Marie Curie et Pierre Curie

Infime était la probabilité que les deux membres d’un même couple soient à la fois récompensés du prix Nobel et gratifiés d’une mort stupide : Cela s’est néanmoins produit, mais une seule fois dans l’histoire, avec les Curie !

Marie Skłodowska-Curie (1867-1934) | Winner of the Nobel Prize in Physics in 1903 (with Pierre Curie) "for their joint researches on the radiation phenomena discovered by Professor Henri Becquerel" | Winner of the Nobel Prize in Chemistry in 1911 "[for] the discovery of the elements radium and polonium, by the isolation of radium and the study of the nature and compounds of this remarkable element" | Birthplace: Warsaw, Poland

Maria Sklodowska naît à Varsovie en 1867. La jeune fille qu’elle devient est d’une intelligence exceptionnelle. Elle part en 1891 à Paris, où elle achève ses études avec un succès retentissant. Pourquoi Paris ? Non qu’il soit facile pour une femme, à l’époque, en France, de s’affirmer dans des travaux scientifiques de haute niveau, mais en Pologne, on ne lui aurait pas proposé mieux qu’infirmière ou institutrice.

Elle se marie au charmant physicien barbichu Pierre Curie en 1895. Irène naît en 1897, Ève en 1904.

À la suite des travaux d’Henri Becquerel sur les «rayons uraniques», Marie et Pierre Curie découvrent des éléments nouveaux qu’ils appellent polonium et radium. D’une bonne tonne de minerai d’uranium, ils extraient une quantité de radium infime, mais suffisante pour en déterminer la masse atomique, qui est, comme chacun sait, de 226 et des poussières. Pour leurs travaux, ils se voient décerner, conjointement à Becquerel, le prix Nobel de physique en 1903.

Ses amis lui avaient bien dit : «Pierre, tu rêvasses, tu devrais faire plus attention à la circulation, tu traverses la rue n’importe comment, il va t’arriver des bricoles !» Ce genre de sermons n’a strictement aucun effet sur un savant, on ne les profère que par acquit de conscience.

Le 19 avril 1906 en début d’après-midi, le dénommé Louis Manin mène sa voiture, lourdement chargée de vêtements destinés à la troupe et tirée par deux forts chevaux. Il remonte la rue Dauphine depuis le Pont Neuf.  Pierre Curie, quant à lui, laisse passer un fiacre, puis traverse, parapluie en main. Le fiacre s’est à peine effacé qu’il se trouve sur le chemin du cheval de gauche et l’attelage de Manin. Bousculé par les chevaux, il trébuche et tombe. Son crâne éclate sous la roue arrière gauche de la voiture. Un cerveau de cette importance, réduit en bouillie par un chargement d’effets militaires, quelle dérision ! Marie Curie ne se remettra jamais de cet effroyable accident.

Elle montre néanmoins un courage exemplaire, enseigne, cherche, instruit le monde, même sa famille, se démène pour faire vivre ses filles, travaille sans relâche puis – ce qui lui sera impitoyablement reproché – entretient une liaison amoureuse avec le physicien Paul Langevin. On comprend bien que cinq ans et demi après la mort atroce de son mari, elle ait eu envie de s’amuser un peu,  mais Mme Langevin n’est pas d’accord du tout. Nous sommes à la fin de l’année 1911 et c’est un immense scandale, la presse dénonçant l’ignoble hétaïre étrangère qui vient briser un couple exemplaire bien français. Ce qui n’empêche pas le jury Nobel de décerner de nouveau son prix à Marie Curie, en chimie cette fois, pour la détermination des caractéristiques élémentaires du radium et du polonium.

Malgré toutes les invectives, Marie Curie poursuit son oeuvre, crée l’Institut du radium, contribue à diffuser l’usage de la radiographie sur les blessés de la Grande Guerre, pour localiser les projectiles dans leurs corps, de sorte que l’extraction en soit facilitée, fait de la science comme elle en a toujours fait.

Elle contracte un cancer du sang, dont elle meurt le 4 juillet 1934 dans un sanatorium de Haute-Savoie, quelques jours après son admission. Indubitablement, c’est d’avoir manipulé des matières hautement radioactives qu’elle est morte. On ne peut pas mettre ce comportement sur le compte de l’imprudence : personne avant elle n’avait tripoté de radium puisque personne n’en avait purifié. Loin d’avoir à cette époque une quelconque notion des dangers de la radioactivité, on n’en supputait que les bienfaits.

Pierre et Marie Curie devant leur maison de Sceaux en 1895.

Pierre et de Marie Curie devant leur maison, le 26 juillet 1895.

Il y a quelque temps, un homme achète une demeure dans une province française et décide d’élaguer le lierre qui recouvre un des murs. Quelle n’est pas sa surprise de découvrir sous la végétation une plaque indiquant que Marie Curie a séjourné là.

 La propriétaire raconte : « On a acheté la maison en 1980, avec mon mari. Tout le mur d’enceinte était recouvert de lierre. Six mois après notre arrivée, mon époux veut installer un portail pour faire entrer la voiture. Il arrache le lierre. Et là, je l’entends pousser un cri. Stupeur ! Il avait découvert une plaque qui disait «Marie Curie a habité dans cette maison de 1907 à 1912. Son beau-père Eugène Curie y est mort en 1910. Plaque posée en 1950. Cinquantenaire de la découverte du radium» Mon mari était furibard. On avait oublié que Marie Curie avait vécu là ! Cette femme a découvert le radium, on met une plaque, elle est recouverte de lierre, et personne ne sait plus rien ! Ni ceux qui nous avaient vendu la maison, ni la famille qui les avait précédés, ni le notaire, ni les voisins ! Pourtant, cette plaque posée en 1950, la municipalité en avait bien référence dans ses archives… »

« Moi je me suis dit : une femme, étrangère en plus, pas étonnant qu’on s’en fiche ! », poursuit la propriétaire . Qui égrène les coïncidences. « Ce qui est particulièrement étonnant, c’est que la famille de mon mari, du côté de son père,  c’étaient des juifs polonais qui connaissaient la famille de Marie Sklodowska. Les tantes de mon mari ont même aidé Bronia, la sœur aînée de Marie, quand elle est venue faire ses études en France. »

Le mari de la propriétaire , décédé,  était cancérologue à l’Institut Gustave Roussy de Villejuif. « Une fois par semaine, il avait une consultation dans le service de Frédéric Joliot à l’hôpital d’Orsay ! » Il y emprunte un compteur Geiger. « Je me souviens, nos enfants qui avaient 14, 15 ans se fichaient de lui ! Dans une petite pièce, le compteur s’est mis à cliqueter, tout le monde est venu écouter. C’était le chant du radium. Il avait trouvé des rayonnements alpha et gamma. On a compris ensuite, en voyant Marie Curie sur certaines photos à la fenêtre de cette pièce, que ce devait être son bureau. Elle a dû y faire tomber du radium. Avant sa découverte de la radioactivité, elle ne savait pas que c’était dangereux. »

La famille ne sombre pas dans l’angoisse, ne revend pas vite fait la maison en recouvrant la plaque… « On s’est plutôt demandé si les propriétaires précédents n’avaient pas fait dormir d’enfant dans cette pièce. On a joint ceux qui nous l’avaient vendue, ils nous ont donné le téléphone de leurs prédécesseurs. Et on a trouvé un enfant concerné, à qui on a fait subir des examens, négatifs heureusement. Nous, on a simplement évité d’y installer l’un de nos enfants ! »

Sur la porte de ce qui est aujourd’hui un bureau, une affichette signale avec humour qu’on pénètre en « Zone contrôlée, accès réglementé ».

Marie et Pierre Curie n’ont pas volé leur caveau au Panthéon.  Ils y ont été solennellement conduits par François Mitterand et Lech Walesa. Pour la sécurité du personnel et des visiteurs, les restes de Marie reposent dans une urne en plomb.

Reprenons. Pierre et Marie Curie,  eurent deux filles, Irène et Ève. Irène épousa Frédéric Joliot et Ève un diplomate américain, du nom de Henry Labouisse. Hélène est la fille de Frédéric et Irène. Elle a épousé en 1948 le chercheur Michel Langevin, petit-fils du physicien Paul Langevin qui était un ami du couple Curie.

Curie, Joliot, Langevin. On se croirait chez les Broglie où le génie et les prix Nobel passent les générations.

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