SONIA RYKIEL, Une vie en noir et à rayures

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Une silhouette de cygne noir, des velours et une crinière rousse. C’est l’éternelle Sonia Rykiel. Elle a détourné les codes et rendu confortable le vêtement. Un coup de griffe à la tradition.

A 86 ans, Sonia Rykiel, atteinte de la maladie de Parkinson, se fait discrète. Si sa fille Nathalie veille aux destinées de la maison, la créatrice historique garde néanmoins un œil sur la marque qui porte son nom. Une histoire de femmes aux tempéraments de feu.

C’est tout un monde slave qui coule dans les veines de Sonia Flis, née à Paris le 25 mai 1930 : un peu de Russie par sa mère et de Roumanie par son père, une culture juive, bien que la famille ne soit pas religieuse.

 » Une ambiance tchékho-vienne, avec un peu trop de tout (…), se souviendra Sonia Rykiel. Trop d’affection, de gâteaux, de musique, d’émotion, de nostalgie aussi (…) Des tantes, des grands-mères qui passaient du rire aux larmes, de l’enthousiasme au désespoir en quelques minutes. »

Dans cette famille bourgeoise et bohème, où les arts font loi, naissent cinq sœurs, tandis que l’on espère toujours un fils. Sonia a des cheveux rouges de feu.

J’ai su qu’au Moyen Age on brûlait les rousses pour sorcellerie, évoque t-elle. Alors, il fallait s’effacer ou s’affirmer. J’ai choisi d’être glorieuse !

La gamine donne dans l’excès, le verbe est haut, la malice nourrie. Elle est un garçon manqué qui fait du vélo sans les mains et laisse aux fillettes les belles robes à smocks. Ses jupes, elle les déchire dans les arbres. Elle commande les garçons avant de les séduire quand elle entre au lycée. La bonne élève lâche ses leçons, préférant attirer les regards et prendre la pose. Un échec au bac et le refus net de le repasser, Sonia court les musées et les puces, elle bricole ses habits, parle de peindre, de créer, d’entrer aux Beaux-Arts. Fanny sa mère, l’exhorte plutôt à entrer à la Grande Maison de Blanc, place de l’Opéra. là, on la laisse concevoir les étalages, elle les enrobe de couleurs et de fantaisie, mais déjà Sonia Flis court vers une nouvelle ambition : se trouver un mari et faire des enfants, plein d’enfants. Comme sa mère.

Au cours d’un bal de charité, elle croise Sam Rykiel, elle parlera d’un coup de foudre. « J’épousais mon père. Il était fort, savant, érudit « . L’homme veille aux destinées d’une boutique familiale de prêt-à-porter, Sonia l’y rejoint. Si fière et heureuse d’être enceinte, cette année 1955, elle entend mettre en valeur ses rondeurs naissantes à l’heure où les tenues de grossesse habituelles tendent à les dissimuler. Alors, elle imagine et fait réaliser des robes de jersey, ses toutes premières créations. En 1960, elle rêve cette fois d’un petit pull très court et ajusté : parce qu’aucune boutique ne le met à sa disposition, elle le dessine et le fait réaliser. Le prototype n’est jamais satisfaisant, elle le fait sans cesse reprendre jusqu’à ce qu’il rejoigne Laura, la boutique familiale. Le bouche à oreille fonctionne, les jeunes filles accourent porte d’Orléans pour acquérir à leur tour ce petit pull.

Sonia Rykiel dans son atelier, à Paris, en 1975.

Après la naissance de sa fille Nathalie, elle enchaîne cinq grossesses qui s’achèvent sur des fausses couches. Sonia broie du noir et dessine.

Je ne voulais pas habiller les femmes, je voulais d’abord m’exprimer moi, confiera-t-elle.

Un petit garçon, Jean-Philippe, voit enfin le jour, un enfant dont on découvre bientôt la cécité. Le chagrin est abyssal, Sonia se réfugie dans ses dessins.

Tout est né de là. Dans la cécité de Jean-Philippe s’est tissée la création de Sonia. Dira sa fille.

Avec une obsession du noir et de la matière, un vêtement que l’on touche comme on lirait en braille. Pendant ce temps, le couple s’essouffle, Sonia est une femme libre et volage, l’heure du divorce a sonné. Nous sommes en 1968. Avec ses deux enfants, elle trouve refuge rue de grenelle, dans une boutique que Sam lui offre comme un cadeau d’adieu. Le début de l’aventure…

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Les années 60 s’achèvent, le prêt-à-porter connaît un fabuleux essor, Sonia Rykiel entre dans la danse : Son truc à elle, ce sera la maille et le velours. Elle donne de l’amplitude et de la fluidité au vêtement : elle le déforme, l’agrandit, le déstructure, elle imagine d’immenses habits très enveloppants, entre le manteau et la cape, avec des capuches et des asymétries, des coutures à l’envers et des doublures inversées, elle supprime les ourlets et se rit des usages d’antan. La femme en noir se pique bientôt de rayures, le motif des sans-culottes et des bagnards, elle les colore tous azimuts et son noir, en contraste, n’en est que plus noir. ► le noir est la vraie couleur des femmes ◄ proclame-t-elle. Le pantalon est son étendard, large et court de préférence. ► Entre la robe et moi, c’est la guerre ◄ jure-t-elle. Quand d’autres créateurs règnent sur les beaux cartiers, le 8ème et 16ème arrondissements, Sonia  Rykiel préfère le 6ème. Saint-Germain-des-Prés, la compagnie des artistes et des éditeurs. Et quand les concurrents visent les ors de la haute couture, Rykiel préfère rester libre et ne pas avoir à s’acoquiner avec des géants du luxe ou de la finance. Rebelle et indépendante envers et contre tout. A sa façon, Madame Rykiel entre dans la légende, elle joue avec son allure de diva, elle est un aigle noir coiffé de rouge, emmitouflé de fourrures. ► J’aurais voulu être une actrice ◄ dira-t-elle. Puis elle décore des palaces, écrit des livres, imagine meubles et vaisselles, linges, parfums et bijoux, écoule cent mille pulls par an, fait travailler quatre cent cinquante personnes. Une artillerie lourde jusqu’à ce que la maladie de Parkinson la force à ralentir la cadence.

Dans un livre, en 2012, elle révèle que ce mal la dévore depuis quinze ans.

Ce qui m’effraie, c’est de donner l’image d’une femme différente de celle que je montre depuis toujours, confie-t-elle alors.

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DE MÈRE EN FILLE …..

En 2007, Nathalie Rykiel, fille aînée de Sonia, prend les rênes de la maison Rykiel. L’empire est indépendant jusqu’en 2011, année où un fond d’investissement hongkongais, Fung Brands, prend une participation majoritaire. Nathalie demeure toutefois vice-présidente, avec à ses côtés une Ecosse, April Chrichton. Lola, la fille de Nathalie, tient également une place importante dans le clan puisqu’elle gère la communication de la marque aux Etats-Unis.

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Je suis fière de faire partie du clan Rykiel. Ma grand-mère et ma mère m’ont tout appris..s’émeut-elle..

YVES SAINT LAURENT

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Une statue aux pieds d’argile

L’audace de ses créations et sa vie tumultueuse ont fait de lui un mythe. Huit ans après sa disparition, l’héritage d’Yves Saint Laurent est intact et son empreinte dans nos dressings, indélébile.

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Le smoking pour femmes, la saharienne ou le trench coat revisités, la robe Mondrian, les blouses transparentes, l’inspiration ethnique ….On n’en finirait pas de faire la liste des vêtements par lesquels Yves Saint Laurent a révolutionné la mode. Par boutade, il dira d’ailleurs n’avoir eu qu’un seul regret : ne pas avoir inventé le jean….A partir du milieu des années 50 et pendant près d’un demi-siècle. Saint-Laurent a bouleversé la silhouette féminine. Toutefois, la gloire et le génie n’ont jamais éloigné le petit garçon d’Oran, en Algérie, de ses démons et de son mal de vivre.

• C’est de l’autre côté de la Méditerranée que tout commence, le 1er août 1936, pour Yves Henri Donat Mathieu-Saint-Laurent, fils d’une élégante jeune fille de bonne famille et d’un dirigeant de compagnie d’assurances qui gère aussi une chaîne de cinémas au Maghreb. Vaste villa, domestiques, le petit Yves est choyé, il est l’enfant-roi de sa mère, le petit prince de ses deux sœurs cadettes. Au fil de ses années d’adolescence, ce garçon plus grand que la moyenne, un peu gauche, d’une timidité extrême, camouflé derrière de grosses lunettes, dessine dès qu’il en a l’occasion : décors de théâtre, costumes de scène, robes et chapeaux…Cela pourrait être un jeu, c’est déjà une vocation.

Encouragé par le directeur de magazine Vogue auquel il a envoyé certains de ses croquis, il a à peine 18 ans lorsqu’il force son destin en s’installant à Paris où il suivra des cours à l’école de la Chambre syndicale de la haute couture. IL est très vite repéré par Christian Dior, le roi de la mode parisienne de l’après-guerre, qui l’engage à ses côtés. Moins de trois ans plus tard, en 1957, à la mort du maître, il est le plus digne héritier à la tête de la maison. A 21 ans, le plus jeune couturier du monde habille toutes les stars qui ne jurent que par le style Dior : Elizabeth Taylor, Marlene Dietrich, Marilyn Monroe, Ava Gardner, Rita Hayworth…Ce ne sont que les premières d’un longue série qui, bientôt, se rêveront en Saint Laurent, Catherie Deneuve en tête.Afficher l'image d'origine

Yves Saint Laurent ne va pas s’attarder chez Dior…Seulement le temps de quelques défilés qui marquent les esprits, avec notamment la collection Trapèze, le temps surtout de faire, en 1958, la rencontre qui va changer sa vie : Pierre Berger

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Malgré les dépressions chroniques, les coups de canif dans le contrat et les disputes homériques, les deux amants seront inséparables pendant quarante-sept ans, jusqu’à la mort de Saint-Laurent en 2008. Leur histoire d’amour est aussi une fantastique aventure artistique et financière, puisque le couple, grâce au génie créatif de l’un et au sens des affaires de l’autre, va bâtir un empire de la mode sans précédent.

C’est le service militaire, qu’Yves doit effectuer à partir de septembre 1960, qui va enclencher son destin. Il a dû quitter son poste chez Dior pour répondre à l’appel sous les drapeaux, mais ne supportant pas la vie en caserne, il est bientôt hospitalisé. A sa sortie, deux mois plus tard, il décide avec Pierre Bergé de créer sa propre maison de couture : la première robe siglée YSL quittera les ateliers à la toute fin de 1961. Le succès est immédiat, dépassant vite le cercle des clientes fortunées. La mode Saint-Laurent conquiert la rue et reflète son époque :

J’ai toujours voulu me mettre au service des femmes. C’est à dire les servir. Servir leur corps, leurs gestes, leurs attitudes, leurs vies. J’ai voulu les accompagner dans ce grand mouvement de libération que connut le siècle dernier.

Coco Chanel ne s’y trombe pas : elle le désigne comme son héritier spirituel ! Saint Laurent ne se contente pas de ces succès haute-couture, il est le premier à développer une ligne de prêt-à-porter et se lance dans le parfum. Parfum de sandale aussi autour de la fragrance pour Homme , puisque, pour les besoins de la publicité, le créateur pose nu Afficher l'image d'originedevant l’objectif de Jean-Loup Sieff. Il était un génie, il devient une star !

Saint Laurent la star prend bientôt le dessus sur l’artiste visionnaire. Saint Laurent s’égare parfois, préférant les fêtes dans sa luxueuse villa de Marrakech Afficher l'image d'origine à son atelier. L’alcool et la drogue font des ravages, la nature émotive et angoissée de Saint Laurent, sa fragilité nerveuse sont mises à rude épreuve. Le couturier vit un temps une relation passionnée et non moins morbide avec l’amant de Karl Lagerfeld, le dandy Jacques de Bascher, dont il ne sortira que grâce à l »intervention musclée de Pierre Bergé. Mais le mal est fait…Saint Laurent sombre dans la plus sombre des dépressions, il multiplie les séjours en hôpital psychiatrique, les tentatives de suicide, non sans se détacher de son travail….

Après avoir cédé les différentes activité de la société YSL, l’artiste se retire définitivement en 2002 du devant des podiums. Au fil des années, il s’isole de plus en plus dans son immense appartement transformé en musée. L'appartement d'Yves Saint Laurent et de Pierre Bergé, au 55 rue de Babylone dans le VIIe arrondissement.Au milieu des œuvres d’art collectionnées par le couple ( elles seront vendues 374 millions d’euros après sa mort) Saint-Laurent perd pied. Ses dernières apparitions publiques le montrent épuisé, dégradé physiquement. Il s’éteint à 71 ans, le 1er juin 2008, d’un cancer du cerveau. Toutes celles qu’il a habillées, tous ceux qui ont tant admiré celui qui se définissait comme «un artisan, un fabricant de bonheur » assistant à la cérémonie religieuse à l’église Saint-Roch, à Paris. Ses cendres seront déposées dans le jardin de sa villa marocaine, Afficher l'image d'origine le lieu qu’il aura sans doute préféré en ce monde

  • Depuis le 4 avril 2016, il faut ajouter le nom d’Antony Vaccarello  Afficher l'image d'origine, créateur belge de 33 ans, à la saga Yves Saint Laurent. Le jeune hommes qui a fait ses armes chez Fendi et Donatelle Versace, est en effet devenu le nouveau directeur artistique de la prestigieuse maison. Depuis le retrait de son fondateur en 2000, il est le quatrième à occuper ce poste, après Tom Ford, Stefano Pilati, et Heidi Slimane.
  • Amoureux du glamour, adepte de lignes rigoureuses, mais jouant sur le sex-appeal, Vaccarello va avoir la lourde charge de renouveler le style YSL tout en prolongeant le succès mondial des créations du fondateur. En 2017, Pierre Bergé ouvrira deux musées consacrés à Saint Laurent , l’un à Paris, l’autre à Marrakech.

ANDRÉ COURRÈGES le grand architecte du vêtement.

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Il aurait du construire des ponts, il révolutionnera finalement nos habitudes vestimentaires. André Courrèges nous a fait don de la couleur et de la lumière, il a libéré les corps. Avec fantaisie et folie.

Au commencement, son style  était futuriste, aujourd’hui il nous semble délicieusement sixties et vintage. Au point que les jeunes filles de 2016 n’hésitent pas à emprunter ses petites robes trapèze et ses blousons vinyle à celui qui aimait dire :

« La mode est une porte ouverte sur la vie ».

A 22 ans et des rêves fous plein la tête, André Courrèges quitte Pau pour Paris. Nous sommes en 1945.

Je suis arrivé, je me suis bien habillé et j’ai descendu l’avenue Montaigne, j’ai senti une vague d’optimisme et de chaleur. J’avais pris ma décision de devenir un grand couturier.

Ainsi, il envoie valser son diplôme d’ingénieur des Ponts et Chaussées pour finalement architecturer les vêtements. Il commence par dessiner pour Jeanne Lafaurie, une maison modeste, avant de croiser le chemin de l’espagnol Cristobal Balenciaga. Surdoué, il apprend rapidement le métier, mais s’ennuie bientôt, d’autant que le maître ne le laisse pas facilement s’émanciper.

Je suis à l’abri sous un grand chêne, mais le soleil ne passe pas, poétise Courrèges avant de mettre fin à une collaboration de onze ans. Il emmène avec lui celle qui a déjà changé sa vie. Coqueline, rencontrée chez Balenciaga quand elle n’avait que 17 ans.
C’est ensemble qu’ils créent leur maison, en 1961, et on une fille, Marie, qu’ils surnomment « Clafoutis » dès la naissance. Ils rêvent d’habiller un monde meilleur, disent-ils. Courrèges peut maintenant donner vie aux folies qui peuplent son imaginaire, à cette  » poésie junénile », ainsi qu’il qualifie son style.

A l’instar de le Corbusier, qui a fait pénétrer la lumière dans les maisons qu’il concevait, j’ai voulu faire entrer la lumière dans mes vêtements. explique-t-il.

De la lumière, en 1965, Courrèges en fait jaillir comme aucun avant lui, osant un blanc immaculé de la tête aux pieds, des rouges et oranges vifs, des motifs graphiques. Il épure les lignes, les structure au carré, associe vinyle et plastiques aux étoffes nobles, imagine des imperméables ultralégers en toile de parachute…Mais surtout,  il raccourcit jusqu’à mi-cuisse les jupes de ces dames. N’en déplaise à l’irascible Mademoiselle Chanel qui crie au scandale :

Ce couturier détruit la femme, il la transforme en petite fille. Elle s’entête et répète avec hargne : Rien n’est plus laid qu’un genou ! 

Pourtant, Courrèges a su respirer l’air du temps, le goût du tailleur grisâtre se conjugue au passé et la jeunesse yéyé raffole de sa fantaisie. Françoise Hardy la première !

Françoise Hardy en robe Paco Rabanne

Qui mieux qu’elle pour arborer ses petites robes trapèze ou chasuble aux couleurs acidulées, à carreaux, à lignes ou à pois, ses bottes hautes et plates en vinyle ou ses bibis casques ?

Sheila, Sylvie Vartan, Catherine Deneuve, Brigitte Bardot ou Romy Schneider la suivent de près et bientôt toute la jeunesse de France, Claude Pompidou, plus tout à fait une jeune fille, parade à son tour à un gala officiel en robe Courrèges au-dessus du genou. Jackie Kennedy,

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alors, cède elle aussi à la tentation. Et le créateur a plus d’un tour dans son sac : Il fait du pantalon un habit du soir – ce que les femmes n’auraient jamais osé avant lui ! -, et impose des collants épais qui ne se cachent plus. Les hommes, eux, en perdent leur latin, regrettant bas, jarretelles et lingerie corsetée. Et, tandis que Coco Chanel continue de persifler, un certain Yves Saint Laurent s’émerveille :

Je m’enlisais dans l’élégance traditionnelle. Courrèges m’a stimulé .

La jeunesse s’apprête à faire pleuvoir des pavés, les Américains à marcher sur la lune et André Courrèges continue de révolutionner le look de ses clientes, toujours plus nombreuses de par le monde. Il présente des défilés d’une nouvelle ère, avec de la musique, des mannequins qui dansent. Des femmes libres. Avec Couture Future, en 1967, il propose un prêt-à-porter plus abordable, il démocratise la couture. Rien de cela ne serait possible sans Madame Courrèges !  « Coqueline est ma créativité complémentaire » confie-t-il. Au côté du créatif, aussi visionnaire qu’angoissée, elle est la gestionnaire efficace et avisée, la patronne de l’usine qu’ils créent à Pau.

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Avec les années 70, l’empire se diversifie, les licences se multiplient aux confins du monde : bijoux, lunettes, linge de maison, parfums, mode masculine, planches à voile, bicyclettes ! Trop sans doute….En 1978, excité à l’idée de se lancer dans une nouvelle aventure, la voiture électrique, le couple vend sa marque à un groupe Japonais. Courrèges assistera dès lors à un sabotage en règle de son oeuvre. Puis les temps changent, des petits prodiges font des miracles : Mugler, Montana, Alaïa, Gaultier….

Mais c’était compter sans la ténacité du couple qui, en 1993, parvient à racheter sa marque. L’espoir est de courte durée, puisqu’un an plus tard, touché par la maladie de Parkinson, André Courrèges doit se retirer. Il exercera sa créativité dans d’autres domaines, la sculpture et la peinture. Coqueline organise la suite, elle confie les rênes de la marque à deux hommes de médias qui redonnent vie à des pièces historiques du patrimoine Courrèges, que portent triomphalement des vedettes du petit écran comme Anne-Sophie Lapix, Alessandra Sublet ou Laurence Ferrari. Et c’est Coqueline encore qui, de blanc vêtue, joua en janvier dernier les maîtresses de cérémonie aux obsèques de son mari.

Le maître rejoignait l’ombre à 92 ans, lui qui avait fait de la lumière son terrain de jeu….

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Aujourd’hui c’est à un autre tandem, Sébastien Meyer et Arnaud Vaillant,   que les deux propriétaires de la marque,  créée en 1961,  ont confié la direction artistique.

S’ils ont commencé par consulter les archives, « un legs titanesque », confient-ils, ils se sont depuis affranchis pour mettre à jour un style résolument moderne. Et ayant recours aux nouvelles matières et techniques : Le collage, la fusion, l’enduction, l’inclusion, la coupe au laser, les impressions 3D…

Tout ce que Courrèges aurait lui-même adoré !