Jean de La Fontaine, l’auteur de près de 250 fables

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Trois siècles après leur parution, les Fables de La Fontaine continuent d’être récitées par les enfants. Malgré leur apparente puérilité, les Fables laissent deviner les idées de leur auteur, notamment son pessimisme. 

Jean de La Fontaine naît à Château-Thierry (Aisne) le 8 juillet 1621. Son père était maître des Eaux et Forêts et capitaine des Chasses.

Une jeunesse sans soucis.

Après le collège, il entre en 1641 à l’Oratoire, où il mène une vie monacale qui ne l’intéresse pas plus que le travail scolaire. Il quitte l’établissement 18 mois plus tard. En 1649, il décroche un diplôme d’avocat. En 1647, son père le marie à une jeune fille de 14 ans, Marie Héricart. En 1652, il retourne à Château-Thierry et hérite de la charge paternelle de maître des Eaux et Forêts. Ne parvenant pas à exercer cette lourde tâche, il revend la charge. 

Préciosité et Libertinage 

Quand il se rend à Paris, il fréquente les société précieuses et libertines. Sa vocation poétique s’éveille de plus en plus. Il passe de longues heures à lire, traduit l’Eunuque de Térence, compose un poème, Adonis, qu’il offre à Nicolas Fouquet. Au moment de la chute de Fouquet, La Fontaine reste son plus fidèle défenseur. Cette fidélité lui vaut la haine de Colbert, puis celle de Louis XIV lui-même. 

Ses protecteurs : 

Après Fouquet, il devient le protégé de la duchesse d’Orléans. En 1673, Mme de La Sablière le recueille et, après la mort de celle-ci en 1693, Mme d’Hervart. En 1684, il est élu à l’Académie française. Il y retrouve ses amis Boileau, Perrault et Furetière. Malade, il meurt chez ses derniers protecteurs, le couple d’Hervart

La FONTAINE a-t-il inventé la fable ?

Non, la fable est une forme littéraire très ancienne. Après avoir été longtemps oubliée, La Fontaine l’a remise au goût du jour. Avant lui, le fabuliste le plus célèbre est le Grec Ésope, mais aussi de Phèdre, du Moyen Age et du XVIe siècle. Il s’inspire aussi des légendes orientales, et notamment des récits exotiques de l’Indien Pilpay. Comme il le dit lui-même : «Mon imitation n’est point un esclavage,  / Je ne prends que l’idée, et les tours et les lois,/ Que nos maîtres suivaient eux-même autrefois…» Il essaie, en fait, de créer un genre nouveau. Son originalité réside d’abord dans la transposition de la prose en vers. Il se distingue aussi par un effort constant de la variation, afin que le lecteur ne s’ennuie pas.  Autre nouveauté : on ne trouve plus, comme chez Ésope, de sèche moralité à la fin du conte. La Fontaine s’amuse à en varier constamment à la place. Lorsqu’il arrive que celle-ci soit trop claire, il la supprime. Après lui, la fable devient une mode et influence des auteurs comme Perrault, Mme de Villedieu, ou encore Furetière. 

Une comédie animale et humaine. C’est ainsi que La Fontaine définit son recueil.

 

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Le fabuliste explique que ce sont toujours des hommes qui se cachent derrière les animaux : «Ce n’est pas aux hérons que je parle ; écoutez, humains.» Quelque 180 animaux peuplent ses fables. Parmi eux, il y a les puissants et les faibles. Les «Forts» sont souvent des carnivores (le lion, le loup, le renard, le chat…), des rapaces (le vautour, l’aigle…). Les victimes, ou «faibles», sont généralement symbolisées par l’agneau, l’âne ou la souris. Mais tous les personnages n’entrent pas forcément dans l’une de ces catégories. Les animaux utilisant la ruse peuvent parvenir à changer de classe : c’est le cas du renard ou du singe. 

L’Art d’instruire :

Les messages du premier recueil présentent une morale traditionnelle. La Fontaine signale au lecteur les dangers qui le menacent. Il lui propose de se contenter d’un bonheur simple. Il lui conseille de se méfier des autres, d’utiliser la ruse plutôt que la force brutale et, enfin, de ne compter que sur lui-même. Dans le 2ème recueil , il insiste souvent sur l’idée que l’homme est sot, avide et superficiel. Il l’accuse d’ingratitude, de cruauté et de manque de piété envers Dieu. Selon lui, il faut accepter la mort, savoir profiter de l’amitié, chercher la retraite dans la nature et respecter les autres peuples. Le fabuliste affirme aussi des idées politiques. Il défend la monarchie contre la démocratie, à condition que le peuple soit solidaire de son roi. Par ailleurs, la Fontaine est un catholique convaincu. Selon lui, seul Dieu peut guider les hommes. La sagesse passe par un équilibre entre l’âme et le corps. L’homme doit s’accepter tel qu’il est, supprimer ses désirs et ses passions. La Fontaine lui conseille de rester chez lui, de ne pas voyager ni de s’intéresser à la science. La sagesse passe par l’épicurisme : L’homme doit profiter de la vie, de façon modeste, en jouissant des biens que lui offre la nature. 

L’Art de divertir :

La Fontaine n’est pas un donneur de leçons. D’ailleurs, il sait ridiculiser les beaux discours, à l’image de celui du Pédant faisant la morale à l’Enfant qui se noie. Pour ne pas ennuyer le lecteur, il a recours au comique. La confusion qui règne entre le monde animal, humain, minéral, végétal et mythologique complique les récits. Mais elle permet surtout de jouer sur les mots et les situations. La Fontaine utilise la moquerie et la satire pour attaquer les vices. Le comique de description passe par la caricature. Celle du renard «Serrant la queue, et portant bas l’oreille» ou encore celle du Héron «au long bec emmanché d’un long cou». Les exemples de comique de geste sont également nombreux [L’Âne «se vautrant, grattant, et frottant»]. Enfin, l’auteur utilise aussi le comique de caractère pour grossir le défaut d’un personnage : La légèreté de la Cigale et l’avarice de la Fourmi, l’hypocrisie du Renard et la vanité du Corbeau. 

Son mot d’ordre : Plaire «On ne considère en France que ce qui plaît ; c’est la grande règle et pour ainsi dire la seule». Disait-il dans sa préface.  

Bien sûr, c’est la manière de dire les choses qui les rend légères ou sérieuses. La Fontaine joue sur le décalage. La fable est traditionnellement un genre qui s’adresse aux enfants. Or il est évident que La Fontaine a écrit cela pour les adultes. Les Fables de La Fontaine sont d’une richesse inépuisable. Mais elles sont également un texte difficile, pour les enfants comme pour les adultes.  Le langage de La Fontaine est en voie d’archaïsme. Il fait des allusions au langage savant. Son style est très allusif car il a souvent recours à l’ellipse. Tout cela fait que les Fables ne sont pas compréhensibles facilement. 

 

Par exemple : 

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Un loup affamé et affaibli rencontre un chien gras, beau et puissant. Le loup fait des compliments au chien qu’il admire, et celui-ci lui dit que si il veut être aussi bien soigné que lui, il n’a qu’à le suivre, et obéir à son Maître. Mais la contrepartie de ces soins est que le chien est attaché et qu’il est au service son Maître, justement. Le loup lui répond qu’il préfère être affamé mais libre, que bien nourri et asservi.

La morale de cette histoire est que la liberté n’a pas de prix. Il vaut mieux être libre mais affamé, que bien nourri mais attaché.

Cabourg dans les pas de Marcel Proust

Le Grand Hôtel où Proust prenait ses quartier d’été, dresse toujours son imposante façade devant la Manche.

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Cabourg, appelée «Balbec» dans l’oeuvre de Marcel Proust,

 Description de cette image, également commentée ci-après

n’a cessé d’inspirer l’écrivain. Pour soigner son asthme, il a passé plusieurs étés, entre 1907 et 1914, au célèbre Grand Hôtel, dont il a fait le décor d’A l’ombre des jeunes filles en fleurs….

Né le 10 juillet 1871 à Auteuil, qui était alors une village de l’ouest de Paris, Marcel Proust est considéré comme l’un des plus grands romanciers du XXème siècle. Son oeuvre majeure est : A la recherche du temps perdu, un roman comprenant sept tomes, écrits en 1906 et 1922 et publiés entre 1913 et 1927.

L’un des volumes les plus connus, A l’ombre des jeunes filles en fleurs, a reçu le prix Goncourt en 1919. A cela s’ajoute une correspondance abondante (22 tomes de lettres) publiées après sa mort, survenue à la suite d’une pneumonie le 18 novembre 1922.

Proust's "Room" 414 at the Grand Hotel. From a blog http://www.marclefrancois.net/article-pelerinage-proustien-au-grand-hotel-de-cabourg-48394486.html. English translation: http://translate.google.com/translate?sl=auto&tl=en&js=n&prev=_t&hl=en&ie=UTF-8&u=http%3A%2F%2Fwww.marclefrancois.net%2Farticle-pelerinage-proustien-au-grand-hotel-de-cabourg-48394486.html

Derrière la porte de la chambre 414, au quatrième étage du Grand Hôtel de Cabourg, le temps s’est arrêté. A côté d’un grand lit, un petit bureau donne sur la Manche. Rien d’exceptionnel, à première vue, dans ce cadre certes confortable, mais épuré. Sauf qu’ici ont été rédigées les plus belles pages de la littérature française du XXème siècle. Du moins le croit-on. «Rien n’indique qu’il s’agisse de la chambre exacte de Marcel Proust, souligne Jean-Paul Henriet, historien, ancien maire de Cabourg et grand spécialiste de l’auteur. «Mais peu importe. On sait que l’écrivain a séjourné à l’hôtel, dans une chambre similaire, reconstituée ici à l’identique».

En juillet 1907, le romancier, âgé de 36 ans, a peu publié et se languit à Paris. Il vient de perdre sa mère dont il était très proche et est secoué par de violentes crises d’asthme, maladie dont il souffre depuis l’enfance. En quête d’air marin, il recherche un lieu en Bretagne où passer l’été, quand il tombe sur une annonce en première page du Figaro, journal pour lequel il écrit alors. Il découvre qu’un hôtel avec tout le confort moderne vient d’ouvrir à Cabourg, cette côte normande qu’il connaît bien pour y avoir séjourné enfant et lors de son service militaire. Séduit par le charme de la petite station balnéaire qui, en ce début de XXème siècle, accueille ses premiers estivants, Marcel Proust y reviendra sept été de suite.

Comme nombre d’asthmatiques, Proust, qui redoute les crises nocturnes, dort le jour et vit la nuit. Les clients de l’hôtel ne sont pas étonnés de le voir émerger sur les coups de 15 heures dans «L’aquarium», la grande salle de déjeuner située en face de la mer. Là, le romancier s’installe et observe la vie mondaine du palace. Il discute aussi bien avec les grooms et les maîtres d’hôtel qu’avec les riches clients en villégiature. Depuis l’hôtel, il a directement accès au casino, où il passe des heures à jouer et à converser avec les représentants de l’aristocratie. Il les fait parler de leurs mœurs et de leur façon de vivre. A l’époque, c’est une société fermée, mais lui va réussir à obtenir tout un tas d’informations dont il va se servir. Riche de ces confessions et après un dîner frugal fait d’une sole et d’un café au lait, l’écrivain remonte dans sa chambre et couche toute la nuit, sur le papier, le compte-rendu de ces précieux entretiens.

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Aujourd’hui le nom du célèbre écrivain a été donné aux 3.6 kilomètres de promenade longeant la digue qui protège la ville.

Plus rarement, cet homme, qui craint le froid et porte en plein été manteau, chapeau et foulard, s’aventure sur la digue devant l’hôtel, sur la promenade qui porte aujourd’hui son nom. Il écoute des concerts et observe cette micro-société qui l’amuse et qui, encore une fois, nourrit son oeuvre. Durant ces étés, Proust découvre aussi les premiers «taximètres» qui, au départ de l’hôtel, permettent de parcourir la côte en quelques heures. Une révolution ! Il est ragaillardi par le grand air, son asthme le laisse tranquille. Ce passionné d’histoire et d’architecture visite Lisieux, Bayeux, Houlgate et s’en inspire.  «Balbec», que l’on retrouve dans A la recherche du temps perdu, est une ville tout droit sortie de l’imagination de Proust et qui se compose d’éléments puisés dans les stations normandes. La mer et la digue décrites dans A l’ombre des jeunes filles en fleurs, c’est le paysage qu’il voyait depuis la fenêtre de sa chambre, à Cabourg ; La nef de la cathédrale de Balbec, c’est celle de la cathédrale de Bayeux, explique Jean-Paul Henriet.

Résultat de recherche d'images pour "alfred Agostinelli"Alfred Agostinelli, son chauffeur rencontré à Cabourg, deviendra même plus tard son secrétaire et son grand amour : Albertine, qui a donné son nom au sixième tome de la Recherche, c’est lui.

En 1914, le Grand Hôtel est réquisitionné pour accueillir les premiers blessés de la Grande Guerre. Proust n’y remettra plus les pieds. La mer et les paysages normands de ce «temps perdu» restent heureusement à jamais gravés dans son oeuvre.

 

René GOSCINNY génial scénariste …

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Qui, mieux que Goscinny, peut nous introduire à Goscinny ? « J’ai touché la main de Brassens, je suis au mieux avec Sempé, j’ai bien connu René Fallet, un soir à Montmartre, j’ai même salué Marcel Aymé qui parlait aux pigeons. Alors si vous me demandez aujourd’hui qui je suis, je répondrai que je suis l’homme qui n’a pas dit bonjour à Goscinny. » Le ton est donné.

1.  D’un ailleurs à l’autre

Deux ans après son frère Claude, René Goscinny naît à Paris, le 14 août 1926, de Stanislas Goscinny, ingénieur chimiste venu de Pologne, et d’Anna Beresniak, d’origine ukrainienne. Son grand-père maternel, Lazare, qui a ouvert une imprimerie à Paris, est l’auteur du premier dictionnaire yiddish-hébreu.

Deux ans après la naissance de René, son père, appelé à de nouvelles fonctions, part avec femme et enfants pour Buenos Aires. René, comme son frère, effectue ses études primaires et secondaires dans les établissements français de la capitale argentine. En 1943, le décès de son père, terrassé par une hémorragie cérébrale, l’oblige à interrompre ses études. D’abord employé dans un service comptable, son talent de dessinateur lui vaut d’être engagé dans une agence de publicité.

En 1946, il embarque avec sa mère pour New York afin de rejoindre un membre de la famille. Les débuts professionnels aux États-Unis s’avèrent difficiles. À défaut d’exercer une activité satisfaisante, René Goscinny fait de nombreuses rencontres : celle de dessinateurs français et belges venus confronter l’idée qu’ils s’étaient faite d’un pays longtemps rêvé avec une réalité parfois rude ; celle de jeunes graphistes américains qui font leurs débuts dans un monde qui ne leur est pas plus accueillant qu’à leurs collègues étrangers.

René Goscinny trouve un emploi dans un studio où il côtoie Harvey Kurtsman, Will Elder et John Severin qui formeront, plus tard, le noyau de l’équipe de Mad Magazine. Tous se livrent alors à des besognes variées : publicités, illustrations de livres pour la jeunesse… C’est précisément chez un éditeur de livres pour enfants que Goscinny croit enfin avoir trouvé un emploi durable. Mais l’entreprise fait faillite. Au cours de ces péripéties professionnelles, Goscinny fait la connaissance de Morris qui a déjà lancé Lucky Luke, de Joseph Gillain, dit Jijé, auteur d’une bande dessinée intitulée Jean Valhardi et futur créateur du western Jerry Spring, de l’éditeur Dupuis et de Georges Troisfontaines, directeur de l’agence World Press qui livrait des bandes dessinées au journal Spirou. Incité par Jijé à orienter son activité vers la bande dessinée, il met en images le personnage de Dick Dicks.

2.  Le scénario selon Goscinny

De retour en France en 1951 (« Sept ans d’Amérique, ça commençait à bien faire »), Goscinny se voit confier la responsabilité de l’antenne parisienne de World Press par Georges Troisfontaines. Il y fait la connaissance d’Albert Uderzo, laquelle, après celle de Morris aux États-Unis, lui permet de comprendre le parti qu’il peut tirer des échanges entre auteur d’histoires et « metteur en images ». La division des activités – scénario, graphisme,  mise en couleurs et jusqu’à la fonction d’éditeur qui tend à ressembler à celle de producteur – rapproche la bande dessinée du cinéma, ce dernier exerçant par ailleurs une influence sur le développement de genres comme le western ou le thriller. On doit à Morris une très fine analyse de la manière dont on peut restituer le mouvement dans la bande dessinée : « J’ai remarqué que la phase qui donne le mieux l’idée du mouvement est celle où celui-ci est le plus lent. Je donne généralement l’exemple de Joe Dalton qui casse les pierres. Il faut dessiner la phase où le marteau est au sommet de son parcours parce que là il s’arrête un instant, et c’est ça que l’œil retient. »

Goscinny a appris auprès de Morris le rôle précis, pour ne pas dire minutieux, du découpage. Cette compréhension des exigences de l’image par le scénariste deviendra rapidement un fardeau pour le graphiste qui en a formulé les règles. Quand il sera question, après la mort de Goscinny, de remplacer ce dernier par Greg, Morris lâchera, agacé : « Je ne suis pas sorti des griffes de Goscinny pour tomber dans celles de Greg ! »

L’association Morris-Goscinny, qui débute en 1955, a donné naissance à une suite d’albums brillants. Goscinny, à l’occasion d’une mise au point concernant son apport personnel dans la série des Lucky Luke, rappelle qu’il a non seulement « ressuscité » les frères Dalton, imprudemment éliminés par leur géniteur lorsque ce dernier était l’unique auteur, mais qu’il a également introduit, dans divers épisodes, des personnages légendaires de la conquête de l’Ouest : Jesse James, Calamity Jane, Billy the Kid, sans oublier… le chien Ran Tan Plan, réplique « parlante » du Rintintin emprunté à une série télévisée américaine.

En 1956, sous le pseudonyme d’Agostini, Goscinny prend « en marche » Les Aventures du Petit Nicolas que Sempé avait jusqu’alors publié sous sa seule signature dans le magazine Le Moustique. Les sensibilités à vif de Sempé et de Goscinny se conjuguent pour faire vivre le personnage fragile et innocent du minuscule Nicolas, auquel ils prêtent des attitudes et des propos que l’enfant présent dans chaque lecteur pourrait adopter et tenir – attitudes et propos marquant un retrait par rapport à un monde décidément trop écrasant. Cette association entre texte et dessin d’humour, en marge de la bande dessinée, connaît encore un beau succès.

3.  Les années « Pilote »

En 1959, Goscinny, avec Uderzo et Jean-Michel Charlier, lance le magazine Pilote, Cette publication, dont il est le rédacteur en chef, vise un lectorat plus large que celui des enfants et des adolescents. L’humour et la satire aidant – Goscinny n’a jamais caché que sa publication de référence était Mad –, il souhaite amener les lecteurs adultes des bandes dessinées à ne plus se considérer comme des « attardés » tournés vers un genre de récit conçu pour des esprits immatures.

Le lancement de Pilote coïncide avec celui des Aventures d’Astérix le Gaulois. On a beaucoup commenté cette suite de prouesses née à une époque où la France vit dans l’ombre tutélaire du général de Gaulle. Goscinny et Uderzo taquinent l’identité française telle qu’elle s’est constituée au cours des siècles. De Gaulle, c’est l’exaltation de la nation, c’est également la décolonisation, celle-là compensant celle-ci. Astérix naît alors que la formule ressassée « Nos ancêtres les Gaulois… », qui figure dans les manuels d’histoire, ne peut plus s’appliquer à des enfants dont les origines diverses demandent à être reconnues. Astérix le Gaulois (1961) est le premier d’une série de 24 albums scénarisés par Goscinny (dont Astérix gladiateur en 1964, Le Combat des chefs en 1966, Astérix aux jeux Olympiques en 1968, Les Lauriers de César en 1972, Obélix et compagnie en 1976, etc.).

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Les singularités nationales ne suffisent pas à expliquer le succès que cette bande dessinée connaît dans nombre de pays étrangers. Ce qui paraît proprement français devient, grâce à la connivence entre Goscinny et Uderzo, le modèle de toute épopée. La force comique naît de l’écart croissant entre la légende quelle qu’elle soit et la réalité de plus en plus uniforme qui s’impose à tous les peuples. Il appartenait à un exilé de trouver la bonne distance entre mythe et réalité contingente. Le séjour aux États-Unis, lieu des mythes les plus récents, se sera révélé à cet égard une expérience décisive.

Goscinny participe à bien d’autres « séries » : La Potachologie (1963) et Le potache est servi (1965) avec Cabu, les Dingo dossiers (1965-1967) avec Gotlib, Jehan Pistolet (1952) et Oumpah-Pah (1952) avec Uderzo…

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Iznogoud, créé en 1962 avec l’aide de Tabary, est le personnage de plus radical imaginé dans la bande dessinée par Goscinny. Le récit trouve son origine dans un épisode des Aventures du Petit Nicolas. Lors d’un séjour de celui-ci en colonie de vacances, un moniteur conte l’histoire d’un méchant vizir qui veut devenir « calife à la place du calife ». Alors que Morris opposait une forte résistance aux « calembours atroces » que lui proposait Goscinny, Tabary s’en fait volontiers l’interprète. Iznogoud incarne la volonté d’exercer le pouvoir pour le pouvoir. C’est la face visible d’un vide insondable. Dépourvu du caractère « bon enfant » qui, dans les bandes dessinées, rend les « méchants » sympathiques, Iznogoud ne connaît qu’un succès limité. Sans doute donne-t-il une image trop négative de l’ambition – ambition par ailleurs encouragée par la société comme moteur de progrès – pour être accepté sans réticence. Iznogoud fera l’objet d’une série de 16 albums scénarisés par Goscinny.  Je Cite notamment Le Grand Vizir Iznogoud (1966), Les Vacances du calife (1968), Le Jour des fous (1972), Je veux être calife à la place du calife (1978), etc.

Les événements de mai 1968 et leurs suites devaient affecter profondément Goscinny. Des dessinateurs d’Hara Kiri, fondé au début des années 1960, sont également des collaborateurs de Pilote : Cabu, Mandryka, Fred, Reiser, Gébé… Lorsque Hara Kiri fait l’objet d’une interdiction de paraître, Pilote sert de refuge. Mais quand les critiques des dessinateurs envers le rédacteur en chef fusent, Goscinny se sent personnellement visé. Lorsqu’il refuse des planches de Mandryka, une crise est ouverte. Une dissidence s’organise qui aboutit à la création, en 1972, de L’Écho des savanes, par Claire Bretécher, Marcel Gotlib  et Nikita Mandryka. D’autres magazines, tournés vers un lectorat d’adultes, voient alors le jour : Fluide glacialMétal hurlant… Enfin, en 1974, Goscinny quitte « son » journal Pilote et fonde, avec Uderzo et Georges Dargaud, les studios d’animation Idéfix, qui produisent le dessin animé Les Douze Travaux d’Astérix en 1976.

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4.  Goscinny derrière son œuvre

Goscinny n’a cessé de vivre douloureusement ses échecs comme ses réussites. Pendant la guerre, encore adolescent, il avait voulu revenir en France pour se tenir auprès de parents, dont certains disparurent dans les camps de concentration. La mort subite de son père l’en avait empêché. La disparition d’une partie des siens laissa un vide que son activité frénétique ne parvint pas à combler. Une de ses histoires courtes, mise en images par North et publiée dans Pilote en 1974, nous permet de mesurer l’ampleur de son désespoir. À partir d’une fiction mettant en scène résistants et troupes d’occupation, il imagine une série d’actions contrariées par d’imprévisibles accidents de la route. Pour conclure sa démonstration sur « L’Ironie du sort » (titre de cette courte histoire), il remonte à la veille de la Première Guerre mondiale et tend à démontrer que si l’automobile de l’archiduc François-Joseph n’avait pas démarré par suite d’une panne d’allumage « il n’y aurait pas eu d’attentat, la guerre de 1914-1918 n’aurait pas eu lieu. Le destin de l’Allemagne aurait été différent. Le nazisme n’aurait peut-être pas existé… et, par conséquent, il n’y aurait pas de film sur l’Occupation ! ». Peut-être n’y aurait-il pas eu, non plus, un Goscinny transformant son désespoir d’être encore là en personnages pour rire, pour calmer la douleur de survivre à ce qu’aucun événement n’a pu empêcher.

5 – Ils sont fous ces cardiologues

Quand il quitte son domicile pour un examen médical anodin prescrit dans le cadre d’un bilan de sante, ce 5 novembre 1977 à neuf heures du matin, René Goscinny est un homme de cinquante et un ans qui a derrière lui une carrière peu commune de travail, de talent et d’innovation. Lui est quelques autres ont réussi en dix ans à hisser la bande dessinée sous les projecteurs des adultes, des artistes, du grand public. Il est parvenu à transformer une distraction légère pour enfants ou ados puérils en un mode d’expression à part entière, véhicule de création, de satire, de critique, voire outil de pédagogie. Avant lui, il y avait les petits Mickey des illustrés ; après lui, il y a eu la BD. Aucun créateur littéraire depuis Molière n’a pu jusqu’à ce jour se targuer d’autant d’expressions passées dans le langage courant : De «Ils sont fous, ces Romains» à «Quand est-ce qu’on mange ? », en passant par «le calife à la place du calife» ou «Tais-toi Averell», il a donné des munitions pour cinquante ans aux journalistes en mal de titres et aux dialoguistes à court d’inspiration. Et, quand, ce matin-là, son chauffeur le dépose en compagnie de sa femme Gilberte à la clinique internationale du parc Monceau, dans le XVII° arrondissement, il n’a aucune raison de douter que sa carrière poursuive son ascension, pour le bonheur de tous les publics.

Un pédalier, des électrodes : Le test d’effort est un outil indispensable pour la surveillance du cœur, d’une pratique banale et systématiquement utilisé. Il permet au cardiologue de détecter la moindre anomalie dans le cycle cardiaque. Mais quand ce matin-là la patient, entre deux coups de pédale, se plaint d’une douleur au bras, symptôme significatif, le patricien lui demande de continuer à pédaler encore un peu ; en présence d’une faiblesse manifeste, il a besoin d’affiner le diagnostic. Mais la faiblesse se révèle en l’occurrence une vraie défaillance. Au bout de quinze secondes, le patient s’écroule. Les tentatives de réanimation seront vaines, Goscinny est mort.

Un temps incriminé, le cardiologue sera mis hors de cause : l’écrivain souffrait d’une pathologie imprévisible à ce stade, il aurait pu s’effondrer le lendemain dans les escaliers ou dans la rue, argumenteront les experts.

Sa mort n’interrompra pas la carrière de ses héros qui continueront à grimper dans le hit-parade des ventes et des adaptations, tous repris, sauf Nicolas, par leur dessinateur ou d’autres auteurs avec des bonheurs divers. Mais pour les vrais Goscinnomanes, Astérix, Obelix, Lucky Luke, Rantanplan, Iznogoud et les autres sont morts avec lui ce jour-là. La potion magique n’a été d’aucun secours contre Caïus Infarctus.

L’infernale vie d’Honoré de Balzac.

Le seul écrivain doué d’assez de souffle et d’imagination pour entreprendre avec succès le récit de la vie très extraordinaire d’un certain Honoré de Balzac, n’aurait pu être qu’HONORÉ DE BALZAC Afficher l'image d'origine lui-même. Tout comme son père, il fut le modèle le plus achevé du héros balzacien obsédé par la course à l’argent et assoiffé de la considération sociale qu’il procure.

Le père d’Honoré de Balzac, onzième enfant d’une famille pauvre de paysans du Tarn, se nommait en réalité Bernard François BALSSAAfficher l'image d'origine Venu à pied jusqu’à Paris pour y faire fortune, il échoua à Tours. C’est à dire qu’il réussit à y devenir une notabilité locale, administrateur de l’hospice et adjoint au maire. En même temps que sa position sociale, son nom évolue BALSSA devient BALZAC ( qui a le mérite d’entretenir la confusion avec la famille très ancienne des DE BALZAC D’ENTRAYGUES) et puis de temps à autre, DE BALZAC. Le fils, lui, adoptera définitivement la particule hasardée par le père. A l’âge de 53 ans, Bernard François épouse la jeune et jolie Laure SALLAMBIER qui a 32 ans de moins que lui. Quatre enfants naquirent. Honoré ( le 20 mai, jour de la St Honoré), puis Laure, Laurence et Henri.  Dès sa naissance, le petit Honoré fut placé en nourrice puis, mis en pension au collège de Vendôme. Il passera 8 ans dans cette prison, ou ses parents ne viendront le voir que trois fois. A la fin de sa vie, le pauvre Balzac souffrait encore de l’indifférence des siens. Je n’ai jamais eu de mère, écrira-t-il.

Le premier amour de Balzac se prénommait Laure, tout comme sa mère et sa soeur préférée.  LAURE DE BERNYAfficher l'image d'origine voisine de ses parents à Villeparisis, est mariée et mère de sept enfants et elle a 45 ans. Après bien des réticences, elle déniaisera Honoré qui n’en a que 22. Elle sera pour lui l’amante, l’amie, la mère qu’il dit n’avoir pas eue, la conseillère et même la prêteuse de fonds. Il l’a nommait «dilecta» en latin : l’élue. Afficher l'image d'origine

Lorsqu’il commence à connaître la gloire, Honoré de Balzac, s’éprend de la Marquise De CASTRIESFile:Troy-Marquise de Castries.JPG une grande dame, qui «fera marcher» ce parvenu prétentieux et l’humiliera publiquement. Après l’avoir entraîné en voyage à sa suite, elle le congédiera dédaigneusement à Genève. Lui qui croyait atteindre enfin au bonheur !

Autre conquête de Balzac – Une Laure de nouveau – La duchesse d’ABRANTESca. 1835 Laure-Adelaide Junot, Duchess d'Abrantes by Jules Boilly (Boris Wilnitsky) veuve du général JUNOT. Elle n’est plus de la première fraîcheur…C’est un monument assez délabré (Selon Stefan Zweig). Mais, pour un écrivain soucieux de documentation historique, quelle mine de renseignements ! Pensez ! Elle avait connu Bonaparte capitaine et avait eu comme amants MURAT, roi de Naples et le Prince de METTERNICH.

Un jour de 1832, Balzac recevra une lettre anonyme, signée «l’étrangère» qui va transformer sa vie…Il découvrira vite l’identité de cette admiratrice : c’est une richissime comtesse polonaise EVA HANSKA. Afficher l'image d'origine Mariée au vieux comte HANSKI  – de 25 ans son aîné – elle s’ennuie à mourir en Ukraine dans sa propriété de 22 000 hectares où elle règne sur un peuple de 40 000 âmes et en bataillon de 2 000 domestiques. Première rencontre en Suisse et coup de foudre réciproque. Ce seront 43 jours de bonheur. Le mariage hélas ! est impossible et il faut se séparer. Balzac arrache à sa bien aimée la promesse de l’épouser lorsque mourra le vieux mari. Celui-ci peu pressé, les fera attendre dix ans. Enfin ! le 5 janvier 1842, EVA HANSKA est veuve, libre et riche. Balzac, fou de joie, croit qu’il va pouvoir épouser son amour…et, du même coup, désintéresser ses innombrables créanciers, grâce à l’immense fortune de la veuve. Mais au moment décisif, voici qu’EVA hésite, tergiverse et s’enfuit parce qu’elle se refuse de lier son existence à celle d’un petit bourgeois peu raffiné, malade et couvert de dettes. Pendant sept ans encore ils continueront à s’écrire et de jouer à cache-cache à travers l’Europe. La santé de Balzac empire à un point tel qu’EVA n’a plus le cœur de se refuser encore à celui qu’elle sent si près de sa fin. Le 14 mars 1850 – dix-huit ans après la première lettre de «l’étrangère» – leur mariage est célébré en l’église Sainte Barbe de Berditscheff, en Ukraine. Le «jeune marié» peut enfin revenir à Paris sa comtesse au bras. Mais  il ne lui reste plus que cinq mois à vivre. Cent cinquante cinq jours seulement qui séparent la nuit des noces de la nuit éternelle. Pauvre Balzac qui disparaît au moment même où il croyait enfin avoir gagné le droit d’être heureux !

 ♦  LES AFFAIRES NE REPOSENT PAS SUR DES SENTIMENTS

Le malheur de la vie de Balzac fut que ce génie de la littérature se prit toute sa vie pour un grand homme d’affaires. Rêvant de faire fortune d’un seul coup, il se lancera tête en avant, dans les entreprises les plus folles et y engloutira, non seulement l’argent qu’il n’a pas, mais aussi le patrimoine familial ainsi que celui de Madame de Berny.

  • Âgé de 25 ans à peine, il s’improvise éditeur : Il se ruine
  • Il achète une imprimerie et une fonderie de caractères : C’est la faillite.

A l’âge ou certains entrent dans la vie, il a déjà accumulé tant de dettes qu’il ne pourra jamais, même au prix du travail de toute une vie, rembourser ces sommes d’argent grossies sans cesse des intérêts accumulés. Et si encore il économisait ! Mais il vit comme un seigneur : appartement luxueux, loge à l’Opéra, cabriolet à ses armoiries avec chevaux de race et palefreniers en livrée. Il tient table ouverte, reçoit fastueusement, mange comme un ogre et s’habille comme un dandy. Sa canne, au pommeau d’or, ornée de 350 turquoises La Canne d'Honoré de Balzac, dite la canne aux turquoises – une fortune ! – est restée célèbre.

Il lui vient sans cesse des idées géniales qui ne réussissent qu’à l’endetter davantage.

  • Il achète une mine d’argent en Sardaigne qu’il doit revendre pour une bouchée de pain.
  • Il souscrit pour des actions des chemins de fer du Nord : Les cours s’effondrent.
  • Il fait l’acquisition à Ville-d’Avray d’une villa.Afficher l'image d'origine «Les Jardies», construite sur un terrain en pente et glaiseux : C’est un gouffre financier
  • N’imagine t-il pas, de surcroît, d’y entreprendre la culture industrielle des ananas ? Ses rêves s’enlisent dans la boue.
  • Il achète des peintures (souvent des faux)

Il doit de l’argent à tout le monde. Il se cache et fuit les huissiers. Toutes ses maisons ont une double sortie. Il en fait établir le loyer au nom de Veuve Durand. Bref, il a occupé au minimum six cents adresses dans sa vie ! Alors pour tenter désespérément de faire face à l’armée de ses créanciers et pour échapper à la prison pour dettes, il travaille, il travaille, il travaille.

J’AIME AUSSI LES ÊTRES EXCEPTIONNELS ….J’EN SUIS UN ! (La mégalomanie est flagrante)

1829 Balzac a 30 ans lorsqu’il publie son premier succès : Le dernier Chouan. L’année suivante, plusieurs romans regroupés dans la rubrique SCÈNES DE LA VIE PRIVÉE lui vaudront une popularité subite. Il est désormais condamné à devenir le forçat d’une production littéraire colossale et ininterrompue.   Dans la seule année 1832, il écrit  vingt-six romans. Il se couche à 18 heures, se fait réveiller à minuit, écrit douze, quinze et même dix huit heures d’affilée, sort l’après-midi et se recouche. D’habitude il s’enfermait pour six semaines ou deux mois, volets clos, rideaux tirés, vêtu de sa fameuse robe de chambre de dominicain, travaillant à la clarté de quatre bougies et se maintenant éveillé en buvant continuellement du café : Un café non moulu mais concassé et infusé, une véritable bouillie de caféine. Aussitôt qu’il absorbe cet excitant, son imagination se déchaîne, ses idées s’emballent.

En 1835, paraît le Père Goriot : Il l’a écrit en trois jours et trois nuits travaillant jusqu’à vingt heures de suite. Ses cheveux blanchissent et tombent par poignées. Il écrit. Les chefs-d’œuvre s’ajoutent aux chefs-d’œuvre.  Il est célèbre dans toute l’Europe.

Il a une idée géniale : faire revenir d’un roman à l’autre les personnages qu’il a créés, procédé qui donne une unité à son œuvre et une réalité au monde qu’il a inventé. Un de ses amis de retour d’Italie et influencé par le souvenir de Dante et de sa DIVINE COMÉDIE lui suggère comme titre de son œuvre.  LA COMÉDIE HUMAINE. C’est toute la Société du XIXè siècle qui a trouvé son DANTE. Œuvre colossale qui devait comporter 137 romans. A cinquante ans, il en a écrit 91. Vingt ans de travail fou à raison de 2 000 pages par an !

LA GLOIRE EST LE SOLEIL DES MORTS

BALZAC aurait besoin d’une santé de fer pour achever sa Comédie Humaine. Sa manière de vivre est un suicide. Le médecin diagnostique une inflammation méningée et exige le repos absolu. Mais se reposer n’est pas le genre de conseil que BALZAC peut suivre, il continue de travailler. Ses membres enflent, une albumine profonde se déclare.  Le 5 août, il se heurte à un meuble et la gangrène se déclare. Pourtant il continue à faire des plans, des projets pour ses romans futurs.

Dans la nuit du 18 au 19 août 1850, il entre dans le coma, appelant à son secours le docteur Horace Bianchon, l’un de ses personnage : Lui seul peut me tirer de là !

Sa tombe se trouve au Père Lachaise. Afficher l'image d'origineSon ami Victor HUGO au profit duquel il avait retiré sa candidature à l’Académie française, prononcera sur sa tombe une éblouissante oraison funèbre :

Voilà l’œuvre qu’il nous laisse. Œuvre haute et solide, robuste entassement d’assises de granit, monument ! Œuvre du haut de laquelle resplendira désormais sa renommée, les grands hommes font leur propre piédestal : L’avenir se charge de la statue !

Portrait de Balzac par George Sand :

«Puéril et puissant, toujours envieux d’un bibelot, et jamais jaloux d’une gloire, sincère jusqu’à la modestie, vantard jusqu’à la hâblerie, confiant en lui-même et aux autres, très expansif, très bon et très fou, avec un sanctuaire de raison intérieure, où il rentrait pour tout dominer dans son œuvre, cynique dans la chasteté, ivre en buvant de l’eau, intempérant de travail et sobre d’autres passions, positif et romanesque avec un égal excès, crédule et sceptique, plein de contrastes et de mystères, tel était Balzac encore jeune, déjà inexplicable pour quiconque se fatiguait de la trop constante étude à laquelle il condamnait ses amis, et qui ne paraissait pas encore à tous aussi intéressante qu’elle l’était réellement.» « George Sand » 

Balzac  a été le premier dans le genre qui a été le premier de tous les genres.

La vie de Balzac est infiniment fascinante, mais il faut de moins en moins admirer  son œuvre dramatique en résonance avec notre époque, car Balzac ne nous donne  que le spectacle de la présomption et de l’ignorance.  Il voulait, dans son orgueil, inventer tout, même la science, et il poussa la fatuité jusqu’à rédiger des dissertations psychologiques, jusqu’à imaginer « une théorie de la volonté », qui n’est en fait qu’une apologie de l’entêtement ! Il avait une représentation parfaite de lui-même, et une exigence de performance – c’est un modèle  que viennent renforcer les normes sociales actuelles – Alors la course effrénée à l’argent continue. Mieux, elle fournit son bénéfice…une fatigue psychique et physique qui va légitimement éviter une remise en question du processus.   Balzac s’est brûlé de l’intérieur, il s’est consumé – n’aurait -t-il pas souffert de cette pathologie que l’on nomme aujourd’hui : Burn-out ? 

GEORGE SAND le roman de Nohant

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Profondément attachée à son domaine de Nohant, dans l’Indre, George Sand Afficher l'image d'origine y a écrit une grande partie de ses romans : La mare au diable, la Petite Fadette….Engagée et rebelle, Aurore Dupin de son vrai nom est la seule femme de son siècle à avoir été reconnue comme un auteur au même rang que Victor Hugo, Honoré de Balzac, Alexandre Dumas…C’est au cœur de la «Vallée Noire» que cet esprit libre a puisé sa force et son inspiration.

Amandine Aurore Lucile Dupin est née en 1804 à Paris. Elle est d’ascendance aristocrate par son père et populaire par sa mère. A la mort de son père, lorsqu’elle a 4 ans, son éducation est confiée à sa grand-mère paternelle, Marie Aurore de Saxe. Grand-mère et petite fille vivent souvent à Nohant dans le château familial. Malgré le caractère rebelle et peu assidu d’Aurore, Mme Dupin de Francueil tient à lui assurer une éducation stricte avec l’aide d’un précepteur, et l’éveille à la philosophie et aux idées du siècle des lumières.

Dans la nature, Aurore laisse libre cours à son imagination, un cadre qui inspirera ses romans champêtres. Elle se marie jeune avec un avocat, François Casimir Dudevant. A travers ce mariage, elle espère s’émanciper mais réalise vite qu’elle n’a aucune liberté de décision, y compris sur ses propres biens. Malgré la naissance de deux enfants, Maurice et Solange, le couple est fragile et ne vit bientôt plus sous le même toit.

A Nohant, elle rencontre un groupe de jeunes Berrichons, des littéraires épris de romantisme. Parmi eux, Jules Sandeau. A quatre mains, ils écrivent leur premier roman «Rose et Blanche», sous le pseudonyme de J.Sand. Par son entremise, Aurore débute une carrière de journaliste au Figaro. Elle commence l’écriture d’«indiana», son premier roman.

Devant choisir un pseudonyme, elle garde Sand et choisit le prénom George pour sa symbolique berrichonne : «celui qui travaille la terre». Aurore adopte la mode masculine, pour des raisons pratiques et économiques : Le costume masculin est moins coûteux que les robes, d’autant qu’Aurore, toujours mariée, n’a pas la mainmise sur sa fortune personnelle. A sa publication en 1832, le succès d’Indiana est tel qu’il dépasse celui de «Notre Dame de Paris» de Victor Hugo (1831) . La célébrité est en marche. George Sand collabore avec la Revue des Deux  Mondes et participe au lancement de trois journaux engagés.

Aurore est une littéraire qui ne cesse d’écrire et une amoureuse éternelle. Après deux déceptions amoureuses, elle écrit «Lélia» en 1833, un succès. Ses écrits marquent son opposition au mariage et des rêves d’émancipation de la femme.

Elle rencontre alors Alfred de Musset Afficher l'image d'origine avec qui elle vit une relation orageuse qui les mène en Italie. Après leur rupture, leur idylle inspirera à George Sand trois lettres d’un voyageur et à Alfred de Musset La Confession d’un enfant du siècle.

Son engagement politique prend de l’épaisseur lorsqu’elle rencontre l’avocat Michel de Bourges qui plaide pour une rupture définitive avec son mari qui dilapide sa fortune. L’avocat l’initie aux idées républicaines et socialistes.

En 1836, elle fait la connaissance du pianiste virtuose Frédéric Chopin.Afficher l'image d'origine leur liaison sera passionnelle, mais Chopin tombe malade. Le caractère tyrannique de ce dernier complique les relations d’Aurore avec ses propres enfants. L’année 1847 et les suivantes sont dramatiques pour Aurore, marquées par une rupture avec sa fille Solange et plusieurs disparitions : Sa petite-fille Jeanne, son demi-frère Hippolyte Chatrion, et enfin Frédéric Chopin. Ses écrits sont sombres et pessimistes.

Par l’entremise de son fils, en 1850, elle rencontre Alexandre Marceau, un graveur et auteur. Il a 30 ans, elle en a 45, ce sera son dernier amant. Elle est au fait de sa célébrité et reçoit chez elle tous les grands artistes contemporains. très amie avec Gustave FlaubertAfficher l'image d'origine, elle fréquente Théophile Gaultier Afficher l'image d'origine, les frères Goncourt Afficher l'image d'origine, Sainte-Beuve Afficher l'image d'origine ; elle est la seule femme admise aux diners littéraires du restaurant Magny.

Lors-qu’Alexandre s’éteint de la tuberculose, elle s’installe définitivement à Nohant où elle s’éteindra en 1876 à l’âge de 71 ans.

Sa vie autant que son œuvre littéraire auront marqué son époque. Chaque été depuis 1966, la maison de Georges Sand organise le Nohant Festival Chopin Afficher l'image d'originepour fêter les œuvres du pianiste, ou il  a composé sept étés durant (de 1839 à 1846) ses plus belles pages, dont la majorité de ses chefs-d’œuvre. Et celle qui en fut l’âme et l’esprit.

Afficher l'image d'origineC’est une demeure de passions, de tourments, de partages… Un lieu d’inspiration et de création. Nohant, où se trouve la maison dans laquelle vécut George Sand, à une trentaine de kilomètres de Châteauroux, témoigne de la vie exceptionnelle de cette femme du XIXe siècle. Cette demeure dans laquelle elle écrivit la majeure partie de son œuvre conserve encore aujourd’hui le mobilier et les objets de l’écrivain. Afficher l'image d'origine Le jardin Afficher l'image d'origine qui entoure la maison témoigne également de la riche personnalité de   George Sand et de son attachement à la nature.

Dans Histoire de ma vie, l’écrivaine laissera ce témoignage émouvant de son indéfectible attachement :

«J’avais la maison de mes souvenirs pour abriter les futurs souvenirs de mes enfants. A-t-on bien raison de tenir tant à ces demeures pleines d’images douces et cruelles, histoire de votre propre vie écrite sur tous les murs en caractères mystérieux et indélébiles, qui, à chaque ébranlement de l’âme, vous entourent d’émotions profondes ou de puériles superstitions ?»

Mme Sand traversa tous les rêves ; elle sourit à tous, crut un moment à tous ; son jugement pratique put parfois s’égarer, mais, comme artiste, elle ne s’est jamais trompée. «Ses œuvres sont vraiment l’écho de notre siècle. »

Dans la maison de COLETTE

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L’écrivaine en a fait un personnage à part entière dans ses romans : La demeure de son enfance, à Saint-Sauveur-en-Puisaye, en Bourgogne vient d’ouvrir au public après une magnifique restauration.

Vue du « Jardin-d’en-Face », la façade blanche et son toit d’ardoise.

La passion d’une poignée de personnes, réunies dans une association, a permis la restauration de la maison natale de Colette, l’inspiration de son œuvre. Une demeure où elle a passé des moments merveilleux. La famille ruinée, elle la quitte à 18 ans….mais elle continue d’exister dans ses livres. Un de ses admirateurs la rachète et lui en donne la jouissance. Mais, en 1950, réalisant qu’elle ne pourra plus quitter son appartement du Palais-Royal à Paris Afficher l'image d'origine, elle la rend au propriétaire…Qui la revend à un médecin. Puis, en 2006, la voilà de nouveau en vente ! Partis de zéro euro, des passionnés et amoureux de l’écrivaine – son biographe, le président de la Société des amis de Colette et quelques autres – remuent alors ciel et terre et rassemblent 500 000 euros pour le rachat et les travaux. Cinq années plus tard, nous voilà dans la maison du bonheur.

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La restauration de l’intérieur et des jardins et d’autant plus impressionnante quand on sait le minutieux travail qu’elle a exigé.

Le projet était clair, Colette ayant fait de sa maison un personnage de son œuvre, nous avons reconstitué le décor de son enfance, le plus proche possible de la réalité, raconte Frédéric Maget, président de la Société des amis de Colette et directeur de la maison de Colette.

Architectes, biographes, historiens, paysagistes se sont mobilisés pour restituer l’ambiance de l’époque. Le décor a été reconstruit à partir de souvenirs, d’écrits de photos. Des traces de papier peint ont été retrouvées sous d’épaisses couches de peinture. Aucun élément moderne ne perturbe le sentiment de se replonger dans la fin du XIXème siècle. Les lits sont faits, la table est mise …

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«La maison était grande, coiffée d’un haut grenier», écrit Colette en préambule à La Maison de Claudine. «La pente raide de la rue obligeait les écuries et les remises, les poulaillers, la buanderie, la laiterie, à se blottir en contrebas tout autour d’une cour fermée…Accoudée au mur du jardin, je pouvais gratter du doigt le tout du poulailler»

Pour celle qui fut une amoureuse des chats, cette maison lui rappellera toute sa vie combien elle y a été heureuse, entourée de Sido, sa mère, de son père et de ses trois frères et sœurs.

«Colette a eu une enfance idyllique avec des parents qui s’aimaient », relate Frédéric Maget. Même si la famille n’était pas appréciée dans le village, «ils étaient trop artistes, trop bohèmes». Résultat : «Minet Chéri» comme la surnommait sa mère, y passe la plupart du temps. Au rez de chaussée, dans la salle à manger, la table ronde est dressée pour six convives, pas plus. Les Colette ne recevaient jamais. On croit entendre de la musique. Vient-elle de la pièce du salon ? Le piano de Colette est là, ainsi que le guéridon derrière lequel sa mère cousait. Le visiteur a la sensation que les deux femmes viennent juste de quitter les lieux.

  - Radio France

Une porte s’ouvre sur la chambre des époux aux deux lits séparés. De gros édredons sont posés sur des draps brodés, et les rideaux en fil d’Indienne sont comme à l’identique.

Sido trouvait le mariage dépassé et prévoyait l’avènement de l’amour libre. Pour elle, chaque époux devait avoir son lit surmonté d’un ciel pour garder son intimité, confie Frédéric Maget.

Quelques marches conduisent à la chambre de l’écrivaine. Le papier peint à croisillons gris a été retrouvé sous le peinture et réimprimé par un atelier spécialisé dans les décorations des grandes manufactures de l’époque. De la petite fenêtre on observe la rue.

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Une forte grille de clôture, au fond, en bordure de la rue des Vignes, eût dû protéger les deux jardins ; mais je n’ai jamais connu cette grille que tordue, arrachée au ciment de son mur, emportée et brandie en l’air par les bras invincibles d’une glycine centenaire….

  - Radio France

Colette aimait jouer et se promener dans ce paradis, entre le jardin du haut, avec ses allées dorées sinueuses, ses massifs de fleurs, ses rosiers odorants, tous replantés à profusion, et celui du bas, dans lequel le potager laisse à nouveau pousser les légumes de son enfance. La glycine est toujours là, invaincue, tordant la barrière avec la même force que jadis, si envahissante qu’elle surmonte de ses bouquets mauves des ifs immenses.