres se courbent. 

⇒ de Jean COCTEAU ,  guère enthousiasmé par les céramiques que  décorait son ami Picasso à Vallauris : Je préfère subir les assauts de pique-assiette que les assiettes de Picasso. 

⇒ de Jacques PRÉVERT , on n’a que l’embarras du choix  : Son martyr, c’est pourrir un peu est resté célèbre. On connaît moins cette pensée de lui : Cybermétique : Cythère bernique ! 

♦  C’est en 1934 que parut l’ouvrage qui, de nos jours, fait encore autorité en la matière. LA REDOUTE DES CONTREPÈTERIES, dû à l’imagination de Louis PERCEAU (avez-vous lu Perceau ?) C’est une véritable somme où sont répertoriés tous les grands classiques actuels du contrepet. Avant de vous livrer  un bouquet des plus réussis, il est utile de rappeler, à l’usage des néophytes, un certain nombre de règles qu’on pourrait appeler …

DU BON USAGE DU CONTREPET

  1. La contrepèterie est un art oral, bien qu’il soit recommandé pour élargir son répertoire de consulter les recueils spécialisés, le véritable plaisir est d’échanger des contrepets avec un ami. Pour atteindre à une plus grande efficacité, la contrepèterie demande même le concours de trois personnes : celle qui dit le contrepet, celle qui le comprend et celle à qui la signification cachée échappe complètement, le plaisir des deux premières étant décuplé par l’incompréhension de la troisième.
  2. La contrepèterie est le masque décent d’une phrase gaillarde. L’impression délicieuse d’un encanaillement contrôlé n’est pas le moindre charme de l’exercice.
  3. La contrepèterie ne doit jamais être traduite. La contrepèterie est drôle en ce qu’elle recèle, derrière le masque de la bienséance, une phrase triviale à l’état virtuel. Aussi longtemps que celle-ci reste inexprimée, elle provoque une intense jubilation chez les initiés. Traduite, elle n’est plus qu’une phrase grossière parmi d’autres. 

♦  Foin de la théorie ! il serait temps de passer à la pratique. Voici choisies dans LA REDOUTE DES CONTREPÈTERIES, quelques-unes des  trouvailles de Louis Perceau

J’ai choisi les plus faciles : 

C’est ici qu’on a pendu le fuselage de l’aviatrice.

Les laborieuses populations du Cap. 

Le vieil artisan tisse en plusieurs passes. 

La cuvette est pleine de bouillon. 

On reconnaît les concierges à leur avidité. 

Dès qu’on touche à son petit banc, cet homme boude.

L’ALBUM DE LA COMTESSE 

♦ Chaque semaine, le Canard Enchaîné publie une rubrique de contrepèteries intitulée sur l’album de la Comtesse Maxime de la Falaise. Depuis un bon quart de siècle qu’existe la rubrique, les lecteurs s’interrogent sur l’identité de cette fameuse comtesse qui contrepète à ravir. Je suis  en mesure de révéler qu’il s’agit à l’origine d’une comtesse authentique, une Irlandaise superbe qui avait épousé en légitimes noces le comte Maxime de la Falaise.  Histoire d’enquiquiner son hobereau de mari de qui elle était en train de divorcer, elle avait autorisé Yvan AUDOUARD, à rebaptiser de son nom la rubrique de contrepèteries, dont il était responsable. Il est très utile d’ajouter que la comtesse ignorait jusqu’au terme même de contrepet…..

La rubrique, après Yvan Audouard, fut tenue par le dessinateur Henri MONIER, puis, par le mathématicien et humoriste Luc ÉTIENNE.  Celui-ci fut assisté dans cette lourde tâche par les envois des lecteurs du Canard et plus particulièrement par ceux de deux d’entre eux qui devinrent les disciples du Maître : 

Jacques ANTEL, d’abord qui publia en 1975 un recueil intitulé, bien sûr : LE TOUT DE MON CRU (comprenne qui voudra !) Et par Joël MARTIN, physicien de haut niveau au Commissariat à l’Énergie Atomique, qui en 1984, à la mort de Luc ÉTIENNE, a repris le flambeau.  Il est également l’auteur de L’ART DE DÉCALER LES SONS, un livre dans lequel il enseigne, grâce à une méthode inspirée du Rubik’s cube, les recettes permettant de réussir de savoureux contrepets.

Ce chapitre, heureusement hermétique aux yeux innocents, n’aura pu offenser ni la pudeur ni la morale. Comme l’aurait dit le philosophe s’il avait su contrepéter :  C’est long comme lacune. 

Plus inattendu, l’art de la contrepèterie est également utilisé pour lutter contre la dyslexie. En effet, la maîtrise de cet art requiert une bonne conscience phonologique pour manipuler les syllabes et les phonèmes, et permet également de renforcer la mémoire verbale à court terme. Il s’agit de deux axes de travail capitaux pour lutter contre ce trouble de l’acquisition et de l’automatisation de la lecture. La contrepèterie constitue un excellent entraînement à la manipulation des sons élémentaires et serait aussi curative que préventive. Joël Martin, encore lui, a consacré un livre aux contrepèteries pour enfant, exploité par certains orthophonistes. Avec des phrases, on l’imagine, bien moins grivoises que celles destinées aux adultes.

WALLIS SIMPSON Les Joyaux de l’exil

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Elle se rêvait reine, elle en eut les bijoux, mais pas par le trône. Pour Wallis Simpson, le duc de Windsor dépensa des fortunes et les joailliers rivalisèrent d’inventivité. Un trésor de guerre….. et d’amour qui défraya la chronique.

Wallis Simpson c’est d’abord un parfum de scandale, une Américaine sans beauté particulière ni pedigree aristocratique qui fit vaciller la couronne britannique comme nulle autre intrigante avant elle.

Wallis Simpson, alias la duchesse de Windsor, fut toute sa vie auréolée d’un parfum de scandale. Orpheline née dans la misère de Baltimore, aux États-Unis, elle collectionne les amants et exerce ses charmes jusque dans les maisons closes… Beauté ravageuse, divorcée deux fois, elle séduit le prince Édouard, au grand dam de son père, le roi d’Angleterre George V, qui exècre cette « Américaine sans principes ». Avide de notoriété, elle pose au côté d’Adolf Hitler lors de voyages officiels, certains ont supposé que  sa véritable activité était celle d’espionne au service de l’Allemagne.

Fou d’elle, le prince la couvre de bijoux et de diamants puisés dans le trésor de la Couronne. en décembre 1936, celui qui est devenu le roi Édouard VIII renonce au trône par peur de perdre ce grand amour. Elle devient la femme la plus détestée de Grande-Bretagne…

 Il avait suffit d’un week-end de chasse en janvier 1931 pour que le futur roi d’Angleterre rencontre celle qui le détournerait de son trône. Wallis, elle, se voit déjà reine d’Angleterre et impératrice des Indes. Point de couronne pourtant, seulement l’exil. Doré certes, mais l’exil quand même, loin de Buckingham. Le duc de Windsor, éperdument amoureux, à la merci d’une femme que l’on dira dure et calculatrice, n’aura de cesse de faire oublier à sa belle cette injure. A coups de bijoux somptueux, de parures créées rien que pour elle. Des bijoux assortis à son décor…

‘The Windsor Heart’ Yellow Diamond. 47.14cts yellow diamond was bought by the Duke of Windsor for the Duchess (Wallis Simpson) in 1951 from Harry Winston to complement her other yellow diamond and set in a ring. The stone was later acquired by Estée Lauder, set in a pendant and sold by the Lauder family in 2012 in aid of Breast Cancer Research Foundation.:

Lorsqu’il s’agit de briller en société, Wallis n’a pas son pareil…Et parce que le chic se niche dans les détails, elle se pare de saphirs à l’heure d’apparaître dans la salle à manger bleue de son hôtel particulier du bois de Boulogne et de diamants jaunes dans la bibliothèque afin d’être assortie au sofa. Osman, un créateur anglais, explique que la duchesse «se servait du vêtement comme d’un instrument de pouvoir», les bijoux lui offriraient un pouvoir absolu sur son petit monde. Frustrée de n’avoir pas été élevée au rang d’altesse royale, comme son mari, elle règnera sur le Paris de l’après-guerre. Une reine de la vie mondaine, étincelante, autant que ses diamants.

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Deux illustres maisons vont travailler avec ce couple passionné de joaillerie à la création de l’un des plus beaux écrins du XXème siècle : Van Cleef and Arpels et Cartier. Le premier dès le début de l’idylle, dans les années 30. Notamment une parure de rubis et diamants élaborée en 1936, l’année même de l’abdication. La partie centrale de l’impressionnant collier se compose d’une chute en drapé, sertie de rubis, et amovible. Des boucles d’oreilles et broches complètent la parure. Le 3 juin 1937, le duc de Windsor qui a abandonné le trône depuis quatre mois  épouse Wallis. La mariée arbore deux bracelets qui vont marquer les esprits : un bracelet jarretière pavé de saphirs et de diamants et, à l’autre poignet, une chaîne de diamants d’où pendent une série de croix incrustées de pierre précieuses, chacune symbolisant une étape de l’histoire d’amour du couple. Un bijou signé Cartier.

Entre 1940 et 1952, Jeanne Toussaint, directrice de la création chez Cartier, imagine un bestiaire qui va combler d’aise la duchesse. Le bijou le plus connu, fabriqué en 1940, est une broche en forme de flamant rose incrustée de diamants : Le ramage, lui, est orné d’émeraudes, de rubis et de saphirs carrés. Comble du luxe , les pattes sont articulées.  Mais la duchesse, passionnée davantage par les bijoux décoratifs des années 40 et 50, raffole particulièrement des félins.

Après un vol en 1946, qui lui coûta une partie de sa collection, notamment un scintillant oiseau de paradis, la duchesse s’offrit la première de ses panthères, en or et émail noir, dressée sur une grosse émeraude cabochon. Afficher l'image d'origine Ce bijou est le premier de la série des «grands félins» de cartier, mais Jeanne Toussaint imagine ensuite d’autres trésors, plus, scintillants et techniques que jamais. Si nombre de bijoux de la duchesse furent élaborés à partir de pierres appartenant au trésor de la couronne britannique, le couple acquit aussi des pierres d’exception, notamment le diamant McLean de 31 carats, une pierre taille coussin ayant appartenu à Evalyn Walsh McLean, une milliardaire américaine, et que Wallis porterait en bague.

Le monde entier se passionne pour les vestiges de cet amour….Le trésor de Wallis est un témoin de l’histoire du couple, il en porte d’ailleurs la trace…Un message d’amour figure par exemple au dos d’une rivière de diamants offerte par le duc. Un bracelet décoré de neuf croix latines Afficher l'image d'origine porte l’inscription «God Save the King for Wallis 16.VII.36». (Dieu garde le roi pour Wallis, 16 juillet 1936) après que le roi avait été victime d’une tentative d’assassinat. Quantités de bijoux de Wallis sont gravés, rappelant un souvenir amoureux, un tendre anniversaire …

A la mort du duc, rejetée par la famille royale d’Angleterre qui ne lui pardonnera jamais vraiment le scandale de l’abdication, la duchesse devient la proie d’un entourage peu scrupuleux qui veille jalousement sur la riche veuve agonisante.

C’est sans doute pourquoi la vente aux enchères en 1987, quelques mois après la mort de la duchesse, déchaînera autant les passions. Deux cent cinquante journalistes relaient l’évènement en direct de Genève après que l’exposition des joyaux à New-York ait déplacé une foule immense. Les plus grands joaillers sont dans la salle, mais également Nadine de Rothschild Résultat de recherche d'images pour "nadine de rothschild", la chanteuse galloise Shirley Bassey, ou encore le baron et la baronne Thyssen. Liz Taylor Résultat de recherche d'images pour "liz taylor" est aussi de la partie : Elle emporte une broche de diamants Afficher l'image d'origine et se dit très heureuse que les sommes récoltées soient reversées, selon le désir de la duchesse, à l’institut Pasteur, entre autre découvreur du virus du sida, contre lequel l’actrice mène combat.

Le trésor de Wallis, estimé à trente millions de francs, rapportera finalement dix fois plus, trois cents millions de francs, soit quarante-deux millions d’euros. La duchesse de Windsor avait mentionné dans son testament que son legs ne devait pas servir à l’expérimentation animale.

 J’imagine que l’institut Pasteur,  les joailliers, les collectionneurs et les historiens du bijou lui ont été reconnaissants.

Edouard VIII, lui,  restera à jamais dans l’histoire britannique comme ce roi sans couronne, au règne bref (moins de onze mois), où, une fois n’est pas coutume, la passion a triomphé de la raison d’État. Et si, derrière cette histoire d’amour, l’abdication  «tragique » d’Édouard VIII avait été une bénédiction pour le monde démocratique ?

Au pied des Dentelles de Montmirail

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J’ai parcouru les Dentelles de Montmirail de villages en domaines, de forêts en plants de vigne. Ce nom qui ricoche entre soie voluptueuse et nature rocailleuse décrit bien cette région du Vaucluse en Provence.

Quand les bourgeons poussent sous l’écorce et que fleurissent les cerisiers, quand les vignes s’illuminent de camaïeux rougeoyants, vous connaîtrez l’intimité de cette région en toute solitude. Mais si vous aimez être emporté par la foule, la chaleur et les fêtes des vins, parcourir les routes, accompagnés par le chant des cigales, l’été sera votre saison.

Il est maintenant temps d’aller dans ces Dentelles de Montmirail ! Je vous y emmène par l’ouest, par Séguret, le village <de santons>. Comme dans tous les villages aux ruelles caladées, on se déchausse avant d’entrer, enfin, on laisse sa voiture ; prenez le temps, sinon, à quoi bon ? Peintres, sculpteurs, plasticiens, artisans y ont élu domicile. Nous sommes dans la pure tradition provençale :

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Derrière les murs crépis ou de pierres sèches se cachent quelques maisons cossues dont les portes travaillées s’ouvrent parfois  lors d’un repas entre amis, pour déguster un rosé frais devant un soleil flamboyant dans le silence d’une soirée d’été, face à la plaine viticole et aux Cévennes .

De Séguret, glissez à Gigondas, qui a su de distinguer par la culture. En parcourant les ruelles, il faut de bonnes jambes, vous croiserez les ombres de métal des sculptures présentes toute l’année. Là aussi, vous profiterez du couchant avant d’assister aux soirées lyriques dans l’écrin du théâtre de verdure, quand les pierres commencent à se délester de la chaleur de jour. Rien de tel qu’un peu de musique pour adoucir une nuit d’été….

Tous les vins rhodaniens

Vacqueyras, plus discret, a su garder son identité de village viticole. Seule la grande fête populaire du 14 juillet met le village en effervescence, car c’est l’occasion unique de déguster en un seul lieu tous les vins de la vallée du Rhône. Sous un soleil ardent, le repas de 800 personnes, durant lequel le vin coule à volonté, finit en chansons, et les serviettes tournent autant que les têtes. Beaumes-de-Venise est un gros bourg presque endormi. heureusement, son muscat renommé nous rappelle à lui. Si vous souhaitez le déguster, de grâce, évitez les premiers prix, trop doux et sucrés ; testez les cuvées supérieures, plus fines et goûteuses. Nous vous inquiétez pas du regard des joueurs de pétanque qui vous suit sur la place, ils pensent qu’elle leur appartient, mais ils ne sont pas méchants…

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Les routes et les pistes qui sillonnent les Dentelles sont nombreuses. Je vous invite à partir de Beaumes en direction de Lafare. Dans les années 1980, quelques « néo » occupaient alors les maisons délaissées, on pouvait voir de jeunes couples en habits colorés vivre de peu ou de rien. Quelque uns sont restés et ont fondé une nouvelle vie, liée à la nature. Aujourd’hui, un bistrot de Pays est l’étape indispensable : on y mange, ont y boit un café, on fait le plein de produits locaux, on y blague, on y prend des nouvelles du pays. On vous y indiquera la direction de la cascade Saint-Christophe :

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Attention, c’est assez sportif, mais belle récompense en haut …

Une croix contre le mistral

En direction de Suzette, les falaises se dressent au-dessus de la route, les vallées s’ouvrent et se ferment au gré des virages ; des mas isolés rappellent une vie oléicole et viticole. Chacun peut donner libre cours à ses envies : les parois rocheuses appellent le grimpeur, les chemins, le randonneur, et les caveaux, le dégustateur. La nature est intacte, pas de nuisances, on est loin de tout ! Le village s’ouvre sur les Dentelles, le Ventoux, la vallée, tout est à votre portée, vous n’avez qu’à vous laisser bercer par les couleurs du jour. À Suzette, demandez comment vous rendre à Saint-Amand. Sur la crête, laissez passer le temps, c’est lui qui se charge de faire bouger le décor, de jouer avec les ombres et les lumières. Et si le mistral s’invite, calez-vous au pied de la croix, vous ne le sentirez plus :

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Le dernier village n’est qu’un pâté de maisons autour de l’église, au pied d’un rocher, dans un virage : La Roque-Alric, une cinquantaine d’âmes y vit.

La sérénité des moines

En redescendant, allez au Barroux, grimpez à pied au château que vous aurez vu de loin avec sa tour crénelée, qui lui aussi vous plonge hors du temps. Si maître mistral est présent, il offre une des plus belles lumières du sud de la France. D’en haut, laissez votre esprit tourner avec les corolles de tuiles blondes, les ruelles en calades qui serpentent vers les vignes et les forêts de pins. Ce sont toutes les senteurs du sud, celle du vieux figuier enlacé avec les pierres, et dont on sait que l’union donnera un goût au fruit dont le jus coulera pour le plus grand bonheur de nos papilles.

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L’image des moines est là, aérienne et paisible. Ces derniers ont construit, dans les années 1980, un monument sobre, de style roman, en pleine nature au pied du mont Ventoux, à deux pas des dentelles. Allez voir cet immense paquebot de silence posé sur sa colline, même si vous n’êtes pas concerné par la religion. C’est splendide, intemporel, magique, et le cadre, exceptionnel. Pour ceux qui le souhaitent, les moines proposent des retraites….

Qualité et culture raisonnée

Les Dentelles de Montmirail se prêtent à d’admirables randonnées. Certaines vous mèneront vers les thermes de Montmirail , aujourd’hui fermés. Peut-être entendrez-vous au milieu des ruines, dans l’écho du passé, les voix de Sarah Bernhardt et les rimes de Frédéric Mistral. On doit saluer les anciens pour avoir su se reconvertir. L’eau des thermes était réputée pour la santé ; faute de fréquentation, ils ont su la transformer en vin…..

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Depuis les cinquante dernières années, lassés de traiter et de ≈faire pisser la vigne≈ comme ils disent, les vignerons ont fait évoluer la production vers la qualité et la culture raisonnée. À Gigondas, 15 domaines proposent des vins en culture biologique. Les vins du «nouveau monde» comme on les appelait il y a vingt ans ont d’abord fait sourire, puis fait peur. Les vins de Vacqueyras et de Gigondas étaient complexes, charpentés, plutôt faits pour la garde, à l’opposé des monocépages fruités venus d’ailleurs, à boire sans attendre. La nouvelle génération de vignerons a dépoussiéré l’histoire en gardant les acquis. On y produit des vins à boire plus rapidement, mais toujours de qualité.

Le nom des Dentelles vient de la finesse des parois rocheuses qui s’érigent vers le ciel, et Montmirail, Mons mirabilis, porte bien son nom de mont admirable.

Une dernière chose :   Un petit concert dans les Oliviers…..

 

 

 

 

 

 

FLORENCE NIGHTINGALE, pour l’amour de soigner

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Riche, ravissante et cultivée, elle a tout sacrifié à sa vocation d’infirmière. Première femme décorée de l’ordre du Mérite, elle reste, plus d’un siècle après sa disparition, l’incarnation de l’altruisme.

Constantinople, 5 novembre 1854, minuit. Dans les corridors glacés de l’hôpital Barrack, une silhouette escortée d’une lanterne évolue lentement entre les paillasses. Ses yeux verts scrutent l’obscurité d’où s’élèvent les gémissements des soldats britanniques entassés dans des salles infestées de rats. Durant des heures, elle masse les jambes de l’un, caresse le front d’un autre. À l’oreille d’un agonisant, elle distille une ultime tendresse : «Je suis là. Prends mon amour. Il est immense. Il est celui d’un mère pour son enfant. Prends mon amour…» Les blessés,  épuisés, la regardent incrédules. Est-ce une apparition ?

Cette bienfaitrice qu’ils surnommeront «la dame à la lampe» qui est-elle ?  Qu’est-ce qui a bien pu  pousser une aussi gracieuse jeune femme à venir soigner les damnés de la guerre de Crimée, ici, dans le triste quartier de Scurati ? Il y a de quoi être déconcerté : elle ne ressemble pas aux souillons avinées qui travaillent d’ordinaire dans les hôpitaux. Et pour cause, elle appartient à la grande bourgeoiserie anglaise et a bravé tous les interdits pour vivre sa vocation d’infirmière.

À 34 ans, Florence Nightingale s’apprête à entrer dans l’histoire en donnant des lettres de noblesse à une profession balbutiante, mais aussi en réformant les règles de l’hygiène hospitalière. Missionnée par le ministre de la Guerre, elle a débarqué la veille dans le détroit du Bosphore à la tête d’un groupe de trente-huit femmes déterminées, comme elle, à soulager les souffrances des soldats. Sur place, elle découvre un chaos inimaginable qu’elle entreprend de combattre avec un sens de l’organisation hors norme. Constamment révoltée, elle se met souvent en colère mais rien ne la décourage : ni l’épidémie de choléra qui tue plus que les blessures, ni les hurlements des malheureux opérés sans anesthésie, ni l’hostilité de médecin misogynes, ni l’absence de règles élémentaires de propreté, ni les entraves de la bureaucratie.

À la tête de son équipe, elle assainit les latrines, lave les draps, récure les sols, impose des bandages propres, s’empare des denrées bloquées dans les entrepôts des douanes, instaure des règles de cuisson des aliments….Et plus que tout, elle exige le respect de la dignité humaines des patients. Elle réprimande les docteurs pour leur brutalité verbale et elle passe ses nuits au chevet des mourants. Les résultats ne se font pas attendre : le taux de mortalité baisse, les hommes reprennent courage et la réputation du «rossignol» (nightingale en anglais !) arrive jusqu’en Angleterre, où la reine Victoria en personne l’érige en héroïne nationale.

Elle ne cherche pas les honneurs, mais fait l’objet d’un culte, malgré elle.

À la fin du conflit, en mars 1856, à Istanbul comme au Royaume-Uni, elle fait l’objet d’un culte. Des vignettes et médailles à son effigie s’arrachent comme des talismans. Le 27 juillet 1856, une fois le dernier blessé embarqué pour la mère patrie, elle consent enfin à rentrer. Mais pour éviter l’accueil triomphal qui l’attend, elle prend un pseudonyme et revient incognito ! Elle ne cherchera jamais les honneurs, mais surtout elle mesure alors l’ampleur de la tâche qui l’attend pour faire triompher ses idées.

Fidèle à cet engagement, elle va y consacrer le reste de son existence et obtenir de formidables avancées. Auteure de nombreux ouvrages, elle va ouvrir la première école d’infirmières, en 1860, et ses conseils seront sollicités en Europe comme en Amérique. Mais elle n’aurait jamais accompli son destin de pionnière si elle n’avait gagné une bataille qui semblait pourtant perdue d’avance : Défier ses parents, la bonne société et la morale pour sortir de sa cage dorée et prendre son envol.

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Florence, Italie

Miss Nightingale naît le 12 mai 1820, en Italie, à Florence… d’où son prénom ! Ses parents, de riches bourgeois progressistes, passent leurs premières années de mariage à voyager en Europe. L’année précédente, son unique sœur est née à Naples dans le quartier de Parthenope, nom qui devient le sien. Audacieux dans le choix des prénoms de leur progéniture, les Nightingale le sont aussi dans leur goût pour le savoir et les idées neuves. Anglicans érudits, il donnent une solide éducation à leurs filles et les encouragent à l’empathie sociale. Ils vont être entendus au-delà de leurs espérances ! Parthenope Résultat de recherche d'images pour "Parthenope nightingale" s’intéresse à la condition paysanne qui lui inspirera deux romans et plusieurs essais sociologiques, mais elle ne transgresse pas les codes de sa classe et épouse un lord. Rien à voir avec «Flo» qui, très tôt manifeste un tempérament exalté. À 6 ans, souvent occupée à tenter de guérir les animaux blessés qu’elle recueille, elle fait déjà le serment de consacrer sa vie aux plus faibles. Ce trait de caractère typiquement enfantin devient une véritable obsession avec l’âge.

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En 1837, à 17 ans, une épidémie de grippe décime l’Angleterre et elle prend en charge les soins très exigeants de tout son entourage. C’est une révélation. Elle écrit alors dans son journal ! «Dieu m’a parlé et m’a appelée à son service».  Bien décidée à répondre à cet «appel», elle n’envisage cependant pas de rentrer dans les ordres et elle se heurte à l’opposition de ses parents. À l’époque , en dehors des religieuses, les infirmières sont au mieux des femmes de charge et au pire des prostituées. Les gens fortunés se font soigner chez eux, seuls les pauvres vont à l’hôpital où tout est scandaleux : la crasse, la promiscuité des corps, la compagnie des hommes. Le projet de Flo est tout bonnement délirant !

Espérant calmer ses ardeurs, son père entreprend de lui enseigner les mathématiques, n’imaginant pas qu’elle utilisera plus tard les statistiques pour prouver l’efficacité de ses méthodes. Pour l’heure, elle voyage en famille à travers l’Europe et saisit chaque occasion de s’instruire sur la médecine, notamment en questionnant les docteurs qu’elle rencontre, en lisant les publications disponibles ou en visitant les infirmeries des couvents.

Malgré tout, elle s’étiole et fait plusieurs dépressions graves. La vie mondaine l’ennuie, les fastes de l’aristocratie lui semblent indécents et les flirts ne l’inspirent pas. Ravissante et cultivée, elle est pourtant très sollicitée. Un seul homme la troublera vraiment : en 1845, Richard Monckton Milnes, un séduisant avocat, la demande en mariage. Elle temporise pendant six ans avant de refuser. Le célibat semble garantir sa pugnacité : elle ne se mariera pas, mais elle gardera toute sa vie une lettre de Richard dans un portefeuille qui ne la quitte jamais.

Le goût pour l’écriture et la pédagogie occupent ses dernières années.

À 25 ans, Miss Nightingale, féministe avant l’heure, aspire à un accomplissement personnel et enrage que sa condition de femme la limite autant. Sa rencontre avec Sidney Herbert Résultat de recherche d'images pour "Sidney Herbert", homme politique libéral et futur ministre de la Guerre, va la sortir de l’impasse. Grâce à leur amitié et leur profonde convergence idéologique, elle va développer un projet d’école et affûter ses arguments sur les vertus de l’hygiène. Sidney lui ouvre des portes et amadoue ses parents : ils la laissent diriger des établissements de soins où son sens de l’organisation fait merveille. Elle mène des réformes avec fermeté, mais non sans humour : « Il peut sembler un principe étrange à énoncer que la toute première exigence à l’hôpital est de ne faire aucun mal aux malades !».

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Constantinople

Lorsque la guerre de Crimée éclate, elle a acquis une solide expérience et se sent prête à sortir du confort de son bureau d’intendante pour éprouver ses théories sur un champ de bataille, au plus près de la souffrance. Sidney, nommé ministre de la Guerre en 1852, lui propose une mission dans l’hôpital militaire de Scutari, à Constantinople. Cette fois les parents de Florence cèdent : Leur patriotisme et le parcours déjà exemplaire de leur fille balaient leurs dernières réticences. En quelques semaines, elle est prête. Plus rien ne pourra l’arrêter.

À son retour, en 1856, sa santé altérée par une fièvre hémorragique dont elle ne se remettra jamais complètement l’oblige à garder la chambre plusieurs mois. Peu à peu, elle s’installe dans une vie recluse dans son hôtel particulier à Mayfair, un des quartiers les plus chic de Londres. Aurait-elle perdu le goût du combat ? En aucun cas ! ses convictions sont intactes mais le monde l’incommode et elle œuvre désormais par écrit.

Commence alors une seconde existence fort active mais immobile. Entourée d’une meute de chats persans, elle noircit des milliers de pages. En 1860, elle ouvre enfin son école, au sein de l’hôpital du King’s College et publie son livre le plus célèbre, «Notes sur les soins infirmiers : ce que c’est et ce que ce n’est pas», le premier manuel pédagogique. Très sollicitée, elle acceptera entre autres de conseiller le gouvernement américain durant la guerre de Sécession et de participer à la réforme de la Croix-Rouge.

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À partir de 1892, frappée de cécité, elle s’enfonce dans une léthargie qui lui fait perdre le souvenir de ses exploits. En 1907, lorsqu’elle est la première femme décorée de l’ordre du Mérite, elle a tout oublié. Elle s’éteint dans son sommeil, le 13 août 1910. À sa demande, elle est enterrée dans la plus grande discrétion et sa pierre tombale ne mentionne que ses initiales. Une humilité à la mesure de l’intégrité de celle qui est restée sa vie durant fidèle à sa devise : «Regardons nos consciences comme nous regardons nos mains, pour voir si elles sont sales».

 

 

 

 

 

 

Le Corbusier (1887-1965) Une maison est une machine à habiter.

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Charles-Édouard Jeanneret-Gris voit le jour le 6 octobre 1887, dans le Jura  Suisse. Ce n’est qu’en 1920 qu’il se fera appeler par son pseudonyme : Le Corbusier. Figure du mouvement moderne, c’est un homme à multiples casquettes. Bien connu pour ses réalisations architecturales et ses réflexions sur l’urbanisme, Le Corbusier exerçait aussi dans de nombreux autres domaines tels que l’art de la sculpture, la peinture, les lettres, le graphisme… Ses diverses expériences ont nourri son travail d’architecte tout au long de sa vie.

Visionnaire et créateur, il a dessiné notre quotidien, inventé de nouvelles formes, donné au béton ses lettres de noblesse et terrorisé souvent l’académisme par ses audaces. Il n’est pas seulement le père des HLM sinistres et des grandes barres cauchemardesques, mais un grand poète de notre habitat, sobre, élégant et lumineux à la fois. D’abord peintre, Le Corbusier n’est pas homme à rester enfermé dans un atelier. Il faut qu’il ressente physiquement les choses qu’il représente. Une culture autodidacte fondée sur l’expérience personnelle du regard et sur le rôle du dessin. À trente ans, il s’installe à Paris. Il admire les machines avec leur fuselage parfait. Il veut une maison aussi belle et commode qu’un avion ou une automobile. Avec le peintre Ozenfant et sa revue «l’Esprit nouveau», il défend le purisme contre un art décoratif. Durant l’exposition des Arts décoratifs de 1925, Le Corbusier fait sensation en présentant des «cellules d’habitation» avec des casiers, des chaises, des tables. Ici pas de superflu, que de l’épure. Trop à l’étroit sur la toile, Le Corbusier s’oriente vers l’architecture, qui lui permet de trouver d’autres espaces pour créer.

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La villa Savoye de Poissy

En 1926, Le Corbusier définit les «cinq points d’une architecture nouvelle» : Le plan libre, la façade libre, la fenêtre courante, les pilotis, le toit-jardin. Cette manière inédite de bâtir n’est possible que par l’utilisation du béton. Ce matériau autorise une plus grande liberté. On peut par exemple créer des jardins suspendus ou de grandes terrasses sur les toits. Le Corbusier conçoit immédiatement des villas puristes (la villa Savoye de Poissy notamment) sortes de maisons-sculptures toutes blanches, dépouillés mais ouvertes sur la nature et le soleil. Un art d’habiter inscrit dans sa doctrine de l’urbanisme, la Charte d’Athène (1930). Marqué par la vie en communauté, il invente l’université d’habitation, immeuble collectif transformé en ville.

Parfois ses utopies peuvent dégénérer. Ainsi son insensé Plan Voisin (1925) qui prévoit de raser le Marais, un des plus beaux quartiers de Paris, pour le remplacer par un parc d’où surgissent d’immenses bâtiments de deux cents mètres de haut.

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La Chapelle de Ronchamp (Haute-Saône)

Dans les années 1950, avec la Chapelle de Ronchamp, le couvent des Tourettes et la ville de Chandigarh en Inde :  Résultat de recherche d'images pour "le corbusier Chandigarh inde" l’architecte joue avec les matières brutes (béton, pierre), exploite toutes leurs potentialités, les rend sensuelles, étranges. Puis Le Corbusier éprouve le besoin de retrouver une forme d’habitation minimale pour mener une vie de moine. Le «Cabanon» du cap Martin Image associée répond à cette exigence. C’est une cellule de 3.66 mètres de côté et de 2.26 mètres de hauteur. Ce cube est la quintessence de son art de vivre.

Le Corbusier ne consacre pourtant pas tout son temps à l’architecture. Chaque jour, de 8h à 13h, il se consacre à la création, à la peinture, Résultat de recherche d'images pour "le corbusier peinture" la sculpture, les collages. Une « pause artistique » dans son activité d’architecte, qu’il considère comme nécessaire. Il dessine énormément durant ses voyages, constituant une véritable collection de carnets de croquis. Il est à l’origine de nombreuses statues, notamment en bois, qu’il peint parfois : bleu, jaune, rouge, vert, ses couleurs de prédilections, qu’on retrouve d’ailleurs dans certaines œuvres architecturales ou encore dans ses peintures.

Homme de rigueur et rationnel, Le Corbusier invente une unité de mesure qu’il nomme Le Modulor. Résultat de recherche d'images pour "le corbusier le modulor" Basé sur le nombre d’or et les proportions humaines, il défini les mesures de son architecture : la hauteur des plafonds, la largueur et hauteur d’une chaise, la largeur d’un couloir… Bon nombre de ses réalisations sont basées sur ce rapport : le couvent de la Tourette, les unités d’habitation… L’architecte utilise également le Modulor dans la réalisation d’affiches, ou pour ces peintures. Il met en place des tracés régulateurs, qui lui permettent d’ordonner ses compositions, de fixer la géométrie de l’ouvrage de manière non-arbitraire.

Il va aussi subir l’opposition des architectes conservateurs qui affirment que les habitants développeront des maladies mentales en vivant dans ces bâtiment ! La Cité radieuse de Marseille sera par exemple baptisée « La maison du fada » par les marseillais…

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Départ de Marseille. Ce soir on dort chez Corbu ! Dans la « Maison du Fada », il y a un hôtel avec des « suites », tout là-haut, qui promettent. Sortie métro Prado, à peine un œil sur le mythique stade Vélodrome, construit en 1937. La Cité Radieuse se profile bientôt sur le trottoir d’en face. Arrivé au pied du bâtiment, c’est le choc : que c’est grand ! 56 mètres de haut, 165 de long, 337 appartements.

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Le hall d’entrée, façade de la Cité Radieuse

De près, dedans, les charmes de la Cité Radieuse finissent par opérer. Ceux du béton brut, des couleurs, des beaux appartements traversants — mais pas très larges —, du balcon du bar-restaurant… La chambre, « dans son jus » n’est pas mal, même si «la suite» annoncée n’est qu’un studio côté mer.

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Mais le mieux, c’est le toit-terrasse tout là-haut, sous le ciel cobalt de Marseille. Avec son école, sa pataugeoire où les habitants barbotent, sa petite scène de théâtre, son gymnase devenu récemment galerie d’art … Bien vu, Corbu !

Et si, vue d’en bas, la Cité radieuse écrase le paysage, son toit-terrasse est un havre de sérénité. Vraiment moderne par son approche des formes, simples, orthogonales, mais très dessinées, et son utilisation des matériaux de son temps, le métal, et surtout le béton qu’il coffre à sa volonté, Le Corbusier fait de ses bâtiments de véritables sculptures. Un architecte n’est-ce pas  aussi un artiste ?

Les détracteurs de Le Corbusier le critiquent souvent pour son côté « froid » et brutal, car il a toujours privilégié le béton et le dépouillement. Ce n’est pourtant pas le sentiment que l’on a en visitant la Cité radieuse. Dans les espaces publics comme à l’intérieur des appartements, l’ambiance est chaleureuse, conviviale et vivante. Lors de ma visite, j’ai eu l’occasion d’échanger avec quelques habitants de la Cité. Ils m’ont tous dit s’y sentir très bien et ne veulent pas quitter ce « village vertical ». Les appartements sont  des pièces d’un jeu de construction, et la grande différence avec ce que l’on appelle les «clapiers» HLM construites dans des ZUP – c’est la qualité des matériaux et l’excellente isolation phonique. Dans la cité radieuse, on emménage avec ses valises, sans avoir besoin de meubles, tous les meubles sont intégrés ou presque. «Dès qu’il fait beau, j’organise des pique-niques sur le toit-terrasse, dit Cécile. Sous la grande cheminée, on a l’impression d’être à bord d’un transatlantique quittant la côte !» La lumière, le silence, la mer, l’absence de vis-à-vis, l’intimité alternant avec la vie communautaire : tels sont les ingrédients de l’inoxydable affection que «radieux» et «radieuses» vouent à leur chère Cité. Sans oublier l’essentiel, rappelle un habitant :  «Le Corbusier a mis beaucoup de lui-même dans cet immeuble. Son esprit est à l’intérieur.»

A la Cité Radieuse de Marseille, il y a même des appartements à vendre, comme celui-ci :

Ces logements sociaux avaient été conçus pour des gens modestes. Mais aujourd’hui, ce sont plutôt des personnes aisées, enseignants ou architectes, qui y habitent.

Depuis 2016, 17 de ses réalisations ont été reconnues «patrimoine mondial de l’UNESCO» qui comprend, dans l’ordre chronologique : les maisons La Roche et Jeanneret Résultat de recherche d'images pour "le corbusier lles maisons La Roche et Jeanneret" (1923) à Paris, une villa au bord du Lac Léman (1923) à Corseaux (Suisse), la Cité Frugès (1924) à Pessac (Gironde), la Maison Guiette (1926) à Anvers (Belgique), les Maisons de la Weissenhof-Siedlung Résultat de recherche d'images pour "le corbusier  les Maisons de la Weissenhof-Siedlung" (1927) à Stuttgart (Allemagne), la villa Savoye et la loge du jardinier (1928) à Poissy (Yvelines), l’immeuble Clarté (1930) à Genève, l’immeuble locatif de la Porte Molitor (1931) à Boulogne-Billancourt (Haut-de-Seine), l’Unité d’habitation (1945), dite « Cité Radieuse », à Marseille (Bouches-du-Rhône), la Manufacture (1946) à Saint-Dié-des-Vosges (Lorraine), la maison du Docteur Curutchet (1949) à La Plata (Argentine), la Chapelle Notre-Dame-du-Haut (1950) à Ronchamp (Haute-Saône), le Cabanon de Le Corbusier (1951) à Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes), le Complexe du Capitole (1952) à Chandigarh (Inde), le Couvent Sainte-Marie-de-la-Tourette (1953) Résultat de recherche d'images pour "le corbusier le couvent de la tourette" à Eveux (Rhône), le Musée National des Beaux-arts de l’Occident (1955) à Taito-Ku (Japon) et la Maison de la Culture (1953) à Firminy (Loire).

A une époque où les voyages sont difficiles, cet homme n’hésite jamais, saute dans un paquebot, un Zeppelin, un avion, traverse les océans et, quasi seul de sa génération, construit partout.  Et tout récemment redécouvert, un gymnase à Bagdad… Dans chaque édifice, il met la même force, le même engagement, sans concession. Pas de doute, il s’agit là d’une œuvre-manifeste du XXe siècle qui justifie son classement au patrimoine de l’huma­nité.

Le Corbusier a construit ou pensé nos villes modernes. Il est l’un des rares architectes connus du public, au point de soulever des passions contradictoires.

A Marseille, la Cité Radieuse est désormais le troisième monument le plus visité de la ville. Nombreux sont les visiteurs étrangers, fans d’architecture, venus notamment du Japon.

 

 

 

Pour les Rois, la terre, elle, ne ment pas.

L'archipel des Tonga.

L’archipel des Tonga.

Pour les amateurs de cocotiers, de lagons bleus et de plages de sable blanc, il y a plus lointain que les Seychelles, plus isolé que les Maldives et plus exotique que la Polynésie Française : L’archipel des Tonga.

Perdu au fin fond du Pacifique sud, ce petit royaume méconnu, difficilement accessible et peuplé de rugbymen débonnaires, vit officiellement grâce à la pêche, au coprah et aux rares touristes privilégiant le désœuvrement absolu. Dans les faits, cette carte postale du bout du monde est une implacable tyrannie. Une aristocratie toute-puissante tient d’une main de fer les rênes du pouvoir politique et financier. En perpétuels «voyages d’affaires» des États-Unis à l’Australie et de la Nouvelle- Zélande à la Chine, elle nargue une population misérable dont le produit net par an et par habitant, 1 500 euros, est 8 fois inférieur à celui des Polynésiens et un des plus bas au monde.

La reine Elizabeth II, lors d’une visite au Tonga, avec le roi Tupou IV.

Au sommet de la hiérarchie, le roi de Tonga dont tous les nobles sont plus ou moins les cousins et tous les affidés. Issu d’une dynastie dont la légitimité remonte au colonisateur britannique et aux missionnaires wesleyens qui l’on imposé à la fin du XIXème siècle, il est l’homme le plus puissant et le plus fortuné de l’île, où il possède deux palais, les principaux hôtels, une flottille d’automobiles, dont un taxi londonien dont il se sert pour arpenter ses terres, et un avion privé.

En novembre 2006, à la mort de Tupou IV, 88 ans et plus de 200 kilos, la population a explosé. Des émeutes ont éclaté spontanément, réduisant en cendres le coeur de Nuku’alofa, la capitale, et faisant 6 morts et une centaine de blessés. Pour rétablir le calme, le gouvernement a dû décréter l’état d’urgence puis, débordé, s’est résolu à appeler un contingent de policiers australiens à la rescousse. 571 émeutiers ont été arrêtés et près de la moitié condamnés à de lourdes peines de réclusion à domicile, Tonga ne disposant pas de prison.

En août 2008, le calme revenu contre de vagues promesses de réformes démocratiques, Tupou V, le nouveau roi, a été couronné en grandes pompes, au son du God save the king of Tonga, en présence du prince héritier du Japon, du duc de Kent et d’un demi millier d’invités venus des quatre coins de la planète, sans compter les milliers de porcs rituellement sacrifiés pour l’occasion !

Sponsorisée par le gouvernement chinois, la cérémonie aurait néanmoins coûté 2,2 millions d’euros à l’archipel. Les raisons d’une telle dictature monarchique ? La terre.

Le roi de Tonga est considéré comme le possesseur de l’archipel. Il peut en concéder de vastes parcelles plusieurs générations durant mais n’en demeure pas moins le propriétaire éminent. Il en est de même pour tout ce qui y est cultivé ou construit dans le royaume. C’est la cas du réseau électrique. Puisque la centrale qui le produit et les pylônes qui soutiennent les câbles d’alimentation appartiennent au roi, personne ne s’offusque que le souverain encaisse la redevance. Quand un Tongien s’éclaire, dit une plaisanterie locale, cela enrichit le roi. Quoi de plus normal puisque «le roi, c’est la terre» !

Hormis Tonga, les rois d’aujourd’hui ne sont plus les propriétaires de leurs États. Ils n’en sont pas moins restés profondément attachés à la terre. Leur légitimité en est issue et ils ne l’oublient pas. À l’exception du roi des Belges qui, en épigone de notre Louis-Philippe, pose au roi citoyen, les monarques règnent davantage sur des pays, des provinces et des territoires que sur des peuples. Si leurs possessions sont vastes, ils portent des titres prestigieux. Ils sont roi, empereurs comme Akihito du Japon ou encore souverain multi-cartes comme Elizabeth II, reine du Royaume-Uni,  d’Angleterre, d’Écosse, et d’Irlande du Nord ainsi que 16 royaumes que compte encore le Commonwealth. À l’inverse, s’ils ne règnent que sur quelques kilomètres carrés, comme à Monaco, au Liechtenstein ou au Brunei, on les traite de «princes d’opérette», quand bien même ces opérettes valseraient avec les milliards.  «Monaco», marmonnait Basil Zaharoff, le fameux trafiquant d’armes qui, à la fin de sa vie, s’était retiré sur le Rocher, «Ce n’est pas une monarchie, c’est un casino». Est-ce la raison pour laquelle le prince de Liechtenstein, qui règne en souverain absolu sur une petite vallée alpestre de 160 Km² (80 fois Monaco tout de même), possède le double en surfaces arables et en forêts en Autriche et en Slovaquie où il passe pour un des premiers propriétaires terriens ?  Ou que le ranch de 5 859 km² – à peu de choses près, le département du Var – que s’est offert le sultan du Brunei en Australie pour fournir ses sujets en viande de boeuf, est aussi étendu que ses États et même un petit peu plus ?

En raison de cet atavisme terrien, les patrimoines princiers ont toujours une base foncière. Parce qu’ils y sont très attachés, on cite souvent les propriétés des Windsor, vastes comme des provinces. Même s’ils appartiennent à la nation et son inaliénables, la dynastie a l’usufruit des duchés royaux de Lancastre et de Cornouailles. Ils représentent une jolie surface, 1 800 km², en gros, le département de l’Essonne. Toute en traditions surannées, leur administration donne parfois à penser que la monarchie britannique est issue d’un roman de Walter Scott.

C‘est toujours en tant que duchesse de Normandie qu’Elizabeth II,  règne à Jersey et à Guernesey où elle est représentée par des baillis et des connétables. À son accession au duché de Cornouailles, le prince Charles a, quant à lui, perçu des droits féodaux : une paire de gants blancs, un couple de lévriers, une livre de poivre et de cumin, une paire d’étriers dorés, 100 shillings d’argent, un arc, une lance et du bois de chauffage. En tant que chef de famille, Elizabeth II,  possède en outre la propriété pleine et entière des manoirs de Sandringham dans le Norfolk et de Balmoral en Écosse, vastes bâtisses acquises sous Victoria qu’entourent 30 000 hectares giboyeux, ainsi qu’une dizaine de domaines de moindre importance pour un total de 100 000 hectares, en terres et en forêts. Le tout selon les estimations des spécialistes, vaudrait 100 millions d’euros, soit un tiers du patrimoine royal, et aurait tendance à s’apprécier, en Angleterre tout au moins, beaucoup moins en Écosse. Elle possèderait aussi des domaines à l’étranger : on parle d’un ranch en Australie, d’une réserve au Kenya, d’un haras dans le Kentucky ou de champs de coton dans le Mississippi qui auraient été vendus après que la presse eut révélé que la souveraine percevait des subventions publiques.

Le roi Mohammed VI du Maroc, entouré de son fils le prince héritier Moulay El Hassan et de son frère le prince Moulay Rachid.

Le roi Mohammed VI du Maroc, entouré de son fils le prince héritier Moulay El Hassan et de son frère le prince Moulay Rachid.

Au Maroc, la dynastie alaouite doit également sa fortune à la terre. Grâce à ses 20 domaines et aux 12 000 hectares qui les entourent, confisqués aux colons français lors de l’indépendance, Mohammed VI est le premier propriétaire foncier du pays. Comme il dispose d’un droit de préemption absolu, ses possessions ne cessent de s’agrandir. En 2006, il en aurait tiré plus de 100 millions d’euros de revenus.

Au Maroc, dit un proverbe, «sur trois oranges qui poussent, une est pour le roi».

Propriétaires avisés, ces princes terriens se comportent en paysans madrés. Écologique convaincu, le prince Charles a transformé les Cornouailles en «duché bio» où les produits du sol poussent sans engrais et où cochons et volailles échappent à l’élevage en batterie. Il tire un revenu substantiel de la ligne «Duchy Originals» qu’il a lancée dans les années 1990.

Henri de Monpezat, lui, a mis à profit son mariage avec la reine de Danemark pour promouvoir un cahors rosé, produit par son domaine de Cayx, très apprécié en Suisse, en Allemagne et au Japon. Quant au roi de Suède, il a accepté depuis 2004 d’associer son nom et celui de Solliden, la résidence d’été des Bernadotte, à une eau Oriflame. Surpris par ce mélange des genres, ses concitoyens l’ont également été d’apprendre que depuis 2000 leur souverain percevait 190 000 euros par an de subventions européennes pour couvrir les pertes de son exploitation du Sörmland. Il n’est pourtant pas le seul à agir ainsi. Propriétaires depuis 1854 de l’imposant château de Marchais dans l’Aisne, et des 700 hectares qui l’entourent, les Grimaldi de Monaco, selon la presse qui en fait ses choux gras en 2005, percevraient 253 986 euros au titre de la politique agricole commune. La même année, ni Margaret Thatcher ni ses successeurs n’ayant accepté que les subventions soient plafonnées, la reine-paysanne Elizabeth II,  a touché 530 000 euros pour sa propriété de Sandringham, tout en essayant également de décrocher des subventions pour régler ses factures d’électricité. «Le Prince Charles a perçu 107 600 euros pour son duché de Cornouailles et 97 476 euros pour son exploitation agricole, soit un total de 205 076 euros

Ils sont les principaux bénéficiaires de la Politique agricole commune.

Au titre du duché de Lancastre, assez curieusement, la reine Elizabeth II, possédait autrefois des terrains dans le Strand. En 1988, une loi ad hoc, lui a permis de les vendre. Elle ne s’en est pas privée. Entre la mixité sociale et une belle plus-value, elle n’a pas hésité.

Ce n’est plus à Naples que «Francesco Rosi tournerait aujourd’hui son film «Main basse sur la ville», mais à Londres ou Bangkok.

Les rois des champs sont aussi les rois des villes. Propriétaires avisés des sols, ils ont investi dans l’immobilier à mesure que leurs États s’urbanisaient. C’est à cette reconversion que Monaco doit sa survie et ses princes leur fortune. Seigneurie de complaisance dévolue aux Goyon-Matignon, héritiers des Grimaldi, pour leur permettre d’arborer un titre princier dans les salons parisiens, Monaco n’était à l’origine qu’un verger provençal, cultivant l’olivier et le citronnier. Suite à l’annexion de Menton et de Roquebrune par la Sardaigne en 1848, transférés à la France en 1860 dans la foulée du comté de Nice, la principauté, réduite à l’os, passa de 24 à 2 km². Elle aurait perdu tout viabilité si le prince Charles III n’avait eu l’idée d’y ouvrir un casino et des hôtels de luxe. Confiée à François Blanc, un entrepreneur de génie qui avait fait fortune dans les jeux de hasard à Luxembourg puis à Hombourg, l’initiative fut un succès immédiat. Le Rocher, «où on ne peut rien semer ni cueillir» devint un des rendez-vous les plus élégants de la Belle Époque.

La principauté de Monaco fit montre d’une «étrange neutralité» envers l’Allemagne nazie afin de rafistoler ses finances mal en point. Dès 1936, un accord discret aurait été passé avec le Dr Schacht, ministre des fiances du Reich, pour permettre aux fonds nazis de transiter par les banques monégasques au nez et à la barbe des démocraties. Durant la guerre, avec la complicité du régime de Vichy, les investissements douteux affluent, le marché noir et les trafics en tous genres se multiplient. Mandel Szkolnikoff, le roi de la contrebande, fait du rocher sa base arrière. La fraude fiscale explose, occasionnant un préjudice estimé à la libération à près de 150 millions d’euros. La Deutsche Bank prend des participations dans la Société des bains de mer et envisage d’ouvrir une filiale à Monaco. Louis II n’ignore rien de la coloration vert-de-gris que prennent ses États et en tire même avantage. À en croire le capitaine Ardant, père de la comédienne, Fanny Ardant, alors en fonction au palais, le prince, toujours à court de liquidités, ne reculait devant aucun trafic. À la libération, il est sérieusement question d’annexer purement et simplement Monaco à la France. Le rôle de soupape financière que joue le Rocher et l’attitude du prince Rainier, qui, en septembre 1944, a rejoint l’armée de libération, sauvent la principauté, le trône et Louis II. On comprend que depuis, les Grimaldi aient préféré jeter un voile pudique sur l’origine équivoque de leur patrimoine.

  • Le halo de fumée qu’entretiennent les monarques à propos de leurs biens tient aussi du calcul financier. Cacher son jeu permet d’avancer masqué et de se lancer dans des opérations risquées sans perdre son crédit en cas d’échec.

Deux guerres mondiales plus tard, les tapis verts, les bancos princiers et les douairières surannées ne faisant plus recette, le prince Rainier employa ses cinquante-cinq années de règne à recycler le principauté en résidence de luxe, capitonnée et sécurisée.  Stratégie habile : ouvriers, promoteurs, intermédiaires : la population de la principauté vit largement de l’immobilier qui garantit à l’État un tiers de la TVA qu’il perçoit.

Les Grimaldi en profitèrent pour redorer leur blason. Une bonne part de leur patrimoine serait constitué de placements immobiliers. À Monaco, ils possèdent notamment la résidence de «la Belle Époque» qui surplombe le port, d’une valeur supérieure à 200 millions d’euros. En 1999, lors de l’incendie criminel qui lui a coûté la vie, on a appris qu’ Edmond Safra, le milliardaire Libanais qui y vivait en reclus, acquittait un loyer de 500 000 euros par an pour une surface de 1 000 mètres carrés. Douze ans plus tard, la valeur locative a pratiquement triplé. Comme le prince possède également «le Rocamar» (6 appartements de grand luxe avec terrasse donnant sur la mer), «le Roc Fleuri» ( 100 appartements de standing) et un certain nombre de locaux commerciaux, son revenu locatif annuel avoisinerait plus de 20 millions d’euros, compte non tenu des terrains et des immeubles qu’il détient aux marges de la principauté, à Paris et aux États-Unis.

Hotel Hermitage, Monte Carlo

Imaginons qu’un destin favorable conduise vos pas à Monaco. L’Hôtel de Paris affichant complet, vous descendez à l’Hermitage, qui n’est pas mal non plus dans le style Art nouveau avec son jardin d’hiver coiffé d’une coupole bâtie par Gustave Eiffel.

Même si le jeu n’est pas votre tasse de thé, une visite au casino s’impose. Sans cette pâtisserie architecturale édifiée en 1879 par Charles Garnier, le père de l’Opéra de Paris, Monaco serait resté un port de pêche anonyme et ses princes des anecdotes pour érudits locaux.

Après une halte rapide à l’opéra attenant, inauguré par Sarah Bernhardt et entièrement rénové en 2005, vous empruntez la rue Grimaldi puis le boulevard Albert 1er pour grimper sur le rocher et prendre quelques photos du musée océanographique, dirigé jadis par le commandant Cousteau. À quelques pas de là, vous voici au Palais princier, étonnante bâtisse crénelée à laquelle chaque époque a laissé son aile, sa colonnade ou sa tour.

Après en avoir visité les grands appartements pour la somme de 8 euros, vous ne résisterez pas aux figurines kitsch à l’effigie des carabiniers monégasques vendus par la boutique à souvenirs.

Retraversant Port Hercule, vous déambulerez ensuite boulevard Louis II puis avenue de la Princesse-Grace, qui, dit-on, serait l’artère la plus chère au monde :

plus de 90 000 euros le mètre carré contre 55 000 seulement pour la Vème avenue de New-York. Après un saut au musée des voitures anciennes où est exposée la collection du prince Rainier, vous vous décidez à flâner jusqu’au Larvotto, cette presqu’île entièrement gagnée sur la mer, pour profiter de sa plage et admirer le coucher de soleil depuis ses terrasses. Pour dîner, le restaurant Bar Boeuf And Co vous tend les bras, et en fin de soirée, vous n’aurez que l’embarras du choix. Le Moods ou le Jimmy’z ? Quoi qu’en disent les noctambules blasés, on y revient toujours. Une bonne journée songez-vous en regagnant votre hôtel. Pour vous ? sans doute. Mais pour le prince de Monaco : assurément.  Chacune de vos étapes lui a profité. L’hôtel, le casino, l’opéra, le Palais, les musées, le sporting club, jusqu’aux «souvenirs shops» : Tout lui rapporte grâce à ses participations sans la Société des bains de mer dont il est l’actionnaire de référence.

Le «Patron»  disent les monégasques reconnaissants à propos de Rainier III, a fait du Rocher une véritable «pompe à phynances». Il s’est servi en premier.

Monaco est un cas d’école. Même s’ils ont relancé leur fortune sur les tapis verts, ses princes se sont empressés d’en diversifier les sources en investissant dans le plus grand nombre de secteurs possibles.

C’est aussi cela la monarchie du capitalisme : un remake à coup de milliards de la cigale et de la fourmi, dans un décor de casino.

 

 

Échappée en Forêt-Noire

À quelques dizaines de kilomètres de Strasbourg, le Land Allemand du BADE-WURTEMBERG déploie de grands espaces naturels ponctués de charmants villages aux traditions bien ancrées.

foret noire./muenstertal-talweiden

Le cousin germanique des Vosges

Pour visualiser la région, imaginez un livre ouvert : au milieu coulerait le Rhin, la page de gauche serait le massif français des Vosges. Sur la page de droite, un peu décalée vers le haut, figurerait la Forêt-Noire (Schwarzwald). Ce massif s’étend sur 200 kilomètres, en parallèle de l’Alsace, de Pforzheim à Bâle.

Photographic Print: Switzerland, Bernese Oberland, Lauterbrunnen Town and Valley by Michele Falzone : 24x18inAu nord, les routes serpentent entre les grandes étendues de hêtres, de sapins et surtout d’épicéas. À Bad Wildbad, un chemin surélevé et une tour d’observation en pente douce (Baumwifelpfad) permettent de se prendre pour un oiseau. À 40 mètres de haut, les arbres se dévoilent depuis la cime et le regard porte jusqu’aux Alpes suisses.

Le centre de la Forêt-Noire est moins austère, cédant la place à des coteaux ensoleillés et à des prairies veillées par des fermes traditionnelles Vineyard hill - Baden-Wurttemberg, Germany Premium wines delivered to your door.  Get in. Get wine. Get social.La vigne s’épanouit notamment dans le Rebland, aux portes de Baden-Baden. Les exploitations comme Weingut Schloss Neuweier, accueillent les visiteurs, curieux des vignes en terrasses et des déclinaisons du riesling ou du pinot noir. Les hauts sommets et les lacs préalpins dominent la partie sud. Le feldberg culmine à 1493 mètres avec maints suiveurs à plus de 1000 mètres. Les vacanciers apprécient les rives du Schluchsee et du Titisee. bateau sur lac Titisee

Coucous, gâteaux et pompons

Peu de régions allemandes possèdent des traditions aussi vivaces que la Forêt-Noire. Du chapeau à gros pompons rouges aux horloges à coucou, le folklore local a rendez-vous dans le musée de la Forêt-Noire, à Triberg. Aux intérieurs artisanaux succèdent une galerie des minéraux ou une collection d’orgues de barbarie. La passion des horloges à coucou est telleGerman cuckoo clocks! I always wanted to see one up close. A traditional piece of folk art at its finest.qu’une entreprise a crée le plus grand modèle du monde (6 tonnes) aux abords du village (Eble Uhren-Park)  Les marchés de Noël mettent en avant les spécialités locales en décembre. Les plus renommés se déroulent à Baden-Baden, Fribourg, Triberg ou Breitnau, sous le grand viaduc de Ravennaschlucht. Et le fameux gâteau ? Eh bien, on n’y coupe pas ! Pâtisseries et restaurateurs le déclinent à l’envi. Chacun s’inspire de la recette de 1915, mêlant une génoise au cacao imbibée de Kirsch, des cerises au sirop et une généreuse crème chantilly :

Forêt noire

Les bienfaits de thermalisme

Il existerait 350 stations thermales en Allemagne, dont une cinquantaine dans le land du Bade-Wurtemberg. Il suffit de répéter le mot Bad (bain) dans le nom de la localité. La sécurité sociale allemande ne prenant plus en charge les cures médicales, la plupart se sont reconverties dans le bien-être.  S’il ne fallait retenir qu’une station, ce serait forcément Baden-Baden.

Plaisirs d'Hiver/ Laure P-R

Friedrichsbad Roman-Irish Thermal Bath. Baden-Baden, Germany. 150 years of curative relaxation.Quintessence du thermalisme avec ses sources à 68°C, elle existe depuis les Romains, voire les Celtes. Mais c’est au XIXème siècle qu’elle prend son essor, attirant artistes et têtes couronnées de toute l’Europe. Aujourd’hui encore, elle garde une aura internationale. Les salons du casino (les plus beaux du monde, selon Marlène Dietrich) rutilent tels les grands appartements de Versailles, tandis que les spectacles se succèdent dans le plus grand opéra du pays. Côté bains, les moins prudes optent pour la pompe du Friedrichsbad avec sa coupole néo-Renaissance et son parcours en 17 étapes. Ceux qui préfèrent garder le maillot se dirigent vers les thermes modernes de Caracalla.

À 40 kilomètres à l’est, Bad WildbadBild: Touristik Bad Wildbad GmbH est le parfait exemple d’une station qui a su s’adapter.

Des cités de caractère

Comme en Alsace, les petites villes et les villages ont gardé leur charme médiéval, alternant pignons, colombages et façades colorées au fil des rues. Les placettes se parent de fontaines, de mairies cossues, de temples ou d’églises, tandis que les terrasses des Biergarten et des Weinstuben désaltèrent les amateurs de bière ou de vin.

Freiburg im BreisgauFribourg-en-Brisgau (Freiburg im breisgau) revendique le titre de capitale de la Forêt-Noire et de cité écolo grâce à son quartier vert. Abîmée pendant la guerre, la vieille ville a néanmoins gardé son cachet. La tour de 116 mètres de la cathédrale est un immanquable point de repère La cathédrale de Fribourg en Brisgau  tandis que l’on flâne le long des rues. La plupart sont décorées de galets du Rhin et bordées par le bächle. Dans ces rigoles de pierre coule une eau pure : elle fait la joie des enfants qui y traînent  de petits bateaux et le malheur des étourdis. Il serait vain de citer tous les beaux villages tels Gengenbach, Gernsbach ou Triberg. Ce dernier se distingue en abritant les plus hautes cascades allemandes et de nombreuses possibilités de randonnées.

Triberg Waterfall - Black Forest, Germany Gutach River, Triberg, Baden-Wurttemberg, Germany  http://www.tripadvisor.com/Attraction_Review-g187285-d190949-Reviews-Triberger_Waterfall-Triberg_Black_Forest_Baden_Wurttemberg.html

Les musées de Stuttgart

La capitale régionale est une bonne porte d’entrée vers la Forêt-Noire. Très bombardée, la ville n’a d’intérêt que par ses collections muséales.

The Mercedes-Benz Museum is an automobile museum in Stuttgart, Germany. It covers the history of the Mercedes-Benz brand and the brands associated with it. Stuttgart is home to the Mercedes-Benz brand and the international headquarters of Daimler AG. Postcard.

Mercedes-Benz ou Porche ? Ces fleurons automobiles ont crée des musées design. Côté Mercedes, le long de paliers en spirale se déploient des ancêtres, une voiture à portière papillon, des bolides ou une Papamobile. Côté Porsche, on passe de la classique 911 à la 917 de course, sans oublier la fameuse Coccinelle. Résultat de recherche d'images pour "la premiere voiture coccinelle"

L’art fait bonne figure avec la galerie nationale d’Art qui présente une large palette, de Hans Holbein à Paul Cézanne ou Jeff Koons. Le musée des Beaux-Arts complète avec les expressionnistes allemands, en particulier Otto Dix.

L’éclat du baroque

Bien érudit qui pourrait s’y retrouver parmi les ducs de Wurtemberg ou les margraves de Bade…mais ces maisons souveraines ont couvert, au XVIIIème siècle, leurs principautés de somptueux palais.

À Ludwigsbourg, dans la banlieue de Stuttgart, deux corps de logis reliés par des galeries forment une impressionnante cour. Castle, Concluded Favorite Ludwigsburg Germany Cas #castle, #concluded, #favorite, #ludwigsburg, #germany, #cas  Germany Castles  Acceda a nuestro sitio Mucho más información   https://storelatina.com/germany/travelling Deux chapelles, un théâtre, de ravissants petits cabinets et des stucs à perte de vue complètent le décor.  À Rastatt, près de Baden-Baden, plus qu’au palais principal, on s’arrête dans la résidence de la favorite, plus raffinée. Schloss Favorite (Rastatt) – Wikipedia Les sols de scagliola imitent le marbre tandis que les murs sont recouverts de milliers de carreaux de faïence. 1f

Couvents et abbayes ne sont pas en reste. À Sankt-Peter, près de Fribourg, le faste de l’église rivalise avec les ornements de la bibliothèque. Non loin, à Sankt-Blasien, l’immense dôme est le troisième plus large d’Europe après Saint-Pierre de Rome et les Invalides :

St. Blasien (Sankt Blasien), Germany, is a town in the Waldshut district in Baden-Württemberg. It is located in the southern Black Forest, 17 km northeast of Waldshut-Tiengen. The town is twinned with Saint-Blaise in Switzerland. There is also a well known Jesuit College Kolleg St. Blasien and an abbey with a famous boy's choir. I was invited to visit the church with a German friend on a cold weekend in 1985. It's round dome dominated the town, its interior was spell-bounding.

Pour finir, détente à Europa-Park

Les 95 hectares du plus grand parc d’attractions d’Europe, après Disney-land Paris, se situent à Rust, entre Strasbourg et Fribourg. Outre une soixantaine de manèges, montagnes russes et parcours à thèmes, Europa-Park propose un véritable tour d’Europe en 14 quartiers nationaux. On passe de Jeanne d’Arc à Don Quichotte via la station spatiale. Miracle …

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