Nous les FEMMES ….

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C’est à peu près à la même époque que l’homme est la femme sont entrés en scène. Avec malgré tout, une légère avance pour l’homme. Dieu, en inventant Adam le premier, avait-il une idée derrière la tête ?

  • Si l’homme a été crée avant la femme c’était pour lui permettre de placer quelques mots prétend Jules Renard.
  • Paul Valéry avance une autre explication : Dieu créa l’homme et, ne le trouvant pas assez seul, il lui donna une compagne pour lui faire mieux sentir sa solitude !

Peut-être l’arrivée plus tardive de la femme suffit-elle à expliquer la situation inférieure qui fut la sienne tout au long de l’histoire ?

  • La femme est, selon la bible, la dernière chose que Dieu a faite. Il a dû la faire le samedi soir. On sent la fatigue. ( Alexandre Dumas Fils).

A moins que le peu de considération réservé à la femme ne s’explique que par le prosaïsme qui présida à sa naissance, il faut avouer que, naître de la soustraction d’une côtelette première, n’est pas ce qui s’appelle une opération …de prestige !

  • La femme est le produit d’un os surnuméraire a dit Bossuet.

Dès l’Antiquité, les voix les plus autorisées se sont accordées sur le rôle éminemment néfaste de la femme.

  • Il y a un principe bon qui a crée l’ordre, la lumière et l’homme. Il y a un principe mauvais qui a crée le chaos, les ténèbres et la femme (Pythagore)
  • Il n’est rien de pire dans le monde qu’une femme, si ce n’est une autre femme (Aristophane) –
  • Avec ces pestes, rien. Rien non plus sans ces pestes ( le même qui persiste et signe)

Sans doute pourra-t-on prétendre ces opinions sujettes à caution dans la mesure où elles émanent de Grecs Hélas ! même lorsque l’amour eut retrouvé le sens commun et les femmes leur pouvoir, on continua d’écrire sur elles bien des phrases méchantes.

  • Homme tu es le maître, la femme est ton esclave : C’est Dieu qui l’a voulu ainsi ( décide Saint Augustin)
  • Animal ridicule et suave écrit Erasme.

♦ Et  je  pourrais ainsi pendant des pages et des pages, accumuler les pensées et maximes, – toutes écrites par des hommes, bien sûr ! – dirigées contre la femme accusée d’infidélité, de débilité intellectuelle, de coquetterie, de bavardage,  etc. Au moins pourrait-on croire que, lorsque les femmes prendraient la parole ou la plume, ce serait pour plaider la cause de leur sexe si injustement calomnié. Vous n’y êtes pas !

Duclos a bien raison d’écrire que :

  • Quelque mal qu’un homme puisse penser des femmes, il n’y a pas femme qui n’en pense encore bien davantage.

En voici quelques preuves :

  • Je me console d’être femme en songeant que, de la sorte, je n’en épouserai jamais une ( Lady Montagu)
  • Ce qu’une femme appelle avoir raison, c’est n’avoir pas tous les torts (Sophie Arnould)
  • Depuis qu’Ève fit pêcher Adam, toutes les femmes ont pris possession de tourmenter, tuer et damner les hommes ( Marguerite d’Angoulème)

A ces opinions peu flatteuses que des femmes portent sur leur propre sexe, je peux ajouter naturellement celles de la partie adverse :

  • La tête des femmes n’est pas un organe essentiel (Anatole France)
  • La frivolité est encore ce qu’il y a de plus sérieux chez la femme (Henri De Régnier)
  • Les femmes ne suivent pas les mauvais conseils..Elles les précèdent (Abel Hermant)

Cette litanie finirait pas devenir fastidieuse si ne s’élevaient pas quelques voix contraires. Dans l’éternel malentendu qui, depuis l’origine des temps, oppose un sexe à l’autre, les torts ne sont pas tous du même côté, il s’en faut.

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  • Il n’y a que deux belles choses au monde, les femmes et les roses, et que deux bons morceaux, les femmes et les melons ( Malherbe)
  • Les femmes polissent les manières et donnent le sentiment des bienséances, elles sont les vrais précepteurs du bon goût, les instigatrices de tous les dévouements. L’homme qui les chérit est rarement un barbare. (Gabriel Legouvé)

Manifestation féministe à Paris pour le droit de vote des femmes conduite par la militante Séverine, en juillet 1914.

♦ Pendant des siècles et des siècles, la femme fut réduite par l’homme – avec la bénédiction de l’Église et l’appui des lois – au rôle secondaire, censé lui être dévolu depuis la création du monde et pour toute éternité. Tenue en tutelle, comme les mineurs ou les fous, elle devait assumer des fonctions bien définies, celles de la reproduction, de l’éducation des petits ainsi que l’économie domestique. Dans des conciles ecclésiastiques on discutait le plus sérieusement du monde sur le point de savoir si la femme était dotée d’une âme. C’est sous la révolution et en s’appuyant sur les idées de liberté qu’elle proclame, que va naître le mouvement féministe. A la déclaration des Droits de l’Homme et de la Citoyenne, œuvre d’Olympe de Gouges C’est dans ce texte que se trouve la phrase fameuse :  La femme a le droit de monter à la guillotine. Elle doit avoir également le droit de monter à la tribune.  La pauvre Olympe, qui eut le courage de défendre Louis XVI, montera seulement à la guillotine.

Les Saint-Simoniens et les Fouriéristes firent de l’émancipation féminine l’un des points essentiels de leur programme. Une femme de lettres, Pauline Roland et une femme politique Flora Tristan ( Grand-mère du peintre Gaugin) furent, dans les année 1840, les deux figures marquantes de l’émancipation de la femme dans le cadre du mouvement socialiste. On vit apparaître les premiers clubs féminins et une femme se porter candidate aux élections françaises en 1849. Les grandes idées commencent toujours par concrétiser dans le vocabulaire avant de se matérialiser dans les faits. Le mot de FÉMINISTE apparut pour la première fois en 1860.

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L’histoire de la lutte des femmes pour leur accession à la culture et leur entrée dans les professions jusque-là jalousement réservées aux hommes, a retenu le nom de quelques «pionnières» : 1861 –  Julie Saubie, une institutrice de 40 ans ; première femme bachelière /  1868Madeleine Brès, première femme médecin / 1869 – Melle Doumergue, première femme pharmacienne / 1892 – Jeanne Chauvin, première femme à obtenir un doctorat en droit / 1906 – Marie Curie, première femme professeur titulaire de la chaire de physique à la Sorbonne / 1912 – Edmée Chaudon , première femme astronome officielle / 1931 – première femme vétérinaire / 1932 – Suzanne Borel (la future Mme Georges Bidault) première femme Conseiller d’ambassade / 1935 – Mme Montvert, première femme agent de police / 1969 – Ouverture des Grandes Écoles aux femmes / 1973 – Anne Chopinet, Afficher l'image d'originemajor de sa promotion à Polytechnique défilera en tête de l’école, le 14 juillet sur les Champs Élysées.

♦ En 1906, on comptait 3 millions de femmes au travail dont un million étaient agricultrices et 800 000 domestiques. En 1983 , 9 350 000 femmes ont un métier ce qui représente 40.7% de la population active. 8% d’entre elles sont agricultrices et 69.8% font partie du secteur tertiaire.

♦ Aujourd’hui, si l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes n’est pas encore aussi achevée qu’une simple justice l’exigerait, on peut dire qu’elle est en bonne voie de se réaliser.

Mais qu’en est-il de l’égalité entre les sexes ?

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Les inégalités entre les femmes et les hommes se réduisent en matière d’éducation, mais on est encore loin d’atteindre l’égalité ! Les femmes sont à nouveau davantage au chômage – Il existe Des inégalités de salaire persistantes avec les hommesLe temps partiel subi est essentiellement féminin – Que les femmes aient ou non un emploi, elles sont toujours les « championnes » du travail domestique, comparé aux hommes – Il y a davantage de femmes dans la sphère politique mais on est encore loin de l’égalité.

les pouvoirs politique, culturel, médiatique, technologique, financier, militaire et religieux sont toujours principalement entre les mains des hommes. En attendant, le débat sur la mixité à l’école et l’égalité des chances au travail s’inscrit dans une problématique plus vaste : celle de la tolérance. Et si les lois permettent « parfois » d’amorcer des mouvements, les réels changements ne passeront-ils que par une plus large ouverture d’esprit et un respect mutuel…?

Mesdames Le combat  est  donc toujours d’actualité !

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Pourquoi l’être humain aime-t-il autant se mentir à lui-même ?

Si nos erreurs de jugement et d’appréciation n’étaient dues qu’à un excès de confiance en nous, il suffirait de garder cette idée en tête pour que nous nous trompions moins fréquemment. Pourtant, bien que nous nous voyions comme des êtres rationnels,  les psychologues Anthony Pratkanis et Elliot Aronson nous définissent plutôt comme des «animaux rationalisants », c’est à dire dotés d’une tendance à nous convaincre nous-mêmes que nos actions et nos raisonnements ont une justification rationnelle, même quand ça n’est pas le cas. le grand psychologue Leon Festinger est le premier à avoir étudié cette tendance. Il a élaboré dès les années 1950 une théorie appelée la «dissonance cognitive» qui fait toujours autorité.

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C’est un état désagréable, un inconfort, que nous ressentons quand par exemple deux croyances incompatibles coexistent en nous, ou quand nous agissons de manière contraire à notre système de valeurs ou à notre raisonnement. Dans l’ouvrage collectif dirigé par Ewa Drozda-Senkowska, Les pièges du raisonnement, la dissonance cognitive est expliquée très clairement grâce à l’exemple du ticket de bus.

Lorsqu’une personne s’apprête à frauder dans les transports en commun, elle se trouve confrontée à un état de dissonance cognitive si elle pense que les gens honnêtes doivent, eux, payer leur ticket. Elle trouve alors toutes de justifications rationalisantes (pseudo-rationnelles) pour sortir de cet état d’inconfort et na pas être obligée de se percevoir comme une personne malhonnête : le prix du ticket est trop élevé, et en ne payant pas une fois de temps en temps, elle rétablit une forme de «justice» en dépensant globalement moins d’argent pour son trajet quotidien ; ou bien elle se dit qu’en ne resquillant qu’une fois, elle agit plus honnêtement que ceux qui fraudent de façon systématique.

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La dissonance cognitive est un état que nous souhaitons éviter à tout prix, quitte à modifier nos croyances quand ces dernières sont en contradiction avec nos actions, et vice versa. C’est l’histoire du renard de la fable d’Ésope : «Un renard affamé, apercevant des grappes qui pendaient à une vigne, voulut s’en emparer et n’y arriva pas. Il s’éloigna alors et se parlant à lui-même : «C’est du raison vert», dit-il. Tels certains hommes, que leur faiblesse empêche de réussir et qui s’en prennent aux circonstances. Le renard a préféré se persuader que les raisins n’étaient pas pour lui plutôt que d’accepter son incapacité à les attraper. Le cas de L’Australienne Belle Gibson illustre ce phénomène de dissonance cognitive. Cette blogueuse était devenue célèbre en prétendant avoir guéri de son cancer du cerveau grâce à son alimentation. Elle avait ainsi récolté de l’argent et une forte notoriété, mais le 23 avril 2015 elle a avoué dans le magazine Women’s Weekly que son cancer était une invention :

«Je pense simplement que  » dire la vérité  » était la bonne chose à faire. Par-dessus tout, je veux que les gens disent : «C’est bon, elle est humaine», Belle Gibson a donc préféré révéler son imposture.

Pour sortir de cet état de dissonance cognitive, il nous faut toujours justifier nos actions et nos pensées, d’une façon qui nous semble alors parfaitement rationnelle même lorsque ce n’est pas le cas, d’où la difficulté à se remettre en question. Mais une fois cette prise de conscience acquise, y a-t-il d’autres facteurs susceptibles d’influencer notre raisonnement ?

Alfred Korzybski, dans Une carte n’est pas le territoire, nous met en garde contre le fait de confondre notre représentation du monde, c’est-à-dire la façon dont nous le voyons, avec le monde lui-même. Cela a l’air évident, énoncé ainsi, mais c’est une incitation à nous méfier des filtres à travers lesquels nous regardons le monde, l’actualité, sans nous en rendre compte, un peu comme si nous portions en permanence des lunettes, qui seraient nos stéréotypes et nos idées préconçue. Korzybski raconte l’anecdote suivante, devenue célèbre, citée par Christophe Carré : «Une grand-mère et sa jeune et séduisante petite-fille sont, avec un officier roumain et un officier nazi, les seuls occupants d’un compartiment dans un train. Le train traverse le tunnel sombre et la seule chose qu’on entend, c’est le bruit d’un baiser sonore et d’une gifle vigoureuse. Lorsque le train débouche du tunnel, personne ne pipe mot.

mais la grand-mère se dit en elle-même :

 «j’ai quand même bien élevé ma petite-fille. Elle saura se débrouiller dans la vie. Je suis fière d’elle ».

La petite fille quant à elle se dit :

  «Allons, grand-mère est assez âgée pour ne pas s’offusquer d’un petit baiser. D’ailleurs, ces garçons sont gentils. Tout de même, je ne lui savais pas la main si lourde»

L’officier roumain, lui a du mal à contenir son hilarité …En réalité, l’officier roumain par rouerie avait embrassé sa propre main et giflé l’officier nazi, mais chaque personnage de l’histoire a interprété les faits en fonction de sa représentation du monde.

Le préjugé, d’après le Larousse, est un «jugement sur quelqu’un, quelque chose, qui est formé à l’avance selon certains critères personnels et qui oriente en bien ou en mal les dispositions d’esprit à l’égard de cette personne, de cette chose » La société et l’éducation, la publicité, les médias, la fiction contribuent à la création de ces stéréotypes. Pierre Raynaud analyse notamment, dans Arrêter de se faire des films, la façon dont les Français ont tendance à voir la politique de manière binaire, à l’image du clivage gauche-droite. Ce binarisme est selon lui artificiel, puisque la gauche et la droite empruntent régulièrement des idées à leurs opposants – l’actualité le prouve sans cesse -, mais pourtant cette division nous marque à tel point que nous nous demandons toujours de quel côté penchent les centristes : centre gauche ou centre droit ? Ce clivage structure notre pensée de manière si forte qu’il nous est difficile d’envisager les choses autrement.

Notre manque d’objectivité est donc souvent à l’origine de notre incapacité à nous remettre en question.

 

 

La cruelle origine de nos contes de fées (2)

LE CHAT BOTTÉ DÉNONCE LES INJUSTICES DE L’ANCIEN RÉGIME

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A sa mort, un meunier lègue ses biens à ses trois fils : le premier hérite du moulin, le deuxième, de son âne, et le troisième ne reçoit qu’un chat. Mais ce dernier a un don : Il parle. Le félin réclame à son maître des bottes et un sac et lui assure qu’il fera bientôt sa fortune. Se faisant passer pour le chat d’un mystérieux marquis de Carabas, il couvre le roi de cadeaux afin de l’impressionner. C’est que ce dernier a une fille à marier….Le stratagème marche à merveille. Le roi s’intéresse de près à ce faux marquis et désire le rencontrer. Mais le fils du meunier n’a pas de palais. Qu’à cela ne tienne ! La chat se rend au château voisin de l’ogre et le met au défi de se changer en souris. Quand le géant obtempère, le chat le dévore. Et il n’a plus qu’à installer à la place son maître. Le faux marquis de Carabas.Résultat d’images pour marquis de carabas

«Vous avez là un bel héritage», dit le roi quand il le rencontre.

Mission accomplie : le petit meunier épouse la princesse. Happy end !

Cette innocente histoire raconte en fait l’extrême injustice qui régnait autrefois au sein des fratries pour se partager les héritages. Étant le cadet, notre héros est le moins bien loti des trois frères. La raison ? Au cours du XIè siècle, la règle du partage équitable de l’héritage entre enfant laisse progressivement place au droit d’aînesse, qui évite le morcellement du patrimoine familial. Seul l’aîné hérite des biens de ses parents. On exclu les filles, en les dotant à leur mariage, et on oriente les autres garçons vers la religion. Dans une société déjà marquée par la mort et les maladies – un enfant sur deux n’atteint pas 20 ans -, naître cadet est vécu comme une malédiction. Figure du héros désavantagé, le cadet du meunier compense grâce à la ruse de son chat.

CRITIQUE ACERBE DU POIDS DES TRADITIONS sur les destins individuels sous l’Ancien Régime, ce conte est aussi un recueil de conseils pour transcender sa condition. Cadets de tous villages, révoltez-vous !

Le Chat Botté n’est pas la seule histoire à dénoncer les injustices sociales. Résultat d’images pour Cendrillon Cendrillon, malmenée par sa belle-mère,  Résultat d’images pour Le petit poucet  et le Petit Poucet, abandonné par sa marâtre, sont des critiques des familles recomposées. Ceci nous rappelle que les remariages étaient nombreux au moyen Age et dans l’Ancien Régime, en raison de la surmortalité des femmes entre 25 et 40 ans lors des accidents de couche. La nouvelle épouse ne voyait pas forcément d’un bon œil les bouches issues du premier lit à nourrir…

LA BELLE AU BOIS DORMANT : UNE SORDIDE AFFAIRE DE VIOL

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Il était une fois une belle enfant sur laquelle planait une sordide malédiction : à sa naissance, une sorcière lui avait prédit la mort lorsqu’elle serait piquée par un fuseau ou une épine. Heureusement pour elle, une bonne fée atténua son malheur :

«Au lieu d’en mourir, elle tombera seulement dans un profond sommeil qui durera cent ans » écrit Perrault.

C’est ainsi que, blessée le jour de ses 16 ans, la princesse plongea dans l’inertie, jusqu’à ce qu’un prince la délivre d’un baiser ….

Mais, dans le Soleil, la lune et Thalie, extrait du recueil de contes Pentamerone, du poète Giambattista Basile (1634) , le héros qui pénètre dans le château n’a aucune intention de sauver la belle endormie. Il s’agit d’un roi d’âge mûr, déjà marié, qui s’engouffre dans sa couche pour abuser d’elle. Un viol duquel naîtront deux jumeaux. Voyeurisme, viol, adultère…La Belle au bois dormant des origines n’a rien pour plaire aux moins de 18 ans. Et, au XVIIè siècle, lorsque Perrault rédige sa version du conte. L’héroïne a aussi de quoi chiffonner la très tatillonne Église de France.

CETTE JEUNE VIERGE INNOCENTE est en fait une sorte de jumelle profane de la Sainte-Marie des Évangiles. La Belle au Bois dormant, inconsciente et féconde, emprunte beaucoup à la Vierge Marie, capable de concevoir et de mettre au monde sans plaisir ni péché. Une femme parfaite aux yeux des chrétiens. Or dans le conte, celui qui féconde la princesse n’est pas un esprit saint, mais un vieux roi libidineux. Dans une France en proie aux conflits religieux, marquée par un raidissement des catholiques face à la montée en puissance du protestantisme, ce type d’ambiguïté n’est plus toléré. Exit le viol, qui est donc remplacé par un chaste baiser. Résultat d’images pour la belle au bois dormant

LA CRUELLE ORIGINE DE NOS CONTES DE FÉES (1)

Souillon devenue reine, enfants abandonnés terrassant les sorcières, princesses sauvées par d’aimables marraines…

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Les contes «de fées» ont illuminé notre enfance. Pourtant, au départ, ces histoires sont souvent beaucoup plus crues. Comme celle de la jolie Boucle d’or qui termine déchiquetée par les trois ours pour avoir été trop curieuse. Ou celle de la petite sirène qui meurt dissoute dans l’écume pendant que son amoureux en épouse une autre. Qu’on se le dise, les contes sont cruels. Comme la vie ! Pas très étonnant, car, à l’origine, ils ne servent pas à endormir les enfants, mais à éduquer le peuple. Dans l’Europe du XIIIè siècle, dominicains et franciscains agrémentent leurs prêches de ces histoires populaires afin de guider les fidèles sur la bonne voie. Un objectif : capter l’attention du public à grand renfort de scènes de cannibalisme, de belles-mères cupides, d’enfants éviscérés et de viols en tout genre.

Je vous préviens, c’est sanglant.

LE PETIT CHAPERON ROUGE : UNE AFFREUSE ADO CANNIBALE !

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C’est l’histoire d’une fillette aussi ingénue que jolie qui doit remettre un panier à sa grand-mère habitant de l’autre côté de la forêt. Dans les bois, elle croise le loup à qui elle révèle sa destination. Le rusé arrive avant elle chez mère-grand et la dévore toute crue. Puis il enfile les vêtements de la défunte et prend sa place dans le lit. La fillette arrive et se fait elle aussi manger. Heureusement un chasseur arrive et délivre les femmes, racontent les frères Grimm au début du XIXè siècle . «Oh, là, là quelle peur j’ai eue !», s’écrie l’héroïne . Ouf ! depuis notre enfance , le sens de cette histoire paraît limpide : C’est évidemment une parabole qui invite les filles (« belles, bien faites et gentilles ». précise Perrault) à se méfier des prédateurs sexuels. Haro sur les hommes et leur libido débordante ! Ah oui ? Pourtant, il se pourrait bien que la fillette ne soit pas un ange…Mais un monstre cannibale.

Pour le démontrer, l’ethnologue Yvonne Verdier s’est penchée sur des versions recueillies à la fin du XIXè siècle dans le bassin de la loire, le Nivernais, le Forez, le Vellay ou dans la partie nord des Alpes. Des récits plus proches de la version d’origine que ceux de Perrault et de Grimm.

Attention, c’est barbare ! Pour les Tyroliens, pendant que la petite se promène dans les bois, le loup saigne l’aïeule, met son sang dans une bouteille et réserve la chair dans un récipient qu’il range dans le placard. Il pend les intestins de la vieille à la porte, à la place du cordon sur lequel tire la fillette. «Oh ! Petite grand-mère, comme cette chose là est molle !» s’étonne l’héroïne. A son arrivée dans la maison, l’ingénue se dit affamée. Le loup déguisé et grimé, lui propose de manger et de boire. La petite se jette sur la bouteille et les restes de sa grand-mère ! Le pire, c’est qu’elle ne peut l’ignorer longtemps, puisqu’une voix venue d’outre tombe lui souffle : «Tu manges de ma titine, ma fille !» (« titine » signifiant tétons) «Fricon, fricasse, le sang de ta grantasse ! » Fricasser, c’est faire cuire dans son jus, soit, ici, faire mijoter une vieille femme dans son sang.

MAIS LA FAUSSE INGÉNUE est aussi nymphomane ! Après ce festin macabre, le loup la convie à se déshabiller. Dans un long strip-tease, elle le questionne pour chaque vêtement, s’attirant toujours la même réponse.  «Ou faut-il mettre son tablier ? « Jette-le au feu, tu n’en as plus besoin» , répond-il . Dans le lit, le petit chaperon détaille avec surprise l’anatomie de l’animal. «Ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes.» «C’est pour mieux courir mon enfant » jusqu’au fameux «Ma mère-grand que vous avez de grandes dents » «C’est pour mieux te manger !» Ni une ni deux : l’héroïne sort du lit, prétextant une envie pressante, et échappe au grand méchant loup.

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«Le monstre dans l’affaire ce serait plutôt la petite fille : le loup, lui, ne fait que son métier de loup, quant à la grand-mère, elle serait la principale victime de l’aventure » , analyse Yvonne Verdier.

Alors, quel est le message réel du conte ?

Si l’on se souvient que faire la cuisine est la métaphore du pouvoir de procréer, on voit que la petite fille va brûler ici les étapes. Il s’agit en quelque sorte d’une identification par incorporation au féminin maternel et dans le conte, « c’est très souvent la mère qui joue le rôle de la grand-mère et qui est mangée »

Le conte reprend trois temps où se joue le devenir féminin : puberté, maternité, ménopause, trois temps qui correspondent à trois classes généalogiques : jeune fille, mère, grand-mère.

Ainsi, conclut l’anthropologue Yvonne Verdier : « Ce que nous dit le conte, c’est la nécessité des transformations biologiques féminines qui aboutissent à l’élimination des vieilles par les jeunes mais de leur vivant : les mères seront remplacées par leurs filles, la boucle sera bouclée avec l’arrivée des enfants de mes enfants. Moralité : les mères grands seront mangées. »

Dira-t-on que faute d’être assez cruche pour permettre à l’autre femme d’être une femme autre, il y a ravage lorsque les mères ou les grands-mères ne se laissent pas manger ?