Dans la maison de Monet, le peintre jardinier.

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De sa découverte de la peinture à sa mort à l’âge de 86 ans, zoom sur la vie de cet artiste hors du commun, dont les champs de coquelicots resteront pour toujours dans nos esprits.

Une jeunesse haute en couleur

Oscar Claude Monet est « un Parisien pure souche », comme il aimait à se qualifier lui-même. Mais c’est en Normandie qu’il passe son enfance, au Havre plus exactement. Enfant joyeux et sans histoires, le jeune Oscar n’en reste pas moins un élève peu intéressé par les études. Et très tôt, le dessin l’attirant très fortement, il suit des cours de peinture. En ressortent d’excellentes caricatures, dessinées en marge de ses livres et cahiers.
Dès l’âge de 17 ans, il vend ses caricatures chez un commerçant spécialisé en matériel de peinture. L’ancien associé du propriétaire, le peintre Eugène Boudin, remarque Monet et le prend sous son aile. L’histoire de ce jeune prodige est en marche et celle de l’Impressionnisme avec.

Ses maîtres
La vie de Claude Monet est faite de rencontres qui le marquèrent toutes à leur manière. Il est donc utile de revenir sur ses mentors Eugène Boudin et Johan Barthold Jongkind, tous les deux précurseurs de l’Impressionnisme.

Le premier le poussa à peindre en plein air. Une révélation pour le jeune Monet, qui déclare bien après : «Par le seul exemple de cet artiste épris de son art et d’indépendance, ma destinée de peintre s’était ouverte». C’est aussi Boudin qui l’incite à partir à Paris, ville de lumières et mère des artistes. Installé à la Capitale et inscrit à l’Académie suisse, Monet fait la rencontre de Pissarro et Cézane.

Après un service militaire de courte durée (à cause d’une typhoïde), il revient au Havre, travaillant avec Boudin et Jongkind. Le peintre néerlandais devint le second maître de Monet qui lui voue une affection particulière ; cette période de sa vie sera influencée par son style.

De retour à Paris, avec un style plus affirmé, Claude Monet étudie à l’école des Beaux arts. Mais c’est à l’atelier de Charles Gleyre qu’il se fait des amis qui se nomment Renoir, Bazille et Sisley. C’est avec le jeune Pierre-Auguste Renoir qu’il fonde sans vraiment le savoir l’Impressionnisme, en peignant d’une façon encore inconnue.

L’Impressionnisme, un genre nouveau
En totale rupture avec le style figé et académique de l’époque, l’Impressionnisme vise à exprimer et reproduire le caractère fugace de la nature. Des paysages aux couleurs éclatantes prennent forme. Les couleurs primaires et leurs complémentaires sont fragmentées. Les coups de pinceaux se font furtifs, proches d’une simple esquisse, pour représenter la nature dans ce qu’elle a de plus originel, de plus mouvant.
Mais ce qui fait de ce mouvement l’un des plus appréciés, c’est aussi cette réalité gaie et prenante qui caractérise chaque tableau. La lumière, toujours maîtresse, se mêle à la bonne humeur des paysages fleuris et des personnages souriants. Peindre la campagne permet aux couleurs d’éclater, contrairement aux paysages gris des grandes villes.

Peintre talentueux mais… refusé
En 1863, le Salon des artistes français refuse plus de 3000 œuvres sur les 5000 envoyées. Ce salon très réputé qui permet aux peintres d’atteindre une certaine renommée, provoque un véritable scandale chez les artistes cette année-là. Il n’en faut pas plus pour que naisse le « salon des Refusés« .

Notons qu’à cette époque, Monet se lie d’amitié avec Edouard Manet. Admiratif des jeux de lumière de ce dernier, il commence en 1865, l’un de ses tableaux les plus célèbres, le Déjeuner sur l’herbe (qui restera inachevé) en réponse au Déjeuner sur l’herbe de Manet.

En 1874, Monet et ses amis, rejetés une fois de plus par le Salon des artistes français, décident d’exposer leurs toiles chez le photographe Nadar. Monet y expose son Impression, soleil levant, qui, loin d’impressionner, choque le public de l’époque. A la vue de ce tableau, un journaliste qualifiera ironiquement Monet «d’impressionniste». Le terme à l’origine péjoratif est repris par Monet et les autres peintres exclus. Le mouvement impressionnisme est né, même s’il met longtemps pour se voir accepté par ses pairs et légitimé par la critique.

Derrière le peintre, Claude Monet l’homme : 

Claude Monet se marie deux fois.
Sa première femme, Camille Doncieux est l’un de ses modèles favoris. Ils se rencontrent en 1865 et tombent follement amoureux  l’un de l’autre. Dès 1867, ils s’installent ensemble, et Camille donne naissance à leur premier enfant, Jean. Ce n’est qu’en 1870 qu’ils sautent le pas pour le mariage. La même année pendant la guerre, ils vont se réfugier à Londres.
Subjugué par les peintures de Turner, l’artiste y peint Le pont de Westminster, toile à l’atmosphère brumeuse. A son retour, le couple s’installe à Argenteuil par souci d’argent. Monet y peint alors le célèbre Régates à Argenteuil. En 1875, Camille Doncieux découvre qu’elle est de nouveau enceinte alors qu’elle souffre déjà d’un cancer de l’utérus. La naissance de leur deuxième enfant, Michel, en 1878, la fragilisera encore plus. Elle meurt en 1879 dans leur nouvelle maison de Vétheuil.

Camille Doncieux-Monet figure sur de nombreux tableaux comme La femme en robe verte (1866), Femmes au jardin (1867) ou La Japonaise (1876). Le peintre lui rend un dernier hommage troublant et poignant avec le tableau Camille Monet sur son lit de mort (1879).

Alice Hoschedé, sa seconde épouse, est la femme d’un ami collectionneur. Alors que Camille est mourante, Monet prend Alice pour maîtresse. Ils s’installent rapidement à Giverny (en 1883) avec les six enfants d’Alice et les deux enfants de Monet. Ce n’est qu’en 1892 qu’il peut l’épouser, après la mort de son mari.
Alice Hoschedé-Monet sert aussi de modèle au peintre. Le tableau le plus connu d’elle reste Alice Hoschedé au jardin.

De la pauvreté à la richesse
Comme la plupart des peintres de son époque, Claude Monet n’est pas né avec une cuillère en argent dans la bouche. Il doit se battre pour être reconnu et vendre ses toiles.

En 1877, il peint l’un de ses chefs d’œuvres, La gare Saint Lazare, suivi de Rue Saint-Denis,Festivités du 30 Juin 1878, l’année suivante. Pourtant ces deux tableaux ne trouvent pas d’acquéreur… Alors il s’éloigne de Paris, où la vie est trop chère. Il vit à Argenteuil de 1873 à 1878, à Vétheuil de 1879 à 1881, à Poissy en 1882, et à Giverny de 1883 à sa mort.

A partir de 1880, les peintures de Monet commencent à attirer l’attention. Il peut enfin vivre confortablement. Le marchand d’art Durand -Ruel contribue fortement à la richesse du peintre. En 1883, ce dernier lui consacre même une exposition particulière dans sa galerie. Cinquante-six œuvres y sont exposées.
Plus tard, en 1895, il aide encore Monet en exposant sa série  sur la Cathédrale de Rouen, peinte entre 1892 et 1894. Une fois de plus, ces 18 vues différentes mettent en avant le personnage préféré de Monet : la lumière.

Monet est maintenant un homme aisé ,qui coule des jours heureux avec sa famille à Giverny.

Vivre et mourir à Giverny
«Je suis dans le ravissement, Giverny est un pays splendide pour moi», disait Claude Monet. Il faut dire qu’il passe plus de 40 ans dans sa propriété (jusqu’à sa mort), dont il transforme peu à peu le jardin en véritable ensemble décoratif.

Ce qui n’était à l’origine qu’un verger se transforme, remodelé par le talent de l’artiste, aidé par sa famille. Monet y met tout son amour et engage même des jardiniers pour l’aider dans sa tâche. Le peintre bêche, coupe, cisaille, plante et achète des graines partout où il se rend. En 1893, il fait entreprendre le creusement de ce qui deviendra son célèbre bassin aux nymphéas, le «jardin d’eau».

Ce n’est qu’en 1899, qu’il s’intéresse vraiment à ces nymphéas puisqu’il entame alors sa série sur le sujet. En ressortent trois tableaux, parmi les plus célèbres du peintre : Les nymphéas blancs (1899), Le pont japonais (1899) et Nymphéas (1914). D’autres sur le sujet suivent, pour totaliser 14 toiles, qui cloturent la carrière du maître.

Atteint d’une cataracte au crépuscule de sa vie, il préfére laisser la maladie évoluer après une première opération de l’œil droit, qui modifie totalement sa vue. «Je travaille à force et je voudrais tout peindre avant de n’y plus voir du tout», dit le peintre. Il meurt le 5 décembre 1926 à l’âge de 86 ans.

Sa propriété de Giverny est aujourd’hui ouverte au public, elle est entretenue par la Fondation Claude Monnet.

C’est l’été, et dans la propriété de Claude Monet, à Giverny, dans L’eure, les nymphéas sont en fleurs ! le moment idéal pour faire un pèlerinage et visiter sa maison, avec sa façade vieux rose aux volets verts et ses deux jardins colorés.

En entrant dans la maison, sur la gauche, un petit salon bleu communique avec un pièce nommée « L’épicerie » qui servait tout à la fois à se débarrasser de son manteau et à entreposer au frais les aliments, le thé et les épices venus des quatre coins du monde.

Sur les murs, des estampes japonaises dont le peintre était un ardent collectionneur. Puis vient son premier atelier avant qu’il ne travaille dans un autre bâtiment. Libéré des pinceaux et des chevalets, cet espace immense fut transformé en salon-fumoir convivial, meublé de canapés confortables. Une soixantaire de reproductions des peintures du maître sont accrochées telles qu’elles l’étaient de son vivant. Buste et lampe de bronze, secrétaire et guéridon baignent dans une atmosphère claire ou ouatée.

A l’étage, la chambre de l’artiste.

Les murs sont couverts de tableaux peints par ses amis. Des Cézanne, des Renoir…On imagine très bien Monet se diriger, tôt le matin, vers la fenêtre, l’ouvrir, humer l’air parfumé qui monte du jardin, apprécier la qualité du jour qui se lève et s’empresser d’aller peindre sa chère nature. Une salle de bains attenante sépare sa chambre de celle de sa femme Alice.

De retour au rez-de-chaussée, à droite de l’entrée, la vaste salle à manger , peinte de deux tons jaunes, appelle le soleil. La cuisine adjacente joue sur les bleus comme les carreaux de faïence de Rouen qui encadrent une solide cuisinière en fonte et habillent la cheminée.

Son jardin, une inépuisable palette.

Indissociable de son oeuvre, le jardin de Monet est divisé en deux parties : un jardin de fleurs, devant la maison avec son atelier, appelé Clos Normand, et un jardin d’eau d’inspiration japonaise, que l’on rejoint en empruntant un petit souterrain. Claude Monet, ce passionné d’horticulture, est surnommé « Le peintre jardinier ». Lorsqu’il a débuté son jardin, il a bêché, biné, sarclé et planté lui-même ses plantes et fleurs. Il a réveillé une nature endormie, semant des graines comme autant de couleurs qui vont éclore. James Priest, l’actuel chef jardinier du domaine, garde à l’esprit la sensibilité du peintre et, saison après saison, la magnifie.

Ainsi, comme l’a voulu Claude Monet, les couleurs des massifs de fleurs suivent la course du soleil. Les parterres situés à l’est sont de teintes pâles comme le lever du jour. A midi, au milieu du jardin, les massifs délivrent des tons orangers et déploient, à l’ouest, des rouges soutenus. Le printemps, sur ce premier jardin, a vu les tulipes se marier avec les giroflées, les Myosotis, les iris…C’est la période où les clématites de printemps deviennent clématites d’été, où les roses multicolotes s’enroulent autour des arceaux coiffant l’allée centrale. Capucines, fuchsias, agapanthes commencent leur règne. Les dahlias attendent août pour fleurir, ils déploient leurs pétales jusqu’en automne tandis que les grandes marguerites regardent déjà le soleil.

Le jardin d’eau est d’inspiration japonaise. Son petit pont habillé de glycine enjambe le bassin où les nymphéas en fleurs forment des îlots blancs, roses, bleus qui s’ouvrent à l’aurore et se referment au couchant. Des saules pleureurs  baignent leur chevelure dans l’étang, la bambouseraie se souvient de l’Extrême-Orient, des barques somnolent dans cet endroit zen, mille fois peint par le maître de l’impressionnisme.

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