BALSAMO CAGLIOSTRO, l’escroc des Lumières (5 et fin).

Cagliostro le sait : L’Angleterre ne lui a jamais porté bonheur. 

Résultat de recherche d'images pour "angleterre"

Qui ne se souvient des Scott, qui l’ont jadis persécuté ? Mais il semble ne craindre rien ni personne. Il est parvenu à un tel degré de suffisance et de foi qu’il se sent au-dessus des lois comme des turpitudes qui pèsent sur le commun des mortels. Cette fatuité sera la cause de sa dégringolade. À peine a-t-il débarqué sur le sol de la perfide Albion qu’on le fouille au corps et qu’on lui dérobe un écrin farci de diamants dont les policiers anglais pensent qu’il ne peut s’agir que des diamants du fameux collier de la Reine….L’affaire fait si grand bruit qu’elle est connue de toute l’Europe. Qu’importe ! À peine installé à Londres, le voici donc qui, avec impudence, fait tapage contre les ministres du roi de France, qui le servent si mal, contre l’arbitraire, la Bastille, les lettres de cachet. 

Résultat de recherche d'images pour "la bastille paris 1789"

La France ? Il n’y reviendra qu’une fois la Bastille devenue «une promenade publique» ! Propos évidemment prémonitoires….«Vous avez tout pour être heureux, vous autres Français…Il ne vous manque q’un petit point, c’est d’être sûrs de coucher dans vos lits quand vous être irréprochables !». écrit-il. (Cité par P.Brunet, Cagliostro, op.cit., page 284)  Par-dessus le marché, il se permet de faire suivre sa diatribe d’une citation devant le Châtelet de Paris assignant le gouverneur de la Bastille, de Launay.

Résultat de recherche d'images pour "Versailles 1789"

À Versailles, on ne rit pas de ces pitreries, et on tend un piège au persifleur en lui faisant valoir qu’on autorise son retour en France pour le temps du procès.

Cagliostro n’est pas assez idiot pour se laisser prendre au piège, mais il se le tient pour dit : il est surveillé comme un rat par une meute de chats !  Il s’en va dire à l’ambassadeur de France qu’il ne rentrera en France qu’armé d’une autorisation signée en bonne et due forme par le roi en personne. Ce qui, on s’en doute, est impossible. 

Dans son entourage, nombreux sont ceux qui commencent à prendre peur. Serafina en tête….Mais Cagliostro n’en a cure. Il lui suffira de fonder une nouvelle loge de rite égyptien sur le sol anglais pour que, depuis toute l’Europe, on accoure pour se placer sous son aile ! On le voit Cagliostro se ment à lui-même comme il ment à tout le monde. 

Sérafina, dotée d’une perspicacité de diablesse, l’a deviné : Alexandre Cagliostro est en train de redevenir l’imposteur escroc Giuseppe Balsamo. Ce Balsamo dont il dément être le réincarnation : «JE NIE ÊTRE BALSAMO ! » hurle-t-il.

Alexandre Cagliostro a beau renier haut et fort son ancienne défroque, il n’y peut rien : il redevient Balsamo. Balsamo dont le nom, comme le rocher de Sisyphe, lui retombe sans cesse sur le visage. Partout, depuis la France, l’Angleterre, depuis les tanières de tous ses ennemis, on le murmure, puis on le crie : «OUI, CAGLIOSTRO ET JOSEPH BALSAMO NE FONT QU’UN ! OUI, LA DAME DE CAGLIOSTRO N’EST AUTRE QUE LORENZA FELICIANI, ÉPOUSÉE À ROME ET UN JOUR ENFERMÉE À SAINTE-PÉLAGIE SUR LES PLAINTES DE BALSAMO SON MARI, POUR RAISON DE SON LIBERTINAGE !». 

À partir de ce moment, les réseaux d’amitié se désagrègent autour du Grand Cophte. On commence à ne voir en lui qu’un aventurier, proxénète et escroc. Oui, Balsamo, n’en déplaise à Alexandre Dumas, rattrape Cagliostro ! Bientôt, on considère que la maçonnerie égyptienne n’est qu’une escroquerie fumeuse. Ses transmutations ? Elles ne sont que l’oeuvre d’un faussaire ! Le 30 mars 1787, au bout du rouleau, Cagliostro quitte l’Angleterre pour ne plus y revenir. 

Serefina demeure, cette fois, en Angleterre où elle est finalement arrivée pour partager le sort de son mari. C’est une première dans l’histoire des Cagliostro. Il n’a jamais supporté d’être séparé de sa femme. Que s’est-il passé? Serafina se souvient-elle soudain de son emprisonnement à Sainte-Pélagie, dont elle a tant souffert ? Pressent-elle que son mari ressemble de plus en plus à ce Joseph Balsamo, aventurier sans foi ni loi, à demi proxénète et escroc sans morale ? Alexandre veut-il éprouver Serafina – la mettre au défi de se ternir sagement ? Après tout, n’est-elle pas la moitié de l’homme le plus extraordinaire de la Terre ?  

Seulement, Serafina n’est plus la gamine de quinze printemps fascinée par son mentor. À trente-quatre ans, la femme intuitive fait la part des choses. Elle sait que la bonne étoile de son mari est en train de pâlir. Et que l’éclipse risque cette fois de durer. Elle fait le bilan de sa vie. Un bilan douloureux. Alors elle le renie. En réalité, elle renie Balsamo en Cagliostro. Les espions de l’ambassade de France se disent qu’ils tiennent le mage. Un simple petit mot. Oui, un petit mot de Serafina qui attesterait par exemple que les charges se son mari contre de Launay sont des mensonges….et le tour est joué ! 

Pourtant, la belle s’y refuse. Jouer les judas ? Très peu pour elle. Du moins pour l’instant. La voici donc qui rejoint son mari en Suisse.

Résultat de recherche d'images pour "La Suisse zurich"

L’atmosphère commence de devenir irrespirable pour le mage. Ses hôtes le harcèlent. Ils n’attendent de lui qu’une seule et unique chose : qu’il fabrique des diamants et grossisse des pierres précieuses, voilà tout. Il s’y refuse. Pour qui le prend-on ? Alors, son hôte, vexé, lui annonce tout de go que Serafina l’a trahi. Le mage est effondré. Il se laisse aller. 

Commence pour le couple à la dérive un long périple durant lequel Serafina, petit à petit, songe qu’elle pourrait pour de bon trahir Cagliostro.

Résultat de recherche d'images pour "turin italie"

Bientôt, ils sont à Turin, car Serafina languit de sa patrie d’origine. Choix abominable : Turin est sous la coupe de Victor-Amédée, roi de Sardaigne, qui est lié à la cour de France par le comte d’Artois. Un ordre part aussitôt. Les Cagliostro doivent fuir Turin sous peine d’y être arrêtés. Gênes, Parme, Vérone….Les Balsamo-Cagliostro évoquent de plus en plus un couple de fugitifs. Qu’ils le veuillent ou non, ils sont redevenus Giuseppe et Lorenza, les errants du temps jadis. Lorenza s’abîme dans la prière. Elle prie Dieu qu’il la débarrasse de ce Giuseppe dont elle ne veut plus et qui est son calvaire. Elle ne le respecte plus. Elle ne l’admire plus. Elle veut retourner dans sa famille, revoir les siens. Là-bas, à ROME.

À Trente Résultat de recherche d'images pour "Trente italie", Cagliostro connaît un retour de fortune : on dirait qu’il guérit des cancéreux. Hélas, ils trépassent au bout de quelques semaines. Le feu sacré semble éteint. Pourtant il persévère. Mgr Thun, l’évèque de Trente, ne s’est-il pas entiché de lui ? Ne lui conseille-t-il pas de persuader le Saint-Siège de bénir sont rite égyptien ? Et puis, Serafina ne veut-elle pas rejoindre Rome, où l’attendent les siens ? Y a t’il une raison, même minuscule, de ne pas s’y rendre ? Aucune. Le Vatican ne semble pas nourrir d’hostilité à l’égard de Cagliostro. 

Résultat de recherche d'images pour "Rome le vatican"

Ce que le mage oublie, c’est qu’il est seul, désormais, face au Vatican, et que le cardinal de Rohan ne lui servira pas d’intermédiaire. Il ne peut que compter sur lui-même et personne d’autre.

Le 27 mai 1789, le couple arrive à Rome.  

Résultat de recherche d'images pour "Rome"

Il a décidé de jouer sa vie à quitte ou double.

Il est de plus en plus seul. Ses beaux-parents, catholiques bigots, le haïssent. Pire sa lettre au papa ne rencontre que le silence. Il est blessé dans son orgueil. Il aurait voulu se réfugier à Malte, le berceau de ses origines, mais le grand maître Emmanuel de Rohan ne l’entend pas de cette oreille, car Cagliostro, désormais, sent le soufre, et Rohan ne veut pas se mettre en délicatesse avec le Vatican. Il est devenu un poison. Pour tout le monde. 

En juillet 1789, on apprend une nouvelle ahurissante : La Bastille a été prise, et on a coupé la tête à de Launay !  Pour Pie VI, il ne faut voir là que le résultat du travail de toutes ces sectes et société secrètes….Le COUPABLE est dès lors tout désigné : il s’appelle CAGLIOSTRO ! Le mage marche désormais au bord du gouffre. Il suffit de le pousser.  Et c’est SERAFINA qui s’y emploie. On a pu penser que la comtesse avait été le jouet de sa famille et de l’Église. Pas du tout. En réalité, la charmante Lorenza-Serafina, maintenant, le déteste. Elle ne lui pardonne pas leur ruine. Elle hait en lui ce Giuseppe Balsamo qu’il est redevenu. Où dont est passé le Cagliostro amoureux qui idolâtrait sa femme ? Maintenant, il la moque pour ses prières, l’injurie, lève la main sur elle. 

En septembre, le Saint-Office apprend que la comtesse de Cagliostro

 a des révélations à faire pour libérer sa conscience.

 le 27 décembre, le Grand Cophte est arrêté par la police

 du Saint-Office et incarcéré au château Saint-Ange. 

Résultat de recherche d'images pour "Le château de saint ange à rome"

Le château Saint-Ange à Rome 

Au XVIIIème siècle, le Saint-Office, c’est à dire l’Inquisition, fait toujours peur. On imagine à quelle vitesse les rares soutiens que Cagliostro compte encore s’envolent comme une nuée de moineaux.  Même Rohan, qui hier encore l’assurait de son appui, demeure muet comme une tombe….. Cagliostro est au secret. On l’enchaîne car on craint qu’il se suicide.  On vient de trouver dans ses papiers une prophétie : Pie VI sera le dernier pape  de l’Église. Le crime est flagrant ! Dans sa cellule putride, celui qui a été le Grand Cophte attend maintenant son jugement. À l’issue de quinze mois de tortures morales abominables, Cagliostro est enfin livré aux juges. 

De quoi l’accuse-t’on ? Il est franc-maçon, 

il a blasphémé,

 il s’est adonné à une kyrielle de pratiques magiques et sataniques.

 À cela s’ajoutent les charges imputables à Giuseppe Balsamo, c’est à dire le faux, 

l’escroquerie, des filouteries sans nombre.

 Pour l’Inquisition, il est un symbole. 

Si on condamne un Cagliostro, l’Église est assurée de faire peur à 

tous ceux qui osent la défier. 

On a pas idée aujourd’hui de l’abjection de l’Inquisition, inventée par le célèbre Torquemada au XVIème siècle.

Retenons simplement qu’il s’agit d’une machine à écraser, sans aucun débat possible entre l’accusateur et l’accusé. 

Son dossier ? Le pauvre homme qui se trouve entre ses griffes ne le voit jamais. On paie les délateurs, car toute dénonciation est la bienvenue, d’où qu’elle vienne, de quelque nature qu’elle soit. Enfin, cerise sur le gâteau, l’accusé doit se charger lui-même s’il veut espérer la clémence des juges. 

La torture fait évidemment partie du tableau. Pour Cagliostro Résultat de recherche d'images pour "cagliostro mort", ce seront onze mois de procès. L’accusé, arrivé encore pimpant est sûr de lui, peu à peu se désagrège. Sous le feu d’interrogatoires plus pervers les uns que les autres, il prend peu à peu conscience qu’il est fini, que ces gens-là ont juré sa perte et….que Serafina elle-même, sa compagne, son double, l’a irrémédiablement trahi.  Cuisinée, la charmante petite comtesse confie à des prêtres experts en diableries tout ce qu’ils désirent. Absolument tout. Voulant sauver sa peau – autant que son âme -, confite de haine, Serafina accuse son mari du pire, c’est-à-dire de commercer avec Satan. 

Épuisé, le corps comme l’esprit brisés, Joseph Balsamo alias Cagliostro confesse ses crimes, puisque, ainsi que ses avocats le lui représentent, c’est la seule façon d’attendrir le tribunal. La sentence est prononcée en présence de Pie VI, le 7 avril 1791. 

Cagliostro, agenouillé, la tête recouverte d’un voile noir, entend le déroulé de ses crimes. Normalement, l’Église, qui ne tache pas ses mains pures du sang des condamnés, livre leurs corps au bras séculier, autrement dit à la justice laïque, qui seule se charge de l’exécution des sentences. Cette fois, par commisération, l’Église na pas voulu que le sang soit  versé. Elle commune la peine de mort prononcée contre Cagliostro en prison perpétuelle. 

Pour que cette grâce lui soit accordée, encore a-t-il fallu que le condamné abjure publiquement et solennellement ses crimes. Il acceptera cette épreuve odieuse pour sauver sa vie. Vêtu de blanc, cierge à la main, il ira depuis sa prison jusqu’au parvis de Sainte-Marie-de-la-Minerve, face à l’obélisque égyptien. 

Résultat de recherche d'images pour "Saint marie de la minerve"

Un obélisque égyptien…. Tout un symbole pour celui qui,  jadis, s’appelait «Le Grand Cophte». 

Il est enfin transféré à la forteresse de San Leo Image associée pour y purger sa peine. Il y parviendra à dos de mulet le 20 avril 1791. Il y restera jusqu’à la fin de ses jours dans le silence. Le silence de la mort. La cellule est abjecte. La nourriture infâme. Seul le vin lui est servi à profusion ; il en ingurgite quatre litres par jour. Comme il s’agite et injurie ses gardiens, on finit par le jeter dans un puits. S’ensuivront des mois affreux, des mois d’agonie lente, sous les coups et le plus souvent l’entrave des chaînes. 

Il pleure Serafina Résultat de recherche d'images pour "Sérafina cagliostro", que, dans son délire, il croit emprisonnée elle aussi, comme jadis à la Bastille. Enfin, au bout de cinq années de ce régime épouvantable, la mort le libère.

C’était un 26 août 1795. 

Image associée

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s