Madame CLAUDE, celle qui a fait trembler la république.

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Ses carnets auraient pu faire exploser la Vème République ! Madame Claude, proxénète de légende, connaissait tous les petits secrets des riches et puissants. Une certaine gloire et une terrible décadence…..

Certaines pages (des carnets) rendues publiques, mentionnent   : «Vicieux – se fait uriner sur tout le corps, mange les matières – fait le chien» Où : «Vicieux – aime être dominé, se faire fouetter, se fait sodomiser avec un gode – boit beaucoup».  Où encore : « tel homme politique aime les fessées» …

«J’ai été la meilleure maquerelle du siècle», s’enorgueillissait Madame Claude, avant d’ajouter que son but était de «rendre le vice joli». Ses «filles», pas moins de cinq cents, les plus belles de Paris disait-on, se pliaient aux désirs d’une gent masculine bien née et aux commandes du monde : Le Shah d’Iran, des ministres, des stars de la chanson et du cinéma, Gionanni Agnelli le patron de Fiat, Aristote Onassis, quelques Rothschild, des princes arabes, et même le président Kennedy. Des années durant, l’arrogante et redoutable Madame Claude s’est régalée de sa toute-puissance.

Madame Claude s’est inventé une vie, une famille, des origines. Une légende personnelle qui échappe au réel.

Si elle se dit bourgeoise et flanquée de trois frères, Fernande Grudet, née le 6 juillet 1923 à Angers, n’a en réalité qu’une soeur. Son père, ingénieur et plus tard résistant, est en réalité un bistrotier qu’un cancer a emporté en 1941. Sans diplôme ni argent, Fernande, n’a pas connu la déportation à Ravensbrück, sous l’Occupation, elle est fille-mère. A la libération, elle enterre Fernande pour se faire appeler Claude, laisse sa gosse à sa mère et monte à Paris où elle vend ses charmes.

Parmi le grand banditisme qu’elle fréquente, elle tombe amoureuse. Ce sera la seule fois de sa vie ! Elle s’entiche d’un gangster, le chef du «Gang des tractions avant». (Le gang des Tractions Avant est une bande de malfaiteurs des années d’après-guerre spécialisée dans les attaques à main armée. Certains sont issus de la Carlingue  ou « Gestapo française de la rue Lauriston » dirigée par Bonny et Lafont.  D’autres ont fait partie de la Résistance.  Le gang est indissociable de la personnalité de son chef Pierre Loutrel,  dit Pierrot-le-fou). Une passion dévorante et éphémère au terme de laquelle elle renferme définitivement son coeur.  Elle en gardera un profond mépris des hommes.

Il faut être con, ou tordu, vraiment, pour payer une fortune une partie de jambes en l’air, lance-t-elle.

Se rendant compte qu’elle a davantage la bosse des affaires que le goût de la bagatelle, en 1957, elle monte son petit commerce, un bordel mondain. L’ascension est fulgurante. Dans les années 1960 et 1970, cinq cents filles rejoignent ainsi le «cheptel» de la patronne. Esthète et perfectionniste, comme on joue à la poupée, elle cisèle ses créatures avec le soin d’un génie diabolique.

Une prostitution haut de gamme dont les tarifs sont très élevés pour l’époque : entre 1 000 et 1 500 francs pour une demi-heure ou une heure et 15 000 francs pour une nuit en moyenne. Sur chaque passe, Madame Claude prend 30%. En quelques années, elle devient ainsi millionnaire.

D’abord, je corrigeais les défauts physiques, nez, oreilles, seins. Ensuite, j’éduquais. Diction, gestuelle, culture générale. Je les travaillais parfois une année entière, quand je les lançais, elles étaient parfaites. expliquera-t-elle, avant de préciser que la qualité première des femmes est d’apprendre à savoir faire semblant.

Une confession clinique, digne d’une éleveuse, qui fait froid dans le dos. Pire, la maquerelle a recours à des «goûteurs», comme elle le dit, des hommes amenés à évaluer les capacités érotiques de ses «protégées». Parmi eux, le frère et le premier mari de l’écrivaine Françoise Sagan.

Madame Claude vend du rêve à ses employées : la promesse de faire un beau mariage. Car ses clients fortunés et prévenants font voyager les filles en première classe, les logent dans des palaces et les sortent en yacht. De son côté, Madame Claude les habille chez les plus grands couturiers, leur paie des dessous raffinés et coûteux. «C’était comme des vacances […] une façon festive de se prostituer» explique Ambre. Elle se souvient aussi :

Il y avait une fille très très belle mais très très très pauvre. Elle avait sa beauté, c’est tout. Elle était prête à faire n’importe quoi pour de l’argent. Et cette fille a eu un succès extraordinaire, elle s’est mariée avec un richissime arabe et elle est devenue multimilliardaire.

On raconte même que l’une d’entre elle est devenue marquise.

Madame Claude explique combien de jeunes femmes très bien sous tous rapports viennent à elles :

Parce qu’elle s’emmerdaient avec leur conjoint, pour se payer des babioles, par goût de l’interdit, par curiosité.

Des années durant, Madame Claude se livre ainsi à son commerce sans jamais être empêchée. En effet, à mesure que ses petits carnets noirs s’emplissent de noms de clients puissants, de leurs secrets intimes et péchés mignons sexuels, la tenancière se fait de plus en plus intouchable. Ses clients occupent des postes clés dans la politique, la diplomatie, la justice et les ministères, aucun d’entre eux n’oserait fâcher sa pourvoyeuse de cinq à sept. De son trône, elle voit se débattre ces puissants, qui ne sont que des hommes en recherche de plaisir, elle se délecte de les tenir dans le creux de la main.

Les femmes étaient envoyées comme «cadeau» par des entreprises à leurs futurs clients pour les encourager à signer de gros contrats. Ainsi, Madame Claude s’introduisit grâce à ses filles dans le monde du show business, de la politique et des affaires et devient une femme d’influence et de réseau, comme l’explique le reportage «Un jour, un destin».

Grâce à son sulfureux business, Madame Claude serait donc l’informatrice – ce qu’elle a toujours démenti – de la police et notamment de la brigade mondaine. Afin d’échapper à la justice et au fisc, elle achète ainsi sa protection en fournissant les noms de ses nombreux clients hauts placés et leurs «travers» sexuels. Des centaines de personnes dont les pratiques les plus intimes auraient été fichées pour remonter jusqu’au sommet de l’État.

De plus en plus influente, Madame Claude devient Violette, un agent des services secrets français. Aux grandes heures de la Françafrique, elle met ses filles dans les bras des hauts fonctionnaires et chefs d’État africains, tirant profit de la fameuse technique de la confession sur l’oreiller. Ses prostituées de luxe deviennent des pions sur l’échiquier de la politique étrangère française, que l’on envoie en mission en Afrique et dont les services de renseignement français débriefent les coucheries.

Au milieu des années 70, le Président tchadien François Tombalbaye en fait les frais. Confiant à l’une d’entre elles qu’il s’apprête à «lâcher» la France, il est peu de temps après victime d’un coup d’État dans laquelle il perd la vie.

Un jeu dangereux donc. Plusieurs filles auraient ainsi disparu sans laisser de trace, quand d’autres ont été retrouvées mortes dans les bras de leurs clients. Leurs dossiers ont été classés sans enquête : c’est la raison d’État.

Pour la mère maquerelle protégée sous Pompidou, le vent tourne sous Giscard. Rattrapée par la justice et les impôts, ses ennuis commencent en 1972 lorsque le fisc lui réclame 11 millions de francs (1,7 millions d’euros).

La chute s’accélère lorsque le nouveau président élu en 1974 fait le ménage. Ses protecteurs ne sont plus à des postes de pouvoir : la protégée se fait lâcher. Son influence décroît lorsque la politique de répression remplace celle du renseignement et avec la libération des mœurs, les pratiques sexuelles des uns et des autres deviennent obsolètes.

Le juge Bruguière, à partir de 1976, se lance dans une grande chasse aux sorcières, plus exactement aux maquerelles et, tandis qu’il dépèce les grands réseaux de prostitution , Mme Claude  prend ses jambes à son cou et s’exile en Amérique.

Là-bas, elle fait dans la viennoiserie, monte une chaîne de croissanteries et, derrière sa caisse, empaquette ses petits pains. Son associé la dépouille, c’est une nouvelle banqueroute. «Sortie du sexe, je n’ai pas le sens des affaires», se lamente-t-elle. Le mal du pays est tenace et sa boutique d’antan lui manque.

Alors à 62 ans, en 1985, Madame Claude pointe le bout de son nez en France.

Grand mal lui en a pris : elle est arrêtée dans une bâtisse où elle avait trouvé refuge, sur les terres de l’amie Sagan. Un détour par la case prison de Cahors, quatre mois qu’elle passera enroulée dans son vison. Libérée, elle vend des vêtements dans une boutique, terrorise les clientes, comme elle a toujours sur faire, avant de décider, à 68 ans, qu’il serait temps de rouvrir son échoppe à plaisirs. Une douzaine de filles dans son appartement parisien. Mais décidément, les temps ont bien changé, elle se fait pincer et se retrouve six mois à Fleury-Mérogis, plus arrogante que jamais, et sans vison cette fois. La fin d’un monde.

En 2000, la Parisienne s’installe à Nice, dans une solitude seulement troublée par les visites de son coiffeur et voisin de palier. Elle retrouve sa fille perdue de vue depuis vingt ans, puis survient une nouvelle fâcherie, définitive cette fois. La vieille dame est intransigeante, autoritaire, menaçante, cassante et hautaine, un char d’assaut. Mais la guerre est déjà perdue. En décembre 2013, un AVC  terrasse la mère maquerelle la plus célèbre de France, elle voudrait en finir, choisir sa mort, en Suisse, comme elle a choisi sa vie et sa liberté. Mais la mort est longue à venir. Deux ans. Une fin solitaire, désargentée et sans gloire, à 92 ans, dans la tristesse de l’hôpital public de Nice.

Beaucoup de zones d’ombre subsistent tant sur la personnalité de Fernande Grudet que sur ses activités, ses protecteurs et ses célèbres clients. Car ses forces étaient, du dire de tous,  son silence et sa discrétion. Difficile aujourd’hui pour le commun des mortels de connaître les noms de ces centaines d’hommes de son cercle qu’elle consignait pourtant dans un célèbre carnet noir.

Les filles de Mme Claude sont aujourd’hui de vieilles dames de la bourgeoisie, insoupçonnées et insoupçonnables d’avoir dans leur jeunesse appartenu au célèbre réseau. Des noms circulent toujours dans les dîners….

Madame Claude s’est envolée avec ses secrets d’alcôve et ceux de la cinquième République.

Une disparition qui aura sans doute soulagé quelques rescapés de cette «belle» époque !

Dès qu’une affaire de proxénétisme est révélée par la presse, le nom de «Madame Claude» devient un terme générique pour désigner «ces  industries» qui existent hélas toujours….

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