BALSAMO CAGLIOSTRO, l’escroc des Lumières (4)

Voyons quelle histoire à joué Cagliostro dans l’affaire du collier de la Reine. 

En 1785, le mage quitte Strasbourg de façon semble-t-il précipitée. Pourquoi abandonner cette ville, la seule qui l’ait reconnu ? C’est que le grand Cophte est inquiet. Son ambition augmente au fur et à mesure qu’il vieillit. Lui reste-t-il encore le temps de parvenir à cette gloire dont le désir le brûle telle une tunique de Nessus ? En février de cette année-là, un convent extraordinaire de la maçonnerie doit se réunir à Paris, et Cagliostro veut absolument qu’on y proclame la supériorité de son rite égyptien. 

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Les divers courants vont s’y chamailler, et Cagliostro rêve d’imposer alors «SA» maçonnerie. Que lui restera-t-il alors à accomplir ? À faire bénir la maçonnerie de rite égyptien par le pape. Il n’est pas interdit de rêver. Oui, réconcilier l’Église et la maçonnerie, le voilà, le grand dessein ! 

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C’est alors qu’il emménage rue Saint-Claude, à Paris, où il installe au premier étage une loge égyptienne. Son train de vie est de plus en plus somptueux. Il vit à l’égal des grands princes. Ses dépenses avoisinent les 100 000 livres par an – c’est trois fois son train de vie strasbourgeois.  

D’où sort-il cet argent ? Des poches du cardinal de Rohan, son protecteur ? C’est peu probable : La fameuse comtesse de La Motte-Valois soutire déjà des fortunes au prélat. Justement, Rohan parle à Cagliostro d’un collier magnifique, oeuvre de deux grands Joailliers. 

L’idée saugrenue de la comtesse de La Motte serait qu’il achète, lui, Rohan, pour l’offrir à Marie-Antoinette…..Que répond Cagliostro ? On l’ignore. Certains affirment qu’il dissuade le cardinal de faire cet achat. D’autre au contraire qu’il l’y encourage. Quoi qu’il en soit, le collier est livré par les joailliers. Image associée Mais hélas, il tombe entre les doigts crochus de la comtesse de La Motte et de ses complices. 

Pendant ce temps, Cagliostro, au fond peu intéressé par l’histoire du collier, progresse dans son délire.

Il jette des pions sur le chemin qui doit le conduire au sommet de la maçonnerie universelle. Et soudain, patatras ! Il suffit d’une lettre à tous ses frères où Cagliostro ne parle pas autrement que Jésus des Évangiles pour tout ficher par terre : le mage est bel et bien un mégalomane. Les francs-maçons qui l’ont adulé désormais le haïssent. Rien de tel pour exalter encore la suffisance de Cagliostro, qui fait de la rue Saint-Claude le Vatican de la nécromancie européenne. 

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À ses dîners de nabab, trois ou quatre fois par semaine, on voit à la place d’honneur Son Éminence de Rohan, flanqué de cette Jeanne de La Motte que le maître de céans tolère plus qu’il ne l’apprécie. L’appui de Rohan lui est plus que jamais nécessaire pour arracher à Rome la reconnaissance de sa maçonnerie. Alors, il ferme les yeux sur la présence de Mme de La Motte, cette gourgandine. 

À cette époque, il semble que Cagliostro se fasse moins guérisseur. la toute-puissante faculté de Paris ne vient-elle pas d’obtenir la disgrâce et l’exil de son concurrent, le fameux Mesmer, Résultat de recherche d'images pour "mesmer magnétisme animal"l’inventeur du «magnétisme animal» ? Mais le comte est tout à son ambition : régner sur vingt et un millions de maçons d’une maçonnerie reconnue comme la «fille aînée de l’Église». Devenir ainsi immortel. Le mage déraisonne. Pourtant, on ne parle que de lui dans les salons. On s’arrache une foule d’objets gravés à son effigie. bref, il fait fureur. Il est devenu la coqueluche du tout-Paris pré-révolutionnaire. De séances divinatoires en charlatanismes de haute-volée, le mage a conquis Paris !.

Pendant ce temps, alors que ses complices essaient d’écouler les diamants du fameux collier à Londres, Jeanne de La Motte coule des jours heureux en songeant que, si l’affaire tourne mal, elle pourra toujours «mouiller» l’alchimiste fabricant de diamants en série….Il fera un parfait bouc émissaire! Cagliostro, dans sa fatuité, ne devinera pas – LUI LE GRAND DEVIN – ce qui se trame, tout occupé qu’il est à ouvrir la première loge féminine, la loge Isis, présidée par l’incontournable Serafina, qui agglomère autour d’elle les noms les plus prestigieux de la cour de France. 

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Le 15 août 1785, on arrête Rohan en pleine galerie des Glaces, à Versailles. La monarchie est ébranlée. La rumeur aussitôt se met à circuler : le mage tremperait dans ce scandale dont le roi et surtout la reine ne se relèveront pas. L’escroquerie du siècle ne serait que la face émergée d’un complot maçonnique visant à détruire la monarchie de droit divin. Il faut bien convenir que tous les acteurs de l’affaire du collier sont plus ou moins liés à la maçonnerie – y compris Jeanne de Valois et davantage encore son complice de frère, Jacques, qui est un protégé du duc de Penthièvre, lui-même beau-père du grand maître de la maçonnerie française, le duc de Chartres. Ce dernier, devenu Philippe Égalité et révolutionnaire, contribuera à faire couper le cou à son cousin Louis XVI ! 

Cagliostro, qui tient le cardinal comme le marionnettiste tient son pantin, ne peut qu’avoir trempé dans le complot ! Qu’importe si tout cela est cousu de fil blanc, si Cagliostro n’arrive en fait à Paris qu’une fois le bijou déjà acheté…Sans doute n’est-il pas besoin d’être présent pour tirer les ficelles d’un complot ? 

Le 15 août, le cardinal a été arrêté. Le 23 août, c’est au tour du grand Cophte. L’arrestation s’opère sans ménagements et s’assortit de la confiscation de ses poudres, onguents et élixirs. 

Résultat de recherche d'images pour "Cagliostro en prison"Direction la Bastille, où Cagliostro est incarcéré dans une geôle qui porte le nom de «la Calotte»  – c’est l’une des plus rudes, on y cuit l’été pour y geler l’hiver. Jeanne De La Motte dort deux étages plus bas. Ce que le mage ignore encore, c’est que Serafina va les rejoindre. Il est au désespoir. De crainte qu’il ne veuille en finir, on le dépouille de tous les objets un peu pointus dont il pourrait faire usage. Mais c’est mal connaître Cagliostro et son incroyable capacité de rebondir que d’imaginer qu’on puisse ainsi le neutraliser….. 

D’abord, il témoigne de si habile façon que Serafina sort de la Bastille pour ne plus être inquiétée. Ensuite, il est bien décidé à se défendre pied à pied. C’est ce qu’il fait durant neuf mois, entre août 1785, date de son arrestation, et mai 1786, date de l’ouverture du procès.

Pendant ce temps et sans qu’il le sache, Jeanne de La Motte le désigne comme le «faux prophète», le «bas alchimiste» et le deus ex machina du complot. L’aventurière a-t-elle le choix ? Probablement pas, car il est pour elle hors de question de charger Rohan, trop puissant. Dénoncer un étranger qui sent le souffre devient son seul recours.

Maître Doillot, l’avocat de la belle, n’y va pas de main morte….Écoutons-le plutôt : 

Dépositaire de la part de M.de Rohan du splendide collier, Cagliostro l’a dépecé pour en grossir le trésor occulte d’une fortune inouïe…. Oui, c’est lui le coupable. C’est lui qui a fait vendre le bijou à Londres ! Que peut-on attendre de celui qui, pour dire son âge, prétend qu’il a assisté aux noces de Cana ? Sa fortune ? Mais elle est le fruit de son escroquerie, bien sûr ! La comtesse de La Motte comme le cardinal sont les victimes de sortilèges de Cagliostro. Ils ont été ensorcelés.

Cagliostro n’est nullement prêt à se laisser faire. il se défend avec hauteur et habileté, préférant s’appuyer sur l’évidence : était-il à Paris au moment de la négociation avec les Joailliers ? Non, il était à Bordeaux ! La confrontation entre les deux protagonistes est sanglante. Jeanne l’accuse d’ignominies – en particulier d’avoir abusé d’elle ! Indigné, le mage la traîne dans la boue, tant et si bien que l’exaltée s’empare d’un chandelier et tente de l’assommer. La confrontation s’achève en pugilat. Comme son amant Rétaux de Villette a fini par avouer, la comtesse de La Motte se retrouve empêtrée dans ses délires, d’autant que ledit Rétaux, aux abois, lave Cagliostro de tout soupçon. 

On connaît l’issue de l’affaire : le parlement de Paris disculpe Cagliostro comme son ami le cardinal. Le voici acquitté et triomphant. Les portes de la Bastille s’ouvrent devant lui. Le peuple de Paris en liesse l’acclame. On craint même une émeute tant sa popularité est grande. Hélas, le roi, vexé de la décision du Parlement, intime bientôt à Rohan l’ordre de se démettre de ses charges, ce qu’il fait sur-le-champ. Brave-t-on un ordre du roi ? Quant à Cagliostro, le voici «relégué», dans l’obligation de quitter le royaume sans tergiverser. Derrière l’ordre du roi, on devine la volonté de la reine – la principale responsable, hélas, de ce tragique vaudeville. Elle exècre Rohan, mais elle méprise tout autant Cagliostro. Vaincu le Grand Cophte fait ses malles. Serafina, qui n’est pas exilée, l’accompagne jusqu’à Boulogne, où il embarque pour l’Angleterre.

À Suivre….

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