Train d’enfer, train train , train de vie..

Lorsque vous allez à un train d’enfer, c’est-à-dire à toute berzingue, vous risquez de perdre la vie et de vous retrouver devant trois choix : purgatoire, paradis ou enfer. La fille aînée de Louis XV, elle, avait fait son choix.  Ce serait le paradis mais à un train d’enfer.

Au ciel ! Au ciel ! Au galop ! implorait-elle sur son lit de mort.

Voilà une expression qui caricature bien notre époque. Nous sommes tous pressés, boulimiques de la vie, toujours occupés par mille choses et obsédés par l’idée de ne jamais perdre son temps. On ne fait que se hâter, se dépêcher. Notre époque nous condamne à vivre à un train d’enfer si nous ne voulons pas …mourir ou plutôt si nous voulons survivre.

Souvenez-vous, La Fontaine écrivait que la tortue allait «son train de sénateur». Sénateurs ? il ne manquait plus qu’eux dans le débat. Il est vrai que question «train-train», «train de vie» et «grand train», il savent de quoi ils parlent.

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Bienvenue au Sénat, la deuxième chambre de la République. Ici, les privilèges se distribuent en toute discrétion, et l’opacité est la règle dès qu’il s’agit de cuisine interne. Certes, l’institution édite chaque année un livret d’une soixantaine de pages sur l’utilisation de ses 323 millions d’euros de crédits, mais elle se garde bien de divulguer la version détaillée de son budget.

 Pour leur train train, les sénateurs disposent d’un palais de 35.000 m2.

Les nouveaux sénateurs sont accueillis par les dix-huit huissiers en grande tenue d’apparat, avec épée et chaîne en argent, Petite révolution: dès son élection à la tête de l'Assemblée, en 2012, Claude Bartolone a mis l'institution à la diète. sous les dorures second Empire de la luxueuse salle des conférences et la fresque de Delacroix qui orne la bibliothèque. Difficile de Peu à peu, ils découvrent les 35.000 mètres carrés du palais du Luxembourg. Une vraie petite ville avec son kiosque, son médecin, son coiffeur, ses photographes, sa cave à vins. A l’heure du déjeuner, leurs collègues plus anciens les emmènent dans les salons de Boffrand :Résultat de recherche d'images pour qui abrite les salles de restaurant avec vue sur le jardin. Résultat de recherche d'images pour Là, ils se délectent des mets préparés par un grand chef, au tarif imbattable. «Le Sénat, c’est le meilleur club de Paris, pour mener grand train ».

Tout au long de leur mandat, les sénateurs sont choyés. En arrivant, ils disposent d’une subvention pour leur équipement informatique, de quatre lignes téléphoniques et de deux fax. Une carte prépayée leur ouvre l’accès à tout le réseau des trains de la SNCF en première classe, 40 allers-retours en avion leur sont remboursés entre Paris et leur département, ainsi que les frais de taxis et de péages. Au total, l’enveloppe «transport des sénateurs» représente quelque 4,7 millions d’euros par an, soit une moyenne de 13.505 euros par sénateur. A quoi il faut additionner 1,5 million pour les multiples voyages à l’étranger. Et à l’occasion ils signent la rédaction des rapports préétablis  par les multiples groupes amis Lobbyistes.

De grasses indemnités pour leur train train quotidien.

Des avantages qui viennent s’ajouter aux indemnités des sénateurs. Les élus touchent 5.388 euros net par mois et disposent d’une enveloppe mensuelle de 6.037 euros pour leurs frais de mandat, une somme qu’ils dépensent à leur guise sans fournir aucun justificatif. Pas assez pour certains.

«Je considère que je suis mal payé, déclare à la buvette le sénateur UMP de la Meuse et ancien ministre de la Défense Gérard Longuet. Ma rémunération est équivalente à celle d’un DRH de PME ou d’un pharmacien, alors que j’œuvre à un train d’enfer pour l’intérêt du pays. Quant à l’indemnité de mandat, elle couvre à peine mes frais d’essence, de cérémonies, de communication et de double résidence.»

Afin d’améliorer leurs fins de mois, les sénateurs peuvent recourir à quelques astuces. Certains emploient en toute légalité leur femme ou un membre de leur famille avec une partie des 7.500 euros prévus pour recruter leurs collaborateurs. D’autres reversent cette manne à leur groupe politique qui leur en rétrocède une partie. La quarantaine de sénateurs qui occupent les fonctions les plus prestigieuses – questeurs, présidents de groupe – bénéficient en plus de confortables primes, à l’image du président et de ses 7.057 euros d’indemnité de fonction.

Sans oublier l’un des régimes de retraite les plus généreux de France : un mandat de six ans ouvre le droit à une retraite de 2.050 euros, deux mandats, plus de 3.000 euros, et la pension moyenne avoisine les 4.340 euros. «Mais notre caisse de retraite est toujours largement excédentaire, ironise Alain Lambert, ancien sénateur UMP de l’Orne. Car les sénateurs quittent leur fonction le plus tard possible et la plupart rêvent de mourir sénateurs !»  Pas au ciel au galop comme la fille aînée de Louis XV, mais ….

Au ciel !  Au paradis !  train train,  implorent-ils …

Les hauts fonctionnaires du Sénat surclassent largement les énarques des ministères. «Après dix-huit ans de carrière, je gagnais 10.000 euros, confie un administrateur. Et après trente ans, même sans responsabilité importante, train-train,  je serai à 15.000 euros.» Au sommet de la pyramide, les deux secrétaires généraux émargent à plus de 20.000 euros, ce qui les place parmi les tout premiers salaires de la fonction publique, bien au-dessus des 15.000 euros du vice-président du Conseil d’Etat, souvent qualifié de plus haut fonctionnaire de France.

Le Sénat a de solides réserves. Train-train, il s’est constitué un bas de laine de 108 millions d’euros, investis dans des placements sûrs, où il pioche pour ses investissements les plus lourds. Autour du palais, il est propriétaire de plusieurs immeubles rue de Vaugirard, rue Bonaparte et rue Garancière dans le prestigieux VIe arrondissement de Paris. Un patrimoine de quelque 29.000 mètres carrés. Il possède aussi le jardin du Luxembourg Résultat de recherche d'images pour "jardin du luxembourg paris france"
auquel la Haute Assemblée consacre le budget record de 12 millions d’euros par an, soit deux fois plus que ce que le musée du Louvre dépense pour le jardin des Tuileries !

Au lieu de jouer leur rôle de co-législateurs, les sénateurs envoient des copies blanches à l’Assemblée nationale, et les centaines de pages de documents préparatoires partent directement à la poubelle !

Tel sénateur embauche le fils d’un autre, et réciproquement. Tous ces arrangements, c’est toute la partie obscure qui explique les réticences d’une minorité de parlementaires pour que ça change .

Avec la fin du cumul des mandats prévu en 2017,  l’administration ne pourra de toute façon pas absorber la charge de travail liée à 348 élus qui se consacrent à 100% à leur tâche, pointe, en toute fantaisie,  un haut fonctionnaire !

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Souvent les Ministres, Députés et Sénateurs ne sont pas présents lors des Assemblées de l’Assemblée Nationale et du Sénat, soient ils ne sont tout simplement pas là, soit ils jouent sur leurs Smartphones, ou encore même ils dorment…Résultat de recherche d'images pour

ColucheRésultat de recherche d'images pour inspiré par le sacro-saint triptyque républicain, Liberté, Égalité, Fraternité qui illustre nos frontons, rigolait doucement. D’après lui, il y avait des gens «plus égaux» que d’autres. Nous roulons à deux vitesses : justice à deux vitesses, école, université, médecine, conditions de travail, régimes d’aide sociale et de retraite, culture, j’en passe et des bien pires.  D’un côté ceux qui vont à un train d’enfer pour garder leur travail précaire, de l’autre ceux qui freinent des quatre fers, pour garder leur indécent train de vie.

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Maintenant que le pays croule sous les déficits, que les impôts battent des records et qu’une bonne partie de la population peine à boucler ses fins de mois, leurs frasques deviennent difficiles à supporter.

Monseigneur JEAN DANIÉLOU ; L’épectase de l’apôtre ….

Ce lundi 20 mai 1974, dans l’après-midi, l’archevêché a d’abord indiqué au monde chrétien que le cardinal Jean Daniélou Résultat de recherche d'images pour "Jean Daniélou" avait été terrassé en plein rue par une crise cardiaque. Quelques heures plus tard, un second communiqué affirme qu’il est mort «chez des amis». Plus tard encore, le révérend père Costes lâche cette fameuse déclaration : «C’est dans l’épectase de l’apôtre qu’il est allé à la rencontre du Dieu vivant».

Épectase ….Qu’est-ce à dire ? Il fallait poser la question à son éminence Mgr Daniélou lui-même. Apparemment, c’est un mot qu’il aimait beaucoup. D’ailleurs, en 1972, toute une cohorte d’admirateurs très-chrétiens lui a fait l’hommage de la publication d’un gros volume intitulé Epektasis – Mélanges patristiques offerts au cardinal Jean Daniélou, une collation de textes en français, latin, anglais et allemand. L’introduction de cet indispensable ouvrage nous livre la clef : «Au cœur du vocabulaire spirituel de Grégoire de Nysse, ce mot résume la tension de l’âme hors d’elle-même à la rencontre de Dieu»

Monseigneur est poursuivi, apparemment, par le côté lubrique du mysticisme. Jean Daniélou est agrégé de grammaire. Entré au noviciat des Jésuites à Laval en 1929, il soutient sa thèse de doctorat en théologie en 1943, puis publie quantité d’ouvrages sur l’histoire des origines chrétiennes, les manuscrits de la mer Morte, la Trinité…Cardinal en 1969, il est élu à l’Académie française le 7 novembre 1972, au fauteuil de Mgr Tisserant.

Toute sa vie c’est un porteur intrépide de l’Évangile, un apôtre vibrionnant, d’une fougue à nulle autre pareille, un véritable halluciné de la parole du Christ. Il est,  de plus, perpétuellement bouleversé par l’image de Marie-Madeleine.Résultat de recherche d'images pour "marie madeleine par rubens"

Ah, Rubens !…Il faut lui reconnaître des vues moins hypocrites que l’essentiel de sa confrérie sur les choses du sexe. Il déclare en 1969 :

«La sexualité est un don de Dieu. La rencontre d’un homme et d’une femme est le grand acte de l’univers. Je comprends, personnellement, que certains prêtres soient sensibles à la beauté, au charme d’une femme, l’hypocrisie n’est pas bonne conseillère. On attend trop du prêtre, et il n’est qu’un homme»

Le dimanche 19 mai 1974, Valéry Giscard d’Estaing est élu président de la République Française. Au lieu de regarder tranquillement la télévision, Son Éminence cabotine, au grand pardon de saint Yves, est à Tréguier. Résultat de recherche d'images pour "tréguier en bretagne" Il fait en Bretagne une chaleur aussi exceptionnelle qu’accablante et Daniélou virevolte à qui mieux mieux au soleil, toute la journée. Il rentre à Paris un peu fatigué, sans plus.

Le lendemain lundi, Gilberte Santoni, née Weber et dite Mimi, vingt-quatre ans, appelle Police Secours à quinze heures quanrante-huit : Mgr Daniélou gît chez elle au 56 de la rue Dulong, Paris XVII°, inanimé ou presque.

Alors défilent au quatrième étage, dans le plus grand désordre, le brigadier Gilbert Baudet qui aura le privilège de faire du bouche-à-bouche au prince de l’Église, un toubib qui diagnostique la mort du prélat par crise cardiaque, une copine de Mimi qui comme elle allume les hommes à la Douaisienne, pas mal d’ecclésiastiques, deux journalistes très rapidement éconduits et, pour finir, Son Excellence le nonce apostolique en personne.

Daniélou, selon l’archevêché n’était venu voir Gilberte que pour lui donner un peu d’argent, de sorte qu’elle puisse payer l’avocat de son maquereau Corse qui croupissait à la Santé pour proxénétisme ; Une charité bien ordonnée qui ne commençait pas par bénéficier au donateur, retrouvé non pas revêtu à la hâte, mais ses vêtements (non sacerdotaux) déchirés par une Mimi s’improvisant secouriste. Pour mieux porter secours, elle se débarrassa sans doute de son peignoir, puisque pompiers et policiers la découvrirent en combinaison transparente.

Apprenant l’affaire, les journalistes du Canard enchaîné Résultat de recherche d'images pour "la canard enchaîné"s’en sont donné à cœur joie, et l’hermétique mot «épectase» a connu grâce à eux un élargissement sémantique notable.

Dans un premier temps, le cardinal Gabriel-Marie Garrone salua la mémoire de son collègue Daniélou d’une forte rédemptrice remarque : « Dieu accorde son pardon.  Notre existence ne peut manquer d’inclure un élément de faiblesse et d’ombre ». Le quotidien catholique romain La Croix fut plus lapidaire : en chaque chrétien demeure un pécheur.

Mais, alors que le cardinal Marty, archevêque de Paris, refusa toute enquête approfondie, la compagnie de Jésus obtint qu’une version officielle soit adoptée par le Vatican. Jean Daniélou était vraiment venu apporter son obole à Mimi pour couvrir les frais de défense de son Gilbert.  Conclusion officielle du père jésuite Xavier Tilliette dans Le Figaro : Jean Daniélou était décédé «  dans l’épectase de l’apôtre (…) à la rencontre du Dieu Vivant ». Résultat de recherche d'images pour "l'épectase de l'apôtre"

C’est en cette même rue discrète que décéda également Mgr Roger Tort, 57 ans, évêque de Montauban, en juillet 1975… Ce fait-divers fit beaucoup moins de remous que celui de l’année précédente car autant Mgr Tort était effacé, autant Mgr Daniélou, jésuite et théoricien de renom, académicien français, était une personnalité de premier plan.

Il a fallu quarante ans pour « réhabiliter » Jean Daniélou, lors d’un colloque « Fenêtres ouvertes sur le mystère », organisé au Vatican en mai 2012 par l’Université pontificale de la Sainte-Croix. Lequel cardinal considérait que « la société occidentale souffre (…) de l’absence d’une discipline de la liberté ». Résultat de recherche d'images pour "l'épectase de l'apôtre"

Depuis,  mourir en épectase évoque le décès du président Félix Faure, Félix Faure, président de la République française (30 janvier 1841, Paris -16 février 1899, Paris) amant d’une demi-mondaine, Marguerite « Meg » Steinheil, qui recueillit son dernier souffle au palais de l’Élysée, lors d’un « cinq à sept » succédant au conseil des ministres du 16 février 1899.

Quand le prêtre, appelé d’urgence, demande à un planton si le Président a toujours sa connaissance, il se voit répondre : “Non, on l’a fait sortir par une porte dérobée.” Le gentil Georges Clemenceau, quand il apprend la nouvelle de la mort de Faure, a ce mot : “Il voulut vivre comme César et il est mort Pompée”, et ajoute : “En entrant dans le néant, il a dû se sentir chez lui.

Quant à Marguerite SteinheilRésultat de recherche d'images pour "marguerite steinheil" qui défraiera de nouveau la chronique quelques années plus tard à l’occasion du crime inexpliqué de son mari et de sa mère, elle est très vite surnommée “la pompe funèbre”.

On aime les jeux de mots, chez nous.

La suractivité est évidemment cause de nombreux accidents. C’est pourquoi j’aurais  bien évidemment pu citer d’autres cas.  Mais l’essentiel est fait : vous connaissez désormais les principales recettes permettant de passer de vie à trépas «Heureux» !.

 

 

 

L’infernale vie d’Honoré de Balzac.

Le seul écrivain doué d’assez de souffle et d’imagination pour entreprendre avec succès le récit de la vie très extraordinaire d’un certain Honoré de Balzac, n’aurait pu être qu’HONORÉ DE BALZAC Afficher l'image d'origine lui-même. Tout comme son père, il fut le modèle le plus achevé du héros balzacien obsédé par la course à l’argent et assoiffé de la considération sociale qu’il procure.

Le père d’Honoré de Balzac, onzième enfant d’une famille pauvre de paysans du Tarn, se nommait en réalité Bernard François BALSSAAfficher l'image d'origine Venu à pied jusqu’à Paris pour y faire fortune, il échoua à Tours. C’est à dire qu’il réussit à y devenir une notabilité locale, administrateur de l’hospice et adjoint au maire. En même temps que sa position sociale, son nom évolue BALSSA devient BALZAC ( qui a le mérite d’entretenir la confusion avec la famille très ancienne des DE BALZAC D’ENTRAYGUES) et puis de temps à autre, DE BALZAC. Le fils, lui, adoptera définitivement la particule hasardée par le père. A l’âge de 53 ans, Bernard François épouse la jeune et jolie Laure SALLAMBIER qui a 32 ans de moins que lui. Quatre enfants naquirent. Honoré ( le 20 mai, jour de la St Honoré), puis Laure, Laurence et Henri.  Dès sa naissance, le petit Honoré fut placé en nourrice puis, mis en pension au collège de Vendôme. Il passera 8 ans dans cette prison, ou ses parents ne viendront le voir que trois fois. A la fin de sa vie, le pauvre Balzac souffrait encore de l’indifférence des siens. Je n’ai jamais eu de mère, écrira-t-il.

Le premier amour de Balzac se prénommait Laure, tout comme sa mère et sa soeur préférée.  LAURE DE BERNYAfficher l'image d'origine voisine de ses parents à Villeparisis, est mariée et mère de sept enfants et elle a 45 ans. Après bien des réticences, elle déniaisera Honoré qui n’en a que 22. Elle sera pour lui l’amante, l’amie, la mère qu’il dit n’avoir pas eue, la conseillère et même la prêteuse de fonds. Il l’a nommait «dilecta» en latin : l’élue. Afficher l'image d'origine

Lorsqu’il commence à connaître la gloire, Honoré de Balzac, s’éprend de la Marquise De CASTRIESFile:Troy-Marquise de Castries.JPG une grande dame, qui «fera marcher» ce parvenu prétentieux et l’humiliera publiquement. Après l’avoir entraîné en voyage à sa suite, elle le congédiera dédaigneusement à Genève. Lui qui croyait atteindre enfin au bonheur !

Autre conquête de Balzac – Une Laure de nouveau – La duchesse d’ABRANTESca. 1835 Laure-Adelaide Junot, Duchess d'Abrantes by Jules Boilly (Boris Wilnitsky) veuve du général JUNOT. Elle n’est plus de la première fraîcheur…C’est un monument assez délabré (Selon Stefan Zweig). Mais, pour un écrivain soucieux de documentation historique, quelle mine de renseignements ! Pensez ! Elle avait connu Bonaparte capitaine et avait eu comme amants MURAT, roi de Naples et le Prince de METTERNICH.

Un jour de 1832, Balzac recevra une lettre anonyme, signée «l’étrangère» qui va transformer sa vie…Il découvrira vite l’identité de cette admiratrice : c’est une richissime comtesse polonaise EVA HANSKA. Afficher l'image d'origine Mariée au vieux comte HANSKI  – de 25 ans son aîné – elle s’ennuie à mourir en Ukraine dans sa propriété de 22 000 hectares où elle règne sur un peuple de 40 000 âmes et en bataillon de 2 000 domestiques. Première rencontre en Suisse et coup de foudre réciproque. Ce seront 43 jours de bonheur. Le mariage hélas ! est impossible et il faut se séparer. Balzac arrache à sa bien aimée la promesse de l’épouser lorsque mourra le vieux mari. Celui-ci peu pressé, les fera attendre dix ans. Enfin ! le 5 janvier 1842, EVA HANSKA est veuve, libre et riche. Balzac, fou de joie, croit qu’il va pouvoir épouser son amour…et, du même coup, désintéresser ses innombrables créanciers, grâce à l’immense fortune de la veuve. Mais au moment décisif, voici qu’EVA hésite, tergiverse et s’enfuit parce qu’elle se refuse de lier son existence à celle d’un petit bourgeois peu raffiné, malade et couvert de dettes. Pendant sept ans encore ils continueront à s’écrire et de jouer à cache-cache à travers l’Europe. La santé de Balzac empire à un point tel qu’EVA n’a plus le cœur de se refuser encore à celui qu’elle sent si près de sa fin. Le 14 mars 1850 – dix-huit ans après la première lettre de «l’étrangère» – leur mariage est célébré en l’église Sainte Barbe de Berditscheff, en Ukraine. Le «jeune marié» peut enfin revenir à Paris sa comtesse au bras. Mais  il ne lui reste plus que cinq mois à vivre. Cent cinquante cinq jours seulement qui séparent la nuit des noces de la nuit éternelle. Pauvre Balzac qui disparaît au moment même où il croyait enfin avoir gagné le droit d’être heureux !

 ♦  LES AFFAIRES NE REPOSENT PAS SUR DES SENTIMENTS

Le malheur de la vie de Balzac fut que ce génie de la littérature se prit toute sa vie pour un grand homme d’affaires. Rêvant de faire fortune d’un seul coup, il se lancera tête en avant, dans les entreprises les plus folles et y engloutira, non seulement l’argent qu’il n’a pas, mais aussi le patrimoine familial ainsi que celui de Madame de Berny.

  • Âgé de 25 ans à peine, il s’improvise éditeur : Il se ruine
  • Il achète une imprimerie et une fonderie de caractères : C’est la faillite.

A l’âge ou certains entrent dans la vie, il a déjà accumulé tant de dettes qu’il ne pourra jamais, même au prix du travail de toute une vie, rembourser ces sommes d’argent grossies sans cesse des intérêts accumulés. Et si encore il économisait ! Mais il vit comme un seigneur : appartement luxueux, loge à l’Opéra, cabriolet à ses armoiries avec chevaux de race et palefreniers en livrée. Il tient table ouverte, reçoit fastueusement, mange comme un ogre et s’habille comme un dandy. Sa canne, au pommeau d’or, ornée de 350 turquoises La Canne d'Honoré de Balzac, dite la canne aux turquoises – une fortune ! – est restée célèbre.

Il lui vient sans cesse des idées géniales qui ne réussissent qu’à l’endetter davantage.

  • Il achète une mine d’argent en Sardaigne qu’il doit revendre pour une bouchée de pain.
  • Il souscrit pour des actions des chemins de fer du Nord : Les cours s’effondrent.
  • Il fait l’acquisition à Ville-d’Avray d’une villa.Afficher l'image d'origine «Les Jardies», construite sur un terrain en pente et glaiseux : C’est un gouffre financier
  • N’imagine t-il pas, de surcroît, d’y entreprendre la culture industrielle des ananas ? Ses rêves s’enlisent dans la boue.
  • Il achète des peintures (souvent des faux)

Il doit de l’argent à tout le monde. Il se cache et fuit les huissiers. Toutes ses maisons ont une double sortie. Il en fait établir le loyer au nom de Veuve Durand. Bref, il a occupé au minimum six cents adresses dans sa vie ! Alors pour tenter désespérément de faire face à l’armée de ses créanciers et pour échapper à la prison pour dettes, il travaille, il travaille, il travaille.

J’AIME AUSSI LES ÊTRES EXCEPTIONNELS ….J’EN SUIS UN ! (La mégalomanie est flagrante)

1829 Balzac a 30 ans lorsqu’il publie son premier succès : Le dernier Chouan. L’année suivante, plusieurs romans regroupés dans la rubrique SCÈNES DE LA VIE PRIVÉE lui vaudront une popularité subite. Il est désormais condamné à devenir le forçat d’une production littéraire colossale et ininterrompue.   Dans la seule année 1832, il écrit  vingt-six romans. Il se couche à 18 heures, se fait réveiller à minuit, écrit douze, quinze et même dix huit heures d’affilée, sort l’après-midi et se recouche. D’habitude il s’enfermait pour six semaines ou deux mois, volets clos, rideaux tirés, vêtu de sa fameuse robe de chambre de dominicain, travaillant à la clarté de quatre bougies et se maintenant éveillé en buvant continuellement du café : Un café non moulu mais concassé et infusé, une véritable bouillie de caféine. Aussitôt qu’il absorbe cet excitant, son imagination se déchaîne, ses idées s’emballent.

En 1835, paraît le Père Goriot : Il l’a écrit en trois jours et trois nuits travaillant jusqu’à vingt heures de suite. Ses cheveux blanchissent et tombent par poignées. Il écrit. Les chefs-d’œuvre s’ajoutent aux chefs-d’œuvre.  Il est célèbre dans toute l’Europe.

Il a une idée géniale : faire revenir d’un roman à l’autre les personnages qu’il a créés, procédé qui donne une unité à son œuvre et une réalité au monde qu’il a inventé. Un de ses amis de retour d’Italie et influencé par le souvenir de Dante et de sa DIVINE COMÉDIE lui suggère comme titre de son œuvre.  LA COMÉDIE HUMAINE. C’est toute la Société du XIXè siècle qui a trouvé son DANTE. Œuvre colossale qui devait comporter 137 romans. A cinquante ans, il en a écrit 91. Vingt ans de travail fou à raison de 2 000 pages par an !

LA GLOIRE EST LE SOLEIL DES MORTS

BALZAC aurait besoin d’une santé de fer pour achever sa Comédie Humaine. Sa manière de vivre est un suicide. Le médecin diagnostique une inflammation méningée et exige le repos absolu. Mais se reposer n’est pas le genre de conseil que BALZAC peut suivre, il continue de travailler. Ses membres enflent, une albumine profonde se déclare.  Le 5 août, il se heurte à un meuble et la gangrène se déclare. Pourtant il continue à faire des plans, des projets pour ses romans futurs.

Dans la nuit du 18 au 19 août 1850, il entre dans le coma, appelant à son secours le docteur Horace Bianchon, l’un de ses personnage : Lui seul peut me tirer de là !

Sa tombe se trouve au Père Lachaise. Afficher l'image d'origineSon ami Victor HUGO au profit duquel il avait retiré sa candidature à l’Académie française, prononcera sur sa tombe une éblouissante oraison funèbre :

Voilà l’œuvre qu’il nous laisse. Œuvre haute et solide, robuste entassement d’assises de granit, monument ! Œuvre du haut de laquelle resplendira désormais sa renommée, les grands hommes font leur propre piédestal : L’avenir se charge de la statue !

Portrait de Balzac par George Sand :

«Puéril et puissant, toujours envieux d’un bibelot, et jamais jaloux d’une gloire, sincère jusqu’à la modestie, vantard jusqu’à la hâblerie, confiant en lui-même et aux autres, très expansif, très bon et très fou, avec un sanctuaire de raison intérieure, où il rentrait pour tout dominer dans son œuvre, cynique dans la chasteté, ivre en buvant de l’eau, intempérant de travail et sobre d’autres passions, positif et romanesque avec un égal excès, crédule et sceptique, plein de contrastes et de mystères, tel était Balzac encore jeune, déjà inexplicable pour quiconque se fatiguait de la trop constante étude à laquelle il condamnait ses amis, et qui ne paraissait pas encore à tous aussi intéressante qu’elle l’était réellement.» « George Sand » 

Balzac  a été le premier dans le genre qui a été le premier de tous les genres.

La vie de Balzac est infiniment fascinante, mais il faut de moins en moins admirer  son œuvre dramatique en résonance avec notre époque, car Balzac ne nous donne  que le spectacle de la présomption et de l’ignorance.  Il voulait, dans son orgueil, inventer tout, même la science, et il poussa la fatuité jusqu’à rédiger des dissertations psychologiques, jusqu’à imaginer « une théorie de la volonté », qui n’est en fait qu’une apologie de l’entêtement ! Il avait une représentation parfaite de lui-même, et une exigence de performance – c’est un modèle  que viennent renforcer les normes sociales actuelles – Alors la course effrénée à l’argent continue. Mieux, elle fournit son bénéfice…une fatigue psychique et physique qui va légitimement éviter une remise en question du processus.   Balzac s’est brûlé de l’intérieur, il s’est consumé – n’aurait -t-il pas souffert de cette pathologie que l’on nomme aujourd’hui : Burn-out ? 

Nous les FEMMES ….

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C’est à peu près à la même époque que l’homme est la femme sont entrés en scène. Avec malgré tout, une légère avance pour l’homme. Dieu, en inventant Adam le premier, avait-il une idée derrière la tête ?

  • Si l’homme a été crée avant la femme c’était pour lui permettre de placer quelques mots prétend Jules Renard.
  • Paul Valéry avance une autre explication : Dieu créa l’homme et, ne le trouvant pas assez seul, il lui donna une compagne pour lui faire mieux sentir sa solitude !

Peut-être l’arrivée plus tardive de la femme suffit-elle à expliquer la situation inférieure qui fut la sienne tout au long de l’histoire ?

  • La femme est, selon la bible, la dernière chose que Dieu a faite. Il a dû la faire le samedi soir. On sent la fatigue. ( Alexandre Dumas Fils).

A moins que le peu de considération réservé à la femme ne s’explique que par le prosaïsme qui présida à sa naissance, il faut avouer que, naître de la soustraction d’une côtelette première, n’est pas ce qui s’appelle une opération …de prestige !

  • La femme est le produit d’un os surnuméraire a dit Bossuet.

Dès l’Antiquité, les voix les plus autorisées se sont accordées sur le rôle éminemment néfaste de la femme.

  • Il y a un principe bon qui a crée l’ordre, la lumière et l’homme. Il y a un principe mauvais qui a crée le chaos, les ténèbres et la femme (Pythagore)
  • Il n’est rien de pire dans le monde qu’une femme, si ce n’est une autre femme (Aristophane) –
  • Avec ces pestes, rien. Rien non plus sans ces pestes ( le même qui persiste et signe)

Sans doute pourra-t-on prétendre ces opinions sujettes à caution dans la mesure où elles émanent de Grecs Hélas ! même lorsque l’amour eut retrouvé le sens commun et les femmes leur pouvoir, on continua d’écrire sur elles bien des phrases méchantes.

  • Homme tu es le maître, la femme est ton esclave : C’est Dieu qui l’a voulu ainsi ( décide Saint Augustin)
  • Animal ridicule et suave écrit Erasme.

♦ Et  je  pourrais ainsi pendant des pages et des pages, accumuler les pensées et maximes, – toutes écrites par des hommes, bien sûr ! – dirigées contre la femme accusée d’infidélité, de débilité intellectuelle, de coquetterie, de bavardage,  etc. Au moins pourrait-on croire que, lorsque les femmes prendraient la parole ou la plume, ce serait pour plaider la cause de leur sexe si injustement calomnié. Vous n’y êtes pas !

Duclos a bien raison d’écrire que :

  • Quelque mal qu’un homme puisse penser des femmes, il n’y a pas femme qui n’en pense encore bien davantage.

En voici quelques preuves :

  • Je me console d’être femme en songeant que, de la sorte, je n’en épouserai jamais une ( Lady Montagu)
  • Ce qu’une femme appelle avoir raison, c’est n’avoir pas tous les torts (Sophie Arnould)
  • Depuis qu’Ève fit pêcher Adam, toutes les femmes ont pris possession de tourmenter, tuer et damner les hommes ( Marguerite d’Angoulème)

A ces opinions peu flatteuses que des femmes portent sur leur propre sexe, je peux ajouter naturellement celles de la partie adverse :

  • La tête des femmes n’est pas un organe essentiel (Anatole France)
  • La frivolité est encore ce qu’il y a de plus sérieux chez la femme (Henri De Régnier)
  • Les femmes ne suivent pas les mauvais conseils..Elles les précèdent (Abel Hermant)

Cette litanie finirait pas devenir fastidieuse si ne s’élevaient pas quelques voix contraires. Dans l’éternel malentendu qui, depuis l’origine des temps, oppose un sexe à l’autre, les torts ne sont pas tous du même côté, il s’en faut.

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  • Il n’y a que deux belles choses au monde, les femmes et les roses, et que deux bons morceaux, les femmes et les melons ( Malherbe)
  • Les femmes polissent les manières et donnent le sentiment des bienséances, elles sont les vrais précepteurs du bon goût, les instigatrices de tous les dévouements. L’homme qui les chérit est rarement un barbare. (Gabriel Legouvé)

Manifestation féministe à Paris pour le droit de vote des femmes conduite par la militante Séverine, en juillet 1914.

♦ Pendant des siècles et des siècles, la femme fut réduite par l’homme – avec la bénédiction de l’Église et l’appui des lois – au rôle secondaire, censé lui être dévolu depuis la création du monde et pour toute éternité. Tenue en tutelle, comme les mineurs ou les fous, elle devait assumer des fonctions bien définies, celles de la reproduction, de l’éducation des petits ainsi que l’économie domestique. Dans des conciles ecclésiastiques on discutait le plus sérieusement du monde sur le point de savoir si la femme était dotée d’une âme. C’est sous la révolution et en s’appuyant sur les idées de liberté qu’elle proclame, que va naître le mouvement féministe. A la déclaration des Droits de l’Homme et de la Citoyenne, œuvre d’Olympe de Gouges C’est dans ce texte que se trouve la phrase fameuse :  La femme a le droit de monter à la guillotine. Elle doit avoir également le droit de monter à la tribune.  La pauvre Olympe, qui eut le courage de défendre Louis XVI, montera seulement à la guillotine.

Les Saint-Simoniens et les Fouriéristes firent de l’émancipation féminine l’un des points essentiels de leur programme. Une femme de lettres, Pauline Roland et une femme politique Flora Tristan ( Grand-mère du peintre Gaugin) furent, dans les année 1840, les deux figures marquantes de l’émancipation de la femme dans le cadre du mouvement socialiste. On vit apparaître les premiers clubs féminins et une femme se porter candidate aux élections françaises en 1849. Les grandes idées commencent toujours par concrétiser dans le vocabulaire avant de se matérialiser dans les faits. Le mot de FÉMINISTE apparut pour la première fois en 1860.

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L’histoire de la lutte des femmes pour leur accession à la culture et leur entrée dans les professions jusque-là jalousement réservées aux hommes, a retenu le nom de quelques «pionnières» : 1861 –  Julie Saubie, une institutrice de 40 ans ; première femme bachelière /  1868Madeleine Brès, première femme médecin / 1869 – Melle Doumergue, première femme pharmacienne / 1892 – Jeanne Chauvin, première femme à obtenir un doctorat en droit / 1906 – Marie Curie, première femme professeur titulaire de la chaire de physique à la Sorbonne / 1912 – Edmée Chaudon , première femme astronome officielle / 1931 – première femme vétérinaire / 1932 – Suzanne Borel (la future Mme Georges Bidault) première femme Conseiller d’ambassade / 1935 – Mme Montvert, première femme agent de police / 1969 – Ouverture des Grandes Écoles aux femmes / 1973 – Anne Chopinet, Afficher l'image d'originemajor de sa promotion à Polytechnique défilera en tête de l’école, le 14 juillet sur les Champs Élysées.

♦ En 1906, on comptait 3 millions de femmes au travail dont un million étaient agricultrices et 800 000 domestiques. En 1983 , 9 350 000 femmes ont un métier ce qui représente 40.7% de la population active. 8% d’entre elles sont agricultrices et 69.8% font partie du secteur tertiaire.

♦ Aujourd’hui, si l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes n’est pas encore aussi achevée qu’une simple justice l’exigerait, on peut dire qu’elle est en bonne voie de se réaliser.

Mais qu’en est-il de l’égalité entre les sexes ?

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Les inégalités entre les femmes et les hommes se réduisent en matière d’éducation, mais on est encore loin d’atteindre l’égalité ! Les femmes sont à nouveau davantage au chômage – Il existe Des inégalités de salaire persistantes avec les hommesLe temps partiel subi est essentiellement féminin – Que les femmes aient ou non un emploi, elles sont toujours les « championnes » du travail domestique, comparé aux hommes – Il y a davantage de femmes dans la sphère politique mais on est encore loin de l’égalité.

les pouvoirs politique, culturel, médiatique, technologique, financier, militaire et religieux sont toujours principalement entre les mains des hommes. En attendant, le débat sur la mixité à l’école et l’égalité des chances au travail s’inscrit dans une problématique plus vaste : celle de la tolérance. Et si les lois permettent « parfois » d’amorcer des mouvements, les réels changements ne passeront-ils que par une plus large ouverture d’esprit et un respect mutuel…?

Mesdames Le combat  est  donc toujours d’actualité !

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Pourquoi l’être humain aime-t-il autant se mentir à lui-même ?

Si nos erreurs de jugement et d’appréciation n’étaient dues qu’à un excès de confiance en nous, il suffirait de garder cette idée en tête pour que nous nous trompions moins fréquemment. Pourtant, bien que nous nous voyions comme des êtres rationnels,  les psychologues Anthony Pratkanis et Elliot Aronson nous définissent plutôt comme des «animaux rationalisants », c’est à dire dotés d’une tendance à nous convaincre nous-mêmes que nos actions et nos raisonnements ont une justification rationnelle, même quand ça n’est pas le cas. le grand psychologue Leon Festinger est le premier à avoir étudié cette tendance. Il a élaboré dès les années 1950 une théorie appelée la «dissonance cognitive» qui fait toujours autorité.

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C’est un état désagréable, un inconfort, que nous ressentons quand par exemple deux croyances incompatibles coexistent en nous, ou quand nous agissons de manière contraire à notre système de valeurs ou à notre raisonnement. Dans l’ouvrage collectif dirigé par Ewa Drozda-Senkowska, Les pièges du raisonnement, la dissonance cognitive est expliquée très clairement grâce à l’exemple du ticket de bus.

Lorsqu’une personne s’apprête à frauder dans les transports en commun, elle se trouve confrontée à un état de dissonance cognitive si elle pense que les gens honnêtes doivent, eux, payer leur ticket. Elle trouve alors toutes de justifications rationalisantes (pseudo-rationnelles) pour sortir de cet état d’inconfort et na pas être obligée de se percevoir comme une personne malhonnête : le prix du ticket est trop élevé, et en ne payant pas une fois de temps en temps, elle rétablit une forme de «justice» en dépensant globalement moins d’argent pour son trajet quotidien ; ou bien elle se dit qu’en ne resquillant qu’une fois, elle agit plus honnêtement que ceux qui fraudent de façon systématique.

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La dissonance cognitive est un état que nous souhaitons éviter à tout prix, quitte à modifier nos croyances quand ces dernières sont en contradiction avec nos actions, et vice versa. C’est l’histoire du renard de la fable d’Ésope : «Un renard affamé, apercevant des grappes qui pendaient à une vigne, voulut s’en emparer et n’y arriva pas. Il s’éloigna alors et se parlant à lui-même : «C’est du raison vert», dit-il. Tels certains hommes, que leur faiblesse empêche de réussir et qui s’en prennent aux circonstances. Le renard a préféré se persuader que les raisins n’étaient pas pour lui plutôt que d’accepter son incapacité à les attraper. Le cas de L’Australienne Belle Gibson illustre ce phénomène de dissonance cognitive. Cette blogueuse était devenue célèbre en prétendant avoir guéri de son cancer du cerveau grâce à son alimentation. Elle avait ainsi récolté de l’argent et une forte notoriété, mais le 23 avril 2015 elle a avoué dans le magazine Women’s Weekly que son cancer était une invention :

«Je pense simplement que  » dire la vérité  » était la bonne chose à faire. Par-dessus tout, je veux que les gens disent : «C’est bon, elle est humaine», Belle Gibson a donc préféré révéler son imposture.

Pour sortir de cet état de dissonance cognitive, il nous faut toujours justifier nos actions et nos pensées, d’une façon qui nous semble alors parfaitement rationnelle même lorsque ce n’est pas le cas, d’où la difficulté à se remettre en question. Mais une fois cette prise de conscience acquise, y a-t-il d’autres facteurs susceptibles d’influencer notre raisonnement ?

Alfred Korzybski, dans Une carte n’est pas le territoire, nous met en garde contre le fait de confondre notre représentation du monde, c’est-à-dire la façon dont nous le voyons, avec le monde lui-même. Cela a l’air évident, énoncé ainsi, mais c’est une incitation à nous méfier des filtres à travers lesquels nous regardons le monde, l’actualité, sans nous en rendre compte, un peu comme si nous portions en permanence des lunettes, qui seraient nos stéréotypes et nos idées préconçue. Korzybski raconte l’anecdote suivante, devenue célèbre, citée par Christophe Carré : «Une grand-mère et sa jeune et séduisante petite-fille sont, avec un officier roumain et un officier nazi, les seuls occupants d’un compartiment dans un train. Le train traverse le tunnel sombre et la seule chose qu’on entend, c’est le bruit d’un baiser sonore et d’une gifle vigoureuse. Lorsque le train débouche du tunnel, personne ne pipe mot.

mais la grand-mère se dit en elle-même :

 «j’ai quand même bien élevé ma petite-fille. Elle saura se débrouiller dans la vie. Je suis fière d’elle ».

La petite fille quant à elle se dit :

  «Allons, grand-mère est assez âgée pour ne pas s’offusquer d’un petit baiser. D’ailleurs, ces garçons sont gentils. Tout de même, je ne lui savais pas la main si lourde»

L’officier roumain, lui a du mal à contenir son hilarité …En réalité, l’officier roumain par rouerie avait embrassé sa propre main et giflé l’officier nazi, mais chaque personnage de l’histoire a interprété les faits en fonction de sa représentation du monde.

Le préjugé, d’après le Larousse, est un «jugement sur quelqu’un, quelque chose, qui est formé à l’avance selon certains critères personnels et qui oriente en bien ou en mal les dispositions d’esprit à l’égard de cette personne, de cette chose » La société et l’éducation, la publicité, les médias, la fiction contribuent à la création de ces stéréotypes. Pierre Raynaud analyse notamment, dans Arrêter de se faire des films, la façon dont les Français ont tendance à voir la politique de manière binaire, à l’image du clivage gauche-droite. Ce binarisme est selon lui artificiel, puisque la gauche et la droite empruntent régulièrement des idées à leurs opposants – l’actualité le prouve sans cesse -, mais pourtant cette division nous marque à tel point que nous nous demandons toujours de quel côté penchent les centristes : centre gauche ou centre droit ? Ce clivage structure notre pensée de manière si forte qu’il nous est difficile d’envisager les choses autrement.

Notre manque d’objectivité est donc souvent à l’origine de notre incapacité à nous remettre en question.

 

 

La cruelle origine de nos contes de fées (2)

LE CHAT BOTTÉ DÉNONCE LES INJUSTICES DE L’ANCIEN RÉGIME

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A sa mort, un meunier lègue ses biens à ses trois fils : le premier hérite du moulin, le deuxième, de son âne, et le troisième ne reçoit qu’un chat. Mais ce dernier a un don : Il parle. Le félin réclame à son maître des bottes et un sac et lui assure qu’il fera bientôt sa fortune. Se faisant passer pour le chat d’un mystérieux marquis de Carabas, il couvre le roi de cadeaux afin de l’impressionner. C’est que ce dernier a une fille à marier….Le stratagème marche à merveille. Le roi s’intéresse de près à ce faux marquis et désire le rencontrer. Mais le fils du meunier n’a pas de palais. Qu’à cela ne tienne ! La chat se rend au château voisin de l’ogre et le met au défi de se changer en souris. Quand le géant obtempère, le chat le dévore. Et il n’a plus qu’à installer à la place son maître. Le faux marquis de Carabas.Résultat d’images pour marquis de carabas

«Vous avez là un bel héritage», dit le roi quand il le rencontre.

Mission accomplie : le petit meunier épouse la princesse. Happy end !

Cette innocente histoire raconte en fait l’extrême injustice qui régnait autrefois au sein des fratries pour se partager les héritages. Étant le cadet, notre héros est le moins bien loti des trois frères. La raison ? Au cours du XIè siècle, la règle du partage équitable de l’héritage entre enfant laisse progressivement place au droit d’aînesse, qui évite le morcellement du patrimoine familial. Seul l’aîné hérite des biens de ses parents. On exclu les filles, en les dotant à leur mariage, et on oriente les autres garçons vers la religion. Dans une société déjà marquée par la mort et les maladies – un enfant sur deux n’atteint pas 20 ans -, naître cadet est vécu comme une malédiction. Figure du héros désavantagé, le cadet du meunier compense grâce à la ruse de son chat.

CRITIQUE ACERBE DU POIDS DES TRADITIONS sur les destins individuels sous l’Ancien Régime, ce conte est aussi un recueil de conseils pour transcender sa condition. Cadets de tous villages, révoltez-vous !

Le Chat Botté n’est pas la seule histoire à dénoncer les injustices sociales. Résultat d’images pour Cendrillon Cendrillon, malmenée par sa belle-mère,  Résultat d’images pour Le petit poucet  et le Petit Poucet, abandonné par sa marâtre, sont des critiques des familles recomposées. Ceci nous rappelle que les remariages étaient nombreux au moyen Age et dans l’Ancien Régime, en raison de la surmortalité des femmes entre 25 et 40 ans lors des accidents de couche. La nouvelle épouse ne voyait pas forcément d’un bon œil les bouches issues du premier lit à nourrir…

LA BELLE AU BOIS DORMANT : UNE SORDIDE AFFAIRE DE VIOL

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Il était une fois une belle enfant sur laquelle planait une sordide malédiction : à sa naissance, une sorcière lui avait prédit la mort lorsqu’elle serait piquée par un fuseau ou une épine. Heureusement pour elle, une bonne fée atténua son malheur :

«Au lieu d’en mourir, elle tombera seulement dans un profond sommeil qui durera cent ans » écrit Perrault.

C’est ainsi que, blessée le jour de ses 16 ans, la princesse plongea dans l’inertie, jusqu’à ce qu’un prince la délivre d’un baiser ….

Mais, dans le Soleil, la lune et Thalie, extrait du recueil de contes Pentamerone, du poète Giambattista Basile (1634) , le héros qui pénètre dans le château n’a aucune intention de sauver la belle endormie. Il s’agit d’un roi d’âge mûr, déjà marié, qui s’engouffre dans sa couche pour abuser d’elle. Un viol duquel naîtront deux jumeaux. Voyeurisme, viol, adultère…La Belle au bois dormant des origines n’a rien pour plaire aux moins de 18 ans. Et, au XVIIè siècle, lorsque Perrault rédige sa version du conte. L’héroïne a aussi de quoi chiffonner la très tatillonne Église de France.

CETTE JEUNE VIERGE INNOCENTE est en fait une sorte de jumelle profane de la Sainte-Marie des Évangiles. La Belle au Bois dormant, inconsciente et féconde, emprunte beaucoup à la Vierge Marie, capable de concevoir et de mettre au monde sans plaisir ni péché. Une femme parfaite aux yeux des chrétiens. Or dans le conte, celui qui féconde la princesse n’est pas un esprit saint, mais un vieux roi libidineux. Dans une France en proie aux conflits religieux, marquée par un raidissement des catholiques face à la montée en puissance du protestantisme, ce type d’ambiguïté n’est plus toléré. Exit le viol, qui est donc remplacé par un chaste baiser. Résultat d’images pour la belle au bois dormant

LA CRUELLE ORIGINE DE NOS CONTES DE FÉES (1)

Souillon devenue reine, enfants abandonnés terrassant les sorcières, princesses sauvées par d’aimables marraines…

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Les contes «de fées» ont illuminé notre enfance. Pourtant, au départ, ces histoires sont souvent beaucoup plus crues. Comme celle de la jolie Boucle d’or qui termine déchiquetée par les trois ours pour avoir été trop curieuse. Ou celle de la petite sirène qui meurt dissoute dans l’écume pendant que son amoureux en épouse une autre. Qu’on se le dise, les contes sont cruels. Comme la vie ! Pas très étonnant, car, à l’origine, ils ne servent pas à endormir les enfants, mais à éduquer le peuple. Dans l’Europe du XIIIè siècle, dominicains et franciscains agrémentent leurs prêches de ces histoires populaires afin de guider les fidèles sur la bonne voie. Un objectif : capter l’attention du public à grand renfort de scènes de cannibalisme, de belles-mères cupides, d’enfants éviscérés et de viols en tout genre.

Je vous préviens, c’est sanglant.

LE PETIT CHAPERON ROUGE : UNE AFFREUSE ADO CANNIBALE !

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C’est l’histoire d’une fillette aussi ingénue que jolie qui doit remettre un panier à sa grand-mère habitant de l’autre côté de la forêt. Dans les bois, elle croise le loup à qui elle révèle sa destination. Le rusé arrive avant elle chez mère-grand et la dévore toute crue. Puis il enfile les vêtements de la défunte et prend sa place dans le lit. La fillette arrive et se fait elle aussi manger. Heureusement un chasseur arrive et délivre les femmes, racontent les frères Grimm au début du XIXè siècle . «Oh, là, là quelle peur j’ai eue !», s’écrie l’héroïne . Ouf ! depuis notre enfance , le sens de cette histoire paraît limpide : C’est évidemment une parabole qui invite les filles (« belles, bien faites et gentilles ». précise Perrault) à se méfier des prédateurs sexuels. Haro sur les hommes et leur libido débordante ! Ah oui ? Pourtant, il se pourrait bien que la fillette ne soit pas un ange…Mais un monstre cannibale.

Pour le démontrer, l’ethnologue Yvonne Verdier s’est penchée sur des versions recueillies à la fin du XIXè siècle dans le bassin de la loire, le Nivernais, le Forez, le Vellay ou dans la partie nord des Alpes. Des récits plus proches de la version d’origine que ceux de Perrault et de Grimm.

Attention, c’est barbare ! Pour les Tyroliens, pendant que la petite se promène dans les bois, le loup saigne l’aïeule, met son sang dans une bouteille et réserve la chair dans un récipient qu’il range dans le placard. Il pend les intestins de la vieille à la porte, à la place du cordon sur lequel tire la fillette. «Oh ! Petite grand-mère, comme cette chose là est molle !» s’étonne l’héroïne. A son arrivée dans la maison, l’ingénue se dit affamée. Le loup déguisé et grimé, lui propose de manger et de boire. La petite se jette sur la bouteille et les restes de sa grand-mère ! Le pire, c’est qu’elle ne peut l’ignorer longtemps, puisqu’une voix venue d’outre tombe lui souffle : «Tu manges de ma titine, ma fille !» (« titine » signifiant tétons) «Fricon, fricasse, le sang de ta grantasse ! » Fricasser, c’est faire cuire dans son jus, soit, ici, faire mijoter une vieille femme dans son sang.

MAIS LA FAUSSE INGÉNUE est aussi nymphomane ! Après ce festin macabre, le loup la convie à se déshabiller. Dans un long strip-tease, elle le questionne pour chaque vêtement, s’attirant toujours la même réponse.  «Ou faut-il mettre son tablier ? « Jette-le au feu, tu n’en as plus besoin» , répond-il . Dans le lit, le petit chaperon détaille avec surprise l’anatomie de l’animal. «Ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes.» «C’est pour mieux courir mon enfant » jusqu’au fameux «Ma mère-grand que vous avez de grandes dents » «C’est pour mieux te manger !» Ni une ni deux : l’héroïne sort du lit, prétextant une envie pressante, et échappe au grand méchant loup.

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«Le monstre dans l’affaire ce serait plutôt la petite fille : le loup, lui, ne fait que son métier de loup, quant à la grand-mère, elle serait la principale victime de l’aventure » , analyse Yvonne Verdier.

Alors, quel est le message réel du conte ?

Si l’on se souvient que faire la cuisine est la métaphore du pouvoir de procréer, on voit que la petite fille va brûler ici les étapes. Il s’agit en quelque sorte d’une identification par incorporation au féminin maternel et dans le conte, « c’est très souvent la mère qui joue le rôle de la grand-mère et qui est mangée »

Le conte reprend trois temps où se joue le devenir féminin : puberté, maternité, ménopause, trois temps qui correspondent à trois classes généalogiques : jeune fille, mère, grand-mère.

Ainsi, conclut l’anthropologue Yvonne Verdier : « Ce que nous dit le conte, c’est la nécessité des transformations biologiques féminines qui aboutissent à l’élimination des vieilles par les jeunes mais de leur vivant : les mères seront remplacées par leurs filles, la boucle sera bouclée avec l’arrivée des enfants de mes enfants. Moralité : les mères grands seront mangées. »

Dira-t-on que faute d’être assez cruche pour permettre à l’autre femme d’être une femme autre, il y a ravage lorsque les mères ou les grands-mères ne se laissent pas manger ?