BALSAMO CAGLIOSTRO, l’escroc des Lumières (4)

Voyons quelle histoire à joué Cagliostro dans l’affaire du collier de la Reine. 

En 1785, le mage quitte Strasbourg de façon semble-t-il précipitée. Pourquoi abandonner cette ville, la seule qui l’ait reconnu ? C’est que le grand Cophte est inquiet. Son ambition augmente au fur et à mesure qu’il vieillit. Lui reste-t-il encore le temps de parvenir à cette gloire dont le désir le brûle telle une tunique de Nessus ? En février de cette année-là, un convent extraordinaire de la maçonnerie doit se réunir à Paris, et Cagliostro veut absolument qu’on y proclame la supériorité de son rite égyptien. 

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Les divers courants vont s’y chamailler, et Cagliostro rêve d’imposer alors «SA» maçonnerie. Que lui restera-t-il alors à accomplir ? À faire bénir la maçonnerie de rite égyptien par le pape. Il n’est pas interdit de rêver. Oui, réconcilier l’Église et la maçonnerie, le voilà, le grand dessein ! 

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C’est alors qu’il emménage rue Saint-Claude, à Paris, où il installe au premier étage une loge égyptienne. Son train de vie est de plus en plus somptueux. Il vit à l’égal des grands princes. Ses dépenses avoisinent les 100 000 livres par an – c’est trois fois son train de vie strasbourgeois.  

D’où sort-il cet argent ? Des poches du cardinal de Rohan, son protecteur ? C’est peu probable : La fameuse comtesse de La Motte-Valois soutire déjà des fortunes au prélat. Justement, Rohan parle à Cagliostro d’un collier magnifique, oeuvre de deux grands Joailliers. 

L’idée saugrenue de la comtesse de La Motte serait qu’il achète, lui, Rohan, pour l’offrir à Marie-Antoinette…..Que répond Cagliostro ? On l’ignore. Certains affirment qu’il dissuade le cardinal de faire cet achat. D’autre au contraire qu’il l’y encourage. Quoi qu’il en soit, le collier est livré par les joailliers. Image associée Mais hélas, il tombe entre les doigts crochus de la comtesse de La Motte et de ses complices. 

Pendant ce temps, Cagliostro, au fond peu intéressé par l’histoire du collier, progresse dans son délire.

Il jette des pions sur le chemin qui doit le conduire au sommet de la maçonnerie universelle. Et soudain, patatras ! Il suffit d’une lettre à tous ses frères où Cagliostro ne parle pas autrement que Jésus des Évangiles pour tout ficher par terre : le mage est bel et bien un mégalomane. Les francs-maçons qui l’ont adulé désormais le haïssent. Rien de tel pour exalter encore la suffisance de Cagliostro, qui fait de la rue Saint-Claude le Vatican de la nécromancie européenne. 

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À ses dîners de nabab, trois ou quatre fois par semaine, on voit à la place d’honneur Son Éminence de Rohan, flanqué de cette Jeanne de La Motte que le maître de céans tolère plus qu’il ne l’apprécie. L’appui de Rohan lui est plus que jamais nécessaire pour arracher à Rome la reconnaissance de sa maçonnerie. Alors, il ferme les yeux sur la présence de Mme de La Motte, cette gourgandine. 

À cette époque, il semble que Cagliostro se fasse moins guérisseur. la toute-puissante faculté de Paris ne vient-elle pas d’obtenir la disgrâce et l’exil de son concurrent, le fameux Mesmer, Résultat de recherche d'images pour "mesmer magnétisme animal"l’inventeur du «magnétisme animal» ? Mais le comte est tout à son ambition : régner sur vingt et un millions de maçons d’une maçonnerie reconnue comme la «fille aînée de l’Église». Devenir ainsi immortel. Le mage déraisonne. Pourtant, on ne parle que de lui dans les salons. On s’arrache une foule d’objets gravés à son effigie. bref, il fait fureur. Il est devenu la coqueluche du tout-Paris pré-révolutionnaire. De séances divinatoires en charlatanismes de haute-volée, le mage a conquis Paris !.

Pendant ce temps, alors que ses complices essaient d’écouler les diamants du fameux collier à Londres, Jeanne de La Motte coule des jours heureux en songeant que, si l’affaire tourne mal, elle pourra toujours «mouiller» l’alchimiste fabricant de diamants en série….Il fera un parfait bouc émissaire! Cagliostro, dans sa fatuité, ne devinera pas – LUI LE GRAND DEVIN – ce qui se trame, tout occupé qu’il est à ouvrir la première loge féminine, la loge Isis, présidée par l’incontournable Serafina, qui agglomère autour d’elle les noms les plus prestigieux de la cour de France. 

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Le 15 août 1785, on arrête Rohan en pleine galerie des Glaces, à Versailles. La monarchie est ébranlée. La rumeur aussitôt se met à circuler : le mage tremperait dans ce scandale dont le roi et surtout la reine ne se relèveront pas. L’escroquerie du siècle ne serait que la face émergée d’un complot maçonnique visant à détruire la monarchie de droit divin. Il faut bien convenir que tous les acteurs de l’affaire du collier sont plus ou moins liés à la maçonnerie – y compris Jeanne de Valois et davantage encore son complice de frère, Jacques, qui est un protégé du duc de Penthièvre, lui-même beau-père du grand maître de la maçonnerie française, le duc de Chartres. Ce dernier, devenu Philippe Égalité et révolutionnaire, contribuera à faire couper le cou à son cousin Louis XVI ! 

Cagliostro, qui tient le cardinal comme le marionnettiste tient son pantin, ne peut qu’avoir trempé dans le complot ! Qu’importe si tout cela est cousu de fil blanc, si Cagliostro n’arrive en fait à Paris qu’une fois le bijou déjà acheté…Sans doute n’est-il pas besoin d’être présent pour tirer les ficelles d’un complot ? 

Le 15 août, le cardinal a été arrêté. Le 23 août, c’est au tour du grand Cophte. L’arrestation s’opère sans ménagements et s’assortit de la confiscation de ses poudres, onguents et élixirs. 

Résultat de recherche d'images pour "Cagliostro en prison"Direction la Bastille, où Cagliostro est incarcéré dans une geôle qui porte le nom de «la Calotte»  – c’est l’une des plus rudes, on y cuit l’été pour y geler l’hiver. Jeanne De La Motte dort deux étages plus bas. Ce que le mage ignore encore, c’est que Serafina va les rejoindre. Il est au désespoir. De crainte qu’il ne veuille en finir, on le dépouille de tous les objets un peu pointus dont il pourrait faire usage. Mais c’est mal connaître Cagliostro et son incroyable capacité de rebondir que d’imaginer qu’on puisse ainsi le neutraliser….. 

D’abord, il témoigne de si habile façon que Serafina sort de la Bastille pour ne plus être inquiétée. Ensuite, il est bien décidé à se défendre pied à pied. C’est ce qu’il fait durant neuf mois, entre août 1785, date de son arrestation, et mai 1786, date de l’ouverture du procès.

Pendant ce temps et sans qu’il le sache, Jeanne de La Motte le désigne comme le «faux prophète», le «bas alchimiste» et le deus ex machina du complot. L’aventurière a-t-elle le choix ? Probablement pas, car il est pour elle hors de question de charger Rohan, trop puissant. Dénoncer un étranger qui sent le souffre devient son seul recours.

Maître Doillot, l’avocat de la belle, n’y va pas de main morte….Écoutons-le plutôt : 

Dépositaire de la part de M.de Rohan du splendide collier, Cagliostro l’a dépecé pour en grossir le trésor occulte d’une fortune inouïe…. Oui, c’est lui le coupable. C’est lui qui a fait vendre le bijou à Londres ! Que peut-on attendre de celui qui, pour dire son âge, prétend qu’il a assisté aux noces de Cana ? Sa fortune ? Mais elle est le fruit de son escroquerie, bien sûr ! La comtesse de La Motte comme le cardinal sont les victimes de sortilèges de Cagliostro. Ils ont été ensorcelés.

Cagliostro n’est nullement prêt à se laisser faire. il se défend avec hauteur et habileté, préférant s’appuyer sur l’évidence : était-il à Paris au moment de la négociation avec les Joailliers ? Non, il était à Bordeaux ! La confrontation entre les deux protagonistes est sanglante. Jeanne l’accuse d’ignominies – en particulier d’avoir abusé d’elle ! Indigné, le mage la traîne dans la boue, tant et si bien que l’exaltée s’empare d’un chandelier et tente de l’assommer. La confrontation s’achève en pugilat. Comme son amant Rétaux de Villette a fini par avouer, la comtesse de La Motte se retrouve empêtrée dans ses délires, d’autant que ledit Rétaux, aux abois, lave Cagliostro de tout soupçon. 

On connaît l’issue de l’affaire : le parlement de Paris disculpe Cagliostro comme son ami le cardinal. Le voici acquitté et triomphant. Les portes de la Bastille s’ouvrent devant lui. Le peuple de Paris en liesse l’acclame. On craint même une émeute tant sa popularité est grande. Hélas, le roi, vexé de la décision du Parlement, intime bientôt à Rohan l’ordre de se démettre de ses charges, ce qu’il fait sur-le-champ. Brave-t-on un ordre du roi ? Quant à Cagliostro, le voici «relégué», dans l’obligation de quitter le royaume sans tergiverser. Derrière l’ordre du roi, on devine la volonté de la reine – la principale responsable, hélas, de ce tragique vaudeville. Elle exècre Rohan, mais elle méprise tout autant Cagliostro. Vaincu le Grand Cophte fait ses malles. Serafina, qui n’est pas exilée, l’accompagne jusqu’à Boulogne, où il embarque pour l’Angleterre.

À Suivre….

BALSAMO CAGLIOSTRO, l’escroc des Lumières (3)

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Cagliostro est à présent en Pologne. 

Malédiction pour Cagliostro : partout où il passe, le bon peuple attend qu’il le fasse rêver, et les Polonais, à leur tour, sont déçus que le grand Cophte ne se montre pas enclin à changer le plomb en or plutôt qu’à guérir les fripouilles dont le sort leur importe peu. Tous ces nobles l’attendent au tournant : sait-il oui ou non, grossir les perles et accroître les fortunes ? Comme il renâcle à fabriquer or, diamants et pierreries, les admirateurs de la veille le lâchent le lendemain et crient à l’imposture. Bientôt, il n’aura plus d’autre solution que de quitter cette Pologne incrédule. 

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Strasbourg 

Pourquoi choisit-il alors Strasbourg comme port d’attache ? C’est que cette ville au carrefour des civilisations européennes est alors dirigée par un prince-évêque étrange :  Louis René de Rohan Résultat de recherche d'images pour "louis rené de rohan" en féru d’ésotérisme. Il a été ambassadeur à Vienne, s’imagine volontiers qu’il pourrait devenir un autre Mazarin à la cour de France. 

Il y a hélas loin de la coupe aux lèvres ….En effet, la jeune reine Marie-AntoinetteImage associée, pas plus que sa mère, Marie-Thérèse d’Autriche Résultat de recherche d'images pour "marie thérèse d'autriche", ne peut le souffrir. Et elle souffre le froid à l’oreille de son mari, Louis XVI, au sujet du cardinal. 

Pour le brave cardinal, l’avenir soudain s’assombrit. D’autant qu’il manque toujours d’argent. Il a beau être riche comme Crésus, le grand train de sa maison et ses folles dépenses aplatissent sa bourse sans qu’elle trouve jamais le temps de se remplir. 

Pour Cagliostro, Strasbourg présente un double avantage : la maçonnerie ésotérique y est florissante, comme elle l’est en Allemagne, et l’amitié du prince-évêque l’aide à faire taire l’Église, qui l’accuse volontiers de pactiser avec le diable.

Très vite, le renom de Cagliostro Résultat de recherche d'images pour "cagliostro en 1781" grandit dans la cité. Sa suffisance, sa morgue, sa soif d’honneurs exaspèrent ceux qui exigent vérité et modestie. Le mage n’en a cure et continue, imperturbable, de soigner et de guérir les souffrances humaines. Son succès lui vaut de l’argent. Beaucoup d’argent. Le couple vit sur un grand pied : Alexandre et Serafina s’installent à la place d’armes, dans une demeure aristocratique où tout n’est que luxe – lit de plumes, meubles en bois de rose, lustres de cristal (P.Brunet.Cagliostro, op, cit, page 103) – laquais en livrée et emperruqués. 

D’où vient tout cet argent ? De l’or et des diamants que le comte fabrique comme il respire ?  Des parties de jambes en l’air de la toujours ravissante Serafina ? Résultat de recherche d'images pour "serafina cagliostro" De la fortune volée à un prince d’Asie ? Ou bien encore de l’amitié sonnante et trébuchante du cardinal de Rohan ? Mystère. Cagliostro connaît les méfaits de la rumeur quand on la laisse courir….Mais il se tait. 

Très vite, le cardinal-prince le reçoit en son palais de Saverne avec tous les honneurs dus à son rang. Cagliostro lui souffle à l’oreille : «Votre âme est digne de la mienne et vous méritez d’être le confident de tous mes secrets» (Ibidem, page 105). Rien ne peut flatter davantage le cardinal à la perruque poudrée….Oui, Rohan est séduit. Le prélat sémillant est plus avide de prodiges que d’initiation aux grands mystères. Qu’importe ……

 

L’amitié de Rohan vaut à Cagliostro un prestige inouï, et l’année 1781 marque son zénith.

Tout le monde alors veut se montrer en sa compagnie, chacun veut se mettre à l’ombre de sa gloire. Toutes les personnalités que comptent Strasbourg et l’Europe prient le mage de leur faire l’aumône de quelques mots, de les honorer d’un regard. À se presser dans le sillage du comte, les femmes ne sont pas les dernières, à l’instar de cette Mme Sarazin, épouse d’un banquier rongée de mélancolie qu’il guérit par des remèdes mystérieux.  On révère le couple comme d’authentiques dieu et déesse. À leur côté, on a le sentiment de boire la coupe de l’immortalité. 

ce n’est guère, on s’en doute, du goût de la toute-puissante faculté de médecine. Les officiels sont jaloux des succès de Cagliostro et sonnent l’hallali. Sa médecine, que l’on qualifierait aujourd’hui d’«orientale», apparaît comme le fruit d’un pacte avec le diable. Ses ennemis l’attendent au tournant, dans l’espoir de le coincer. Au moindre échec du mage – un décès, une rechute…-, ils pavoisent. 

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Cagliostro, impavide, les tient pour une docte assemblée d’imbéciles et le clame. Son orgueil lui joue parfois de vilains tours. L’appui du cardinal fait penser qu’il est intouchable. Ne vient-il pas de guérir un malade particulièrement cher à Son Éminence, son propre cousin, Charles de Rohan, Résultat de recherche d'images pour "charles de rohan" prince de Soubise, qui se mourait de la gangrène ? 

À l’été 1781, devant l’assistance ébahie du château de Rohan à Saverne, Alexandre Cagliostro consulte un flacon d’eau lustrale et déclare voir la naissance d’un dauphin de France. 

Quelques semaine plus tard, Marie-Antoinette Résultat de recherche d'images pour "Marie antoinette"accouche d’un fils….Bien sûr, le mage n’avait qu’une chance sur deux de ne pas se tromper. Mais tout ce beau monde est éberlué. 

Vient d’apparaître à Strasbourg une jeune créature que la comtesse de Boulainvilliers présente au Cardinal de Rohan et qui jouera un rôle désastreux à la fois dans l’histoire de France et dans celle de Cagliostro. elle s’appelle Jeanne de Valois Résultat de recherche d'images pour "jeanne de valois" et descend des amours d’Henri II par la jambe gauche. Résultat de recherche d'images pour "henri ii" Le naïf prélat pense aussitôt redorer son blason à la cour de France en présentant à Versailles une descendante des Valois. 

À suivre ……

BALSAMO CAGLIOSTRO, l’escroc des Lumières (2)

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Si la maçonnerie est florissante en cette seconde moitié du XVIIIème siècle dans l’Europe entière, nulle part elle n’affiche une influence aussi considérable qu’en Angleterre. Georges III, reconnaissant de l’appui qu’elle fournit à la monarchie Hanovrienne, la loue et la défend contre tous ses ennemis. Avec lui, les loges d’obédience anglaise essaiment sur tout le continent. Bientôt, Cagliostro va s’y illustrer.  D’abord, il ouvre à Londres un cabinet d’alchimiste qui acquiert pignon sur rue. Toute la bonne société se persuade qu’il possède le secret de la fabrication de l’or. Ce serait là l’explication de son luxueux train de vie, de cet argent qu’il dépense à tout va, des parures et des toilettes de Lorenza. La rumeur court : Londres abrite un personnage inouï, aux immenses pouvoirs. Il serait plus riche que Crésus. 

Cette fortune, d’où provient-elle ?

probablement de l’ordre de Malte, qui a choisi Giuseppe comme un agent en Angleterre, ce nirvana des spiritualistes. Le grand maître de l’ordre, Emmanuel de Rohan, l’a sûrement désigné, lui, Balsamo, comme le représentant de l’ordre dans le monde.  Certes, le bonhomme apparaît un peu trop voyant et sûr de lui, mais qu’importe….La fin ne justifie-t-elle pas les moyens ? 

Peu à peu, toutes les personnalités qui comptent se pressent chez Balsamo : des grands de ce monde, attirés par les talents du personnage, mais aussi, on s’en doute, des aigrefins qui flairent l’or. Un couple de concubins, les Scott – qui se prétendent «Lord» et «Lady» -, ne comprend rien au «grand oeuvre» mais en revanche s’y entend à merveille pour faire fortune. Et Giuseppe frappe fort : Il leur prédit, avec succès, les numéros gagnants de la grande loterie d’Angleterre. 

Bref, Cagliostro rameute vers sa demeure la foule des requins

 désireux de faire fortune à peu de frais. 

Dépassé par son succès, il doit leur fermer la porte au nez : tous ces gens n’en veulent qu’à l’or. Du reste, c’est-à-dire de la «connaissance suprême», ils n’ont que faire.

Les Scott prennent peur. Ils font le siège de Lorenza. ils tempêtent, pleurent à chaudes larmes. Giuseppe veut-il les ruiner ? Lorenza s’interpose et convainc son mari. Dame ! c’est pour de si braves gens….D’autres numéros de loterie gagnante vont bientôt sortir, et les Scott remplissent leur bourse. Désormais, ils tiennent le mage, ou croient le tenir ….grâce à Lorenza

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La rumeur enfle dans Londres : il existe un voyant, un fabricant d’or, qui enrichit tous ceux qui l’approchent. Un être unique, comme il n’y en a jamais eu.

Évidemment, pareil individu  ne saurait se contenter de servir des parasites comme les Scott et de prédire de bons numéros de loterie. Giuseppe profite de son séjour Londonien pour fréquenter les cercles théosophes, où il s’imprègne de la pensée de Swendenborg, «spirituel» suédois mort cinq ans plut tôt et dont les travaux occultes font alors fureur. 

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Ce Swedenborg qui s’est autoproclamé le fils spirituel de Paracelse (l’alchimiste de la Renaissance) a lancé sur le marché de la spiritualité un mouvement, l’«illuminisme», qui prend de l’ampleur.

Pour Swedenborg, l’Église ne détient pas le monopole de la connaissance de Dieu. Cette connaissance n’est pas un savoir rabâché dans tous les catéchismes mais le fruit d’une illumination.

Balsamo est séduit par la pensée de Swedenborg, qui conforte sa propre intuition. Swedenborg, est par ailleurs l’un des maîtres de la maçonnerie anglaise, qui assure la synthèse entre la pensée du maître suédois, la tradition ésotérique des Rose-Croix et celle, chevaleresque et templière, de jadis. Balsamo se sent désormais suffisamment mûr pour habiter enfin son vrai nom : Cagliostro. En 1777, c’est sous ce nom, «comte Joseph Cagliostro», qu’il entre en maçonnerie au sein de l’Observance, petite loge templière. Il y est reçu d’emblée comme maître. C’est dire son prestige. 

Les Scott, ces parasites, furieux d’être éconduits par le mage, portent plainte en justice et l’accusent de sorcellerie. Cagliostro s’en tire sans trop de mal mais décide de quitter sans tarder l’Angleterre : Albion sent le soufre. 

Trois ans plus tard, Scott, condamné à mort pour vol avec effraction, finira au bout d’une corde. De là à évoquer la vengeance de Cagliostro, il n’y a qu’un pas – et la rumeur, évidemment, le franchit ! Entre-temps, notre mage découvre les antiques usages de la maçonnerie égyptienne et osiriaque, enfouis sou les siècles de traditions médiévales et templières. Et ses contemporains le désignent comme le patron de cette maçonnerie. On l’appelle «Le Grand Cophte». C’est dit. Joseph Balsamo est mort. 

Il ne reste plus qu’Alexandre Cagliostro, celui qui diffuse sa lumière sur le monde.

Le mage est flanqué de sa compagne, son double, une sorte d’ange qui prend le nom de «Serafina» : Lorenza a eu droit, elle aussi, à un nouveau baptême. Elle est le séraphin qui protège Cagliostro ! Le comte et la comtesse de Cagliostro reprennent leur vie d’errance. Mais celle-ci n’a plus rien à voir avec les pérégrinations de jadis. Le couple d’escrocs semble assagi. Attiré d’abord par la Hollande, Cagliostro fonde à la Haye la première loge de son rite égyptien en 1778. 

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Puis, les voici en Belgique ; de là, ils vont à Innsbruck, puis à Nuremberg, où ils sont accueillis en héros. En effet, l’Allemagne de Frédéric II, versée dans un mysticisme romanesque et préromantique, reçoit avec faste le Grand Cophte et sa compagne. 

En 1778, ils sont à Berlin et , de là, vont à Leipzig, où ils rencontrent le fameux dom Pernety, ancien aumônier dans l’escadre de Bougainville, disciple idolâtre de Swedenborg qui s’est réfugié en Allemagne, où il jouit de la protection du grand Frédéric. 

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La Russie de Catherine II attire maintenant Cagliostro :

 tant de légendes courent sur la souveraine hors norme

 qui protège les philosophes et collectionne les amants…. 

Las, Cagliostro, qui s’est juré de la conquérir, tombe sur un bec : Catherine refuse de le recevoir. La tsarine voit d’un mauvais oeil ce Cagliostro frais émoulu des loges anglaises venir sur ses terres lui faire la leçon à elle qui, pour des raisons toutes politiques, tresse des couronnes aux loges suédoises. 

Mais le renom du Grand Cophte est si extraordinaire que les grands de Russie lui ouvrent leurs portes pour se régaler du bonhomme. PotemkineRésultat de recherche d'images pour "potemkine amant de catherine ii"  l’amant et favori de l’impératrice, est fasciné par le couple – spécialement par la comtesse. 

Tout l’arsenal des pouvoir, réels ou supposés, de Cagliostro est mis à contribution, même si le Grand Cophte se plaint de devoir en faire étalage comme un vulgaire charlatan.

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Il sort des palais, se balade dans les rues de Saint-Saint-Pétersbourg et se met à guérir à qui mieux mieux  les pauvres et leurs fièvres et scrofules – guérisons inexpliquées, donc miraculeuses, qui font enfler la rumeur : Cagliostro guérit les mourants. Bientôt, il ressuscitera les morts ! Son cabinet de guérisseur ne désemplit pas. 

Non content de soigner les pauvre, il s’attaque aux maux des riches. Cagliostro guérit à tout va : le fils du prince Galitzine, la baronne Stroganov, qui a perdu la tête, et un certain Isleniew, cancéreux condamné par la médecine, sont sauvés grâce à un élixir à base d’or potable. 

Les rationalistes qualifient Cagliostro de «sorcier». Le propre médecin de la tsarine l’accuse d’exercice illégal de la médecine. Le comte le provoque alors en un curieux duel : «Vous allez avaler deux pilules d’arsenic que je vous donnerai, et j’avalerai moi le poison que vous me donnerez, quel qu’il soit. Celui de nous deux qui mourra sera considéré par les hommes comme un porc». (Philippe brunet, Cagliostro, Paris, François Bourin, 1994, page 79).

L’archiatre, couard, se le tient pour dit et s’abstient. La rumeur, ce poison, court de plus belle : le mage ne serait qu’un imposteur. Sa femme ne serait qu’une putain à la cuisse légère qui se prête à des jeux interdits en compagnie du beau Potemkine. 

Pour L’impératrice Résultat de recherche d'images pour "catherine ii de russie" c’en est trop….Elle va sévir. Ce sera le Knout ou la geôle – voire les deux. 

Très peu pour eux ! prudemment, les Cagliostro repassent d’urgence la frontière pour se réfugier en Pologne. 

À suivre …..

 

BALSAMO CAGLIOSTRO, l’escroc des lumières (1)

Palerme, en Sicile, 2 juin 1743.

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Un bébé vient au monde, que ses parents, Pietro Balsamo, marchand drapier, et Felicia Bracconieri prénomment Giuseppe. Quelques jours plus tard, le bambin est baptisé dans la grande cathédrale de Palerme, en bon catholique – n’en déplaise à ceux qui, à l’instar du poète Goethe, voudraient que Guiseppe Balmoso soit juif. À la décharge de Goethe, il faut souligner que les rumeurs courront sur le personnage durant toute sa vie et que les mystères que lui-même entretiendra favoriseront toutes les spéculations. 

Quoi qu’il en soit, c’est bien une de ses grand-tantes qui le porte sur les fronts baptismaux. Elle se nomme Vincenza Gagliostro. Retenez bien son nom, car c’est celui que prendra Giuseppe Balsamo beaucoup plus tard. 

Pietro, le père de Giuseppe, n’est pas un marchand ordinaire : s’il est contraint de travailler pour vivre, un peu de sang bleu circule dans ses veines, lui venant des Balsamo de Messine – qui, eux, sont nobles. Gentilhomme ou pas, Pietro fait bientôt faillite et , dépité, ne trouve rien de mieux que de mourir avant l’heure. Notre bambin est élevé à la diable par une mère au foyer qui éprouve quelque peine à joindre les deux bouts et qui finit par confier Giuseppe à une de ses amies. Celle-ci possède une officine de pharmacie. 

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Ainsi, Giuseppe, durant ses vertes années, va respirer baumes et onguents et s’intéresser -déjà- à l’art de soigner ; ce qui ne lui sera pas inutile dans sa carrière future. 

Au bout de trois années de cette initiation, voilà notre Giuseppe de retour chez sa mère, à Palerme, où on lui fait miroitier, comme c’est l’usage pour tous les nobliaux cadets de la famille (il a une sœur), une carrière ecclésiastique. Sagement, il accompli séminaire et noviciat avant de se lasser de la vie monacale, qui lui vaudra l’amitié d’un prêtre apothicaire avec lequel il discute déjà de philtres et de pharmacopées. Il multiplie alors incartades et provocations – comme il se doit en ce XVIIIème siècle libertin -, allant jusqu’à remplacer dans ses prières les noms des saintes par ceux des prostituées les plus connue de Palerme. Cela n’est guère du goût du père abbé, qui flanque Giuseppe au cachot! Il s’en évade aussitôt pour aller retrouver les femmes de petite vertu. 

Bref, Giuseppe mûrit dans un univers de polissonneries qui n’augure rien de bon : au «casier» du jeune homme, ivresse, débauches et petites escroqueries – avec aussi un penchant certain pour l’imposture. Comme les Palermitains ont la tête farcie des souvenirs de l’occupation musulmane de jadis, Giuseppe persuade un orfèvre qu’il vient de découvrir dans un songe l’emplacement d’un trésor fabuleux oublié par les Arabes. L’autre, appâté, le suit…. et se fait copieusement rosser et détrousser par Balsamo et ses copains. Scandale ! Giuseppe doit déguerpir pour Messine dare-dare afin d’échapper à la maréchaussée.

Le voici désormais auprès de son grand-oncle, un certain Joseph Cagliostro, homme droit et de devoir, qui tente en vain de donner au jeune Giuseppe l’éducation et les principes qui lui manquent. Il lui parle de l’ordre de Malte, dont plusieurs Balsamo ont été des adeptes. Cette évocation marque si fort le jeune homme qu’il dépeindra plus tard son grand-oncle sous les traits du fameux Althotas – celui qui aurait été son maître. 

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Malte

Giuseppe débarque en 1766 à Malte. Au sein de l’Ordre, il s’initie à la sagesse du grand maître, qui a troqué depuis belle lurette le souci de défendre la civilisation chrétienne – une mission qui date des croisades – contre un amour fou pour les sciences occultes. La philosophie et le rationalisme desséchant sont désormais les ennemis de l’Ordre et ont pris la place de l’infidèle. L’ésotérisme et la magie, ces armes maîtresses, vont fonder la civilisation de demain. La mystique des Rose-croix a succédé depuis des siècles à la mystique templière, frappée à mort par la dissolution de l’ordre du Temple et le supplice de Jacques de Molay.

Ainsi, Giuseppe devient membre de l’ordre de Malte, et le grand maître lui donne accès à son laboratoire privé. Giuseppe est à présent élève alchimiste. Il comprend que l’alchimiste, loin d’être un vague sorcier qui transforme le plomb en or, rétablit l’harmonie universelle qui régnait aux commencements des temps entre la nature et l’homme. L’homme n’est-il pas le seul et unique Dieu ?  Au bout de deux ans d’initiation au «grand mystère», le jeune homme est adoubé.  Il abandonne sa défroque d’homme ordinaire et change de nom : Il prend celui de son grand-oncle. La métamorphose est accomplie. Giuseppe Balsamo est devenu à vingt-cinq ans comte de Cagliostro, titulaire de la triple chevalerie templière, maltaise et rosicrucienne. Pourtant, durant dix années encore, il continue à se faire appeler «Balsamo», comme s’il n’avait pas encore lavé son âme de toutes les souillures. C’est qu’il est perfectionniste, Giuseppe ! 

La vérité, c’est qu’il a beaucoup de mal à faire sienne la misogynie du monde initié. Pour ce monde-là, la femme, descendante d’Ève, est une fauteuse de troubles : la femme est assimilée à la tentation, au sexe obscur, à la magie noire et à la sorcellerie. N’a-t-on pas brûlé des dizaines de milliers de sorcières dans les siècles précédents ? Et pourquoi donc ?  Parce que la femme incarne la passion maléfique. 

Balsamo, lui , n’est pas d’accord : Il aime la femme et ses passions.

C’est que le bonhomme vient de rencontrer une fille qui incarne à elle seule tous les péchés de son sexe. Elle s’appelle Lorenza Feliciani. Résultat de recherche d'images pour "Laurenzo felliciani" En 1768, ayant quitté Malte, Giuseppe se retrouve à Rome, et c’est là, dans un quartier mal famé, qu’il fait la connaissance de cette jeune personne de quinze ans, fille d’un fondeur de bronze et belle comme le jour – ou comme la nuit. 

Ravissante quoique à peine sortie de l’enfance, elle n’est déjà plus tout à fait innocente, car il faut bien vivre. La Napolitaine qui l’héberge est une mère maquerelle de haut vol qui prostitue la petite. Giuseppe, doté d’un charme fou,  Résultat de recherche d'images pour "balsamo cagliostro mariage"conquiert la belle sans coup férir. Les deux tourtereaux se retrouvent unis pour le meilleur et pour le pire : Le mariage est célébré le 20 avril 1768. Mais la rumeur ne tarde pas à circuler : Lorenza continuerait son fructueux commerce, pour faire bouillir la marmite. Giuseppe ferme les yeux. Il est de doute façon peu attiré par les choses du sexe. C’est sans doute le résultat de l’ascèse spirituelle, qui a fait taire les tourments de la chair.  Si l’on veut être pur, il faut être chaste – précepte que Lorenza, elle, n’aura jamais appris ! 

En fait, celui qui est encore Giuseppe Balsamo ne rêve que de voyage initiatique ; de Saint-Graal à conquérir, à l’instar des chevaliers de la Table ronde, pour aguerrir l’âme et purifier le coeur.

En attendant, le couple, sans le sou, tire le diable par la queue : Lorenza, sans doute, «travaille moins». Giuseppe, lui, qui a toujours eu les poches trouées, dépense trop….Mais il est doué d’un sacré caractère, d’une ténacité redoutable et de la faculté de rebondir. Il ne renonce jamais. Le couple part bientôt sur les routes poussiéreuses pour réaliser le pèlerinage par excellence, celui de Saint-Jacques de Compostelle. 

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À cette époque, un voyage, initiatique ou pas, dure des années et ménage des temps de repos. ne soyons donc pas étonnés de voir les tourtereaux se prélasser deux années durant à Barcelone, où Giuseppe attire les gogos par ses tours de magie. Lorenza, elle, continue à faire bouillir la marmite à sa manière. Ensuite, on les trouve à Madrid, où ils gravissent peu à peu l’échelle de la bonne société. Les dames se pâment cette fois devant les talents de peintre du mage. L’animal à plusieurs cordes à son arc. Tandis qu’il croque des portraits plus ou moins réussis, Lorenza se fait, elle, la maîtresse du duc d’Albe, Image associée grand d’Espagne et passionné de corrida. Un peu plus tard, ils sont au Portugal, dans la Lisbonne grouillante et affairée qui renaît après le tremblement de terre qui l’a détruite de fond en comble. 

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Là, c’est un banquier armateur enrichi par le commerce avec le Brésil, un certain Sobral, qui couche dans les draps de Lorenza. 

Soudain, Giuseppe, de moins en moins peintre et de plus en plus mage et nécromant, se laisse persuader par un chevalier anglais des bienfaits des brumes de la Tamise.

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Londres est alors le coeur de la maçonnerie – la vraie, celle qui descend des croisés de la Terre sainte et des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Giuseppe arrache sa Lorenza aux douceurs portugaises, et le couple fait ses bagages pour Londres. Du voyage à Compostelle, il n’est plus question….Hélas, la vie londonienne coûte cher, surtout quand on est affligé comme Lorenza de goûts de luxe, et la petite bourse de pierres précieuses rapportée du Portugal a tôt fait de fondre comme neige au soleil. Lorenza qui n’est jamais à court de ressources, redore le blason du couple avec l’aide opportune d’un amant quaker richissime. Un petit chantage à l’adultère – sévèrement puni en Angleterre – permet de doubler la mise et de plumer l’amant, qui préfère payer et s’en aller plutôt que d’affronter les juges. 

Bientôt, Lorenza trouve Londres trop humide, et les Balsamo franchissent le Channel en 1772. Sur le bateau, ils s’abouchent avec un jeune avocat du nom de Duplessis, qui, tombé évidemment sous le charme de la belle, lui promet tout, sa vie et sa fortune. 

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Les voici à Paris ….Giuseppe a repris ses pinceaux et augmenté ses tarifs. Lorenza se partage entre l’opéra et les ballets d’alcôve. 

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si le diable cette fois ne choisissait de s’en mêler et de rendre l’épouse amoureuse pour de bon ! Voilà qui soudain change la donne. Le mari, qui ferme volontiers les yeux sur les galipettes, ne saurait les fermer devant la vraie trahison : celle du cœur. Giuseppe, furieux, dénonce son épouse comme femme adultère (mineure de surcroît) et la fait emprisonner pour quatre mois à Sainte-Pélagie, la prison pour les femmes de mœurs légères. Giuseppe ne badine pas avec ces enfantillages. Il dit avoir entamé une quête initiatique et ne tolère pas de la voir dévoyée par la passion.

Qu’en dit Lorenza ? Ces quatre mois de prison lui ont-ils servi de leçon ? A-t-elle fait amende honorable ? Oui, en apparence – en apparence seulement. Car, en secret, elle nourrit une belle rancune….

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Naples

Mais la vengeance se mange froide. Le couple se rabiboche et s’en va conquérir Naples, où, sous les noms de «marquis» et de «marquise de Pellegrini», ils enchantent les Napolitains, elle par son charme, lui par ses talents de mage. 

Giuseppe a rangé définitivement pinceaux, toiles et chevalets pour se consacrer au fameux livre des secrets rapporté de Malte, qui regorge de recettes pour guérir les rhumatismes des vieillards
et préserver la jeunesse des jolies femmes. 

Giuseppe plume allègrement les riches gogos, puis soudain décide de foncer à Malte, sa mère patrie spirituelle, pour y faire retraite. Car Giuseppe Balsamo est résolu à monter plus haut ; beaucoup plus haut !  À l’issue de ces mois d’ascèse et d’apprentissage, le voici, en compagnie à nouveau de Lorenza, sur les routes d’Espagne. Puis il retourne à Londres. Nous sommes en 1776. Seulement, le Balsamo qui débarque à Londres n’est plus le même : Il est métamorphosé. Bientôt, si s’appellera «Cagliostro». 

A suivre…..

LE JOUR DE L’AN, Voeux très pieux ..

En mars, en septembre, en décembre….Il faut attendre 1564 pour que le début de l’année soit fixé au 1er janvier. Quelle que soit la date, la tradition des cadeaux a toujours existé.

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L’année n’a pas toujours commencé le 1er janvier. En 46 av.J.C , Jules César décide de refondre le calendrier romain. Jusqu’à alors, l’année commence en mars, mois de la reprise des activités agricoles et guerrières. Il instaure un nouveau calendrier dit «julien», réglé selon le cours du soleil, comptant douze mois et commençant en janvier : un calendrier qui ressemble beaucoup au nôtre : 

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Sous la république romaine, aux calendes (premier jour du mois) de janvier, les Romains échangent des présents appelés étrennes. Un usage hérité, selon la légende, du règne du roi sabin Tatius, à l’époque de la fondation de Rome. Celui-ci avait l’habitude de recevoir en offrande de la verveine venant du bois sacré de Strenna, la déesse de la santé, d’où le nom d’«étrennes» venu jusqu’à nous. 

Afin de placer le début de l’année sous un bon augure, des cadeaux sont échangés dans toutes les classes de la société romaine. Les amis s’offrent des figues, des dattes et du miel, en se souhaitant une année douce et agréable. 

Résultat de recherche d'images pour "figues"Résultat de recherche d'images pour "dates"Résultat de recherche d'images pour "Miel"

Si, au fil du temps, les présents prennent de la valeur (monnaie d’or et d’argent ou meubles précieux), les Romains les plus modestes se contentent de petits cadeaux proches de nos porte-feuilles et agendas. 

Cette tradition s’institutionnalise et devient une fête solennelle dédiée à Janus Résultat de recherche d'images pour "janus dieu" divinité aux deux visages, qui donne son nom au mois de janvier. La conquête progressive du calendrier par l’église va bouleverser la tradition romaine. 

Dès le concile d’Auxerre en 577, les autorités ecclésiastiques condamnent la pratique des étrennes, jugée diabolique. 

Le début de l’année coïncide, à présent, avec l’événement du calendrier chrétien, considéré comme le plus important par le roi. Si à l’époque des Mérovingiens, l’année commence généralement le 1er mars, Charlemagne  privilégie Noël. Sous son règne, le 25 décembre marque le début du nouvel an. Quant aux Capétiens, ils optent pour Pâques, dont la date varie d’une année sur l’autre.

Il faudra attendre le règne de Charles IX Résultat de recherche d'images pour "charles IX" pour que la nouvelle année commence le 1er janvier. 

En 1564, un édit l’institue officiellement, mais il ne sera appliqué que trois ans plus tard. Par-delà la variation de dates fixant la Nouvel an, la coutume des étrennes et des voeux échangés de vive voix subsiste pendant plusieurs siècles.  L’usage est même respecté à la cour de France, comme le confirme la correspondance de la princesse Palatine Résultat de recherche d'images pour "princesse palatine" sous le règne de Louis XIV

Dans un souci de rompre avec le temps religieux, les Révolutionnaires vont choisir l’équinoxe d’automne, en septembre, pour marquer le début de l’année. Au milieu du XIXème siècle, en Grande-Bretagne, une nouvelle habitude s’instaure, celle d’envoyer ses voeux sur une carte. 

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L’invention du premier timbre-poste Résultat de recherche d'images pour "1er timbre poste français"  et du procédé de lithographie va permettre l’essor de ce nouveau rituel qui se répand dans toute l’Europe. Un autre l’accompagne, voué de même à un grand avenir. 

L’imprimeur François-Charles Oberthur donne, en 1810, à l’Almanach des postes sa forme moderne. 

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Résultat de recherche d'images pour "facteur"Les facteurs seront autorisés à les offrir à leurs clients en 1849. Baptisés successivement Almanach des postes et des télégraphes, puis Almanach du facteur en 1989, il a évolué au fil des ans tout en restant le même. 


Résultat de recherche d'images pour "bonne année 2019"Pour 2019…. 


NOËL – Du païen au Chrétien

En 337, le pape Jules 1er décrète que Jésus a vu le jour le 25 décembre. Une date choisie parce qu’elle correspond à des réjouissances orchestrées….en l’honneur du dieu perse Mithra ! 

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Dans les années 330, alors que l’empereur Constantin officialise la religion chrétienne, l’Église décide d’instaurer une fête spécifique afin de célébrer la naissance du Christ.  Le choix de la date va s’inscrire dans un contexte de lutte contre le paganisme. 

En effet, les Saturnales, célébrant le dieu des semailles et de l’agriculture, donnent lieu à Rome à des réjouissances, souvent débridées, entre le 17 et le 24 décembre. Les Romains échangent des cadeaux, des porte-bonheur, des gâteaux et décorent leur foyers avec du lierre, des branches de houx et de gui. 

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Le 25 décembre est aussi le fête la plus importante de Mithra, dieu venu de Perse symbolisant la lumière et la pureté, introduit à Rome par l’empereur Élagabal en 218 et dont le culte devient officiel en 274, sous Aurélien

Les adeptes de cette religion, diffusée par les légionnaires dans les provinces les plus éloignées de l’Empire, appartiennent plutôt à l’élite urbaine aristocratique et militaire.  Ils célèbrent alors, au moment du solstice d’hiver, période de l’année où les jours rallongent, la renaissance du Sol Invictus, le «soleil invaincu». En fixant Noël au 25 décembre, l’Église facilite ainsi le passage des coutumes païennes à la foi chrétienne. 

En 337, le pape Jules 1er est le premier à décréter que Jésus a vu le jour un 25 décembre. 

En 506, le concile d’Agde en fait une obligation dogmatique et, en 529, l’empereur Justinien déclare la Nativité jour chômé. Mais la fête célébrant la Nativité ne connaît un réel essor qu’au Moyen Âge  avec la propagation du christianisme. 

Le terme même de Noël devient une exclamation de joie, lancée par la foule en liesse lors des grandes occasions : naissances, baptêmes ou mariages princiers, entrées triomphales des souverains dans une ville. 

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La crèche et la messe de minuit datent aussi de l’époque médiévale.  Très tôt les premiers chrétiens vénèrent le lieu de naissance du Christ à Bethléem, et les pèlerins viennent se recueillir dans la grotte et devant la crèche ayant, selon la tradition chrétienne, abritée l’Enfant Jésus. 

C’est saint François d’Assise qui célèbre le premier en 1223, une messe de minuit devant une étable où hommes et bêtes rejouent la scène de la nativité. 

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À partir du XIIIème siècle, les Mystères, ces tableaux vivants ayant pour thème le vie de Jésus, introduisent des crèches dans leurs représentations. Puis celles-ci apparaissent dans le choeur des églises, avant de se répandre, sous forme miniaturisées, dans les foyers.  Composées de petits personnages en verre ou en porcelaine, elles sont d’abord l’apanage des plus fortunés. L’apparition de sujets modelés en mie de pain ou en argile permet leur diffusion dans toutes les régions de France. 

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Inspirée par la tradition Italienne, la Provence invente les célèbres santons (du provençal santoun, «petit saint»). 

Pour les croyants, la messe de minuit et ses chants de Noël représentent le pinacle des festivités. Les plus anciens datent du XVème siècle. Ils ont été popularisés grâce aux bibles de Noël, recueils de cantiques vendus par des colporteurs du XVIème siècle. Quant au sapin, il faut attendre la fin du XIXème siècle pour qu’il s’impose en France.   Il est d’inspiration germanique. Résultat de recherche d'images pour "sapin de noel gif "


Résultat de recherche d'images pour "père noel "À l’origine ce personnage débonnaire,  à la barbe blanche, qui apportait des cadeaux aux enfants sages, était habillé de vert. Jusqu’à ce que la firme Coca-Cola, s’en empare en 1931, et en fasse un bonhomme ventru, tout de rouge vêtu. 

LA BÛCHE DE NOËL 

Au XIXème siècle, le gâteau inventé par les pâtissiers remplace la traditionnelle bûche placée jusqu’alors dans la cheminée, la veille de Noël. 

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Cette coutume, attestée depuis le moyen âge, héritière de divers rituels païens associés au solstice d’hiver, est répandue dans toute l’Europe occidentale et, en particulier, en France. Appelée «cosse» dans le Berry, «chuquet» en Normandie, «bocque» dans les Ardennes, «cachofio» en Provence, «cache fioc» dans le Roussillon, «capsou» en Aquitaine, «tronche» en Franche-Comté, la bûche, issue d’un bois dur et si possible d’un arbre fruitier, doit à l’origine être coupée avant le lever du soleil. À défaut, une vieille souche de hêtre ou de chêne , même entourée de lierre et de mousse, fait l’affaire.  Elle doit être suffisamment grosse pour brûler du 24 décembre jusqu’au nouvel an, ou tout au moins pendant trois jours, d’où le nom de «tréfeu» ou «tréfouet», trois feux, qui lui est donné dans certaines régions.

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Aucun foyer ne doit déroger à cette règle. Cette flambée, censée purifier les humains de tous les péchés accomplis depuis le Noël précédent, symbolise la lumière apportée au monde par la naissance du Christ. Elle possède aussi des vertus protectrices et éloigne les mauvais esprits. Le chef de famille bénit la bûche avec de l’eau et du sel, parfois du vin, de l’huile ou du miel, selon les provinces, avant de l’allumer – à mains nues car aucun ustensile ne doit l’approcher – Imprégné du liquide versé, le bois se consume plus lentement. Un homme armé d’un fusil, est parfois chargé de veiller sur elle lorsque toute la famille part assister à la messe de minuit.  Gare au démon qui pourrait venir l’éteindre et attirer le malheur sur la mesnie ! 

De nombreuses croyances sont associées à cette bûche. S’il y a beaucoup d’étincelles, la moisson sera bonne, prédit-on. Si la lumière projette des ombres sur le mur, elle annonce un décès dans la famille au cours de l’année à venir. 

Les tisons, non entièrement consumés, conservés à l’intérieur de la maison, la protège de la foudre. Les cendres ont le pouvoir de préserver des maladies et de protéger hommes et bêtes des accidents. 

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Parfois ornée de rubans ou bien de houx et de laurier, la bûche est, comme en Bourgogne et en Franche-Comté, évidée et fourrée de friandises pour les enfants. Une espèce d’ancêtre du Père-Noël .

À partir du XVIIIème siècle, elle est peinte et ornée de devises. À la cour, sous le règne de Louis XVI, des fleurs de lys  viennent décorer les énormes tronçons destinés à brûler dans les royales cheminées. 

Détrônée par le poêle en fonte et le calorifère, la bûche a été progressivement remplacée par sa célèbre doublure comestible Résultat de recherche d'images pour "les plus belles buches de noel" lourde en calories. 

Depuis quelques années, des versions plus light ont fait leur apparition…..

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Pourquoi n’existe-t-il pas de gauche ni de droite au théâtre ?

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Théâtre du Palais Royal  à Paris

Difficile pour le metteur en scène de théâtre assis dans la salle de dire à un acteur de sortir «à gauche» de la scène : s’agit-il de la gauche du metteur en scène ou de celle de l’acteur qui se trouve face au public ?

Pour pallier ce problème de droite et de gauche, sous l’Ancien Régime, les machinistes, qui étaient souvent d’anciens marins, avaient trouvé une alternative tirée du bâbord-tribord de la navigation : un «côté de la reine» et un «côté du roi» remplaçaient la droite et la gauche, et facilitaient la communication au sein de la troupe. Puis, lorsque la Comédie-Française fut installée au Palais des Tuileries entre  1770 et 1782, la troupe prit l’habitude de se référer au côté cour et au côté jardin du palais, qui correspondaient respectivement au côté droit et au côté gauche de la scène, lorsqu’on se trouve dans la salle.

Depuis l’usage est resté : au théâtre, la droite et la gauche n’existent pas. Il n’y a qu’un côté cour et un côté jardin …..même en l’absence de cour et de jardin !

Mais de quel auteur génial viennent ces dénominations fleuries ? Sophocle ? Shakespeare ?
Beaumarchais.
Sans qu’il n’y soit pour rien. Nous sommes en 1784, à Paris, où des acteurs répètent
Le Mariage de Figaro. Ces acteurs, ce sont les sociétaires de la Comédie Française.
Suite à des problèmes de place, l’intendance les a provisoirement installés aux Tuileries dans la salle des machines. L’endroit fait face à la Seine. Quand les acteurs regardent le fleuve, ils ont à leur gauche la cour du Palais des Tuileries et à leur droite un jardin qui s’étend à  l’époque jusqu’à la place de la Concorde. Ils ont donc à leur gauche le côté «cour», et à leur droite le côté «Jardin».

Présentée pour la première fois au public, la pièce connut un triomphe.
Et le binôme cour/jardin a lui aussi brûlé les planches.

Et pour ceux qui ont déjà oublié où étaient le côté  «cour» et le côté «jardin».

Les moyens mnémotechniques   les plus connus, pour savoir où se situent le jardin et la cour, consistent pour le public à se rappeler les initiales de Jésus-Christ  ;  J.-C.   pour les intimes ; comme Jardin/Cour en regardant la scène depuis la Régie (Rex/Romain); et pour les acteurs se remémorer la formule « côté cour, côté cœur» en regardant la salle, le cœur étant situé à gauche. De même pour les acteurs, jarDin comporte un D comme droite, tandis que cour n’en comporte pas.

smiley

Je sais ça énerve ! 

Le vocabulaire du théâtre est riche de termes très imaginés, dont l’explication est souvent historique :

Une Italienne 

Au théâtre, une italienne est une répétition sans mettre le ton, d’une voix neutre qui permet aux acteurs de mémoriser leur texte sans se fatiguer.

Plus spécifiquement à l’opéra, l’italienne reprend les éléments caractéristiques au théâtre en y ajoutant qu’il s’agit en principe de la première répétition avec l’orchestre en fosse, et qu’elle réunit pour la première fois orchestre, chœurs et solistes en une seule séance de travail.

Le filage

la répétition, appelée aussi le filage, est un exercice d’apprentissage ou de  mémorisation d’une partie ou de la totalité d’une pièce de théâtre sous la direction du metteur en scène.

La générale

La répétition générale est la dernière répétition avant la première représentation. Elle couvre la totalité de la pièce dans les conditions de mise en scène de la représentation publique (durée, costumes, décors, son, éclairage…). Elle peut accueillir des amis, des invités, parfois la presse.

La Colonelle

C’est la répétition qui précède la générale. Dans la hiérarchie des grades militaires , le colonel est juste en dessous du général.

La couturière

C’est souvent aussi l’avant-dernière répétition avant la première représentation. Elle a pour objectif de tester la pièce avec tous les costumes, de fixer les dernières retouches, d’optimiser les changements et l’habillage.

Clou, corde et vipère

sont des mots proscrits dans le vocabulaire du théâtre (on est très superstitieux) Si on les dit, il faut payer une tournée à tout le monde pour exorciser l’effet de malchance qui pourrait se produire (on ne peut que constater que les théâtreux du monde entier aiment à boire entre collègues, car après avoir fait du théâtre quel grand plaisir que de parler de théâtre !…) Ne pas amener la couleur verte sur le plateau ni des œillets dans la loge, même effet et même remède…

Ne dites jamais « bonne chance » à un comédien, ça porte malheur ! Du temps où l’on venait au théâtre en calèche, les chevaux faisaient leurs besoins sur le parvis. Ainsi, plus il y avait de crottin, plus la pièce avait du succès. C’est pourquoi l’on dit « merde » pour souhaiter aux comédiens de faire salle comble. Et que répond-on ? Tout sauf « merci » !

Le quatrième mur

Le quatrième mur est un écran imaginaire qui sépare l’ acteur du spectateur. Parallèle au mur de fond de scène, il se situe entre le plateau et la salle, au niveau de la rampe. Avec ce système, les acteurs ont commencé à avoir des déplacements plus naturels   et quotidiens, ils pouvaient par exemple jouer dos au public.

Le public voit alors une action qui est censée se dérouler indépendamment de lui. Il se trouve en position de voyeur : rien ne lui échappe mais il ne peut pas intervenir. Le personnage peut briser cette illusion en faisant un commentaire directement au public, ou bien en aparté.

L’expression « briser le quatrième mur » fait référence aux comédiens sur scène qui s’adressent directement au public et, au cinéma, quand des acteurs le font par le biais de la caméra. Cette technique est considérée comme une technique de métafiction.

Brûler les planches

C’est le fait de jouer la comédie avec talent et de remporter un immense succès au théâtre. Le verbe brûler fait référence aux bougies que l’on plaçait jadis sur scène pour éclairer les acteurs. L’équivalent au cinéma ? Crever l’écran !

L’oeil du Prince

 Place d’où l’on voit le mieux le spectacle. En général, c’est le siège que choisit le metteur en scène lors des dernières répétitions, car il bénéficie d’une vue idéale sur la scène. L’œil du prince se situe aux environs du septième rang, au centre de la rangée. 

Être sous les feux de la rampe

À l’origine, cette expression signifie « être sur scène ». Ici, il n’est pas question de rampe d’escalier mais de rampe d’éclairage : des lattes en bois sur lesquelles on installait des chandelles afin d’éclairer la scène. L’arrivée de l’électricité a produit l’expression voisine « être sous le feu des projecteurs ».

Faire un four

L’expression faire un four signifie ne pas rencontrer le succès, échouer.
Cette expression provient du jargon du théâtre du XVIIème siècle. À l’époque, on faisait un four si le théâtre était plongé dans l’obscurité car cela signifiait qu’il y avait peu ou pas de spectateurs. D’ailleurs, s’il y avait peu de spectateurs, on éteignait pour inciter ces derniers à partir! À quoi bon jouer pour une poignée de personnes… On associait le four au manque de lumière comme dans l’expression il fait noir comme dans un four (peu utilisée aujourd’hui).

Également synonyme d’échouer, l’expression faire un bide est très utilisée de nos jours. Elle fait aussi partie du jargon du théâtre. En effet, les comédiens faisaient un bide (synonyme de ventre) si les spectateurs sortaient du théâtre sur le ventre , en rampant comme un serpent! Peut-être parce que, de cette manière, ils réussissaient à s’échapper du théâtre sans qu’on les voie!

À l’inverse, « tenir l’affiche », c’est rester plus longtemps que prévu à l’affiche en raison du succès remporté par la pièce.

Le Paradis

Dans un théâtre , le paradis (aussi appelé poulailler) est le dernier étage au-dessus des loges et des balcons.

Le film de Marcel Carné «Les enfants du paradis» (1945)  se situe au théâtre des Funambules   et évoque l’atmosphère populaire de cette partie d’un théâtre. Le scénario est de Jacques Prévert.  Arletty et Jean-Louis Barrault  en sont les interprètes principaux.

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À l’opposé, on trouve la baignoire qui ne sert pas à prendre des bains, mais à regarder le spectacle du rez-de-chaussée !

LA BAIGNOIRE DE POMPÉI À JACUZZI

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Les Romains la connaissent en marbre ou en bronze. Le Moyen Age la découvre en bois. il faut attendre 1650 pour qu’elle commence à faire son apparition, en métal, dans les intérieurs chics des aristocrates. 

On connaît le goût des Romains pour les thermes, et le bien-être de prendre des bains dans le marbre et la mosaïque. On a découvert, à Pompéi et à Herculanum, les premières baignoires en bronze.  Mais il faut attendre le Moyen Âge pour en retrouver : elles sont alors en bois et utilisées dans les étuves. Les baignoires en métal apparaissent vers 1650, la tôle est employée à partir des années 1840. La porcelaine ou la céramique n’arrive qu’au début du XXème siècle, quand l’entreprise Jacob parvient à émailler l’argile, en 1886. Longtemps, on ne se baigne que de façon modérée, uniquement sur prescription médicale, de crainte de tomber malade. Transportés par l’eau, les microbes sont censés entrer dans l’organisme par les pores de la peau qui n’est pas considérée comme un écran. Les étuves ont ainsi été fermées au XVIème siècle, bien plus pour éviter les contagions et par manque d’approvisionnement en eau que par pudibonderie.

Deux cents ans plus tard, le futur Napoléon III, prisonnier, se fait installer au fort de Ham un complexe de bains qui coûte mille francs au gouvernement. Du fond de sa prison, il entend conserver une bonne santé avec des bains d’eau sulfureuse, réputée pour soulager les rhumatismes et guérir les plaies chroniques. L’odeur étant insupportable, d’autant que la baignoire est en bois, il se plonge ensuite dans une baignoire de cuivre recouverte d’un tissu blanc, pour éviter le contact désagréable du métal avec la peau, et remplie d’eau chaude.

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Hall des Sources – Vichy

En mai 1676, Madame de Sévigné, la célèbre épistolière, est à Vichy pour y «prendre la douche». Elle en fait une description épouvantable à sa fille. Toute nue,  ou presque, puisqu’elle est en chemise, pendant une demi-heure qui lui paraît l’éternité, elle endure les morsures d’un jet d’eau bouillonnante sortant d’un tuyau tenu par une femme. Elle parvient à renouveler son exploit huit jours consécutifs. il ne s’agit pas, pour elle, de se laver, mais de soigner ses rhumatismes.

À la fin du XIXème siècle, le docteur Delabost, médecin en chef de la prison Bonne-Nouvelle de Rouen, imagine de construire une «douche en pluie» pour décrasser les détenus. L’eau est d’abord curative, qu’on la prenne sous forme de douches ou de bains. Les difficultés pour remplir les baignoires d’eau chaude et les maintenir à bonne température, s’ajoutant aux problèmes d’aération des pièces et d’évacuation des buées, rendent la moindre opération de lavage complexe.

Pourtant, dès le XVIIIème siècle, les médecins hygiénistes préconisent le lavage à l’eau courante, mais celui-ci reste du domaine du rêve.

En 1834, Victor Considérant imagine un phalanstère ou la chaleur tirée d’un calorifère géant alimenterait un vaste réseau de tuyauteries, permettant à chaque occupant de prendre son bain quotidien.

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Cette utopie ne devient réalité qu’au XXème siècle dans les métropoles des pays développés, après l’aménagement de canalisations et de systèmes d’adduction d’eau. La salle de bains et la douche s’introduisent alors dans les appartements individuels.

Il y a plus d’un siècle, Francesco, Rachele et Valeriano Jacuzzi quittèrent l’Italie et immigrèrent en Californie pour vivre « le rêve américain ». Quelques années plus tard, leurs frères Gelindo, Candido, Giocondo et Giuseppe les rejoignirent pour fonder la société Jacuzzi Bros. Nous sommes en 1915 et c’est une histoire hors du commun, faite d’initiatives, de génie et d’esprit innovateur, qui commence.

Leur première invention fut une hélice de nouvelle génération adoptée par l’aviation des États-Unis, prémisse du premier monoplan à cabine fermée breveté en 1920. À partir de là, une succession d’intuitions leur ouvriront des perspectives nouvelles : de l’invention d’une pompe pour l’irrigation qui fait fureur chez les agriculteurs américains jusqu’à la création du Frostifugo, un super-ventilateur qui souffle de l’air chaud pour faire face aux gelées. Chaque idée en engendrait une autre.

En 1943, Kenneth Jacuzzi, le fils cadet Candido, est atteint d’une grave forme d’arthrite rhumatoïde. Ayant remarqué que les séances mensuelles d’hydrothérapie qu’il effectuait à l’hôpital contribuaient à soulager ses souffrances et les symptômes de sa maladie de manière significative, son père, le plus jeune des 7 frères Jacuzzi, développa en 1956 la première pompe à immersion reproduisant les effets curatifs de l’hydrothérapie, ce qui lui permit de pouvoir continuer les traitements chez lui. C’est la naissance de la pompe J-300, une pompe à jet qui exploite les effets curatifs de l’hydrothérapie.

Cet esprit innovateur était également très présent chez Roy Jacuzzi, un membre de la troisième génération, et dans les années 1970 il a développé des baignoires de plus grande taille avec système de chauffage et de filtration intégré pour accueillir plusieurs personnes, créant ainsi le premier spa.

Cette année-là, symbole de libération des corps, du droit au plaisir et d’hédonisme, voit naître un nouvel usage du bain associé au jet d’eau, celui du bain plaisir tonique, à la croisée de l’ancien usage thermal et de la recherche de propreté.

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La différence entre un spa et un jacuzzi est mince : tous deux font référence au  bain d’eau chaude bouillonnante fourni par un système de pompes hydrauliques où les jets hydromassants peuvent être contrôlés et paramétrés en fonction des besoins de ses utilisateurs.

Dans la vie, il n’y a pas de mal à se faire du bien !

Contrepèterie ; jeu de mots

Si la langue venait à vous fourcher, si vous commettiez ce que les pédants nomment un «Lapsus linguae» , vous auriez fait sans le savoir une contrepèterie

La cuisinière qui dit : J’ai mis à cuire une tapisserie (au lieu d’une pâtisserie), l’amoureux timide qui s’écrie en tombant aux genoux de sa belle : Je donnerai ma vie pour un mou de veau (au lieu d’un mot de vous) ou le comédien qui entre en scène, superbe, en ordonnant : Trompez, sonnettes ! (à la place de Sonnez, trompettes !) sont les auteurs bien involontaires d’une contrepèterie qui a provoqué un éclat de rire à leurs dépens. 

♦  Bien sûr, il n’est de véritable contrepèterie que volontaire car la réussite en ce domaine nécessite, pour devenir un art, une technique que seul un long entraînement procure.

La contrepèterie peut se définir comme l’intervention, au sein d’une phrase d’apparence volontairement anodine, de deux lettres, de deux syllabes ou même de deux mots, de manière à obtenir une autre phrase, gaillarde et drôle celle-là. 

Le bon maître François RABELAIS (1494-1553) passe pour avoir été l’inventeur du procédé qu’il nommait antistrophe ou équivoque. 

Il n’y a, disait Panurge, qu’une antistrophe entre «femme folle à la messe» et «femme molle à la fesse» .

On doit à Rabelais de nombreuses illustrations de ce procédé.

(À l’attention de ceux qui ne seraient pas des familiers de cette technique, j’indique les lettres à intervertir en caractère rouge,  exemple : Une lieuse de chardons  = une chieuse de lardons)  etc…

♦   C’est le sieur Estienne TABOUROT (1547-1590) qui dans son livre BIGARRURES ET TOUCHES DU SEIGNEUR DES ACCORDS, écrivit le premier le mot de contrepèterie qu’il avait emprunté au «jargon des bons compagnons». 

♦  À la fin du XIXème, période souriante entre toutes pour la profusion d’humoristes et de gens d’esprit qui s’y illustrèrent, la contrepèterie retrouva une nouvelle jeunesse. On contrepèta allègrement à la Belle Époque et, bien qu’atténuée, la tradition ne s’est pas perdue aujourd’hui.

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En éditant une série d’affiches pour vanter l’aménagement des berges de la Seine. La mairie de Paris ne s’attendait sûrement pas à une telle publicité…à son insu. La faute à une contrepèterie qui s’est glissée dans le slogan: «les berges sont à vous». (Vous ne trouvez pas? Vraiment? Inversez les premières lettres du premier et du dernier mot…) 

Le genre a ses classiques qu’il serait dommage de ne pas citer : 

d’Henri MONNIER ,  On connaît le boulevard des fille-du-Calvaire, mais on ne connaît pas assez le calvaire des filles du boulevard. 

de Victor HUGO ,  J’ai fait le bossu cocu. J’ai fait le beau cul cossu.

⇒ de Léon-Paul FARGUE ,  Lorsque ce doux poète écrivait à ses amis fraîchement décorés de la légion d’honneur, il les félicitait d’avoir reçu la roseur de la Légion d’honnête. C’est lui aussi qui avait rebaptisé la station de métro Sèvres-Lecourbe qui lui rappelait un ancien rendez-vous galant : La station Lèvres se courbent. 

⇒ de Jean COCTEAU ,  guère enthousiasmé par les céramiques que  décorait son ami Picasso à Vallauris : Je préfère subir les assauts de pique-assiette que les assiettes de Picasso. 

⇒ de Jacques PRÉVERT , on n’a que l’embarras du choix  : Son martyr, c’est pourrir un peu est resté célèbre. On connaît moins cette pensée de lui : Cybermétique : Cythère bernique ! 

♦  C’est en 1934 que parut l’ouvrage qui, de nos jours, fait encore autorité en la matière. LA REDOUTE DES CONTREPÈTERIES, dû à l’imagination de Louis PERCEAU (avez-vous lu Perceau ?) C’est une véritable somme où sont répertoriés tous les grands classiques actuels du contrepet. Avant de vous livrer  un bouquet des plus réussis, il est utile de rappeler, à l’usage des néophytes, un certain nombre de règles qu’on pourrait appeler …

DU BON USAGE DU CONTREPET

  1. La contrepèterie est un art oral, bien qu’il soit recommandé pour élargir son répertoire de consulter les recueils spécialisés, le véritable plaisir est d’échanger des contrepets avec un ami. Pour atteindre à une plus grande efficacité, la contrepèterie demande même le concours de trois personnes : celle qui dit le contrepet, celle qui le comprend et celle à qui la signification cachée échappe complètement, le plaisir des deux premières étant décuplé par l’incompréhension de la troisième.
  2. La contrepèterie est le masque décent d’une phrase gaillarde. L’impression délicieuse d’un encanaillement contrôlé n’est pas le moindre charme de l’exercice.
  3. La contrepèterie ne doit jamais être traduite. La contrepèterie est drôle en ce qu’elle recèle, derrière le masque de la bienséance, une phrase triviale à l’état virtuel. Aussi longtemps que celle-ci reste inexprimée, elle provoque une intense jubilation chez les initiés. Traduite, elle n’est plus qu’une phrase grossière parmi d’autres. 

♦  Foin de la théorie ! il serait temps de passer à la pratique. Voici choisies dans LA REDOUTE DES CONTREPÈTERIES, quelques-unes des  trouvailles de Louis Perceau

J’ai choisi les plus faciles : 

C’est ici qu’on a pendu le fuselage de l’aviatrice.

Les laborieuses populations du Cap. 

Le vieil artisan tisse en plusieurs passes. 

La cuvette est pleine de bouillon. 

On reconnaît les concierges à leur avidité. 

Dès qu’on touche à son petit banc, cet homme boude.

L’ALBUM DE LA COMTESSE 

♦ Chaque semaine, le Canard Enchaîné publie une rubrique de contrepèteries intitulée sur l’album de la Comtesse Maxime de la Falaise. Depuis un bon quart de siècle qu’existe la rubrique, les lecteurs s’interrogent sur l’identité de cette fameuse comtesse qui contrepète à ravir. Je suis  en mesure de révéler qu’il s’agit à l’origine d’une comtesse authentique, une Irlandaise superbe qui avait épousé en légitimes noces le comte Maxime de la Falaise.  Histoire d’enquiquiner son hobereau de mari de qui elle était en train de divorcer, elle avait autorisé Yvan AUDOUARD, à rebaptiser de son nom la rubrique de contrepèteries, dont il était responsable. Il est très utile d’ajouter que la comtesse ignorait jusqu’au terme même de contrepet…..

La rubrique, après Yvan Audouard, fut tenue par le dessinateur Henri MONIER, puis, par le mathématicien et humoriste Luc ÉTIENNE.  Celui-ci fut assisté dans cette lourde tâche par les envois des lecteurs du Canard et plus particulièrement par ceux de deux d’entre eux qui devinrent les disciples du Maître : 

Jacques ANTEL, d’abord qui publia en 1975 un recueil intitulé, bien sûr : LE TOUT DE MON CRU (comprenne qui voudra !) Et par Joël MARTIN, physicien de haut niveau au Commissariat à l’Énergie Atomique, qui en 1984, à la mort de Luc ÉTIENNE, a repris le flambeau.  Il est également l’auteur de L’ART DE DÉCALER LES SONS, un livre dans lequel il enseigne, grâce à une méthode inspirée du Rubik’s cube, les recettes permettant de réussir de savoureux contrepets.

Ce chapitre, heureusement hermétique aux yeux innocents, n’aura pu offenser ni la pudeur ni la morale. Comme l’aurait dit le philosophe s’il avait su contrepéter :  C’est long comme lacune. 

Plus inattendu, l’art de la contrepèterie est également utilisé pour lutter contre la dyslexie. En effet, la maîtrise de cet art requiert une bonne conscience phonologique pour manipuler les syllabes et les phonèmes, et permet également de renforcer la mémoire verbale à court terme. Il s’agit de deux axes de travail capitaux pour lutter contre ce trouble de l’acquisition et de l’automatisation de la lecture. La contrepèterie constitue un excellent entraînement à la manipulation des sons élémentaires et serait aussi curative que préventive. Joël Martin, encore lui, a consacré un livre aux contrepèteries pour enfant, exploité par certains orthophonistes. Avec des phrases, on l’imagine, bien moins grivoises que celles destinées aux adultes.

WALLIS SIMPSON Les Joyaux de l’exil

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Elle se rêvait reine, elle en eut les bijoux, mais pas par le trône. Pour Wallis Simpson, le duc de Windsor dépensa des fortunes et les joailliers rivalisèrent d’inventivité. Un trésor de guerre….. et d’amour qui défraya la chronique.

Wallis Simpson c’est d’abord un parfum de scandale, une Américaine sans beauté particulière ni pedigree aristocratique qui fit vaciller la couronne britannique comme nulle autre intrigante avant elle.

Wallis Simpson, alias la duchesse de Windsor, fut toute sa vie auréolée d’un parfum de scandale. Orpheline née dans la misère de Baltimore, aux États-Unis, elle collectionne les amants et exerce ses charmes jusque dans les maisons closes… Beauté ravageuse, divorcée deux fois, elle séduit le prince Édouard, au grand dam de son père, le roi d’Angleterre George V, qui exècre cette « Américaine sans principes ». Avide de notoriété, elle pose au côté d’Adolf Hitler lors de voyages officiels, certains ont supposé que  sa véritable activité était celle d’espionne au service de l’Allemagne.

Fou d’elle, le prince la couvre de bijoux et de diamants puisés dans le trésor de la Couronne. en décembre 1936, celui qui est devenu le roi Édouard VIII renonce au trône par peur de perdre ce grand amour. Elle devient la femme la plus détestée de Grande-Bretagne…

 Il avait suffit d’un week-end de chasse en janvier 1931 pour que le futur roi d’Angleterre rencontre celle qui le détournerait de son trône. Wallis, elle, se voit déjà reine d’Angleterre et impératrice des Indes. Point de couronne pourtant, seulement l’exil. Doré certes, mais l’exil quand même, loin de Buckingham. Le duc de Windsor, éperdument amoureux, à la merci d’une femme que l’on dira dure et calculatrice, n’aura de cesse de faire oublier à sa belle cette injure. A coups de bijoux somptueux, de parures créées rien que pour elle. Des bijoux assortis à son décor…

‘The Windsor Heart’ Yellow Diamond. 47.14cts yellow diamond was bought by the Duke of Windsor for the Duchess (Wallis Simpson) in 1951 from Harry Winston to complement her other yellow diamond and set in a ring. The stone was later acquired by Estée Lauder, set in a pendant and sold by the Lauder family in 2012 in aid of Breast Cancer Research Foundation.:

Lorsqu’il s’agit de briller en société, Wallis n’a pas son pareil…Et parce que le chic se niche dans les détails, elle se pare de saphirs à l’heure d’apparaître dans la salle à manger bleue de son hôtel particulier du bois de Boulogne et de diamants jaunes dans la bibliothèque afin d’être assortie au sofa. Osman, un créateur anglais, explique que la duchesse «se servait du vêtement comme d’un instrument de pouvoir», les bijoux lui offriraient un pouvoir absolu sur son petit monde. Frustrée de n’avoir pas été élevée au rang d’altesse royale, comme son mari, elle règnera sur le Paris de l’après-guerre. Une reine de la vie mondaine, étincelante, autant que ses diamants.

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Deux illustres maisons vont travailler avec ce couple passionné de joaillerie à la création de l’un des plus beaux écrins du XXème siècle : Van Cleef and Arpels et Cartier. Le premier dès le début de l’idylle, dans les années 30. Notamment une parure de rubis et diamants élaborée en 1936, l’année même de l’abdication. La partie centrale de l’impressionnant collier se compose d’une chute en drapé, sertie de rubis, et amovible. Des boucles d’oreilles et broches complètent la parure. Le 3 juin 1937, le duc de Windsor qui a abandonné le trône depuis quatre mois  épouse Wallis. La mariée arbore deux bracelets qui vont marquer les esprits : un bracelet jarretière pavé de saphirs et de diamants et, à l’autre poignet, une chaîne de diamants d’où pendent une série de croix incrustées de pierre précieuses, chacune symbolisant une étape de l’histoire d’amour du couple. Un bijou signé Cartier.

Entre 1940 et 1952, Jeanne Toussaint, directrice de la création chez Cartier, imagine un bestiaire qui va combler d’aise la duchesse. Le bijou le plus connu, fabriqué en 1940, est une broche en forme de flamant rose incrustée de diamants : Le ramage, lui, est orné d’émeraudes, de rubis et de saphirs carrés. Comble du luxe , les pattes sont articulées.  Mais la duchesse, passionnée davantage par les bijoux décoratifs des années 40 et 50, raffole particulièrement des félins.

Après un vol en 1946, qui lui coûta une partie de sa collection, notamment un scintillant oiseau de paradis, la duchesse s’offrit la première de ses panthères, en or et émail noir, dressée sur une grosse émeraude cabochon. Afficher l'image d'origine Ce bijou est le premier de la série des «grands félins» de cartier, mais Jeanne Toussaint imagine ensuite d’autres trésors, plus, scintillants et techniques que jamais. Si nombre de bijoux de la duchesse furent élaborés à partir de pierres appartenant au trésor de la couronne britannique, le couple acquit aussi des pierres d’exception, notamment le diamant McLean de 31 carats, une pierre taille coussin ayant appartenu à Evalyn Walsh McLean, une milliardaire américaine, et que Wallis porterait en bague.

Le monde entier se passionne pour les vestiges de cet amour….Le trésor de Wallis est un témoin de l’histoire du couple, il en porte d’ailleurs la trace…Un message d’amour figure par exemple au dos d’une rivière de diamants offerte par le duc. Un bracelet décoré de neuf croix latines Afficher l'image d'origine porte l’inscription «God Save the King for Wallis 16.VII.36». (Dieu garde le roi pour Wallis, 16 juillet 1936) après que le roi avait été victime d’une tentative d’assassinat. Quantités de bijoux de Wallis sont gravés, rappelant un souvenir amoureux, un tendre anniversaire …

A la mort du duc, rejetée par la famille royale d’Angleterre qui ne lui pardonnera jamais vraiment le scandale de l’abdication, la duchesse devient la proie d’un entourage peu scrupuleux qui veille jalousement sur la riche veuve agonisante.

C’est sans doute pourquoi la vente aux enchères en 1987, quelques mois après la mort de la duchesse, déchaînera autant les passions. Deux cent cinquante journalistes relaient l’évènement en direct de Genève après que l’exposition des joyaux à New-York ait déplacé une foule immense. Les plus grands joaillers sont dans la salle, mais également Nadine de Rothschild Résultat de recherche d'images pour "nadine de rothschild", la chanteuse galloise Shirley Bassey, ou encore le baron et la baronne Thyssen. Liz Taylor Résultat de recherche d'images pour "liz taylor" est aussi de la partie : Elle emporte une broche de diamants Afficher l'image d'origine et se dit très heureuse que les sommes récoltées soient reversées, selon le désir de la duchesse, à l’institut Pasteur, entre autre découvreur du virus du sida, contre lequel l’actrice mène combat.

Le trésor de Wallis, estimé à trente millions de francs, rapportera finalement dix fois plus, trois cents millions de francs, soit quarante-deux millions d’euros. La duchesse de Windsor avait mentionné dans son testament que son legs ne devait pas servir à l’expérimentation animale.

 J’imagine que l’institut Pasteur,  les joailliers, les collectionneurs et les historiens du bijou lui ont été reconnaissants.

Edouard VIII, lui,  restera à jamais dans l’histoire britannique comme ce roi sans couronne, au règne bref (moins de onze mois), où, une fois n’est pas coutume, la passion a triomphé de la raison d’État. Et si, derrière cette histoire d’amour, l’abdication  «tragique » d’Édouard VIII avait été une bénédiction pour le monde démocratique ?