L’infernale vie d’Honoré de Balzac.

Le seul écrivain doué d’assez de souffle et d’imagination pour entreprendre avec succès le récit de la vie très extraordinaire d’un certain Honoré de Balzac, n’aurait pu être qu’HONORÉ DE BALZAC Afficher l'image d'origine lui-même. Tout comme son père, il fut le modèle le plus achevé du héros balzacien obsédé par la course à l’argent et assoiffé de la considération sociale qu’il procure.

Le père d’Honoré de Balzac, onzième enfant d’une famille pauvre de paysans du Tarn, se nommait en réalité Bernard François BALSSAAfficher l'image d'origine Venu à pied jusqu’à Paris pour y faire fortune, il échoua à Tours. C’est à dire qu’il réussit à y devenir une notabilité locale, administrateur de l’hospice et adjoint au maire. En même temps que sa position sociale, son nom évolue BALSSA devient BALZAC ( qui a le mérite d’entretenir la confusion avec la famille très ancienne des DE BALZAC D’ENTRAYGUES) et puis de temps à autre, DE BALZAC. Le fils, lui, adoptera définitivement la particule hasardée par le père. A l’âge de 53 ans, Bernard François épouse la jeune et jolie Laure SALLAMBIER qui a 32 ans de moins que lui. Quatre enfants naquirent. Honoré ( le 20 mai, jour de la St Honoré), puis Laure, Laurence et Henri.  Dès sa naissance, le petit Honoré fut placé en nourrice puis, mis en pension au collège de Vendôme. Il passera 8 ans dans cette prison, ou ses parents ne viendront le voir que trois fois. A la fin de sa vie, le pauvre Balzac souffrait encore de l’indifférence des siens. Je n’ai jamais eu de mère, écrira-t-il.

Le premier amour de Balzac se prénommait Laure, tout comme sa mère et sa soeur préférée.  LAURE DE BERNYAfficher l'image d'origine voisine de ses parents à Villeparisis, est mariée et mère de sept enfants et elle a 45 ans. Après bien des réticences, elle déniaisera Honoré qui n’en a que 22. Elle sera pour lui l’amante, l’amie, la mère qu’il dit n’avoir pas eue, la conseillère et même la prêteuse de fonds. Il l’a nommait «dilecta» en latin : l’élue. Afficher l'image d'origine

Lorsqu’il commence à connaître la gloire, Honoré de Balzac, s’éprend de la Marquise De CASTRIESFile:Troy-Marquise de Castries.JPG une grande dame, qui «fera marcher» ce parvenu prétentieux et l’humiliera publiquement. Après l’avoir entraîné en voyage à sa suite, elle le congédiera dédaigneusement à Genève. Lui qui croyait atteindre enfin au bonheur !

Autre conquête de Balzac – Une Laure de nouveau – La duchesse d’ABRANTESca. 1835 Laure-Adelaide Junot, Duchess d'Abrantes by Jules Boilly (Boris Wilnitsky) veuve du général JUNOT. Elle n’est plus de la première fraîcheur…C’est un monument assez délabré (Selon Stefan Zweig). Mais, pour un écrivain soucieux de documentation historique, quelle mine de renseignements ! Pensez ! Elle avait connu Bonaparte capitaine et avait eu comme amants MURAT, roi de Naples et le Prince de METTERNICH.

Un jour de 1832, Balzac recevra une lettre anonyme, signée «l’étrangère» qui va transformer sa vie…Il découvrira vite l’identité de cette admiratrice : c’est une richissime comtesse polonaise EVA HANSKA. Afficher l'image d'origine Mariée au vieux comte HANSKI  – de 25 ans son aîné – elle s’ennuie à mourir en Ukraine dans sa propriété de 22 000 hectares où elle règne sur un peuple de 40 000 âmes et en bataillon de 2 000 domestiques. Première rencontre en Suisse et coup de foudre réciproque. Ce seront 43 jours de bonheur. Le mariage hélas ! est impossible et il faut se séparer. Balzac arrache à sa bien aimée la promesse de l’épouser lorsque mourra le vieux mari. Celui-ci peu pressé, les fera attendre dix ans. Enfin ! le 5 janvier 1842, EVA HANSKA est veuve, libre et riche. Balzac, fou de joie, croit qu’il va pouvoir épouser son amour…et, du même coup, désintéresser ses innombrables créanciers, grâce à l’immense fortune de la veuve. Mais au moment décisif, voici qu’EVA hésite, tergiverse et s’enfuit parce qu’elle se refuse de lier son existence à celle d’un petit bourgeois peu raffiné, malade et couvert de dettes. Pendant sept ans encore ils continueront à s’écrire et de jouer à cache-cache à travers l’Europe. La santé de Balzac empire à un point tel qu’EVA n’a plus le cœur de se refuser encore à celui qu’elle sent si près de sa fin. Le 14 mars 1850 – dix-huit ans après la première lettre de «l’étrangère» – leur mariage est célébré en l’église Sainte Barbe de Berditscheff, en Ukraine. Le «jeune marié» peut enfin revenir à Paris sa comtesse au bras. Mais  il ne lui reste plus que cinq mois à vivre. Cent cinquante cinq jours seulement qui séparent la nuit des noces de la nuit éternelle. Pauvre Balzac qui disparaît au moment même où il croyait enfin avoir gagné le droit d’être heureux !

 ♦  LES AFFAIRES NE REPOSENT PAS SUR DES SENTIMENTS

Le malheur de la vie de Balzac fut que ce génie de la littérature se prit toute sa vie pour un grand homme d’affaires. Rêvant de faire fortune d’un seul coup, il se lancera tête en avant, dans les entreprises les plus folles et y engloutira, non seulement l’argent qu’il n’a pas, mais aussi le patrimoine familial ainsi que celui de Madame de Berny.

  • Âgé de 25 ans à peine, il s’improvise éditeur : Il se ruine
  • Il achète une imprimerie et une fonderie de caractères : C’est la faillite.

A l’âge ou certains entrent dans la vie, il a déjà accumulé tant de dettes qu’il ne pourra jamais, même au prix du travail de toute une vie, rembourser ces sommes d’argent grossies sans cesse des intérêts accumulés. Et si encore il économisait ! Mais il vit comme un seigneur : appartement luxueux, loge à l’Opéra, cabriolet à ses armoiries avec chevaux de race et palefreniers en livrée. Il tient table ouverte, reçoit fastueusement, mange comme un ogre et s’habille comme un dandy. Sa canne, au pommeau d’or, ornée de 350 turquoises La Canne d'Honoré de Balzac, dite la canne aux turquoises – une fortune ! – est restée célèbre.

Il lui vient sans cesse des idées géniales qui ne réussissent qu’à l’endetter davantage.

  • Il achète une mine d’argent en Sardaigne qu’il doit revendre pour une bouchée de pain.
  • Il souscrit pour des actions des chemins de fer du Nord : Les cours s’effondrent.
  • Il fait l’acquisition à Ville-d’Avray d’une villa.Afficher l'image d'origine «Les Jardies», construite sur un terrain en pente et glaiseux : C’est un gouffre financier
  • N’imagine t-il pas, de surcroît, d’y entreprendre la culture industrielle des ananas ? Ses rêves s’enlisent dans la boue.
  • Il achète des peintures (souvent des faux)

Il doit de l’argent à tout le monde. Il se cache et fuit les huissiers. Toutes ses maisons ont une double sortie. Il en fait établir le loyer au nom de Veuve Durand. Bref, il a occupé au minimum six cents adresses dans sa vie ! Alors pour tenter désespérément de faire face à l’armée de ses créanciers et pour échapper à la prison pour dettes, il travaille, il travaille, il travaille.

J’AIME AUSSI LES ÊTRES EXCEPTIONNELS ….J’EN SUIS UN ! (La mégalomanie est flagrante)

1829 Balzac a 30 ans lorsqu’il publie son premier succès : Le dernier Chouan. L’année suivante, plusieurs romans regroupés dans la rubrique SCÈNES DE LA VIE PRIVÉE lui vaudront une popularité subite. Il est désormais condamné à devenir le forçat d’une production littéraire colossale et ininterrompue.   Dans la seule année 1832, il écrit  vingt-six romans. Il se couche à 18 heures, se fait réveiller à minuit, écrit douze, quinze et même dix huit heures d’affilée, sort l’après-midi et se recouche. D’habitude il s’enfermait pour six semaines ou deux mois, volets clos, rideaux tirés, vêtu de sa fameuse robe de chambre de dominicain, travaillant à la clarté de quatre bougies et se maintenant éveillé en buvant continuellement du café : Un café non moulu mais concassé et infusé, une véritable bouillie de caféine. Aussitôt qu’il absorbe cet excitant, son imagination se déchaîne, ses idées s’emballent.

En 1835, paraît le Père Goriot : Il l’a écrit en trois jours et trois nuits travaillant jusqu’à vingt heures de suite. Ses cheveux blanchissent et tombent par poignées. Il écrit. Les chefs-d’œuvre s’ajoutent aux chefs-d’œuvre.  Il est célèbre dans toute l’Europe.

Il a une idée géniale : faire revenir d’un roman à l’autre les personnages qu’il a créés, procédé qui donne une unité à son œuvre et une réalité au monde qu’il a inventé. Un de ses amis de retour d’Italie et influencé par le souvenir de Dante et de sa DIVINE COMÉDIE lui suggère comme titre de son œuvre.  LA COMÉDIE HUMAINE. C’est toute la Société du XIXè siècle qui a trouvé son DANTE. Œuvre colossale qui devait comporter 137 romans. A cinquante ans, il en a écrit 91. Vingt ans de travail fou à raison de 2 000 pages par an !

LA GLOIRE EST LE SOLEIL DES MORTS

BALZAC aurait besoin d’une santé de fer pour achever sa Comédie Humaine. Sa manière de vivre est un suicide. Le médecin diagnostique une inflammation méningée et exige le repos absolu. Mais se reposer n’est pas le genre de conseil que BALZAC peut suivre, il continue de travailler. Ses membres enflent, une albumine profonde se déclare.  Le 5 août, il se heurte à un meuble et la gangrène se déclare. Pourtant il continue à faire des plans, des projets pour ses romans futurs.

Dans la nuit du 18 au 19 août 1850, il entre dans le coma, appelant à son secours le docteur Horace Bianchon, l’un de ses personnage : Lui seul peut me tirer de là !

Sa tombe se trouve au Père Lachaise. Afficher l'image d'origineSon ami Victor HUGO au profit duquel il avait retiré sa candidature à l’Académie française, prononcera sur sa tombe une éblouissante oraison funèbre :

Voilà l’œuvre qu’il nous laisse. Œuvre haute et solide, robuste entassement d’assises de granit, monument ! Œuvre du haut de laquelle resplendira désormais sa renommée, les grands hommes font leur propre piédestal : L’avenir se charge de la statue !

Portrait de Balzac par George Sand :

«Puéril et puissant, toujours envieux d’un bibelot, et jamais jaloux d’une gloire, sincère jusqu’à la modestie, vantard jusqu’à la hâblerie, confiant en lui-même et aux autres, très expansif, très bon et très fou, avec un sanctuaire de raison intérieure, où il rentrait pour tout dominer dans son œuvre, cynique dans la chasteté, ivre en buvant de l’eau, intempérant de travail et sobre d’autres passions, positif et romanesque avec un égal excès, crédule et sceptique, plein de contrastes et de mystères, tel était Balzac encore jeune, déjà inexplicable pour quiconque se fatiguait de la trop constante étude à laquelle il condamnait ses amis, et qui ne paraissait pas encore à tous aussi intéressante qu’elle l’était réellement.» « George Sand » 

Balzac  a été le premier dans le genre qui a été le premier de tous les genres.

La vie de Balzac est infiniment fascinante, mais il faut de moins en moins admirer  son œuvre dramatique en résonance avec notre époque, car Balzac ne nous donne  que le spectacle de la présomption et de l’ignorance.  Il voulait, dans son orgueil, inventer tout, même la science, et il poussa la fatuité jusqu’à rédiger des dissertations psychologiques, jusqu’à imaginer « une théorie de la volonté », qui n’est en fait qu’une apologie de l’entêtement ! Il avait une représentation parfaite de lui-même, et une exigence de performance – c’est un modèle  que viennent renforcer les normes sociales actuelles – Alors la course effrénée à l’argent continue. Mieux, elle fournit son bénéfice…une fatigue psychique et physique qui va légitimement éviter une remise en question du processus.   Balzac s’est brûlé de l’intérieur, il s’est consumé – n’aurait -t-il pas souffert de cette pathologie que l’on nomme aujourd’hui : Burn-out ? 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s