Victor Lustig, l’homme qui vend la Tour Eiffel et escroque Al Capone ..(4)

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Et le comte Lustig, bien mis, respectable adjudicateur avec rosette à la boutonnière, parle. Il parle longuement, mais juste ce qu’il faut. pas plus. C’est qu’il sait doser ses effets, l’animal. Il sait que dans ce genre d’affaire la moindre faute, la moindre erreur de jugement peut être fatale. Poisson, sa victime, a les ouïes aux aguets. Il flairerait le plus petit piège. Mais sa méfiance s’endort bientôt. Lustig est le roi de l’embrouille. Son métier, il le connaît sur le bout des doigts. 

La fin de sa péroraison vaut son pesant de cacahuètes : «Ce que je vais vous dire maintenant est pour l’heure encore un secret. Seuls la société d’exploitation, la Ville de Paris et le président de la République bien évidemment sont au fait…..Si cela s’apprend, il y aura aussitôt une levée de boucliers….». Un long silence. Tout ce beau monde se jauge. On sait que le meilleur est encore à venir. La lettre certes mentionne le «meilleur» mais on n’ose y croire. Lustig prend sa voix la plus neutre, la plus naturelle et annonce froidement : «Il s’agit de vendre la tour Eiffel, messieurs ! ».

Lustig ne les laisse pas souffler. Les autres gardent contenance, mais on imagine quel chambardement intérieur les agite. 

«Eh oui, messieurs, vous avez lu les journaux, le coût des réparations…Ce n’est plus possible, je suis sûr que vous comprenez. Et puis, ce n’est pas un sacrilège. Vous savez comme moi que la Tour n’a pas que des partisans. Nombreux sont ceux qui, depuis le grand Maupassant, l’ont dans le nez, si vous me passez l’expression. Il n’y a pas que les touristes gâteux en ce bas monde ; les Parisiens, eux, pour beaucoup en tout cas, n’en sont pas fanas…Bon ! Dépassions maintenant ce débat. Rentrons dans le vif du sujet. La Tour Eiffel, c’est 300 mètres de haut, 15 000 poutres de fer, 2 500 000 rivets….7 000 tonnes de fer, messieurs….Je dis bien 7 000 tonnes!»

Soudain, parmi les cinq candidats, il en est un qui oublie le scandale inévitable, les articles de presse : 7 000 tonnes de ferraille à récupérer ! Il est redevenu ce qu’il est : un homme d’affaires. Et un homme d’affaires, ça fait des affaires. Désormais, les cinq ferrailleurs, dont les quatre hommes de paille, sont en ordre de bataille. Chacun pour soi et Dieu pour tous ! 

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Victor lève la séance. Il attend les offres sous pli scellé dans cinq jours. Ici même au Crillon. Aucun délai ne sera toléré. Il s’agit d’une chose sérieuse, que diable ! A peine les cinq compères ont-ils levé l’ancre que Dan le Dandy, resté seul avec le «maître», ne peut réprimer un sifflement admiratif. Mais Lustig le refroidit aussitôt : «Il n’est pas encore complètement ferré, mon cher» 

  • Et s’il s’avisait de faire sa petite enquête ? ajoute Dan.
  • Il n’en fera rien. Il a trop peur de perdre l’affaire.

Les offres arrivent, comme il faut s’y attendre, en temps et en heure. Et, le lendemain, M.André Poisson reçoit un pli cacheté qu’il ouvre avec fébrilité. C’est lui, oui, c’est bien lui qui est retenu ! Pour réunir les fonds, il demande quelques jours de répit – le temps nécessaire pour hypothéquer sa belle villa. Délai accordé bien sûr ! Les jours s’écoulent. La veille du jour dit, Poisson reçoit un coup de fil. C’est le Dandy. «On vous attend demain à telle heure avec le chèque certifié, cher monsieur…

  • Pas de problème répond Poisson.

Lustig, ce matin-là, l’accueille avec chaleur : « bravo, bravo, cher monsieur, vous avez emporté le gros lot ! Vous avez le chèque ? 

  • Bien sûr…Et vous,  vous avez le contrat ? 
  • Naturellement..

Le comte décoche une oeillade au Dandy. Celui-ci comprend au quart de tour et s’éclipse discrètement. «Ah, maintenant que nous voilà seuls, monsieur Poisson, avez-vous….? » Poisson prend l’air idiot, fait mine de ne pas comprendre.

  • Plaît-il ? 
  • Mais oui, vous êtes dans les affaires ….Un vieux de la vieille, monsieur Poisson….Vous connaissez bien les usages…

La large face rubiconde de Poisson s’éclaire d’un sourire entendu. «Ah, le pot-de-vin …

  • Pas de gros mots, monsieur Poisson …Le «dessous-de-table», s’il vous plaît ! 
  • Je pensais cher monsieur, qu’il fallait appeler un chat un chat ! Et Poisson, l’air fat, de sortir de sa poche une grosse liasse de billets : «Je connais les usages, cher monsieur».

Le lendemain, Lustig et le Dandy sirotent un rhum de la Martinique dans un charmant café de Vienne, entourés de jolies femmes. Un mois plus tard, ils sont toujours là, à faire la fête. De Paris, aucune nouvelle. Un jour, comme il remarque un soupçon d’inquiétude dans la voix du Dandy, Lustig éclate de rire : «De nouvelles ? Il n’y en aura pas….Poisson, quand il s’est rendu compte qu’il avait été à ce point berné, a eu honte….Il est rentré dans sa coquille. Le pire pour lui est que la chose se sache. Cet homme, qui est un parvenu, possède un sens aigu du ridicule. Il sait que celui-ci peut tuer…Il va se taire, crois-moi ! ….Bon, ça fait un bon bout de temps qu’on traîne à Vienne…Si on repartait ? Qu’en penses-tu ? 

  • Oui, volontiers ! Pour où ? 
  • Mais pour Paris, parbleu ! Tu ne sais pas que la tour Eiffel est à vendre? dit Lustig en éclatant d’un rire tonitruant. 
  • Mais, mais….vous l’avez déjà vendue § 
  • Soit, mais puisque Poisson a laissé tomber, elle est donc toujours à nous! 

Lustig et Dan le Dandy vendront donc une seconde fois la tour Eiffel. Mais cette fois, leur victime fera un tel ramdam qu’il devront boucler leurs valises à la hâte et remettre le cap vers les États-Unis, où de juteuses affaires, comme toujours les attendent. 

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Chicago

Après avoir plumé quelques autres pigeons en Floride, dans cette ville de Palm Beach qui regorge de nouveaux riches de l’industrie américaine – proies que notre Victor, fort de son instinct de prédateur, flaire de loin – Il jette son dévolu sur Chicago, la nouvelle «capitale du crime» de l’entre-deux-guerres. On se souvient que Victor a toujours été fasciné par les grands truands, ces aristocrates du capitalisme à son apogée. Il les craint, car il n’aime ni la violence ni le sang. Alors pourquoi, en cette année 1926, dirige-t-il ses pas vers l’endroit le plus dangereux qui soit : Chicago ? C’est qu’il s’est mis dans la tête, franchissant un échelon qui risque de lui coûter la vie, de plumer AL CAPONE en personne…..

Dans les années 1920, la prohibition a favorisé l’ascension de truands jusqu’à des hauteurs restées inégalées. La morale évidemment n’y trouve pas son compte, pas plus que la pitié : 

 

Que le meilleur gagne ! Telle est la devise favorite des voyous.

À l’origine, le meilleur est un certain Johnny Torrio, un truand petit et contrefait mais très grand par la méchanceté. Il est flanqué d’un lieutenant court sur pattes et ventru, encore plus méchant que lui, nommé Al Capone : 

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L’ascension de ce Torrio est exemplaire. Un beau jour, il trouve que la gestion des affaires sous la prohibition est une pétaudière, et il veut y mettre un peu d’ordre. Il réunit les barons de la pègre, et ceux-ci fument la calumet de la paix en saucissonnant la ville de Chicago en districts du crime. 

Tous enterrent  la hache de guerre, sauf un, un Irlandais du nom d’O’Donnell. Ce qui ne plaît pas à Torrio : les cinq frères O’Donnell y laisseront leur peau. Là-dessus, un autre de ces insupportables Irlandais, un certain Dion O’Banion, relève le gant et se met à chercher noise à Torrio. Ce qui ne lui porte pas chance, puisqu’il se retrouve un beau matin allongé, criblé de plomb, sur un tapis de jonquilles et de myosotis qu’il vient d’acheter à son fleuriste favori. L’enterrement d’O’Banion sent la poudre, et Torrio, le commanditaire de l’assassinat, commence à avoir des vapeurs. Victime d’une jaunisse, il préfère en rester là et prendre sa retraite. 

Al Capone ramasse alors le flambeau. Ce n’est pas un tendre, Capone. Désormais on flingue à tout va dans Chicago, et le petit sicilien rondouillard devient le mandarin du «syndicat du crime». Il règne en maître sur Chicago, et lui, au moins, n’est pas un gagne petit. Les filles de joie, les drogués, les buveurs clandestins, tout ce petit monde lui rapporte bon an mal an quelque 100 millions de dollars. Même s’il arrose les politicards et les flics corrompus à hauteur de 30 millions, il lui reste tout de même de quoi mener une vie de nabab. 

Lustig admire Capone. Lui peut escroquer le monde entier, mais, le plus riche c’est Capone.

Pourtant, Capone est aussi un nouveau riche à sa manière. Alors…Lustig Résultat de recherche d'images pour "victor Lustig" a beau avoir la trouille, il ne peut résister à cette envie irrésistible d’escroquer le dieu de la pègre. Pour l’amour de la compétition, sans doute : quand on a déjà ratissé tout ce qui peut l’être, reste le sport ! Escroquer Al Capone s’apparente à un combat de boxe. Lustig va devoir esquiver un certain punch s’il veut survive. 

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Voilà le comte escroc devant le Hawthorne Inn de Chicago, hôtel de luxe flamboyant dont deux étages sont loués à l’année par Al Capone. De là, le Sicilien parvenu gouverne le monde du crime d’une poigne de fer. 

Lustig, s’attarde, contemple le territoire qu’il vient de se choisir. À force de jouer au badaud, privilège lui est donné d’assister à une incroyable mise en scène : celle de la sortie du truand. 

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Al Capone, chapeau rabaissé sur l’oeil droit, s’engouffre dans une énorme limousine, flanqué de porte-flingues armés jusqu’aux dents. Un spectacle ! 

À force de traînasser devant le Hawthorne Inn, les molosses à mitraillettes qui gardent l’entrée de l’hôtel finissent pas connaître son visage. Que fait ce type ? Ils lui posent la question avec brutalité, comme on s’adresse à l’importun qu’on veut dégager :  «Que voulez-vous ?»

  • Je veux voir M.Capone
  • Pour quoi faire ? 
  • C’est secret….Dites-lui que le comte Lustig désire le rencontrer

Le «comte»….Il est évident que ces gens n’ont jamais vu d’aristocrate de leur vie. Ils sont troublés. D’autant plus que le bonhomme n’a pas l’air de porter de la dynamite sur lui.

Alors, on s’en réfère au boss, via son inévitable bras droit John Scalise – Le bras gauche étant Franck Nitti, le tueur numéro un de Capone

Scalise est le gars qui a descendu O’Banion ; autant dire que ce n’est pas un tendre. Lustig continue d’affirmer qu’il doit voir le boss et que lui seul saura pourquoi.  Scalise, pour un peu, le giflerait. Il se retient. Il le fait fouiller au corps. Rien. Pas le moindre flingue. Al Capone décidera lui-même ce qu’il faut en faire. Peut-être, se dit Scalise, que ce comte en est vraiment un et que ça fera plaisir au patron de recevoir un authentique aristocrate. On sait qu’il aime fréquenter les grands de ce monde. Quelques minutes s’écoulent….interminables. 

Enfin, la réponse tombe : C’est OK, Al Capone recevra le comte Lustig dans deux jours, à telle heure ! 

Al Capone reçoit Victor Lustig le jour dit. Dans le bureau – immense – du boss des boss de la mafia. 

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Celui-ci est installé dans un fauteuil de cuir qui ressemble à une barque ; il regarde son visiteur de ses petits yeux fureteurs. Nul doute qu’il veut percer à jour ce que l’aristo guindé à la fine moustache a dans le coffre. Il le scrute attentivement. Le silence est pesant. Il ne faut pas longtemps à Lustig Résultat de recherche d'images pour "victor lustig" pour comprendre que le type qui se tient là en face de lui ne lui fera pas de cadeau. Le bonhomme n’a aucun sentiment. L’amitié, l’amour, ce sont pour lui les mots d’une langue étrangère – comme pour Lustig d’ailleurs. Ils sont l’ai si différents : l’un bedonnant, étalant ses bagouses ; l’autre, mince comme un fil, avec son chic discret. Et pourtant ils sont semblables : ils ne connaissent ni remords ni pitié. L’un est plus sanglant que l’autre, voilà toute la différence ! 

  • Lustig…C’est pas italien, ça ! lance le boss. 
  • Mince ça commence mal ! se dit Lustig…Il y a peu de chances que l’autre me prenne pour un frère.
  • Que puis-je pour vous, M. le Comte ? dit le gros d’une voix soudain radoucie. 
  • J’ai une proposition à vous faire, rétorque Lustig avec un fin sourire.
  • Une proposition ? raconte….Combien pour vous ? et combien pour moi ? 
  • Cinquante mille dollars, et, en deux mois, je double le capital

Le boss des boss tire du tiroir de son bureau une liasse obèse et compte de ses doigts manucurés : 

  • Voilà 50 000. Et comte, c’est du sérieux….On ne plaisante pas avec moi, si vous voyez ce que ça veut dire. 

Lustig a compris : cela signifie qu’en cas d’entourloupe il ira nourrir, garni de plomb, les poissons du lac Michigan : 

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Lustig ne peut réprimer un frisson. Inutile d’essayer de s’enfuir avec le magot. Il a deux mois, pas un jour de plus, pour le faire fructifier. Sinon, gare à lui….

Un mois plus tard, voici notre Lustig traînant dans les bistrots de Chicago. Il a toutes les chances d’être reconnu par les porte-flingues. Justement, en voilà un qui s’approche :

  • Le boss a demandé après vous….dit le molosse.
  • OK, répond Lustig.

Mais il ne se rend pas à l’invitation. Pas tout de suite, il fait lambiner l’affaire. À son habitude, il veut pousser à bout le truand, nourrir ses soupçons. C’est une guerre. Une guerre psychologique. Et, à ce jeu, Victor sait qu’il a toutes ses chances. La fièvre monte au long des jours suivants. Maintenant, c’est Nitti qui le cherche, lui, Lustig

Voilà qui ne sent pas bon. Quand Nitti cherche quelqu’un, ce n’est généralement pas pour lui offrir des roses… Il est temps. 

Lustig fonce au Hawthorne, demande à voir Capone. 

Même procédure : fouille au corps, interrogatoire en règle, etc. Voilà notre cher Victor dans le bureau du monstre. Il sait qu’il va lui falloir la jouer fine. il risque sa peau, tout simplement. Lentement, en réprimant un tremblement de la main, il sort 50 000 dollars de sa poche et les pose sur le bureau de Capone. Celui-ci fait la moue : 

  • Je crois que tu as essayé de me couillonner ! J’aime pas ça …..
  • Non, j’ai tout tenté ; j’ai pas réussi….Les intermédiaires se sont fait porter pâles ; j’espère qu’on aura à nouveau l’occasion de travailler ensemble, monsieur Capone.
  • Tu es raide ? lui dit soudain le boss.

À ces mots de Capone, Lustig sait qu’il a gagné. Il ne répond rien. Capone sort 5 000 dollars de son tiroir : «Tiens….»

Ce jour là, Victor Lustig songe qu’il n’a pas escroqué Al Capone, il a tout de même soutiré 5000 dollars au roi des gangsters. Personne dans tous les États-Unis ne peut en dire autant…

Victor enchaînera encore longtemps les prouesses. À la fin de ses jours, il cumulera vingt-quatre identités différentes. Il aura été arrêté quarante-sept-fois sans être jamais condamné – mais la quarante-huitième lui es fatale : il tombe pour une peccadille et est envoyé à Alcatraz, où il retrouve quelques vieux potes.

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Al Capone y purge une peine de douze ans ; il est employé à la blanchisserie. 

Au bout de dix ans sur le rocher, un AVC met le «comte» Lustig dans un piteux état. Une pneumonie l’achève.

Nous sommes le 9 mars 1947. Sur son certificat de décès, une mention à l’emplacement de la rubrique «profession» est écrit : Apprenti commis voyageur.

C‘est sur cette ultime pirouette que s’achève une vie à nulle autre pareille. 

VICTOR LUSTIG, l’homme qui vend la TOUR EIFFEL est escroque AL CAPONE. (2)

Victor Lustig, vient de rencontrer le banquier Tormut Green, auquel il s’est présenté comme le comte Victor Lustig, un réfugié venu d’Europe, à ce qu’il lui  raconte…

Résultat de recherche d'images pour "Victor lustig"Victor Lustig, parle bien, avec une classe, un don de persuasion proprement irrésistibles ! Issu d’une vieille famille qui remonterait aux croisades, il possédait terres et château dans le Tyrol lorsque soudain, patatras ! À l’annonce de la défaite autrichienne, ses paysans se sont révoltés, se sont emparés de tout, terres et château, et ont chassé les maîtres ! Une histoire à dormir debout…Quel gogo peut gober pareilles balivernes ? Mais Lustig n’est pas un conteur ordinaire. C’est un acteur. Et un acteur prodigieux, capable de faire prendre des vessies pour des lanternes. 

L’autre, le banquier,  écoute. 

Je suis un sans-abri…Je n’ai plus rien. Je voudrais refaire ma vie ici, aux États-Unis, poursuit Lustig. 

  • Soit, mais que puis-je fait pour vous ? lui demande Green, un tantinet embarrassé. 
  • Je veux acheter une ferme, lui répond Lustig.

Green regarde fixement l’individu sans lâcher un mot. Le bonhomme ressemble furieusement à quelqu’un qui dit la vérité. Un type, un émigrant qui vient aux États-Unis acheter une ferme, pourquoi pas ? 

  • J’ai un peu regardé alentour. On m’a parlé de la ferme Marsten. Vous la connaissez ? poursuit notre escroc.
  • Si je la connais ! C’est même ma banque qui en est devenue propriétaire. 
  • Est-elle chère, monsieur ? s’enquiert Lustig, un brin d’inquiétude dans la voix.
  • Chère ….non. Elle est disons, au juste prix ! 

Green a de la peine à cacher sa satisfaction. Hier encore, il s’arrachait les cheveux en pensant à cette ruine dont personne ne voulait, et voilà qu’aujourd’hui un aristocrate déplumé veut l’acquérir. Green songe que la vie ménage décidément de satanées surprises. Précisément, il n’est pas au bout de celles-ci. Voici que l’autre lui dit : «cher monsieur Green, je n’ai pas grand-chose. Juste le produit de la vente des bijoux de famille….Tenez, voici…» Et Victor de sortir de son cartable une enveloppe. Il l’ouvre. «Voici 25 000 dollars, monsieur Green…Est-ce que ça suffira ? ». Décidément, ces aristocrates sont des gogos. Pas un de ces fins de race qui ait les pieds sur terre. 25 000 dollars ? Cette ruine en vaut trois fois moins ! Mais puisque l’autre en offre 25 000, va pour 25 000 ! «C’est OK, monsieur Lustig !». 

Reste à accomplir une formalité délicate : la visite. Quand le comte va voir la ruine, il est probable qu’il prenne les jambes à son cou. Eh bien, pas du tout ! Lustig semble satisfait. «Au boulot», dit-il en serrant la main du banquier. 

  • À propos, monsieur Green, je compte sur vous pour m’apporter les papiers demain à mon hôtel, n’est-ce pas ? 
  • Bien sûr, monsieur Lustig ! 

Il sont sur le point de se séparer quand, soudain, Lustig semble hésiter. Il aurait une dernière requête à formuler. Il lâche le morceau : 

  • Voilà, monsieur Green, j’aurais besoin d’un petit capital pour commencer….Il y a, vous l’aurez remarqué, des travaux à faire. J’ai encore 25 000 dollars de bons, vous savez ! Pourriez-vous me les échanger ? 
  • Bien entendu ! lui répond Green avec un large sourire.

Marché conclu. Le lendemain, Green est dans la chambre du Lustig.

  • Voilà le titre de propriété, monsieur Lustig ! entame le banquier. Et là-dedans, j’ai vos 25 000 dollars en argent ; vous avez vos bons ? 
  • Bien sûr, reprend Lustig, les voici. 

Et il extrait d’un tiroir une enveloppe contenant une liasse de bons. «Mais avant de conclure l’affaire, trinquons, cher monsieur…. Une bonne affaire mérite un bon verre !» Un verre, puis deux, trois….Au bout du dixième verre, Green, complètement saoul, prend l’enveloppe que lui tend Lustig, lui donne les titres de propriété et les 25 000 dollars en liquide et s’en va en titubant. Au bureau, il s’effondre dans son fauteuil et examine le contenu de l’enveloppe, tout joyeux. Il manque soudain de se trouver mal : l’enveloppe ne contient que de vieux journaux au lieu de 50 000 dollars espérés. Il fonce à l’hôtel. La chambre est vide. L’oiseau s’est envolé. 


L’honorable Mr Green lance une meute de détectives à ses trousses, qui retrouvent le fameux comte Lustig dans une chambre d’hôtel de New York. Victor ne se cache pas le moins du monde.

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Comme tous les grands escrocs, il sait que rares sont les victimes qui veulent étaler leur infortune à la une : peur du scandale, du ridicule…les deux peut-être. Quoi qu’il en soit, l’animal étant coincé, on lui passe les menottes. Direction : Salina et le Kansas ! Ils sont cinq à l’escorter : quatre flics et l’avocat du banquier floué. 

Le voyage est long de New-York jusqu’au Kansas. Alors, Lustig parle tranquillement à l’avocat. Et ce faisant, il jauge sa personnalité : un type bien, droit, mais très conformiste. Un de ces bonhommes qui n’aiment ni les histoires ni les embrouilles. 

  • Ça va bouger, à Salina, n’est-ce pas, cher monsieur ? hasarde-t-il 
  • Sans aucun doute ….répond l’autre 
  • C’est pas joli, un escroc, j’en conviens. Un escroc, ça exploite les bas-fonds de l’âme humaine, reprend le « comte ».

L’avocat ne comprend pas bien où Lustig veut en venir, et il réprime une furieuse envie de hausser les épaules. Voilà que les escrocs se piquent d’être philosophes, songe-t-il ! 

  • Ah, les bas instincts de ces banquiers…poursuit énigmatiquement Lustig en lissant sa moustache. 

L’autre comprend d’un coup : Green a vendu à Lustig 25 000 dollars une ferme pourrie qui en valait 10 000 ! Pas honnête pour deux sous, le banquier! 

  • Je crains le pire pour la banque, renchérit soudain l’escroc.
  • Et pourquoi ? 
  • Se faire taper avec de vieux papiers journaux ! C’est pas bon pour un banquier ! La confiance des clients va ficher le camp ! C’est là hélas plus que probable ! 

L’avocat a compris au quart de tour. Il prend le téléphone et appelle Green. Lustig ? Monsieur Green, on a tout intérêt à le laisse filer. On étouffe l’affaire, et par-dessus le marché il promet de rembourser. Il s’y engage même par écrit. Green renâcle un peu. C’est tout de même un escroc ! Le banquier pèse le pour et le contre des heures durant. Puis il tranche : «OK…On le laisse filer !». La couleuvre est difficile à avaler, mais le scandale serait bien pire ! 

Ce qu’il ne sait pas, le bon Mr Green – et que Lustig, lui, sait -, c’est que les histoires finissent toujours pas remonter à la surface. Les rumeurs courent vite. Peut-on empêcher les rumeurs ? Sans doute pas….Et, un beau jour, cette histoire fâcheuse revient à Mr Green comme un boomerang. Les clients de la banque commencent alors à lâcher le banquier gogo. Comment garder sa confiance à une buse qui se fait croquer par un aigrefin, surtout quand cette buse est un banquier ? Lustig n’a évidemment pas remboursé les 25 000 dollars.

A suivre……

VICTOR LUSTIG, L’homme qui vend la TOUR EIFFEL et escroque AL CAPONE. (1)

1890. La petite ville d’Hostiné, de l’Empire austro-hongrois. Un bébé vient au monde dans une famille de la bonne bonne bourgeoisie locale, ou on a l’habitude de travailler hardiment et de se battre pour conquérir les positions sociales. C’est ainsi que s’est conduit papa Lustig, devenu à la force du poignet le maire de sa ville. 

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Le petit Victor grandit entre des parents aimants, et le moins qu’on puisse dire, c’est que ses principes sont bien différents de ceux de son géniteur : Victor conçoit d’emblée un mépris souverain pour le travail. Il se tourne les pouces en classe. Cependant, il compense sa paresse naturelle par une intelligence très fine et une imagination hors pair. Ses dons sont évidents : charmeur et polyglotte, il parle bientôt couramment cinq langues – le tchèque, l’allemand, l’anglais, le français et l’italien, et ne tarde pas à se lancer à la conquête de Paris. Il n’a pas encore vingt ans. Dans la ville lumière, il s’éprend de la bohème, des voyous, des joueurs et des femmes faciles. Il se frotte au milieu – d’un peu trop près, semble-t-il : il lui en coûte une balafre qui lui court de l’oeil à l’oreille gauches. C’est le prix à payer pour avoir courtisé d’un peu trop près la dulcinée d’un truand. Lustig a compris la leçon : il ne sera pas bandit, mais escroc. C’est moins dangereux, et ça rapporte tout autant. 

Il a dans sa manche deux armes fatales de l’escroc de génie – ou plutôt trois. Sa séduction et sa grande classe sont irrésistibles. Il voit aussi clair dans la tête de ses interlocuteurs que dans une boule de cristal. Enfin, il est totalement amoral. Autant dire qu’il possède tout le bagage nécessaire pour faire carrière dans le jeu. Bientôt, poker et bridge n’ont plus de secret pour lui. Il lui reste à trouver les dupes. Il les lui faut riches. Très riches. 

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Il ne tarde pas à remarquer que ce genre d’oiseau se pavane alors en cette vieille de Première Guerre Mondiale dans les cabines de première classe des palaces transatlantiques. Et hop ! Le voilà aussitôt au beau milieu d’entre eux, yeux et ouïe grands ouverts pour traquer le pigeon. En quatre ou cinq traversées, il fait son beurre, sans plus …Il n’est pas encore passé, pourrait-on dire, à la vitesse de croisière.

Il lui faut encore s’attacher un bon professeur qui sente d’où vient le vent. Justement, ce « professeur », ce maître qui l’aide à franchir un échelon dans l’Everest de l’escroquerie, « travaille » lui aussi sur les bateaux. Nicky Arnstein Résultat de recherche d'images pour "nicky arnstein" – c’est son nom -, joueur professionnel aux bras longs et aux doigts crochus, n’a pas son pareil pour jongler avec les cartes. Il gagne en trichant, et on n’y voit que du feu. La grande classe. 

Lors d’un de ces crépuscules dorés qui portent aux confidences, penchés sur le bastingage d’un somptueux paquebot, les deux nouveaux amis échangent leurs étranges expériences.

Tout est affaire de psychologie, lui dit Nicky. Le reste n’est rien…Elle seule permet de repérer le pigeon.

  • Ah oui ? commente Lustig Résultat de recherche d'images pour "victor lustig" en lissant sa fine moustache dans un geste familier 
  • Le bon pigeon ? C’est simple ! reprend Nicky. Il est riche, très riche. Dans le style nouveau riche. Ce sont ceux-là les flambeurs. Ces types-là ont déjà tout claqué, en voitures, en maisons, en femmes. C’est là une attitude naturelle quand on a été pauvre. Les vieilles fortunes sont près de leurs sous ; les récentes brûlent tout. Et surtout, elles ont besoin de se mettre en danger ; alors elles jouent ! Reste le point le plus important : le pigeon repéré, comment le ferrer ?
  • En lui proposant une partie, parbleu ! l’interrompt Lustig.
  • Arnstein lui décoche un fin sourire : « Surtout pas ! C’est la faute à ne pas commettre ! C’est au pigeon de proposer. A toi de résister…Si tu résistes, il insiste ! C’est la faiblesse du nouveau riche : il aime commander et, plus encore, il aime persuader !  » Arnstein sait de quoi il parle : il vient de soutirer 30 000 dollars à une buse de banquier en résistant deux jours à ses prières réitérées avant de craquer. Victor n’oubliera jamais la leçon de Nicky.

La guerre oblige le filou à mettre quelque temps ses activités lucratives en sourdine. Soudain, on n’entend plus parler de lui. Mais voilà qu’il pointe le bout de son nez au lendemain de la guerre, durant cette période si propice à tous les aigrefins de la terre : « Les année folles », qui, ne l’oublions pas, sont aussi les « années fric » de l’entre deux-guerres. Le temps de la prohibition et de tous les possibles. Celui des fortunes bâties sur du papier et des chutes vertigineuses, avec son lot de faillites retentissantes et de suicides qui ne le sont pas moins. Le temps des « nouveaux riches », précisément, et des gogos. Des gogos à la pelle.

Le cher Victor se sent d’emblée dans cette époque comme un poisson dans l’eau. Il faut un petit capital pour appâter la buse. Justement, l’ami Nicky, Nicky Arnstein, son « maître » sur les bateaux à vapeur, qui est cul et chemise avec les boss de la pègre de New-York, vient de faire son beurre en dépouillant les commissionnaires des banques pour 5 millions de dollars de bon échangeables. Pourquoi ne pas donner un coup de main au cher ami Victor, son pote joueur ? Avec 25 000 dollars en poche, Victor peut voguer vers son destin : l’hameçonnage d’un gogo….

Le type s’appelle Tormut Green. Il est banquier. Sa banque, l’American Savings Bank, vient de faire saisir une ferme hypothéquée et complètement délabrée dans la petite ville de Salina, dans le Kansas. 

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Une de ces mauvaises affaires dont personne ne voudrait : le bien est invendable. On n’imagine pas un fermier des environs s’intéresser à cette ruine. Et pourtant, ce matin-là, à l’été 1924, Tormut Green tomberait presque à la renverse de son fauteuil : un drôle de bonhomme, là, devant lui, lui tient d’étranges propos. Il se présente comme le comte Victor Lustig, un réfugié venu d’Europe, à ce qu’il raconte….

A suivre ….

LE JOUR DE L’AN, Voeux très pieux ..

En mars, en septembre, en décembre….Il faut attendre 1564 pour que le début de l’année soit fixé au 1er janvier. Quelle que soit la date, la tradition des cadeaux a toujours existé.

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L’année n’a pas toujours commencé le 1er janvier. En 46 av.J.C , Jules César décide de refondre le calendrier romain. Jusqu’à alors, l’année commence en mars, mois de la reprise des activités agricoles et guerrières. Il instaure un nouveau calendrier dit «julien», réglé selon le cours du soleil, comptant douze mois et commençant en janvier : un calendrier qui ressemble beaucoup au nôtre : 

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Sous la république romaine, aux calendes (premier jour du mois) de janvier, les Romains échangent des présents appelés étrennes. Un usage hérité, selon la légende, du règne du roi sabin Tatius, à l’époque de la fondation de Rome. Celui-ci avait l’habitude de recevoir en offrande de la verveine venant du bois sacré de Strenna, la déesse de la santé, d’où le nom d’«étrennes» venu jusqu’à nous. 

Afin de placer le début de l’année sous un bon augure, des cadeaux sont échangés dans toutes les classes de la société romaine. Les amis s’offrent des figues, des dattes et du miel, en se souhaitant une année douce et agréable. 

Résultat de recherche d'images pour "figues"Résultat de recherche d'images pour "dates"Résultat de recherche d'images pour "Miel"

Si, au fil du temps, les présents prennent de la valeur (monnaie d’or et d’argent ou meubles précieux), les Romains les plus modestes se contentent de petits cadeaux proches de nos porte-feuilles et agendas. 

Cette tradition s’institutionnalise et devient une fête solennelle dédiée à Janus Résultat de recherche d'images pour "janus dieu" divinité aux deux visages, qui donne son nom au mois de janvier. La conquête progressive du calendrier par l’église va bouleverser la tradition romaine. 

Dès le concile d’Auxerre en 577, les autorités ecclésiastiques condamnent la pratique des étrennes, jugée diabolique. 

Le début de l’année coïncide, à présent, avec l’événement du calendrier chrétien, considéré comme le plus important par le roi. Si à l’époque des Mérovingiens, l’année commence généralement le 1er mars, Charlemagne  privilégie Noël. Sous son règne, le 25 décembre marque le début du nouvel an. Quant aux Capétiens, ils optent pour Pâques, dont la date varie d’une année sur l’autre.

Il faudra attendre le règne de Charles IX Résultat de recherche d'images pour "charles IX" pour que la nouvelle année commence le 1er janvier. 

En 1564, un édit l’institue officiellement, mais il ne sera appliqué que trois ans plus tard. Par-delà la variation de dates fixant la Nouvel an, la coutume des étrennes et des voeux échangés de vive voix subsiste pendant plusieurs siècles.  L’usage est même respecté à la cour de France, comme le confirme la correspondance de la princesse Palatine Résultat de recherche d'images pour "princesse palatine" sous le règne de Louis XIV

Dans un souci de rompre avec le temps religieux, les Révolutionnaires vont choisir l’équinoxe d’automne, en septembre, pour marquer le début de l’année. Au milieu du XIXème siècle, en Grande-Bretagne, une nouvelle habitude s’instaure, celle d’envoyer ses voeux sur une carte. 

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L’invention du premier timbre-poste Résultat de recherche d'images pour "1er timbre poste français"  et du procédé de lithographie va permettre l’essor de ce nouveau rituel qui se répand dans toute l’Europe. Un autre l’accompagne, voué de même à un grand avenir. 

L’imprimeur François-Charles Oberthur donne, en 1810, à l’Almanach des postes sa forme moderne. 

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Résultat de recherche d'images pour "facteur"Les facteurs seront autorisés à les offrir à leurs clients en 1849. Baptisés successivement Almanach des postes et des télégraphes, puis Almanach du facteur en 1989, il a évolué au fil des ans tout en restant le même. 


Résultat de recherche d'images pour "bonne année 2019"Pour 2019…. 


Pourquoi n’existe-t-il pas de gauche ni de droite au théâtre ?

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Théâtre du Palais Royal  à Paris

Difficile pour le metteur en scène de théâtre assis dans la salle de dire à un acteur de sortir «à gauche» de la scène : s’agit-il de la gauche du metteur en scène ou de celle de l’acteur qui se trouve face au public ?

Pour pallier ce problème de droite et de gauche, sous l’Ancien Régime, les machinistes, qui étaient souvent d’anciens marins, avaient trouvé une alternative tirée du bâbord-tribord de la navigation : un «côté de la reine» et un «côté du roi» remplaçaient la droite et la gauche, et facilitaient la communication au sein de la troupe. Puis, lorsque la Comédie-Française fut installée au Palais des Tuileries entre  1770 et 1782, la troupe prit l’habitude de se référer au côté cour et au côté jardin du palais, qui correspondaient respectivement au côté droit et au côté gauche de la scène, lorsqu’on se trouve dans la salle.

Depuis l’usage est resté : au théâtre, la droite et la gauche n’existent pas. Il n’y a qu’un côté cour et un côté jardin …..même en l’absence de cour et de jardin !

Mais de quel auteur génial viennent ces dénominations fleuries ? Sophocle ? Shakespeare ?
Beaumarchais.
Sans qu’il n’y soit pour rien. Nous sommes en 1784, à Paris, où des acteurs répètent
Le Mariage de Figaro. Ces acteurs, ce sont les sociétaires de la Comédie Française.
Suite à des problèmes de place, l’intendance les a provisoirement installés aux Tuileries dans la salle des machines. L’endroit fait face à la Seine. Quand les acteurs regardent le fleuve, ils ont à leur gauche la cour du Palais des Tuileries et à leur droite un jardin qui s’étend à  l’époque jusqu’à la place de la Concorde. Ils ont donc à leur gauche le côté «cour», et à leur droite le côté «Jardin».

Présentée pour la première fois au public, la pièce connut un triomphe.
Et le binôme cour/jardin a lui aussi brûlé les planches.

Et pour ceux qui ont déjà oublié où étaient le côté  «cour» et le côté «jardin».

Les moyens mnémotechniques   les plus connus, pour savoir où se situent le jardin et la cour, consistent pour le public à se rappeler les initiales de Jésus-Christ  ;  J.-C.   pour les intimes ; comme Jardin/Cour en regardant la scène depuis la Régie (Rex/Romain); et pour les acteurs se remémorer la formule « côté cour, côté cœur» en regardant la salle, le cœur étant situé à gauche. De même pour les acteurs, jarDin comporte un D comme droite, tandis que cour n’en comporte pas.

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Je sais ça énerve ! 

Le vocabulaire du théâtre est riche de termes très imaginés, dont l’explication est souvent historique :

Une Italienne 

Au théâtre, une italienne est une répétition sans mettre le ton, d’une voix neutre qui permet aux acteurs de mémoriser leur texte sans se fatiguer.

Plus spécifiquement à l’opéra, l’italienne reprend les éléments caractéristiques au théâtre en y ajoutant qu’il s’agit en principe de la première répétition avec l’orchestre en fosse, et qu’elle réunit pour la première fois orchestre, chœurs et solistes en une seule séance de travail.

Le filage

la répétition, appelée aussi le filage, est un exercice d’apprentissage ou de  mémorisation d’une partie ou de la totalité d’une pièce de théâtre sous la direction du metteur en scène.

La générale

La répétition générale est la dernière répétition avant la première représentation. Elle couvre la totalité de la pièce dans les conditions de mise en scène de la représentation publique (durée, costumes, décors, son, éclairage…). Elle peut accueillir des amis, des invités, parfois la presse.

La Colonelle

C’est la répétition qui précède la générale. Dans la hiérarchie des grades militaires , le colonel est juste en dessous du général.

La couturière

C’est souvent aussi l’avant-dernière répétition avant la première représentation. Elle a pour objectif de tester la pièce avec tous les costumes, de fixer les dernières retouches, d’optimiser les changements et l’habillage.

Clou, corde et vipère

sont des mots proscrits dans le vocabulaire du théâtre (on est très superstitieux) Si on les dit, il faut payer une tournée à tout le monde pour exorciser l’effet de malchance qui pourrait se produire (on ne peut que constater que les théâtreux du monde entier aiment à boire entre collègues, car après avoir fait du théâtre quel grand plaisir que de parler de théâtre !…) Ne pas amener la couleur verte sur le plateau ni des œillets dans la loge, même effet et même remède…

Ne dites jamais « bonne chance » à un comédien, ça porte malheur ! Du temps où l’on venait au théâtre en calèche, les chevaux faisaient leurs besoins sur le parvis. Ainsi, plus il y avait de crottin, plus la pièce avait du succès. C’est pourquoi l’on dit « merde » pour souhaiter aux comédiens de faire salle comble. Et que répond-on ? Tout sauf « merci » !

Le quatrième mur

Le quatrième mur est un écran imaginaire qui sépare l’ acteur du spectateur. Parallèle au mur de fond de scène, il se situe entre le plateau et la salle, au niveau de la rampe. Avec ce système, les acteurs ont commencé à avoir des déplacements plus naturels   et quotidiens, ils pouvaient par exemple jouer dos au public.

Le public voit alors une action qui est censée se dérouler indépendamment de lui. Il se trouve en position de voyeur : rien ne lui échappe mais il ne peut pas intervenir. Le personnage peut briser cette illusion en faisant un commentaire directement au public, ou bien en aparté.

L’expression « briser le quatrième mur » fait référence aux comédiens sur scène qui s’adressent directement au public et, au cinéma, quand des acteurs le font par le biais de la caméra. Cette technique est considérée comme une technique de métafiction.

Brûler les planches

C’est le fait de jouer la comédie avec talent et de remporter un immense succès au théâtre. Le verbe brûler fait référence aux bougies que l’on plaçait jadis sur scène pour éclairer les acteurs. L’équivalent au cinéma ? Crever l’écran !

L’oeil du Prince

 Place d’où l’on voit le mieux le spectacle. En général, c’est le siège que choisit le metteur en scène lors des dernières répétitions, car il bénéficie d’une vue idéale sur la scène. L’œil du prince se situe aux environs du septième rang, au centre de la rangée. 

Être sous les feux de la rampe

À l’origine, cette expression signifie « être sur scène ». Ici, il n’est pas question de rampe d’escalier mais de rampe d’éclairage : des lattes en bois sur lesquelles on installait des chandelles afin d’éclairer la scène. L’arrivée de l’électricité a produit l’expression voisine « être sous le feu des projecteurs ».

Faire un four

L’expression faire un four signifie ne pas rencontrer le succès, échouer.
Cette expression provient du jargon du théâtre du XVIIème siècle. À l’époque, on faisait un four si le théâtre était plongé dans l’obscurité car cela signifiait qu’il y avait peu ou pas de spectateurs. D’ailleurs, s’il y avait peu de spectateurs, on éteignait pour inciter ces derniers à partir! À quoi bon jouer pour une poignée de personnes… On associait le four au manque de lumière comme dans l’expression il fait noir comme dans un four (peu utilisée aujourd’hui).

Également synonyme d’échouer, l’expression faire un bide est très utilisée de nos jours. Elle fait aussi partie du jargon du théâtre. En effet, les comédiens faisaient un bide (synonyme de ventre) si les spectateurs sortaient du théâtre sur le ventre , en rampant comme un serpent! Peut-être parce que, de cette manière, ils réussissaient à s’échapper du théâtre sans qu’on les voie!

À l’inverse, « tenir l’affiche », c’est rester plus longtemps que prévu à l’affiche en raison du succès remporté par la pièce.

Le Paradis

Dans un théâtre , le paradis (aussi appelé poulailler) est le dernier étage au-dessus des loges et des balcons.

Le film de Marcel Carné «Les enfants du paradis» (1945)  se situe au théâtre des Funambules   et évoque l’atmosphère populaire de cette partie d’un théâtre. Le scénario est de Jacques Prévert.  Arletty et Jean-Louis Barrault  en sont les interprètes principaux.

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À l’opposé, on trouve la baignoire qui ne sert pas à prendre des bains, mais à regarder le spectacle du rez-de-chaussée !

Contrepèterie ; jeu de mots

Si la langue venait à vous fourcher, si vous commettiez ce que les pédants nomment un «Lapsus linguae» , vous auriez fait sans le savoir une contrepèterie

La cuisinière qui dit : J’ai mis à cuire une tapisserie (au lieu d’une pâtisserie), l’amoureux timide qui s’écrie en tombant aux genoux de sa belle : Je donnerai ma vie pour un mou de veau (au lieu d’un mot de vous) ou le comédien qui entre en scène, superbe, en ordonnant : Trompez, sonnettes ! (à la place de Sonnez, trompettes !) sont les auteurs bien involontaires d’une contrepèterie qui a provoqué un éclat de rire à leurs dépens. 

♦  Bien sûr, il n’est de véritable contrepèterie que volontaire car la réussite en ce domaine nécessite, pour devenir un art, une technique que seul un long entraînement procure.

La contrepèterie peut se définir comme l’intervention, au sein d’une phrase d’apparence volontairement anodine, de deux lettres, de deux syllabes ou même de deux mots, de manière à obtenir une autre phrase, gaillarde et drôle celle-là. 

Le bon maître François RABELAIS (1494-1553) passe pour avoir été l’inventeur du procédé qu’il nommait antistrophe ou équivoque. 

Il n’y a, disait Panurge, qu’une antistrophe entre «femme folle à la messe» et «femme molle à la fesse» .

On doit à Rabelais de nombreuses illustrations de ce procédé.

(À l’attention de ceux qui ne seraient pas des familiers de cette technique, j’indique les lettres à intervertir en caractère rouge,  exemple : Une lieuse de chardons  = une chieuse de lardons)  etc…

♦   C’est le sieur Estienne TABOUROT (1547-1590) qui dans son livre BIGARRURES ET TOUCHES DU SEIGNEUR DES ACCORDS, écrivit le premier le mot de contrepèterie qu’il avait emprunté au «jargon des bons compagnons». 

♦  À la fin du XIXème, période souriante entre toutes pour la profusion d’humoristes et de gens d’esprit qui s’y illustrèrent, la contrepèterie retrouva une nouvelle jeunesse. On contrepèta allègrement à la Belle Époque et, bien qu’atténuée, la tradition ne s’est pas perdue aujourd’hui.

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En éditant une série d’affiches pour vanter l’aménagement des berges de la Seine. La mairie de Paris ne s’attendait sûrement pas à une telle publicité…à son insu. La faute à une contrepèterie qui s’est glissée dans le slogan: «les berges sont à vous». (Vous ne trouvez pas? Vraiment? Inversez les premières lettres du premier et du dernier mot…) 

Le genre a ses classiques qu’il serait dommage de ne pas citer : 

d’Henri MONNIER ,  On connaît le boulevard des fille-du-Calvaire, mais on ne connaît pas assez le calvaire des filles du boulevard. 

de Victor HUGO ,  J’ai fait le bossu cocu. J’ai fait le beau cul cossu.

⇒ de Léon-Paul FARGUE ,  Lorsque ce doux poète écrivait à ses amis fraîchement décorés de la légion d’honneur, il les félicitait d’avoir reçu la roseur de la Légion d’honnête. C’est lui aussi qui avait rebaptisé la station de métro Sèvres-Lecourbe qui lui rappelait un ancien rendez-vous galant : La station Lèvres se courbent. 

⇒ de Jean COCTEAU ,  guère enthousiasmé par les céramiques que  décorait son ami Picasso à Vallauris : Je préfère subir les assauts de pique-assiette que les assiettes de Picasso. 

⇒ de Jacques PRÉVERT , on n’a que l’embarras du choix  : Son martyr, c’est pourrir un peu est resté célèbre. On connaît moins cette pensée de lui : Cybermétique : Cythère bernique ! 

♦  C’est en 1934 que parut l’ouvrage qui, de nos jours, fait encore autorité en la matière. LA REDOUTE DES CONTREPÈTERIES, dû à l’imagination de Louis PERCEAU (avez-vous lu Perceau ?) C’est une véritable somme où sont répertoriés tous les grands classiques actuels du contrepet. Avant de vous livrer  un bouquet des plus réussis, il est utile de rappeler, à l’usage des néophytes, un certain nombre de règles qu’on pourrait appeler …

DU BON USAGE DU CONTREPET

  1. La contrepèterie est un art oral, bien qu’il soit recommandé pour élargir son répertoire de consulter les recueils spécialisés, le véritable plaisir est d’échanger des contrepets avec un ami. Pour atteindre à une plus grande efficacité, la contrepèterie demande même le concours de trois personnes : celle qui dit le contrepet, celle qui le comprend et celle à qui la signification cachée échappe complètement, le plaisir des deux premières étant décuplé par l’incompréhension de la troisième.
  2. La contrepèterie est le masque décent d’une phrase gaillarde. L’impression délicieuse d’un encanaillement contrôlé n’est pas le moindre charme de l’exercice.
  3. La contrepèterie ne doit jamais être traduite. La contrepèterie est drôle en ce qu’elle recèle, derrière le masque de la bienséance, une phrase triviale à l’état virtuel. Aussi longtemps que celle-ci reste inexprimée, elle provoque une intense jubilation chez les initiés. Traduite, elle n’est plus qu’une phrase grossière parmi d’autres. 

♦  Foin de la théorie ! il serait temps de passer à la pratique. Voici choisies dans LA REDOUTE DES CONTREPÈTERIES, quelques-unes des  trouvailles de Louis Perceau

J’ai choisi les plus faciles : 

C’est ici qu’on a pendu le fuselage de l’aviatrice.

Les laborieuses populations du Cap. 

Le vieil artisan tisse en plusieurs passes. 

La cuvette est pleine de bouillon. 

On reconnaît les concierges à leur avidité. 

Dès qu’on touche à son petit banc, cet homme boude.

L’ALBUM DE LA COMTESSE 

♦ Chaque semaine, le Canard Enchaîné publie une rubrique de contrepèteries intitulée sur l’album de la Comtesse Maxime de la Falaise. Depuis un bon quart de siècle qu’existe la rubrique, les lecteurs s’interrogent sur l’identité de cette fameuse comtesse qui contrepète à ravir. Je suis  en mesure de révéler qu’il s’agit à l’origine d’une comtesse authentique, une Irlandaise superbe qui avait épousé en légitimes noces le comte Maxime de la Falaise.  Histoire d’enquiquiner son hobereau de mari de qui elle était en train de divorcer, elle avait autorisé Yvan AUDOUARD, à rebaptiser de son nom la rubrique de contrepèteries, dont il était responsable. Il est très utile d’ajouter que la comtesse ignorait jusqu’au terme même de contrepet…..

La rubrique, après Yvan Audouard, fut tenue par le dessinateur Henri MONIER, puis, par le mathématicien et humoriste Luc ÉTIENNE.  Celui-ci fut assisté dans cette lourde tâche par les envois des lecteurs du Canard et plus particulièrement par ceux de deux d’entre eux qui devinrent les disciples du Maître : 

Jacques ANTEL, d’abord qui publia en 1975 un recueil intitulé, bien sûr : LE TOUT DE MON CRU (comprenne qui voudra !) Et par Joël MARTIN, physicien de haut niveau au Commissariat à l’Énergie Atomique, qui en 1984, à la mort de Luc ÉTIENNE, a repris le flambeau.  Il est également l’auteur de L’ART DE DÉCALER LES SONS, un livre dans lequel il enseigne, grâce à une méthode inspirée du Rubik’s cube, les recettes permettant de réussir de savoureux contrepets.

Ce chapitre, heureusement hermétique aux yeux innocents, n’aura pu offenser ni la pudeur ni la morale. Comme l’aurait dit le philosophe s’il avait su contrepéter :  C’est long comme lacune. 

Plus inattendu, l’art de la contrepèterie est également utilisé pour lutter contre la dyslexie. En effet, la maîtrise de cet art requiert une bonne conscience phonologique pour manipuler les syllabes et les phonèmes, et permet également de renforcer la mémoire verbale à court terme. Il s’agit de deux axes de travail capitaux pour lutter contre ce trouble de l’acquisition et de l’automatisation de la lecture. La contrepèterie constitue un excellent entraînement à la manipulation des sons élémentaires et serait aussi curative que préventive. Joël Martin, encore lui, a consacré un livre aux contrepèteries pour enfant, exploité par certains orthophonistes. Avec des phrases, on l’imagine, bien moins grivoises que celles destinées aux adultes.

WALLIS SIMPSON Les Joyaux de l’exil

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Elle se rêvait reine, elle en eut les bijoux, mais pas par le trône. Pour Wallis Simpson, le duc de Windsor dépensa des fortunes et les joailliers rivalisèrent d’inventivité. Un trésor de guerre….. et d’amour qui défraya la chronique.

Wallis Simpson c’est d’abord un parfum de scandale, une Américaine sans beauté particulière ni pedigree aristocratique qui fit vaciller la couronne britannique comme nulle autre intrigante avant elle.

Wallis Simpson, alias la duchesse de Windsor, fut toute sa vie auréolée d’un parfum de scandale. Orpheline née dans la misère de Baltimore, aux États-Unis, elle collectionne les amants et exerce ses charmes jusque dans les maisons closes… Beauté ravageuse, divorcée deux fois, elle séduit le prince Édouard, au grand dam de son père, le roi d’Angleterre George V, qui exècre cette « Américaine sans principes ». Avide de notoriété, elle pose au côté d’Adolf Hitler lors de voyages officiels, certains ont supposé que  sa véritable activité était celle d’espionne au service de l’Allemagne.

Fou d’elle, le prince la couvre de bijoux et de diamants puisés dans le trésor de la Couronne. en décembre 1936, celui qui est devenu le roi Édouard VIII renonce au trône par peur de perdre ce grand amour. Elle devient la femme la plus détestée de Grande-Bretagne…

 Il avait suffit d’un week-end de chasse en janvier 1931 pour que le futur roi d’Angleterre rencontre celle qui le détournerait de son trône. Wallis, elle, se voit déjà reine d’Angleterre et impératrice des Indes. Point de couronne pourtant, seulement l’exil. Doré certes, mais l’exil quand même, loin de Buckingham. Le duc de Windsor, éperdument amoureux, à la merci d’une femme que l’on dira dure et calculatrice, n’aura de cesse de faire oublier à sa belle cette injure. A coups de bijoux somptueux, de parures créées rien que pour elle. Des bijoux assortis à son décor…

‘The Windsor Heart’ Yellow Diamond. 47.14cts yellow diamond was bought by the Duke of Windsor for the Duchess (Wallis Simpson) in 1951 from Harry Winston to complement her other yellow diamond and set in a ring. The stone was later acquired by Estée Lauder, set in a pendant and sold by the Lauder family in 2012 in aid of Breast Cancer Research Foundation.:

Lorsqu’il s’agit de briller en société, Wallis n’a pas son pareil…Et parce que le chic se niche dans les détails, elle se pare de saphirs à l’heure d’apparaître dans la salle à manger bleue de son hôtel particulier du bois de Boulogne et de diamants jaunes dans la bibliothèque afin d’être assortie au sofa. Osman, un créateur anglais, explique que la duchesse «se servait du vêtement comme d’un instrument de pouvoir», les bijoux lui offriraient un pouvoir absolu sur son petit monde. Frustrée de n’avoir pas été élevée au rang d’altesse royale, comme son mari, elle règnera sur le Paris de l’après-guerre. Une reine de la vie mondaine, étincelante, autant que ses diamants.

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Deux illustres maisons vont travailler avec ce couple passionné de joaillerie à la création de l’un des plus beaux écrins du XXème siècle : Van Cleef and Arpels et Cartier. Le premier dès le début de l’idylle, dans les années 30. Notamment une parure de rubis et diamants élaborée en 1936, l’année même de l’abdication. La partie centrale de l’impressionnant collier se compose d’une chute en drapé, sertie de rubis, et amovible. Des boucles d’oreilles et broches complètent la parure. Le 3 juin 1937, le duc de Windsor qui a abandonné le trône depuis quatre mois  épouse Wallis. La mariée arbore deux bracelets qui vont marquer les esprits : un bracelet jarretière pavé de saphirs et de diamants et, à l’autre poignet, une chaîne de diamants d’où pendent une série de croix incrustées de pierre précieuses, chacune symbolisant une étape de l’histoire d’amour du couple. Un bijou signé Cartier.

Entre 1940 et 1952, Jeanne Toussaint, directrice de la création chez Cartier, imagine un bestiaire qui va combler d’aise la duchesse. Le bijou le plus connu, fabriqué en 1940, est une broche en forme de flamant rose incrustée de diamants : Le ramage, lui, est orné d’émeraudes, de rubis et de saphirs carrés. Comble du luxe , les pattes sont articulées.  Mais la duchesse, passionnée davantage par les bijoux décoratifs des années 40 et 50, raffole particulièrement des félins.

Après un vol en 1946, qui lui coûta une partie de sa collection, notamment un scintillant oiseau de paradis, la duchesse s’offrit la première de ses panthères, en or et émail noir, dressée sur une grosse émeraude cabochon. Afficher l'image d'origine Ce bijou est le premier de la série des «grands félins» de cartier, mais Jeanne Toussaint imagine ensuite d’autres trésors, plus, scintillants et techniques que jamais. Si nombre de bijoux de la duchesse furent élaborés à partir de pierres appartenant au trésor de la couronne britannique, le couple acquit aussi des pierres d’exception, notamment le diamant McLean de 31 carats, une pierre taille coussin ayant appartenu à Evalyn Walsh McLean, une milliardaire américaine, et que Wallis porterait en bague.

Le monde entier se passionne pour les vestiges de cet amour….Le trésor de Wallis est un témoin de l’histoire du couple, il en porte d’ailleurs la trace…Un message d’amour figure par exemple au dos d’une rivière de diamants offerte par le duc. Un bracelet décoré de neuf croix latines Afficher l'image d'origine porte l’inscription «God Save the King for Wallis 16.VII.36». (Dieu garde le roi pour Wallis, 16 juillet 1936) après que le roi avait été victime d’une tentative d’assassinat. Quantités de bijoux de Wallis sont gravés, rappelant un souvenir amoureux, un tendre anniversaire …

A la mort du duc, rejetée par la famille royale d’Angleterre qui ne lui pardonnera jamais vraiment le scandale de l’abdication, la duchesse devient la proie d’un entourage peu scrupuleux qui veille jalousement sur la riche veuve agonisante.

C’est sans doute pourquoi la vente aux enchères en 1987, quelques mois après la mort de la duchesse, déchaînera autant les passions. Deux cent cinquante journalistes relaient l’évènement en direct de Genève après que l’exposition des joyaux à New-York ait déplacé une foule immense. Les plus grands joaillers sont dans la salle, mais également Nadine de Rothschild Résultat de recherche d'images pour "nadine de rothschild", la chanteuse galloise Shirley Bassey, ou encore le baron et la baronne Thyssen. Liz Taylor Résultat de recherche d'images pour "liz taylor" est aussi de la partie : Elle emporte une broche de diamants Afficher l'image d'origine et se dit très heureuse que les sommes récoltées soient reversées, selon le désir de la duchesse, à l’institut Pasteur, entre autre découvreur du virus du sida, contre lequel l’actrice mène combat.

Le trésor de Wallis, estimé à trente millions de francs, rapportera finalement dix fois plus, trois cents millions de francs, soit quarante-deux millions d’euros. La duchesse de Windsor avait mentionné dans son testament que son legs ne devait pas servir à l’expérimentation animale.

 J’imagine que l’institut Pasteur,  les joailliers, les collectionneurs et les historiens du bijou lui ont été reconnaissants.

Edouard VIII, lui,  restera à jamais dans l’histoire britannique comme ce roi sans couronne, au règne bref (moins de onze mois), où, une fois n’est pas coutume, la passion a triomphé de la raison d’État. Et si, derrière cette histoire d’amour, l’abdication  «tragique » d’Édouard VIII avait été une bénédiction pour le monde démocratique ?

Pour les Rois, la terre, elle, ne ment pas.

L'archipel des Tonga.

L’archipel des Tonga.

Pour les amateurs de cocotiers, de lagons bleus et de plages de sable blanc, il y a plus lointain que les Seychelles, plus isolé que les Maldives et plus exotique que la Polynésie Française : L’archipel des Tonga.

Perdu au fin fond du Pacifique sud, ce petit royaume méconnu, difficilement accessible et peuplé de rugbymen débonnaires, vit officiellement grâce à la pêche, au coprah et aux rares touristes privilégiant le désœuvrement absolu. Dans les faits, cette carte postale du bout du monde est une implacable tyrannie. Une aristocratie toute-puissante tient d’une main de fer les rênes du pouvoir politique et financier. En perpétuels «voyages d’affaires» des États-Unis à l’Australie et de la Nouvelle- Zélande à la Chine, elle nargue une population misérable dont le produit net par an et par habitant, 1 500 euros, est 8 fois inférieur à celui des Polynésiens et un des plus bas au monde.

La reine Elizabeth II, lors d’une visite au Tonga, avec le roi Tupou IV.

Au sommet de la hiérarchie, le roi de Tonga dont tous les nobles sont plus ou moins les cousins et tous les affidés. Issu d’une dynastie dont la légitimité remonte au colonisateur britannique et aux missionnaires wesleyens qui l’on imposé à la fin du XIXème siècle, il est l’homme le plus puissant et le plus fortuné de l’île, où il possède deux palais, les principaux hôtels, une flottille d’automobiles, dont un taxi londonien dont il se sert pour arpenter ses terres, et un avion privé.

En novembre 2006, à la mort de Tupou IV, 88 ans et plus de 200 kilos, la population a explosé. Des émeutes ont éclaté spontanément, réduisant en cendres le coeur de Nuku’alofa, la capitale, et faisant 6 morts et une centaine de blessés. Pour rétablir le calme, le gouvernement a dû décréter l’état d’urgence puis, débordé, s’est résolu à appeler un contingent de policiers australiens à la rescousse. 571 émeutiers ont été arrêtés et près de la moitié condamnés à de lourdes peines de réclusion à domicile, Tonga ne disposant pas de prison.

En août 2008, le calme revenu contre de vagues promesses de réformes démocratiques, Tupou V, le nouveau roi, a été couronné en grandes pompes, au son du God save the king of Tonga, en présence du prince héritier du Japon, du duc de Kent et d’un demi millier d’invités venus des quatre coins de la planète, sans compter les milliers de porcs rituellement sacrifiés pour l’occasion !

Sponsorisée par le gouvernement chinois, la cérémonie aurait néanmoins coûté 2,2 millions d’euros à l’archipel. Les raisons d’une telle dictature monarchique ? La terre.

Le roi de Tonga est considéré comme le possesseur de l’archipel. Il peut en concéder de vastes parcelles plusieurs générations durant mais n’en demeure pas moins le propriétaire éminent. Il en est de même pour tout ce qui y est cultivé ou construit dans le royaume. C’est la cas du réseau électrique. Puisque la centrale qui le produit et les pylônes qui soutiennent les câbles d’alimentation appartiennent au roi, personne ne s’offusque que le souverain encaisse la redevance. Quand un Tongien s’éclaire, dit une plaisanterie locale, cela enrichit le roi. Quoi de plus normal puisque «le roi, c’est la terre» !

Hormis Tonga, les rois d’aujourd’hui ne sont plus les propriétaires de leurs États. Ils n’en sont pas moins restés profondément attachés à la terre. Leur légitimité en est issue et ils ne l’oublient pas. À l’exception du roi des Belges qui, en épigone de notre Louis-Philippe, pose au roi citoyen, les monarques règnent davantage sur des pays, des provinces et des territoires que sur des peuples. Si leurs possessions sont vastes, ils portent des titres prestigieux. Ils sont roi, empereurs comme Akihito du Japon ou encore souverain multi-cartes comme Elizabeth II, reine du Royaume-Uni,  d’Angleterre, d’Écosse, et d’Irlande du Nord ainsi que 16 royaumes que compte encore le Commonwealth. À l’inverse, s’ils ne règnent que sur quelques kilomètres carrés, comme à Monaco, au Liechtenstein ou au Brunei, on les traite de «princes d’opérette», quand bien même ces opérettes valseraient avec les milliards.  «Monaco», marmonnait Basil Zaharoff, le fameux trafiquant d’armes qui, à la fin de sa vie, s’était retiré sur le Rocher, «Ce n’est pas une monarchie, c’est un casino». Est-ce la raison pour laquelle le prince de Liechtenstein, qui règne en souverain absolu sur une petite vallée alpestre de 160 Km² (80 fois Monaco tout de même), possède le double en surfaces arables et en forêts en Autriche et en Slovaquie où il passe pour un des premiers propriétaires terriens ?  Ou que le ranch de 5 859 km² – à peu de choses près, le département du Var – que s’est offert le sultan du Brunei en Australie pour fournir ses sujets en viande de boeuf, est aussi étendu que ses États et même un petit peu plus ?

En raison de cet atavisme terrien, les patrimoines princiers ont toujours une base foncière. Parce qu’ils y sont très attachés, on cite souvent les propriétés des Windsor, vastes comme des provinces. Même s’ils appartiennent à la nation et son inaliénables, la dynastie a l’usufruit des duchés royaux de Lancastre et de Cornouailles. Ils représentent une jolie surface, 1 800 km², en gros, le département de l’Essonne. Toute en traditions surannées, leur administration donne parfois à penser que la monarchie britannique est issue d’un roman de Walter Scott.

C‘est toujours en tant que duchesse de Normandie qu’Elizabeth II,  règne à Jersey et à Guernesey où elle est représentée par des baillis et des connétables. À son accession au duché de Cornouailles, le prince Charles a, quant à lui, perçu des droits féodaux : une paire de gants blancs, un couple de lévriers, une livre de poivre et de cumin, une paire d’étriers dorés, 100 shillings d’argent, un arc, une lance et du bois de chauffage. En tant que chef de famille, Elizabeth II,  possède en outre la propriété pleine et entière des manoirs de Sandringham dans le Norfolk et de Balmoral en Écosse, vastes bâtisses acquises sous Victoria qu’entourent 30 000 hectares giboyeux, ainsi qu’une dizaine de domaines de moindre importance pour un total de 100 000 hectares, en terres et en forêts. Le tout selon les estimations des spécialistes, vaudrait 100 millions d’euros, soit un tiers du patrimoine royal, et aurait tendance à s’apprécier, en Angleterre tout au moins, beaucoup moins en Écosse. Elle possèderait aussi des domaines à l’étranger : on parle d’un ranch en Australie, d’une réserve au Kenya, d’un haras dans le Kentucky ou de champs de coton dans le Mississippi qui auraient été vendus après que la presse eut révélé que la souveraine percevait des subventions publiques.

Le roi Mohammed VI du Maroc, entouré de son fils le prince héritier Moulay El Hassan et de son frère le prince Moulay Rachid.

Le roi Mohammed VI du Maroc, entouré de son fils le prince héritier Moulay El Hassan et de son frère le prince Moulay Rachid.

Au Maroc, la dynastie alaouite doit également sa fortune à la terre. Grâce à ses 20 domaines et aux 12 000 hectares qui les entourent, confisqués aux colons français lors de l’indépendance, Mohammed VI est le premier propriétaire foncier du pays. Comme il dispose d’un droit de préemption absolu, ses possessions ne cessent de s’agrandir. En 2006, il en aurait tiré plus de 100 millions d’euros de revenus.

Au Maroc, dit un proverbe, «sur trois oranges qui poussent, une est pour le roi».

Propriétaires avisés, ces princes terriens se comportent en paysans madrés. Écologique convaincu, le prince Charles a transformé les Cornouailles en «duché bio» où les produits du sol poussent sans engrais et où cochons et volailles échappent à l’élevage en batterie. Il tire un revenu substantiel de la ligne «Duchy Originals» qu’il a lancée dans les années 1990.

Henri de Monpezat, lui, a mis à profit son mariage avec la reine de Danemark pour promouvoir un cahors rosé, produit par son domaine de Cayx, très apprécié en Suisse, en Allemagne et au Japon. Quant au roi de Suède, il a accepté depuis 2004 d’associer son nom et celui de Solliden, la résidence d’été des Bernadotte, à une eau Oriflame. Surpris par ce mélange des genres, ses concitoyens l’ont également été d’apprendre que depuis 2000 leur souverain percevait 190 000 euros par an de subventions européennes pour couvrir les pertes de son exploitation du Sörmland. Il n’est pourtant pas le seul à agir ainsi. Propriétaires depuis 1854 de l’imposant château de Marchais dans l’Aisne, et des 700 hectares qui l’entourent, les Grimaldi de Monaco, selon la presse qui en fait ses choux gras en 2005, percevraient 253 986 euros au titre de la politique agricole commune. La même année, ni Margaret Thatcher ni ses successeurs n’ayant accepté que les subventions soient plafonnées, la reine-paysanne Elizabeth II,  a touché 530 000 euros pour sa propriété de Sandringham, tout en essayant également de décrocher des subventions pour régler ses factures d’électricité. «Le Prince Charles a perçu 107 600 euros pour son duché de Cornouailles et 97 476 euros pour son exploitation agricole, soit un total de 205 076 euros

Ils sont les principaux bénéficiaires de la Politique agricole commune.

Au titre du duché de Lancastre, assez curieusement, la reine Elizabeth II, possédait autrefois des terrains dans le Strand. En 1988, une loi ad hoc, lui a permis de les vendre. Elle ne s’en est pas privée. Entre la mixité sociale et une belle plus-value, elle n’a pas hésité.

Ce n’est plus à Naples que «Francesco Rosi tournerait aujourd’hui son film «Main basse sur la ville», mais à Londres ou Bangkok.

Les rois des champs sont aussi les rois des villes. Propriétaires avisés des sols, ils ont investi dans l’immobilier à mesure que leurs États s’urbanisaient. C’est à cette reconversion que Monaco doit sa survie et ses princes leur fortune. Seigneurie de complaisance dévolue aux Goyon-Matignon, héritiers des Grimaldi, pour leur permettre d’arborer un titre princier dans les salons parisiens, Monaco n’était à l’origine qu’un verger provençal, cultivant l’olivier et le citronnier. Suite à l’annexion de Menton et de Roquebrune par la Sardaigne en 1848, transférés à la France en 1860 dans la foulée du comté de Nice, la principauté, réduite à l’os, passa de 24 à 2 km². Elle aurait perdu tout viabilité si le prince Charles III n’avait eu l’idée d’y ouvrir un casino et des hôtels de luxe. Confiée à François Blanc, un entrepreneur de génie qui avait fait fortune dans les jeux de hasard à Luxembourg puis à Hombourg, l’initiative fut un succès immédiat. Le Rocher, «où on ne peut rien semer ni cueillir» devint un des rendez-vous les plus élégants de la Belle Époque.

La principauté de Monaco fit montre d’une «étrange neutralité» envers l’Allemagne nazie afin de rafistoler ses finances mal en point. Dès 1936, un accord discret aurait été passé avec le Dr Schacht, ministre des fiances du Reich, pour permettre aux fonds nazis de transiter par les banques monégasques au nez et à la barbe des démocraties. Durant la guerre, avec la complicité du régime de Vichy, les investissements douteux affluent, le marché noir et les trafics en tous genres se multiplient. Mandel Szkolnikoff, le roi de la contrebande, fait du rocher sa base arrière. La fraude fiscale explose, occasionnant un préjudice estimé à la libération à près de 150 millions d’euros. La Deutsche Bank prend des participations dans la Société des bains de mer et envisage d’ouvrir une filiale à Monaco. Louis II n’ignore rien de la coloration vert-de-gris que prennent ses États et en tire même avantage. À en croire le capitaine Ardant, père de la comédienne, Fanny Ardant, alors en fonction au palais, le prince, toujours à court de liquidités, ne reculait devant aucun trafic. À la libération, il est sérieusement question d’annexer purement et simplement Monaco à la France. Le rôle de soupape financière que joue le Rocher et l’attitude du prince Rainier, qui, en septembre 1944, a rejoint l’armée de libération, sauvent la principauté, le trône et Louis II. On comprend que depuis, les Grimaldi aient préféré jeter un voile pudique sur l’origine équivoque de leur patrimoine.

  • Le halo de fumée qu’entretiennent les monarques à propos de leurs biens tient aussi du calcul financier. Cacher son jeu permet d’avancer masqué et de se lancer dans des opérations risquées sans perdre son crédit en cas d’échec.

Deux guerres mondiales plus tard, les tapis verts, les bancos princiers et les douairières surannées ne faisant plus recette, le prince Rainier employa ses cinquante-cinq années de règne à recycler le principauté en résidence de luxe, capitonnée et sécurisée.  Stratégie habile : ouvriers, promoteurs, intermédiaires : la population de la principauté vit largement de l’immobilier qui garantit à l’État un tiers de la TVA qu’il perçoit.

Les Grimaldi en profitèrent pour redorer leur blason. Une bonne part de leur patrimoine serait constitué de placements immobiliers. À Monaco, ils possèdent notamment la résidence de «la Belle Époque» qui surplombe le port, d’une valeur supérieure à 200 millions d’euros. En 1999, lors de l’incendie criminel qui lui a coûté la vie, on a appris qu’ Edmond Safra, le milliardaire Libanais qui y vivait en reclus, acquittait un loyer de 500 000 euros par an pour une surface de 1 000 mètres carrés. Douze ans plus tard, la valeur locative a pratiquement triplé. Comme le prince possède également «le Rocamar» (6 appartements de grand luxe avec terrasse donnant sur la mer), «le Roc Fleuri» ( 100 appartements de standing) et un certain nombre de locaux commerciaux, son revenu locatif annuel avoisinerait plus de 20 millions d’euros, compte non tenu des terrains et des immeubles qu’il détient aux marges de la principauté, à Paris et aux États-Unis.

Hotel Hermitage, Monte Carlo

Imaginons qu’un destin favorable conduise vos pas à Monaco. L’Hôtel de Paris affichant complet, vous descendez à l’Hermitage, qui n’est pas mal non plus dans le style Art nouveau avec son jardin d’hiver coiffé d’une coupole bâtie par Gustave Eiffel.

Même si le jeu n’est pas votre tasse de thé, une visite au casino s’impose. Sans cette pâtisserie architecturale édifiée en 1879 par Charles Garnier, le père de l’Opéra de Paris, Monaco serait resté un port de pêche anonyme et ses princes des anecdotes pour érudits locaux.

Après une halte rapide à l’opéra attenant, inauguré par Sarah Bernhardt et entièrement rénové en 2005, vous empruntez la rue Grimaldi puis le boulevard Albert 1er pour grimper sur le rocher et prendre quelques photos du musée océanographique, dirigé jadis par le commandant Cousteau. À quelques pas de là, vous voici au Palais princier, étonnante bâtisse crénelée à laquelle chaque époque a laissé son aile, sa colonnade ou sa tour.

Après en avoir visité les grands appartements pour la somme de 8 euros, vous ne résisterez pas aux figurines kitsch à l’effigie des carabiniers monégasques vendus par la boutique à souvenirs.

Retraversant Port Hercule, vous déambulerez ensuite boulevard Louis II puis avenue de la Princesse-Grace, qui, dit-on, serait l’artère la plus chère au monde :

plus de 90 000 euros le mètre carré contre 55 000 seulement pour la Vème avenue de New-York. Après un saut au musée des voitures anciennes où est exposée la collection du prince Rainier, vous vous décidez à flâner jusqu’au Larvotto, cette presqu’île entièrement gagnée sur la mer, pour profiter de sa plage et admirer le coucher de soleil depuis ses terrasses. Pour dîner, le restaurant Bar Boeuf And Co vous tend les bras, et en fin de soirée, vous n’aurez que l’embarras du choix. Le Moods ou le Jimmy’z ? Quoi qu’en disent les noctambules blasés, on y revient toujours. Une bonne journée songez-vous en regagnant votre hôtel. Pour vous ? sans doute. Mais pour le prince de Monaco : assurément.  Chacune de vos étapes lui a profité. L’hôtel, le casino, l’opéra, le Palais, les musées, le sporting club, jusqu’aux «souvenirs shops» : Tout lui rapporte grâce à ses participations sans la Société des bains de mer dont il est l’actionnaire de référence.

Le «Patron»  disent les monégasques reconnaissants à propos de Rainier III, a fait du Rocher une véritable «pompe à phynances». Il s’est servi en premier.

Monaco est un cas d’école. Même s’ils ont relancé leur fortune sur les tapis verts, ses princes se sont empressés d’en diversifier les sources en investissant dans le plus grand nombre de secteurs possibles.

C’est aussi cela la monarchie du capitalisme : un remake à coup de milliards de la cigale et de la fourmi, dans un décor de casino.

 

 

Madame CLAUDE, celle qui a fait trembler la république.

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Ses carnets auraient pu faire exploser la Vème République ! Madame Claude, proxénète de légende, connaissait tous les petits secrets des riches et puissants. Une certaine gloire et une terrible décadence…..

Certaines pages (des carnets) rendues publiques, mentionnent   : «Vicieux – se fait uriner sur tout le corps, mange les matières – fait le chien» Où : «Vicieux – aime être dominé, se faire fouetter, se fait sodomiser avec un gode – boit beaucoup».  Où encore : « tel homme politique aime les fessées» …

«J’ai été la meilleure maquerelle du siècle», s’enorgueillissait Madame Claude, avant d’ajouter que son but était de «rendre le vice joli». Ses «filles», pas moins de cinq cents, les plus belles de Paris disait-on, se pliaient aux désirs d’une gent masculine bien née et aux commandes du monde : Le Shah d’Iran, des ministres, des stars de la chanson et du cinéma, Gionanni Agnelli le patron de Fiat, Aristote Onassis, quelques Rothschild, des princes arabes, et même le président Kennedy. Des années durant, l’arrogante et redoutable Madame Claude s’est régalée de sa toute-puissance.

Madame Claude s’est inventé une vie, une famille, des origines. Une légende personnelle qui échappe au réel.

Si elle se dit bourgeoise et flanquée de trois frères, Fernande Grudet, née le 6 juillet 1923 à Angers, n’a en réalité qu’une soeur. Son père, ingénieur et plus tard résistant, est en réalité un bistrotier qu’un cancer a emporté en 1941. Sans diplôme ni argent, Fernande, n’a pas connu la déportation à Ravensbrück, sous l’Occupation, elle est fille-mère. A la libération, elle enterre Fernande pour se faire appeler Claude, laisse sa gosse à sa mère et monte à Paris où elle vend ses charmes.

Parmi le grand banditisme qu’elle fréquente, elle tombe amoureuse. Ce sera la seule fois de sa vie ! Elle s’entiche d’un gangster, le chef du «Gang des tractions avant». (Le gang des Tractions Avant est une bande de malfaiteurs des années d’après-guerre spécialisée dans les attaques à main armée. Certains sont issus de la Carlingue  ou « Gestapo française de la rue Lauriston » dirigée par Bonny et Lafont.  D’autres ont fait partie de la Résistance.  Le gang est indissociable de la personnalité de son chef Pierre Loutrel,  dit Pierrot-le-fou). Une passion dévorante et éphémère au terme de laquelle elle renferme définitivement son coeur.  Elle en gardera un profond mépris des hommes.

Il faut être con, ou tordu, vraiment, pour payer une fortune une partie de jambes en l’air, lance-t-elle.

Se rendant compte qu’elle a davantage la bosse des affaires que le goût de la bagatelle, en 1957, elle monte son petit commerce, un bordel mondain. L’ascension est fulgurante. Dans les années 1960 et 1970, cinq cents filles rejoignent ainsi le «cheptel» de la patronne. Esthète et perfectionniste, comme on joue à la poupée, elle cisèle ses créatures avec le soin d’un génie diabolique.

Une prostitution haut de gamme dont les tarifs sont très élevés pour l’époque : entre 1 000 et 1 500 francs pour une demi-heure ou une heure et 15 000 francs pour une nuit en moyenne. Sur chaque passe, Madame Claude prend 30%. En quelques années, elle devient ainsi millionnaire.

D’abord, je corrigeais les défauts physiques, nez, oreilles, seins. Ensuite, j’éduquais. Diction, gestuelle, culture générale. Je les travaillais parfois une année entière, quand je les lançais, elles étaient parfaites. expliquera-t-elle, avant de préciser que la qualité première des femmes est d’apprendre à savoir faire semblant.

Une confession clinique, digne d’une éleveuse, qui fait froid dans le dos. Pire, la maquerelle a recours à des «goûteurs», comme elle le dit, des hommes amenés à évaluer les capacités érotiques de ses «protégées». Parmi eux, le frère et le premier mari de l’écrivaine Françoise Sagan.

Madame Claude vend du rêve à ses employées : la promesse de faire un beau mariage. Car ses clients fortunés et prévenants font voyager les filles en première classe, les logent dans des palaces et les sortent en yacht. De son côté, Madame Claude les habille chez les plus grands couturiers, leur paie des dessous raffinés et coûteux. «C’était comme des vacances […] une façon festive de se prostituer» explique Ambre. Elle se souvient aussi :

Il y avait une fille très très belle mais très très très pauvre. Elle avait sa beauté, c’est tout. Elle était prête à faire n’importe quoi pour de l’argent. Et cette fille a eu un succès extraordinaire, elle s’est mariée avec un richissime arabe et elle est devenue multimilliardaire.

On raconte même que l’une d’entre elle est devenue marquise.

Madame Claude explique combien de jeunes femmes très bien sous tous rapports viennent à elles :

Parce qu’elle s’emmerdaient avec leur conjoint, pour se payer des babioles, par goût de l’interdit, par curiosité.

Des années durant, Madame Claude se livre ainsi à son commerce sans jamais être empêchée. En effet, à mesure que ses petits carnets noirs s’emplissent de noms de clients puissants, de leurs secrets intimes et péchés mignons sexuels, la tenancière se fait de plus en plus intouchable. Ses clients occupent des postes clés dans la politique, la diplomatie, la justice et les ministères, aucun d’entre eux n’oserait fâcher sa pourvoyeuse de cinq à sept. De son trône, elle voit se débattre ces puissants, qui ne sont que des hommes en recherche de plaisir, elle se délecte de les tenir dans le creux de la main.

Les femmes étaient envoyées comme «cadeau» par des entreprises à leurs futurs clients pour les encourager à signer de gros contrats. Ainsi, Madame Claude s’introduisit grâce à ses filles dans le monde du show business, de la politique et des affaires et devient une femme d’influence et de réseau, comme l’explique le reportage «Un jour, un destin».

Grâce à son sulfureux business, Madame Claude serait donc l’informatrice – ce qu’elle a toujours démenti – de la police et notamment de la brigade mondaine. Afin d’échapper à la justice et au fisc, elle achète ainsi sa protection en fournissant les noms de ses nombreux clients hauts placés et leurs «travers» sexuels. Des centaines de personnes dont les pratiques les plus intimes auraient été fichées pour remonter jusqu’au sommet de l’État.

De plus en plus influente, Madame Claude devient Violette, un agent des services secrets français. Aux grandes heures de la Françafrique, elle met ses filles dans les bras des hauts fonctionnaires et chefs d’État africains, tirant profit de la fameuse technique de la confession sur l’oreiller. Ses prostituées de luxe deviennent des pions sur l’échiquier de la politique étrangère française, que l’on envoie en mission en Afrique et dont les services de renseignement français débriefent les coucheries.

Au milieu des années 70, le Président tchadien François Tombalbaye en fait les frais. Confiant à l’une d’entre elles qu’il s’apprête à «lâcher» la France, il est peu de temps après victime d’un coup d’État dans laquelle il perd la vie.

Un jeu dangereux donc. Plusieurs filles auraient ainsi disparu sans laisser de trace, quand d’autres ont été retrouvées mortes dans les bras de leurs clients. Leurs dossiers ont été classés sans enquête : c’est la raison d’État.

Pour la mère maquerelle protégée sous Pompidou, le vent tourne sous Giscard. Rattrapée par la justice et les impôts, ses ennuis commencent en 1972 lorsque le fisc lui réclame 11 millions de francs (1,7 millions d’euros).

La chute s’accélère lorsque le nouveau président élu en 1974 fait le ménage. Ses protecteurs ne sont plus à des postes de pouvoir : la protégée se fait lâcher. Son influence décroît lorsque la politique de répression remplace celle du renseignement et avec la libération des mœurs, les pratiques sexuelles des uns et des autres deviennent obsolètes.

Le juge Bruguière, à partir de 1976, se lance dans une grande chasse aux sorcières, plus exactement aux maquerelles et, tandis qu’il dépèce les grands réseaux de prostitution , Mme Claude  prend ses jambes à son cou et s’exile en Amérique.

Là-bas, elle fait dans la viennoiserie, monte une chaîne de croissanteries et, derrière sa caisse, empaquette ses petits pains. Son associé la dépouille, c’est une nouvelle banqueroute. «Sortie du sexe, je n’ai pas le sens des affaires», se lamente-t-elle. Le mal du pays est tenace et sa boutique d’antan lui manque.

Alors à 62 ans, en 1985, Madame Claude pointe le bout de son nez en France.

Grand mal lui en a pris : elle est arrêtée dans une bâtisse où elle avait trouvé refuge, sur les terres de l’amie Sagan. Un détour par la case prison de Cahors, quatre mois qu’elle passera enroulée dans son vison. Libérée, elle vend des vêtements dans une boutique, terrorise les clientes, comme elle a toujours sur faire, avant de décider, à 68 ans, qu’il serait temps de rouvrir son échoppe à plaisirs. Une douzaine de filles dans son appartement parisien. Mais décidément, les temps ont bien changé, elle se fait pincer et se retrouve six mois à Fleury-Mérogis, plus arrogante que jamais, et sans vison cette fois. La fin d’un monde.

En 2000, la Parisienne s’installe à Nice, dans une solitude seulement troublée par les visites de son coiffeur et voisin de palier. Elle retrouve sa fille perdue de vue depuis vingt ans, puis survient une nouvelle fâcherie, définitive cette fois. La vieille dame est intransigeante, autoritaire, menaçante, cassante et hautaine, un char d’assaut. Mais la guerre est déjà perdue. En décembre 2013, un AVC  terrasse la mère maquerelle la plus célèbre de France, elle voudrait en finir, choisir sa mort, en Suisse, comme elle a choisi sa vie et sa liberté. Mais la mort est longue à venir. Deux ans. Une fin solitaire, désargentée et sans gloire, à 92 ans, dans la tristesse de l’hôpital public de Nice.

Beaucoup de zones d’ombre subsistent tant sur la personnalité de Fernande Grudet que sur ses activités, ses protecteurs et ses célèbres clients. Car ses forces étaient, du dire de tous,  son silence et sa discrétion. Difficile aujourd’hui pour le commun des mortels de connaître les noms de ces centaines d’hommes de son cercle qu’elle consignait pourtant dans un célèbre carnet noir.

Les filles de Mme Claude sont aujourd’hui de vieilles dames de la bourgeoisie, insoupçonnées et insoupçonnables d’avoir dans leur jeunesse appartenu au célèbre réseau. Des noms circulent toujours dans les dîners….

Madame Claude s’est envolée avec ses secrets d’alcôve et ceux de la cinquième République.

Une disparition qui aura sans doute soulagé quelques rescapés de cette «belle» époque !

Dès qu’une affaire de proxénétisme est révélée par la presse, le nom de «Madame Claude» devient un terme générique pour désigner «ces  industries» qui existent hélas toujours….

ARISTIDE ET MARGUERITE BOUCICAUT (XIXème siècle) LE DUO GAGNANT.

Aristide Boucicaut - Le Bon Marché — WikipédiaMarguerite Boucicaut (1816-1887), a participé à la création et à la prospérité du Bon Marché à Paris aux côtés de son mari Aristide Boucicaut et, femme d'une grande générosité, elle a montré constamment des préoccupations sociales et humanitaires. Elle a légué à sa mort son immense fortune à des œuvres de bienfaisance tout en assurant la pérennité du premier grand magasin parisien et en gratifiant ses employés.Entrepreneurs et visionnaires, les commerçants Aristide et Marguerite Boucicaut ont fondé,  AU BON MARCHÉ, modèle à l’origine des grands magasins.

Au Bon Marché (Department Store) 1952 History, Catalogue, Shop, Store Tom Keogh, Marguerite & Aristide Boucicaut, | Hprints.com

Le XIXème siècle a vu naître les grands magasins. Xavier Ruel a fondé le BHV ; Jules Jaluzot, Le Printemps ; Ernest Cognacq, La Samaritaine, et Théophile Bader, Les Galeries Lafayette. On doit le Bon Marché aux époux Boucicaut : ces derniers ont bousculé les codes du commerce de détail et imaginé un modèle qui a marqué durablement la société moderne de consommation.

Jacques-Aristide Boucicaut est né en 1810 dans une petite bourgade de Normandie. Fils d’un modeste commerçant, il doit travailler très jeune. D’abord employé dans la boutique paternelle, il devient ensuite colporteur en bonneterie. A 19 ans, il monte à Paris, où il est embauché comme vendeur Au Petit Saint-Thomas, magasin de nouveautés. Commercial hors pair, il prend rapidement du galon et est promu chef de rayon. C’est à cette époque qu’il rencontre Marguerite Guérin, pauvre et orpheline, mais également travailleuse et débrouillarde. La jeune femme a monté sa propre affaire : elle tient un bouillon qui sert toute la journée un plat unique aux ouvriers et aux employés. Marguerite et Aristide ont tous deux le goût de l’effort et le sens de l’initiative. Ils se marient en 1848. Cette même année, Aristide perd son emploi, mais rebondit vite en se faisant embaucher par Paul Videau, qui vient d’ouvrir, avec son frère Justin, un magasin baptisé «Au Bon Marché», situé dans l’angle de la rue de Sèvres et de la rue du Bac. La fibre commerciale et le génie des affaires d’Aristide se révèlent immédiatement. Sous son impulsion, la mercerie se métamorphose. Le 1er juin 1853, les Boucicaut s’associent aux frères Videau. Confiants, les époux mettent toutes leurs économies dans l’affaire. La boutique comprend alors quatre rayons et une douzaine d’employés et va progressivement devenir un grand magasin, proposant un large choix d’articles.

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Avec Aristide aux commandes, les innovations marketing et commerciales se multiplient. Elles peuvent se résumer en une phrase : désormais, le consommateur est Roi. Il peut entrer et sortir librement du magasin, sans obligation d’achat, il peut retourner un produit s’il n’est pas satisfait, acheter à crédit ; il a le droit de toucher et d’essayer la marchandise sans être importuné. Les prix sont affichés et fixes (finis, les prix «à la binette», qui variaient en fonction de la tête du client).

Aristide innove continuellement en offrant de nouveaux services, comme la livraison à domicile. Il édite dans les années 1860 son premier catalogue, permettant la vente par correspondance. Chaque saison, jusqu’à 500 000 exemplaires – accompagnés d’échantillons – sont envoyés à la clientèle, un service qui a lui seul, mobilise 150 employés. Cette nouvelle stratégie paie : la foule se presse Au Bon Marché. En dix ans, de 1853 à 1863, le chiffre d’affaires va progresser de 450 000 à 7 millions de francs. Malgré ce succès, Paul Videau est effrayé par l’audace de ses associés : Il décide de sortir de l’affaire en janvier 1863. Plus rien n’arrête alors les ambitions des Boucicaut. En 1869, il acquièrent un terrain et posent la première pierre d’un grand établissement commercial. Le nouveau Au Bon Marché sera, selon les mots de son propriétaire, «Le seul édifice spécialement construit et entièrement affecté à l’usage d’un grand commerce des nouveautés». Sous la conduite de l’architecte Louis-Charles Boileau et de l’ingénieur GUSTAVE EIFFEL, les espaces sont optimisés et magnifiés, grâce à l’alliance de la pierre, du fer et du verre.

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Ce nouveau bâtiment – dont la construction s’achèvera en 1887 – peut accueillir un large public sur une superficie de 52 800 mètres carrés. Il est organisé en 74 rayons gérés chacun par un chef, responsable de l’approvisionnement et de la vente. Le marketing et la publicité font leurs débuts avec des slogans tels que «Ici on reprend tout ce qui a cessé de plaire» ou «Chez Boucicaut, on livre à domicile aussi loin qu’un cheval peut aller dans Paris et sa banlieue». Les devantures de ce magasin moderne sont reproduites sur les catalogues, mais on les retrouve aussi sur des agendas, des papiers buvards et des plans de Paris. Chaque semaine, les enfants des clients reçoivent des images publicitaires à collectionner.

Aristide Boucicaut est également l’initiateur d’un événement promotionnel toujours en vigueur, le mois du blanc, durant lequel le linge de maison est vendu à prix réduit. En 1873, peu après les fêtes de fin d’année, alors qu’il errait dans un magasin vide, il avait imaginé cette animation afin de relancer les ventes….Et ça a fonctionné ! Autre innovation : pour capter et retenir la clientèle, le magasin dévient un lieu culturel grâce à un salon de lecture et à une galerie d’exposition.

Si les clients sont chouchoutés, les salariés ne sont pas en reste. Outre un intérêt direct à la vente, ils ont un accès gratuitement à des cours de langues étrangères, de chant, de musique et d’escrime. Ils bénéficient d’un jour de congé payé hebdomadaire, d’une médecine du travail, d’un réfectoire gratuit, d’une caisse de prévoyance, puis d’une caisse de retraite (qui sera largement financée par la fortune personnelle de Marguerite Boucicaut).

Aristide Boucicaut, est un patron qui fait rêver l’Amérique !

En 1877, Aristide meurt. Il laisse à sa veuve une entreprise réalisant un chiffre d’affaires de 72 millions de francs et employant plus de 1 700 personnes. Pendant dix ans, Marguerite va diriger seule la société, tout en poursuivant la politique commerciale et le management de son mari. En 1880, elle décide ainsi d’intéresser financièrement chaque salarié de la société. Elle décède sept ans plus tard, en 1887 dans sa villa cannoise. Ses somptueuses obsèques sont célébrées en l’église Saint-Thomas-d’Aquin à Paris. De nombreux employés, clients et amis se déplaceront pour rendre hommage à sa bonté ainsi qu’à ses accomplissements. Son testament s’inscrit dans la continuité de ses œuvres sociales et philanthropiques : elle confie à l’Assistance publique, son légataire universel, la construction d’un hôpital moderne qui portera son nom,  lègue une partie de sa fortune à des oeuvres philanthropiques, l’autre à ses employés (chacun reçoit, suivant son ancienneté, de 1 000 à 10 000 francs).

Révolutionnaires dans leur approche de la relation client, les époux Boucicaut ont contribué à la diffusion de la mode parisienne en France et à l’étranger. La presse les présentait à l’époque comme «La Bonne Dame du Bon Marché» et «L’Homme que nous envie l’Amérique».

Une succes story Française immortalisée par Emile Zola, dans son chef-d’oeuvre «Au Bonheur des Dames». Une enquête passionnante dans laquelle Zola se révèle être un grand documentariste avant l’heure.

Leur savoir faire était axé autour de trois grand principes. D’abord, ils ont placé la qualité des produits au cour des enjeux marketing de réputation et de fidélisation : Ils proposaient, par exemple, aux consommateurs non satisfaits de retourner leurs achats. Ensuite, ils ont imaginé une expérience client unique. Pour la première fois l’acte d’achat est pensé comme un moment privilégié, déconnecté des contraintes du quotidien : les articles sont présentés dans de superbes mises en scène, les enfants peuvent être gardés dans le magasin… Faire des emplettes devient dès lors un loisir à part entière. Enfin, ils ont su mettre au centre de leur stratégie la fidélisation de la clientèle, tout en s’attachant à améliorer les conditions de vie et de travail de leurs employés.

Les Parisiennes prirent l’habitude de se retrouver dans ce grand magasin, échappant un temps à l’ennui de leur vie domestique. Et, ce faisant, certaines développèrent une addiction toute nouvelle au shopping !

Bon, et Le Bon Marché aujourd’hui ?  Détruit par un incendie, il est reconstruit en 1924 par Louis-Hippolyte Boileau. Depuis 1984, le Bon Marché est propriété du groupe LVMH  (C’est le premier groupe de luxe au monde avec quelques quinze milliards de chiffre d’affaire, 59 000 employés et 60 marques)  Bernard Arnault, qui sait se montrer intraitable avec les ouvrières qu’emploie son groupe de luxe LVMH, a entrepris une grande rénovation et refonte des espaces en vue de le moderniser. Le Bon Marché, démentant sans aucun scrupule son propre nom, puisque, «bon marché» signifie «peu onéreux», Le Bon Marché donc, est devenu le grand magasin de luxe de la rive gauche, celui dans lequel la bourgeoisie parisienne est assurée de trouver le fameux «bon goût à la française».