FLORENCE NIGHTINGALE, pour l’amour de soigner

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Riche, ravissante et cultivée, elle a tout sacrifié à sa vocation d’infirmière. Première femme décorée de l’ordre du Mérite, elle reste, plus d’un siècle après sa disparition, l’incarnation de l’altruisme.

Constantinople, 5 novembre 1854, minuit. Dans les corridors glacés de l’hôpital Barrack, une silhouette escortée d’une lanterne évolue lentement entre les paillasses. Ses yeux verts scrutent l’obscurité d’où s’élèvent les gémissements des soldats britanniques entassés dans des salles infestées de rats. Durant des heures, elle masse les jambes de l’un, caresse le front d’un autre. À l’oreille d’un agonisant, elle distille une ultime tendresse : «Je suis là. Prends mon amour. Il est immense. Il est celui d’un mère pour son enfant. Prends mon amour…» Les blessés,  épuisés, la regardent incrédules. Est-ce une apparition ?

Cette bienfaitrice qu’ils surnommeront «la dame à la lampe» qui est-elle ?  Qu’est-ce qui a bien pu  pousser une aussi gracieuse jeune femme à venir soigner les damnés de la guerre de Crimée, ici, dans le triste quartier de Scurati ? Il y a de quoi être déconcerté : elle ne ressemble pas aux souillons avinées qui travaillent d’ordinaire dans les hôpitaux. Et pour cause, elle appartient à la grande bourgeoiserie anglaise et a bravé tous les interdits pour vivre sa vocation d’infirmière.

À 34 ans, Florence Nightingale s’apprête à entrer dans l’histoire en donnant des lettres de noblesse à une profession balbutiante, mais aussi en réformant les règles de l’hygiène hospitalière. Missionnée par le ministre de la Guerre, elle a débarqué la veille dans le détroit du Bosphore à la tête d’un groupe de trente-huit femmes déterminées, comme elle, à soulager les souffrances des soldats. Sur place, elle découvre un chaos inimaginable qu’elle entreprend de combattre avec un sens de l’organisation hors norme. Constamment révoltée, elle se met souvent en colère mais rien ne la décourage : ni l’épidémie de choléra qui tue plus que les blessures, ni les hurlements des malheureux opérés sans anesthésie, ni l’hostilité de médecin misogynes, ni l’absence de règles élémentaires de propreté, ni les entraves de la bureaucratie.

À la tête de son équipe, elle assainit les latrines, lave les draps, récure les sols, impose des bandages propres, s’empare des denrées bloquées dans les entrepôts des douanes, instaure des règles de cuisson des aliments….Et plus que tout, elle exige le respect de la dignité humaines des patients. Elle réprimande les docteurs pour leur brutalité verbale et elle passe ses nuits au chevet des mourants. Les résultats ne se font pas attendre : le taux de mortalité baisse, les hommes reprennent courage et la réputation du «rossignol» (nightingale en anglais !) arrive jusqu’en Angleterre, où la reine Victoria en personne l’érige en héroïne nationale.

Elle ne cherche pas les honneurs, mais fait l’objet d’un culte, malgré elle.

À la fin du conflit, en mars 1856, à Istanbul comme au Royaume-Uni, elle fait l’objet d’un culte. Des vignettes et médailles à son effigie s’arrachent comme des talismans. Le 27 juillet 1856, une fois le dernier blessé embarqué pour la mère patrie, elle consent enfin à rentrer. Mais pour éviter l’accueil triomphal qui l’attend, elle prend un pseudonyme et revient incognito ! Elle ne cherchera jamais les honneurs, mais surtout elle mesure alors l’ampleur de la tâche qui l’attend pour faire triompher ses idées.

Fidèle à cet engagement, elle va y consacrer le reste de son existence et obtenir de formidables avancées. Auteure de nombreux ouvrages, elle va ouvrir la première école d’infirmières, en 1860, et ses conseils seront sollicités en Europe comme en Amérique. Mais elle n’aurait jamais accompli son destin de pionnière si elle n’avait gagné une bataille qui semblait pourtant perdue d’avance : Défier ses parents, la bonne société et la morale pour sortir de sa cage dorée et prendre son envol.

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Florence, Italie

Miss Nightingale naît le 12 mai 1820, en Italie, à Florence… d’où son prénom ! Ses parents, de riches bourgeois progressistes, passent leurs premières années de mariage à voyager en Europe. L’année précédente, son unique sœur est née à Naples dans le quartier de Parthenope, nom qui devient le sien. Audacieux dans le choix des prénoms de leur progéniture, les Nightingale le sont aussi dans leur goût pour le savoir et les idées neuves. Anglicans érudits, il donnent une solide éducation à leurs filles et les encouragent à l’empathie sociale. Ils vont être entendus au-delà de leurs espérances ! Parthenope Résultat de recherche d'images pour "Parthenope nightingale" s’intéresse à la condition paysanne qui lui inspirera deux romans et plusieurs essais sociologiques, mais elle ne transgresse pas les codes de sa classe et épouse un lord. Rien à voir avec «Flo» qui, très tôt manifeste un tempérament exalté. À 6 ans, souvent occupée à tenter de guérir les animaux blessés qu’elle recueille, elle fait déjà le serment de consacrer sa vie aux plus faibles. Ce trait de caractère typiquement enfantin devient une véritable obsession avec l’âge.

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En 1837, à 17 ans, une épidémie de grippe décime l’Angleterre et elle prend en charge les soins très exigeants de tout son entourage. C’est une révélation. Elle écrit alors dans son journal ! «Dieu m’a parlé et m’a appelée à son service».  Bien décidée à répondre à cet «appel», elle n’envisage cependant pas de rentrer dans les ordres et elle se heurte à l’opposition de ses parents. À l’époque , en dehors des religieuses, les infirmières sont au mieux des femmes de charge et au pire des prostituées. Les gens fortunés se font soigner chez eux, seuls les pauvres vont à l’hôpital où tout est scandaleux : la crasse, la promiscuité des corps, la compagnie des hommes. Le projet de Flo est tout bonnement délirant !

Espérant calmer ses ardeurs, son père entreprend de lui enseigner les mathématiques, n’imaginant pas qu’elle utilisera plus tard les statistiques pour prouver l’efficacité de ses méthodes. Pour l’heure, elle voyage en famille à travers l’Europe et saisit chaque occasion de s’instruire sur la médecine, notamment en questionnant les docteurs qu’elle rencontre, en lisant les publications disponibles ou en visitant les infirmeries des couvents.

Malgré tout, elle s’étiole et fait plusieurs dépressions graves. La vie mondaine l’ennuie, les fastes de l’aristocratie lui semblent indécents et les flirts ne l’inspirent pas. Ravissante et cultivée, elle est pourtant très sollicitée. Un seul homme la troublera vraiment : en 1845, Richard Monckton Milnes, un séduisant avocat, la demande en mariage. Elle temporise pendant six ans avant de refuser. Le célibat semble garantir sa pugnacité : elle ne se mariera pas, mais elle gardera toute sa vie une lettre de Richard dans un portefeuille qui ne la quitte jamais.

Le goût pour l’écriture et la pédagogie occupent ses dernières années.

À 25 ans, Miss Nightingale, féministe avant l’heure, aspire à un accomplissement personnel et enrage que sa condition de femme la limite autant. Sa rencontre avec Sidney Herbert Résultat de recherche d'images pour "Sidney Herbert", homme politique libéral et futur ministre de la Guerre, va la sortir de l’impasse. Grâce à leur amitié et leur profonde convergence idéologique, elle va développer un projet d’école et affûter ses arguments sur les vertus de l’hygiène. Sidney lui ouvre des portes et amadoue ses parents : ils la laissent diriger des établissements de soins où son sens de l’organisation fait merveille. Elle mène des réformes avec fermeté, mais non sans humour : « Il peut sembler un principe étrange à énoncer que la toute première exigence à l’hôpital est de ne faire aucun mal aux malades !».

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Constantinople

Lorsque la guerre de Crimée éclate, elle a acquis une solide expérience et se sent prête à sortir du confort de son bureau d’intendante pour éprouver ses théories sur un champ de bataille, au plus près de la souffrance. Sidney, nommé ministre de la Guerre en 1852, lui propose une mission dans l’hôpital militaire de Scutari, à Constantinople. Cette fois les parents de Florence cèdent : Leur patriotisme et le parcours déjà exemplaire de leur fille balaient leurs dernières réticences. En quelques semaines, elle est prête. Plus rien ne pourra l’arrêter.

À son retour, en 1856, sa santé altérée par une fièvre hémorragique dont elle ne se remettra jamais complètement l’oblige à garder la chambre plusieurs mois. Peu à peu, elle s’installe dans une vie recluse dans son hôtel particulier à Mayfair, un des quartiers les plus chic de Londres. Aurait-elle perdu le goût du combat ? En aucun cas ! ses convictions sont intactes mais le monde l’incommode et elle œuvre désormais par écrit.

Commence alors une seconde existence fort active mais immobile. Entourée d’une meute de chats persans, elle noircit des milliers de pages. En 1860, elle ouvre enfin son école, au sein de l’hôpital du King’s College et publie son livre le plus célèbre, «Notes sur les soins infirmiers : ce que c’est et ce que ce n’est pas», le premier manuel pédagogique. Très sollicitée, elle acceptera entre autres de conseiller le gouvernement américain durant la guerre de Sécession et de participer à la réforme de la Croix-Rouge.

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À partir de 1892, frappée de cécité, elle s’enfonce dans une léthargie qui lui fait perdre le souvenir de ses exploits. En 1907, lorsqu’elle est la première femme décorée de l’ordre du Mérite, elle a tout oublié. Elle s’éteint dans son sommeil, le 13 août 1910. À sa demande, elle est enterrée dans la plus grande discrétion et sa pierre tombale ne mentionne que ses initiales. Une humilité à la mesure de l’intégrité de celle qui est restée sa vie durant fidèle à sa devise : «Regardons nos consciences comme nous regardons nos mains, pour voir si elles sont sales».

 

 

 

 

 

 

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