L’ASSIETTE, LE COUTEAU..

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Marco Polo en parle ; Vasco de Gamma en rapporte de Chine ; les rois l’introduisent en Europe au début du XVIème Siècle. Elle est en étain, en argent ou en or, mais surtout en faïence. Une technique gardée secrète jusqu’au XVIIIème siècle.

Si l’on parle d’assiettes au Moyen Âge, il ne s’agit pas de récipients, mais de différents services qui se succèdent au cours d’un repas : La première assiette est une sorte d’apéritif, la deuxième comporte des plats en sauce, la troisième des viandes grillées et est suivie de deux ou trois autres assiettes. On trouve éventuellement sur les tables des écuelles en bois ou en terre pour manger les potages.

Fasciné par les modes italiennes, François 1er passe commande des premières assiettes individuelles. Elle seront en étain, argent, or, mais surtout en faïence de Faenza, superbement décorées de scènes de chasse, de combats héroïques, d’animaux fabuleux. À vrai dire, elles ne servent guère à manger. Elles sont exhibées sur des dressoirs pour montrer la richesse du prince. En ce début du XVIème siècle, le fin du fin est déjà de posséder de la vaisselle en porcelaine. Marco Polo en parle en 1298, dans son récit de voyage en Chine. Vasco de Gama en rapporte en 1499. Dès 1517, les Portugais sont à Canton. En plus des épices, ils chargent leurs bateaux de ces merveilles translucides au décor stylisé sur fond blanc.

Toute l’Europe en veut. Anglais, Hollandais, Français créent des compagnies maritimes pour battre en brèche le monopole portugais. Les Chinois ravis de cet engouement, commencent à produire des modèles spécialement destinés à l’Europe où l’ont voit des marquises aux yeux bridés et des décors inspirés de gravures occidentales.

La grande affaire, c’est de percer le secret de fabrication de la porcelaine. La manufacture de Saint-Cloud, puis celle de Chantilly et de Vincennes produisent des milliers de pièces. Mais il manque toujours l’essentiel, ce fameux Kaolin, une argile blanche inconnue en Europe. Alchimistes, forbans, escrocs, tout le monde court après le secret de la porcelaine. En 1709, coup de théâtre ! À Meissen, en Allemagne, Johann Friedrich Böttger parvient à fabriquer de la porcelaine dure. Une manufacture est aussitôt créée. Le succès est au rendez-vous et les secrets de fabrication bien gardés.

En France, la manufacture de Sèvres, installée en 1756, continue à produire une très belle porcelaine tendre. Louis XV en offre à tous les souverains européens ! Madame du Barry commande un service de 322 pièces, la grande Catherine de Russie la bat à plate couture avec 706 pièces. Mais toujours pas de kaolin ! en 1768, un chirurgien des alentours de Limoges fait analyser l’argile blanche dont se sert sa femme pour laver son linge. Bonne pioche ! C’est du kaolin. Le gisement de Saint-Yrieix-la-Perche va faire la fortune de Limoges. La première manufacture est créée en 1771 sous l’impulsion de Turgot.

Après la révolution, l’industrie du luxe semble condamnée. C’est sans compter avec l’engouement de la bourgeoisie pour les services en porcelaine, et la révolution industrielle en marche. À Limoges, la machine à vapeur fait son apparition en 1850. Le train arrive en 1856. Les fabriques prospèrent. À tel point qu’en 1842 s’installe David Haviland, un Américain de New-York. Dès 1860, la production artisanale devient industrielle et la porcelaine Haviland inonde le monde entier. En 1884, grâce à la chromolithographie, vingt couleurs peuvent être imprimées sur les assiettes, tasses, soucoupes, soupières ….

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Aussi ancien que l’homme, c’est au moyen Âge que le couteau se diversifie. Au point que tout seigneur respectable se doit d’embaucher un écuyer tranchant. 

Avec les flèches, le couteau est le premier outil inventé par l’homme, il y a plus d’un million d’années. Les techniques s’affinant, les pierres taillées de silex, quartz ou obsidienne de monsieur et madame Cro-Magnon possèdent un tranchant qui peut, 25 000 ans plus tard, rivaliser avec nos actuels outils. Les lames en fer apparaissent 1 000 ans avant notre ère et sont pourvues de manches en os, en bois, en corne, en ivoire. Romains et Celtes sont les premiers à reproduire des couteaux en acier. Mais jusqu’au XVIIIème siècle, ils n’ont pas leur place sur les tables.

Au moyen âge chaque convive apporte le sien. Comme l’assiette individuelle n’a pas encore fait son apparition, on sert les viandes déjà coupées sur une épaisse tranche de pain posée sur un tranchoir en bois, en argent ou en or. C’est autour de la découpe des viandes que se développe la coutellerie. An art réservé aux seigneurs puis à des professionnels : Les écuyers tranchants. Leur attirail comprend des couteaux à large lame pour présenter des morceaux de viande, un «parepain» pour égaliser les tranches de pain et de petits «coustels» pour désosser et dénerver.

Dès le XIVème siècle, les couteaux sont à manches d’ébènes pour le Carême, d’ivoire pour Pâques, d’ivoire et d’ébène en damier pour la Pentecôte. Ils peuvent être émaillés, ornés des armes de leur possesseur ou d’enluminures, damasquinés, gainés de cuir gaufré.

À la fin du XVème siècle apparaît le couteau pliant qu’on range dans sa poche. Appelé «Kenivet», il deviendra notre canif. Les premiers couteaux à huîtres datent du moyen âge. Leur lame se replie dans le manche en actionnant un petit ressort. Il va de soi que le petit peuple se contente de lames et de manches rudimentaires. À la Renaissance, le couteau ressemble de moins en moins à une dague. Les lames peuvent être en or ou en argent. Les manches deviennent de vraies oeuvres d’art en nacre, en bois incrusté de pierres précieuses, en ivoire sculpté de scènes mythologiques ou d’animaux extraordinaires.

Le tranchage des viandes est un véritable spectacle. Chaque pays a ses règles. En Italie, l’officiant, quand il entre en scène, doit se tenir absolument droit, les pieds bien à plat et légèrement écartés, les bras vers le haut, la tête immobile, le regard grave. Il découpe à une vitesse hallucinante les tranches de viande qu’il fait voler jusqu’au centre du plat. Puis, avec la pointe du couteau, il lance avec une précision diabolique un pincée de sel qui retombe sur le rebord du plat. En cuisine, la batterie de couteaux se diversifie.  Bartolomeo Scappi, célèbre maître queux du XVIème siècle, en décrit une vingtaine, chacun ayant son rôle distinct. Depuis le Moyen Âge, les manuels de savoir-vivre répètent qu’il ne faut pas se curer les dents avec son couteau…Mais les habitudes sont tenaces. À tel point qu’on raconte que Richelieu fait promulguer un édit rendant obligatoire les pointes arrondies !

Au XVIIIème siècle, le couteau prend sa place, avec la fourchette, sur la table. La lame est en acier pour la viande et en or, argent, vermeil pour les fruits. Les manches sont en agate, en jaspe, en porcelaine. Il faut attendre le XIXè siècle pour qu’il rejoigne les cuillères et fourchettes dans la «ménagère», en raison de l’adage disant qu’offrir un couteau rompt l’amitié.

 

Les émirs font dans la dentelle de Luxeuil. (Haute-Saône)

 LINGE ANCIEN/Merveilleuse petite nappe ou centre de table entèrement fait main en dentelle de Luxeuil

A la fin du XIXè siècle, le secteur de Luxeuil-Les-Bains comptait une quarantaine d’entreprises spécialisées dans le linge de maison et la broderie. Aujourd’hui, il n’en subsiste plus qu’une, qui réussit à tirer son épingle du jeu en fournissant les palais des princes arabes.

Savez-vous que 40 % du linge brodé utilisé par la famille royale d’Arabie Saoudite est made in Luxeuil ? Installée dans la zone industrielle des Athelots, la société Bruno Richard S.A perpétue la tradition d’excellence des brodeuses haut-Saônoises. Un savoir-faire hérité de l’entreprise Bernardin, créée au XIXè siècle à Aillevillers, et qui eut comme clients Yves Saint Laurent et ses sœurs, la Maison Blanche à Washington, la reine d’Angleterre, les nappes du Georges V, le prestigieux palace parisien et déjà, les Émirs d’Arabie Saoudite. «En 1984, cette entreprise a été cédée à Bruno Richard qui, dix ans plus tard, l’a transférée à Luxeuil».

Pour ces prestigieux clients, la société Bruno Richard produit aussi bien des nappes et des serviettes, que du linge de lit et de bain. Toujours sur commande et uniquement sur mesure. L’entreprise a cette particularité de ne faire aucune publicité et de n’avoir aucun catalogue. Elle travaille en direct avec une centaine de clients réguliers, ou par l’intermédiaire des grands décorateurs parisiens. Alberto Pinto Afficher l'image d'origine et Jacques GarciaAfficher l'image d'origine notamment. Pour ce linge de maison très particulier, l’entreprise n’utilise que les étoffes les plus nobles, la soie, le cachemire, l’organdi, le satin de coton et le lin, qu’elle décore de broderies discrètes ou chargées, symboliques ou personnalisées. « Parfois, les clients apportent leurs dessins ou donnent une orientation. D’autres fois, il nous revient de créer le décor. Ce qui peut demander jusqu’à trois mois de travail. En Arabie Saoudite par exemple, tous les dessins doivent au préalable être validés par les conseillers du roi et l’imam. Ce qui implique d’avoir une bonne connaissance des us et coutumes arabiques, de l’art islamique et de la calligraphie persane ». explique Jean-Luc Piton qui a repris les rênes de l’entreprise en 1997.

Le Moyen-Orient constitue l’essentiel de notre activité. Notre client le plus important est, de loin, l’Arabie Saoudite. Mais nous sommes également très présent à Bahreïn et au sultanat d’Oman. Nous travaillons aussi à des pièces uniques pour quelques particuliers parisiens qui nous demandent, par exemple, de coordonner leur nappe au décor de leurs verres ou assiettes. Notre petite entreprise d’un vingtaine de salariés, peut résister dans le contexte international actuellement peu favorable de l’industrie textile, parce que nous sommes sur un marché de niche.

Dessin, coupe, broderie guidée main ou industrielle, couture et vérification qu’aucun fil ne dépasse, tout est fait sur place, sur commande et sur mesure. Dans les deux vastes salles de l’atelier qui jouxte les bureaux, naissent réellement des merveilles de fils d’or et de soie, qui magnifient les tissus les plus fins et les éponges les plus moelleuses. La couture, les ajourés sont encore réalisés avec de bonne vieilles machines à coudre.

Évidemment, ces tissus nobles, finement brodés, ne sont pas à la portée de toutes les bourses. « Pour une parure de lit, il faut compter entre 500 et 2.000 € », précise Jean-Luc Piton. Assurément le prix de l’excellence et du chic français. Un luxe et un raffinement que l’on croit à jamais réservés à d’autres ? Erreur ! Au rez-de-chaussée du bâtiment, un magasin d’usine aligne nappes et draps, linges de toilette et peignoirs, rivalisant de délicates broderies. De ravissants articles déclassés ou des fonds de stocks, à des prix abordables.

La renommée particulière de la dentelle de Luxeuil est essentiellement due à l’’énorme diffusion qu’elle a connue sous le second empire. Elle apparaît vers l’année 1850, dans la cité thermale de Luxeuil, au cœur des Vosges Saônoises, et dans sa proche voisine, la cité de Plombières-les-Bains  où l’empereur Napoléon III lorraine,vosges,plombières les bains,napoléon,l'aiglon,josephine de beauharnais  et l’impératrice Eugénie lorraine,vosges,plombières les bains,napoléon venaient en cure. Le couple impérial a entraîné dans son sillage toute une clientèle éprise de luxe. Ils seront les artisans de la renommée de la dentelle de Luxeuil. Une ombrelle en dentelle offerte à l’impératrice et une robe brodée pour la reine d’Espagne lancèrent la vogue de cette dentelle. La grande époque de la dentelle de Luxeuil durera jusqu’à la guerre de 1914. Jusqu’à la seconde guerre mondiale, la haute-Saône recensait 50 000 brodeuses ou dentellières et indiquait vendre, chaque année, plus de 200 millions de broderies. Ces petites mains s’activaient le plus souvent chez elles. Afficher l'image d'origine ( Le travail à domicile n’est donc pas un phénomène nouveau, mais à présent, modernité oblige, il est  plutôt  associé au télétravail)

Afin que cette technique ne disparaisse pas, le Conservatoire de la Dentelle de Luxeuil fut créé en 1978. Aujourd’hui ce sont près de 150 adhérentes qui participent à la mémoire de la dentelle.  Elle s’est fait connaître dans le monde entier avec désormais son ambassadrice, Gabrielle Sonntag, ancienne présidente et membre de l’Organisation internationale de la dentelle au fuseau et à l’aiguille.

Chaque année, des stages de broderie sont organisés. Son objectif : préserver ce savoir-faire et le promouvoir…
Et la dentelle, à Luxeuil, c’est toute une histoire…

Ce livre de Gabrielle Sonntag,   retrace l’histoire de cette dentelle et son utilisation à travers les différentes époques.

La dentelle de Calais un savoir faire Français.

Mondialement réputée pour sa finesse, la richesse de ses fonds et la variété de ses motifs, la dentelle de Calais est devenue un produit d’exception.

L’histoire de cette dentelle commence par une fraude en 1816. C’est le début d’une aventure industrielle qui perdure toujours de nos jours et qui donne à ce produit une renommée hors normes. Un savoir faire français que  beaucoup de pays nous envient.

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L’industrie du tulle et de la dentelle nous est venue d’Angleterre en 1816, où les industriels de Nottingham rivalisaient d’ingéniosité et d’innovation pour le tulle à la base de la dentelle. Les anglais ont été les premiers capables de réaliser une maille hexagonale unie et régulière. Au tout début du XIXème siècle, ce sont les maîtres incontestés de la fabrication du tulle mécanique. L’Angleterre veille jalousement à garder le monopole de cette technique et toute personne qui se rendait coupable d’exporter les métiers à tulle était passible de mort. Contrebandiers et industriels s’allièrent pour «délocaliser» la production et traversèrent la Manche pour installer un modeste atelier. C’est ainsi que le premier métier à tisser la dentelle -métier leavers en bois- est arrivé en fraude à Calais, depuis Nottingham sur un bateau de pêche. D’autres suivirent avec des mécaniciens sachant les monter, les faire fonctionner et les entretenir. Ces hommes (et  femmes) venus d’Angleterre, ont constitué la première communauté anglaise à Calais, associée à l’expansion de la dentelle. Par la suite, l’adjonction du système à cartes perforées dû à Jacquard, permettant de faire des motifs, a considérablement accru le potentiel industriel et commercial de la dentelle de Calais a été prisée et vendue dans toutes les grandes métropoles du monde, notamment New-York, Boston, Chicago.

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Calais comptait, en 1910, plus de six cents fabricants et environ 1000 métiers qui faisaient vivre la moitié de la cité. Aujourd’hui le parc de métiers leavers français, quasi unique au monde, donne aux pôles de Calais et de Caudry l’exclusivité de la production de «Dentelles de Calais », marque déposée par la Fédération Française des Dentelles et des Broderies.

En 2016, une quinzaine d’entreprises, d’origine familiale pour la plupart, perpétuent la tradition et s’adaptent en permanence aux modes de vie et aux demandes des clients : introduction des matières synthétiques dans les années 1950, de l’élasthanne pour l’obtention d’une dentelle stretch dans les années 80, des microfibres pour le confort et la douceur depuis une dizaine d’années et de l’utilisation de fibres végétales écologiques aujourd’hui. Cette dentelle est exportée à plus de trois quarts de sa production dans le monde entier.

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Plus de soixante étapes sont nécessaires pour réaliser la moindre pièce. l’atelier de production est la phase la plus impressionnante, avec la mise en action des fameux métiers leavers. De l’esquisse à l’expédition, six mois sont nécessaires pour réaliser toutes les étapes d’une chaîne dont la maîtrise est possédée par la culture tullière.

Il y a d’abord l’esquisseur qui transcrit son idée sur un morceau de calque ou avec l’aide d’un ordinateur, puis selon les esquisses retenues un metteur en cartes va les traduire en dessins techniquement réalisables. Un pointeur intervient alors pour enregistrer tous les paramètres nécessaires à la réalisation de la dentelle. Chaque position de fil est pointée à l’aide d’un stylet, puis codée par un ordinateur qui ressort un barème. Vont en ressortir des cartons qui seront montés sur le métier à tisser encore appelé Jacquard dans le jargon. Le metteur en œuvre va alors s’occuper des réglages et préparer les 5000 chariots et bobines contenus dans un métier. le tulliste est celui qui va conduire le métier Leavers. Il va veiller à la parfaite exécution de la dentelle. Viennent ensuite les phases de raccommodage , teinture, apprêt, effilage, écaillage, découpage, surbrodage, pliage et échantillonnage.

La robe de mariée de Kate Middleton avait été fabriquée à partir de dentelle de Caudry. La dentelle du corsage avait même été réalisée à la main. Résultat d’images pour Kate middelton robe de mariée en dentelle de calais

Un savoir-faire bien acquis et établi qui espérons le,  restera en France malgré la mondialisation.

GRACE se remet au parfum

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Les marques prestigieuses s’y bousculent pour acquérir les fleurs d’exception cultivées sur place, les plus grands nez y cherchent l’inspiration…et la ville est candidate à l’inscription des savoir-faire liés au parfum au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Au royaume des senteurs, c’est ici que tout se joue !

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N°5 de Chanel ou J’Adore de Dior…ces parfums les plus vendus au monde ont en commun dans leurs formules les plus concentrées des essences dites «pays» de rose et de jasmin, terme désignant leur provenance locale. Et pourtant les crus de Grasse sont plus chers qu’ailleurs. Alors pourquoi les marques tiennent-elles plus que jamais à les exploiter ? peut-être parce que cette ville est unique, par son histoire, son terroir et ses habitants, et qu’elle répond aussi à notre envie actuelle de tracer nos achats et de revenir au bel artisanat.

Une longue histoire de la parfumerie

Au moyen Age, le lieu était surtout renommé pour ses tanneries grâce aux eaux qui coulaient de la montagne. Mais c’est Catherine de Médicis Résultat d’images pour catherine de médicis qui va permettre l’essor de la parfumerie au XVIIème siècle, en important en France la mode des gants de cuir parfumés, utiles aussi pour se protéger des nombreuses épidémies. Contre l’odeur tenace du cuir, les gantiers grassois infusaient leurs peaux dans des décoctions de fleurs. Un succès tel, dans les cours européennes, qu’il encouragea la culture de toutes sortes de plantes odorantes, favorisée par les importations de fleurs exotiques telles que le jasmin, la tubéreuse, le mimosa et la fleur d’oranger. Mais l’âge d’or de ces plantations en pays de Grasse se situe dans l’entre-deux-guerres, avant que les surfaces cultivées ne diminuent drastiquement avec le boom immobilier. En 1960, la commune comptait 850 hectares cultivés contre 40 environ aujourd’hui. Les fournisseurs de parfum ont, depuis, élargi leurs compétences en développant les arômes alimentaires où rayonnent actuellement des société comme Robertet, Mane, ainsi qu’une foule de petites entreprises. D’autres parfumeries, qui ont fleuri sur la Riviera avec l’essor du tourisme à la Belle Époque, proposent aujourd’hui des visites pédagogiques sur les méthodes de fabrication de parfum. Parmi elles Molinard, qui fit un tabac, jusqu’aux États-Unis dans les Années Folles avec Habanita. Mais aussi Fragonard, où la cinquième génération a ouvert, en plein centre-ville, plusieurs musées gratuits remarquablement fournis. Leur musée provençal du costume et du bijou , unique en son genre, permet de découvrir les indiennes, ces tissus inspirés par les premiers voyages en Orient du XVIIè siècle. La villa Jean-Honoré-Fragonard expose, quant à elle, dans un hôtel particulier de la fin du XVIIè siècle, la deuxième collection en France du peintre après celle du Louvre, à Paris, et les touristes du monde entier s’y pressent déjà.

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Un terroir unique

Même si Grasse n’est qu’à quelques kilomètres à vol d’oiseau de la Côte d’Azur, elle ne partage pas son climat. Sa situation sur un piton rocheux des Pré-alpes, à l’abri du vent, mais avec vue sur la mer, offre un biotope idéal pour les cultures. Les végétaux stressés par les températures fraîches de l’altitude et balayés par l’air iodé délivrent des arômes uniques, permettant au pays de Grasse de s’imposer comme la région privilégiée des plantes à parfum.

Un laboratoire pour le monde entier

La concurrence est rude entre les cultivateurs et les secrets, bien gardés. Depuis 2008, la famille Mul s’aventure dans la plantation d’Iris Pallida, traditionnellement cultivé à Florence, en Italie, mais en voie de disparition en raison d’un procédé long et coûteux. Les premières gouttes d’extrait d’iris distillent désormais leurs facettes poudrées boisées dans Misia, dernier né de la collection Les Exclusifs de Chanel.

Nous perfectionnons sans cesse nos cultures en tentant des expériences sur de petites parcelles, cela avec une agriculture raisonnée. Par exemple, nous avons mis au point notre jasmin en le greffant sur un pied plus robuste pour qu’il résiste aux gelées matinales.Notre vocation est de produire les fleurs les plus odorantes tout en garantissant le meilleure qualité dans le futur,  explique Fabrice Bianchi.

Aux Fontaines parfumées – un bel hôtel particulier du centre-ville récemment réhabilité par le groupe LVMH -, le nez Jacques Cavallier,  enfant du pays, teste des ingrédients inédits pour concocter les prochains parfums Louis Vuitton – telle cette extraction particulière de cuir, celui-là même utilisé sur les poignées des célèbres malles, qui exhale une senteur douce, délestée de ses accents fumés animaux. Il va y travailler «nez à nez» avec François Demachy, un autre Grassois compositeur des parfums Dior.

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On doit à Grasse d’énormes innovations dans les transformations des matières premières, notamment l’extraction aux solvants volatils au XXè siècle pour obtenir des absolus. D’ailleurs, c’est encore dans cette capitale du parfum que, en 1947, Jean Carles conçut le premier manuel d’apprentissage de la composition pour les laboratoires Roure. Jusqu’alors, tout se transmettait de maître à apprenti de façon orale. Aujourd’hui, la philosophie de cette méthode se retrouve dans les pédagogies d’enseignement du monde entier. La ville attend aussi beaucoup de l’initiative du Jean-Pierre Leleux, ancien maire de la ville et sénateur des Alpes-Maritimes, qui a posé la candidature des savoir-faire liés au parfum en pays de Grasse au patrimoine immatériel de l’Unesco.  Cette reconnaissance protégerait trois axes : «La culture du parfum – La transformation des matières et l’art de la composition».

Pourquoi les parfums les plus raffinés sont-ils si chers ?

La principale raison est le prix des huiles essentielles les plus raffinées. Prenons par exemple l’huile de jasmin. Celle de qualité supérieure vient de Grasse et coûte près de deux fois plus cher que l’or, car il faut six à sept millions de fleurs de jasmin pour produire un seul kilo d’absolue de jasmin. Afficher l'image d'origine Les fleurs doivent être cueillies à la main à l’aube, lorsque leur senteur est la plus intense. L’huile en est extraite grâce à la méthode ancienne de l’enfleurageAfficher l'image d'origine un processus long et coûteux par lequel les fragiles pétales sont placées manuellement sur des plateaux en verre enduits de graisse purifiée froide, qui absorbe lentement la précieuse huile.

L’absolue de tubéreuse est encore plus onéreuse. Quant à l’huile de rose, je vous laisse calculer son prix étant donné qu’un rosier ne fleurit que 25 jours par an en moyenne, de mi-mai à mi-juin, et qu’il faut environ 2 500 roses cueillies à la main pour produire un seul gramme d’essence de rose.Afficher l'image d'origine Ajoutez à cela le temps qu’il faut pour lancer un nouveau parfum vraiment différent ! Sans oublier qu’il est impossible de produire en trop grande quantité pour réduire les coûts, puisque le parfum se gâterait trop vite…. Rien d’étonnant, donc, à ce que le produit final soit très cher.

Un conseil, il faut prendre le temps d’apprivoiser une fragrance c’est important. Certaines ne nous correspondent pas, même si l’on est capable de les apprécier de manière esthétique. La véritable affirmation de soi se fait dans l’intimité et la discrétion, et non dans l’uniformisation de masse pratiquée par le marketing.