LA CRUELLE ORIGINE DE NOS CONTES DE FÉES (1)

Souillon devenue reine, enfants abandonnés terrassant les sorcières, princesses sauvées par d’aimables marraines…

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Les contes «de fées» ont illuminé notre enfance. Pourtant, au départ, ces histoires sont souvent beaucoup plus crues. Comme celle de la jolie Boucle d’or qui termine déchiquetée par les trois ours pour avoir été trop curieuse. Ou celle de la petite sirène qui meurt dissoute dans l’écume pendant que son amoureux en épouse une autre. Qu’on se le dise, les contes sont cruels. Comme la vie ! Pas très étonnant, car, à l’origine, ils ne servent pas à endormir les enfants, mais à éduquer le peuple. Dans l’Europe du XIIIè siècle, dominicains et franciscains agrémentent leurs prêches de ces histoires populaires afin de guider les fidèles sur la bonne voie. Un objectif : capter l’attention du public à grand renfort de scènes de cannibalisme, de belles-mères cupides, d’enfants éviscérés et de viols en tout genre.

Je vous préviens, c’est sanglant.

LE PETIT CHAPERON ROUGE : UNE AFFREUSE ADO CANNIBALE !

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C’est l’histoire d’une fillette aussi ingénue que jolie qui doit remettre un panier à sa grand-mère habitant de l’autre côté de la forêt. Dans les bois, elle croise le loup à qui elle révèle sa destination. Le rusé arrive avant elle chez mère-grand et la dévore toute crue. Puis il enfile les vêtements de la défunte et prend sa place dans le lit. La fillette arrive et se fait elle aussi manger. Heureusement un chasseur arrive et délivre les femmes, racontent les frères Grimm au début du XIXè siècle . «Oh, là, là quelle peur j’ai eue !», s’écrie l’héroïne . Ouf ! depuis notre enfance , le sens de cette histoire paraît limpide : C’est évidemment une parabole qui invite les filles (« belles, bien faites et gentilles ». précise Perrault) à se méfier des prédateurs sexuels. Haro sur les hommes et leur libido débordante ! Ah oui ? Pourtant, il se pourrait bien que la fillette ne soit pas un ange…Mais un monstre cannibale.

Pour le démontrer, l’ethnologue Yvonne Verdier s’est penchée sur des versions recueillies à la fin du XIXè siècle dans le bassin de la loire, le Nivernais, le Forez, le Vellay ou dans la partie nord des Alpes. Des récits plus proches de la version d’origine que ceux de Perrault et de Grimm.

Attention, c’est barbare ! Pour les Tyroliens, pendant que la petite se promène dans les bois, le loup saigne l’aïeule, met son sang dans une bouteille et réserve la chair dans un récipient qu’il range dans le placard. Il pend les intestins de la vieille à la porte, à la place du cordon sur lequel tire la fillette. «Oh ! Petite grand-mère, comme cette chose là est molle !» s’étonne l’héroïne. A son arrivée dans la maison, l’ingénue se dit affamée. Le loup déguisé et grimé, lui propose de manger et de boire. La petite se jette sur la bouteille et les restes de sa grand-mère ! Le pire, c’est qu’elle ne peut l’ignorer longtemps, puisqu’une voix venue d’outre tombe lui souffle : «Tu manges de ma titine, ma fille !» (« titine » signifiant tétons) «Fricon, fricasse, le sang de ta grantasse ! » Fricasser, c’est faire cuire dans son jus, soit, ici, faire mijoter une vieille femme dans son sang.

MAIS LA FAUSSE INGÉNUE est aussi nymphomane ! Après ce festin macabre, le loup la convie à se déshabiller. Dans un long strip-tease, elle le questionne pour chaque vêtement, s’attirant toujours la même réponse.  «Ou faut-il mettre son tablier ? « Jette-le au feu, tu n’en as plus besoin» , répond-il . Dans le lit, le petit chaperon détaille avec surprise l’anatomie de l’animal. «Ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes.» «C’est pour mieux courir mon enfant » jusqu’au fameux «Ma mère-grand que vous avez de grandes dents » «C’est pour mieux te manger !» Ni une ni deux : l’héroïne sort du lit, prétextant une envie pressante, et échappe au grand méchant loup.

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«Le monstre dans l’affaire ce serait plutôt la petite fille : le loup, lui, ne fait que son métier de loup, quant à la grand-mère, elle serait la principale victime de l’aventure » , analyse Yvonne Verdier.

Alors, quel est le message réel du conte ?

Si l’on se souvient que faire la cuisine est la métaphore du pouvoir de procréer, on voit que la petite fille va brûler ici les étapes. Il s’agit en quelque sorte d’une identification par incorporation au féminin maternel et dans le conte, « c’est très souvent la mère qui joue le rôle de la grand-mère et qui est mangée »

Le conte reprend trois temps où se joue le devenir féminin : puberté, maternité, ménopause, trois temps qui correspondent à trois classes généalogiques : jeune fille, mère, grand-mère.

Ainsi, conclut l’anthropologue Yvonne Verdier : « Ce que nous dit le conte, c’est la nécessité des transformations biologiques féminines qui aboutissent à l’élimination des vieilles par les jeunes mais de leur vivant : les mères seront remplacées par leurs filles, la boucle sera bouclée avec l’arrivée des enfants de mes enfants. Moralité : les mères grands seront mangées. »

Dira-t-on que faute d’être assez cruche pour permettre à l’autre femme d’être une femme autre, il y a ravage lorsque les mères ou les grands-mères ne se laissent pas manger ?

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