CHARLIE CHAPLIN LE CLOCHARD CÉLESTE !

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Il aura diverti, mais aussi éclairé le public sur les dérives du monde moderne. A l’heure où un fabuleux musée lui rend hommage, l’éternel Charlot, né il y a cent vingt-sept ans, est plus actuel que jamais.

Février 1914, Chaplin n’a pas 25 ans qu’il a déjà modelé le personnage qui fera sa légende : Charlot. C’est en effet dans le film Charlot est content de lui qu’apparaît un vagabond lunaire et romantique aux manières néanmoins élégantes, toujours coiffé d’un chapeau melon, une canne souple de bambou voltigeant entre ses mains. Avec son pantalon trop large, ses chaussures de géant, ses cheveux bouclés et sa moustache, Charlot est l’archétype du petit homme misérable en lutte avec un monde hostile : Celui du progrès et du profit, des conquérants.

Au final pourtant, Charlot gagne toujours. Sa poésie, ses clowneries, son romantisme et sa candeur l’emportent sur les bandits et les faiseurs de torts. Le poète généreux triomphe des injustices, des dictateurs et des violents. Acteur et réalisateur, Chaplin promène la silhouette de Charlot dans plus de quatre-vingts films, courts et longs-métrages confondus, dont le Vagabond, dès 1915. Suivront le Kid (1921), le Pèlerin (1923), la Ruée vers l’or (1925), les lumières de la ville (1931) …Sa notoriété va grandissant au point qu’il est bientôt l’acteur le mieux payé du monde.

La misère était tenace dans l’East Lane, un quartier grisâtre de Londres. C’est là que naît Charlie Chaplin le 16 avril 1889, « quatre jours avant Hitler », tenait-il à préciser. Bien qu’aucun acte de naissance ni extrait de baptême n’en atteste vraiment, il est le fils de Charles Senior, un artiste de music-hall aviné qui mourra d’une cirrhose du foie à 37 ans…

C’est à sa mère que le petit homme doit, à 5 ans de faire ses débuts sur scène. Chaplin racontera en effet comment, ce soir-là, sa mère, chanteuse d’opérette, sentit soudain sa voix se briser. Sous les huées, le gosse entra en scène et remplaça au pied levé celle qu’il aimait tant.

Son enfance tient du roman….En effet, après que son père, en quête de contrat, a rejoint sans le sou les États-Unis, sa mère multiplie les liaisons et met au monde deux fils de deux pères différents. De santé mentale fragile, elle laisse un temps le tout jeune Charlie livré à lui-même. Il connaît les allers-retours entre l’orphelinat pour indigents et le foyer instable de sa mère, mais c’est un enfant de la balle bientôt engagé par diverses troupes de théâtre qui prend son envol. Il apprend les claquettes et le mime avant de faire ses débuts à l’écran aux Etats-Unis, en 1913. Une tournée théâtrale en Amérique lui a en effet valu d’être remarqué…Il signe son premier contrat de cinéma, muet bien sûr. Chaplin a rendez-vous avec son destin.

L’heure du cinéma parlant a sonné. Dans ces années d’entre-deux-guerres marquées par la crise de 29, on ne donne plus très cher des acteurs muets. Mais Chaplin, fort de ses nombreux succès dans le muet ces deux dernières décennies, s’oppose vertement : « les films parlants, je les déteste. Ils viennent gâcher l’art le plus ancien du monde, l’art de la pantomime. Ils anéantissent la grande beauté du silence. »

En 1936, il signe son œuvre la plus célèbre, le dernier film muet de l’histoire du cinéma, malgré quelques rares scènes dialoguées. « Les temps modernes » . Il y dénonce l’industrialisation et le travail à la chaîne, dont il assure qu’ils rendent fous les ouvriers. Chaplin a passé un cap…Il met désormais sa puissance comique, son art du sketch et de la pirouette au service de la critique sociale et politique.

En 1940, renonçant aux misérables oripeaux de son Pierrot lunaire, il singe Hitler dans le dictateur. L’ambassadeur allemand aux Etats-Unis tente de faire interdire le tournage, mais le Président Franklin Roosevelt soutient l’artiste. Le film sera interdit dans toute l’Europe occupée pour n’être finalement visible qu’après la libération. Un engagement qui vaut également à la star de trôner en tête de la liste noire du maccarthysme ( en pleine guerre froide, les studios d’Hollywood refusaient de faire travailler les sympathisants communistes ou supposés tels.)

En 1952, Chaplin choisit ainsi d’abandonner sa vie en Amérique et s’installa en Suisse.

La situation de l’Europe après la Seconde Guerre Mondiale le préoccupe tant que, suite à l’appel de l’hiver 1954 de l’abbé Pierre, il offre une somme colossale, pas moins de deux millions de francs (plus de 7 millions d’euros). Et c’est en Europe, et non en Amérique, qu’il tournera en 1957 « Un roi à New-York », une nouvelle dénonciation des dérives du pouvoir. (L’histoire : Une révolution populaire oblige le roi Shadov à fuir son pays, l’Estrovie. Arrivé à New York, il est vivement accueilli par la presse américaine. En compagnie de son ambassadeur et fidèle comparse Jaume, il loue une grande suite au Ritz Hôtel afin de conserver son standing. Mais il apprend vite que son Premier ministre a disparu avec la fortune du royaume. La recherche de liquidités devient alors la première de ses préoccupations, le roi Shadov ayant un rang à tenir. Alors qu’il découvre la vie nocturne et tumultueuse de la métropole américaine, il fait la connaissance d’une jeune et belle journaliste, Ann Kay, qui s’amuse et abuse de sa naïveté. Le roi est alors contraint de faire de la publicité pour gagner sa vie. C’est à ce moment qu’il choisit de prendre sous sa protection le jeune et désœuvré Rupert, un enfant d’une grande intelligence dont les parents ont été arrêtés pour propagande marxiste. Cette rencontre humaine change profondément son séjour puis sa vision de l’Amérique, puisqu’il se retrouve vite accusé lui-même de sympathies communistes.)

Un roi à New York est l’avant-dernier film de Charles Chaplin et il porte en lui toutes les caractéristiques d’une fin de règne. Cette œuvre ô combien mal-aimée est pourtant riche d’enseignements, et se révèle une source de plaisir pour les amateurs de l’immense cinéaste qui apprécient la verve satirique d’une œuvre née d’un divorce profond entre un artiste et le pays qui l’avait adopté. Chaplin  fut régulièrement la cible privilégiée de plusieurs lobbies (les politiciens, la presse, les ligues de vertu), sa vie privée fut sans cesse attaquée et décortiquée (parfois l’artiste, qui jouissait sans peine de ses privilèges et de sa grande fortune, donnait aussi la corde pour se faire pendre) et ses prises de position politiques et sociales, souvent courageuses et en avance sur leur temps,  étaient quasiment toujours vilipendées.

La vie privée de Charlie Chaplin ne fait pas moins parler que l’originalité de son talent et la ferveur de ses critiques sociales. Ses mariages, en effet, défraient la chronique : Il a 29 ans quand il épouse Mildred Harris, elle en a 17, 35 ans quand il épouse Lita Grey, 16 ans, 47 ans quand il convole avec Paulette Goddard, 25 ans, et enfin 54 ans lors de ses noces avec Oona O’Neil, de trente-sept ans sa cadette. (Charlie Chaplin a  été inquiété par la justice pour avoir entretenu des relations sexuelles avec de très jeunes filles.)

Après un dernier procès en paternité (l’analyse de sang l’avait disculpé, mais il finit condamné en appel !), et les tentatives de censure de Monsieur Verdoux par le Breen Office (branche de la Légion de la Décence), le voilà maintenant convoqué par la Commission des Activités Anti-américaines. Une conférence de presse se transforme en tribunal d’accusation politique, un député demande son expulsion au sein même de la Chambre des Représentants, la Ligue Catholique essaie d’empêcher la projection de son film, la presse locale et nationale en profite pour se déchaîner, la United Artists affiche un déficit de 1 million de dollars… Grâce au réconfort et à l’amour de sa nouvelle et jeune épouse Oona O’Neill et au soutien de ses proches, le réalisateur parvient tout de même à achever le tournage de Limelight (Les Feux de la rampe). Mais fin septembre 1952, Charles Chaplin  et sa famille quittent définitivement les Etats-Unis. Sa femme viendra plus tard discrètement récupérer leur argent et leur mobilier. Chaplin revend sa propriété hollywoodienne, s’empare des négatifs de ses films puis s’exile en Suisse où il trouvera un havre de paix.

Mais si l’on veut bien se placer d’un point de vue plus personnel, il est aisé de remarquer qu’Un roi à New York établit une relation intime entre son histoire et la vie de Charlie Chaplin. Comme lui, Shadov sera contraint à l’exil par la Commission des Activités Anti-américaines et la note amère qui conclut le film, associée au fait que nous assistons à la dernière apparition à l’écran de l’artiste, achève ainsi de nous émouvoir. Les Etats-Unis mettront une quinzaine d’années avant de rendre enfin hommage à leur fils adoptif honni (United Artists refusa de distribuer Un roi à New York qui sortit finalement 15 ans plus tard dans une version censurée) lors de la cérémonie des Oscars 1972. L’Europe, elle, lui a constamment accordé sa confiance mais Charles Chaplin ,  isolé dans son manoir de Vevey, eut toujours le regard tourné vers l’Amérique…

Cette dernière épouse, Oona O’Neil,  lui donnera huit de ses onze enfants !

En 1967, Chaplin tourne son dernier film. « La Comtesse de Hong-Kong »  dont il partage l’affiche avec Marlon Brando et Sophia Loren.

Les Etats-Unis mettront une quinzaine d’années avant de rendre enfin hommage à leur fils adoptif honni (United Artists refusa de distribuer Un roi à New York qui sortit finalement 15 ans plus tard dans une version censurée) lors de la cérémonie des Oscars en 1972. Deux ans plus tard, il est fait baronet par la reine d’Angleterre.

Il meurt le 25 décembre 1997 à Corsier-sur-Vevey.

Près de 40 ans après sa mort, Chaplin reste le plus grand mythe du cinéma mondial. La preuve, en 2012, la canne et le chapeau melon de Charlot se sont vendus aux enchères près de 90 000 euros !

Un musée Charlie Chaplin vient d’ouvrir !
C’est au cœur de la Riviera Vaudoise, en Suisse, dans le domaine de Ban, près de Vevey, où l’artiste vécut les vingt-cinq dernières années de sa vie qu’un fabuleux musée à été ouvert le 17 avril dernier.
La visite retrace d’abord, dans le manoir lui-même, la vie personnelle et familiale de Charlie Chaplin, puis, dans un nouveau bâtiment adossé aux anciens garages, la vie publique et artistique de Charlot.
Au total le musée, entre autre soutenu par le groupe suisse Nestlé, présente plus de quatre mille mètres carrés d’espaces d’exposition, exploités par la société Grévin. Et propose aussi un espace dédié aux expositions temporaires et à des réceptions.

http://www.chaplinsworld.com/

La vie au Manoir, où Chaplin vécut ses vingt-cinq dernières années, était-elle une fête sans cesse renouvelée, une interminable suite d’éclats de rire? Pas tout à fait. Dans ce havre de paix – acheté 400.000 francs de l’époque en janvier 1953 –, le roi des comiques aimait susciter l’hilarité. Mais le travail passait avant tout. «Il était workaholic», concède Charles Sistovaris, fils de Joséphine (3e enfant de Chaplin et Oona). Si bien que les journées étaient réglées comme du papier à musique: «A 9h, il lisait les journaux et déjeunait avec Oona, détaille Yves Durand, promoteur du musée Chaplin. De 10h à midi, il travaillait à la bibliothèque. Ensuite il nageait ou se promenait, puis déjeunait légèrement (tomates, yaourt et eau fraîche). Il retravaillait de 13h à 17h, ne demandant même pas un thé ! Puis il jouait au tennis ou se baladait, prenait parfois un bain de vapeur. A 18h, apéritif. Et à 18h45, tout le monde devait être à table.» Les premières années à Corsier, «il descendait à pied à la gare de Vevey acheter le journal et je le remontais en voiture», se souvient son chauffeur de 1953 à 1955, Mario Govoni. Plus tard, «c’est moi qui lui amenais le courrier et la presse», précise Luigi Tagliaferri, dit Sandro, qui conduisait le maître de 1964 à 1971.

Chaplin est enterré à quelques pas de son Manoir, à côté de son épouse Oona  et près de James Mason , un autre émigré anglais qui avait une maison donnant sur le lac Leman. (Sa période hollywoodienne le propulse au rang de vedette internationale du grand écran avec des films comme « Le prisionnier de Zenda, Pandora, Le Renard Du Déseert, Jules César, 20 000 lieues Sous les Mers, ou encore Une étoile Est Née », qui  lui vaudra sa première nomination aux Oscars.) Acteur populaire et sympathique, il participait à la vie de la région ; il prenait régulièrement la carte de supporter du Vevey-Sports ! Décédé le 27 juillet 1984, il a voulu être enterré près de son amiCharlie Chaplin au cimetière de Corsier.)

Pour les fans de Chaplin et d’autres personnalités célèbres, il y a donc beaucoup de choses à voir autour du plus grand lac d’Europe Occidentale.

Mason a vécu dans le hameau de Corseaux. Sa  maison, sans prétention, se situait près de la vieille maison de Graham Greene . (Un écrivain engagé et chrétien. Né le 2 octobre 1904 à Berkhamsted, Graham Greene eut pour père le principal de l’école où il commença sa scolarité. Etudes à Oxford et débuts dans le journalisme où il fustige mémorablement le cinéma  d’Hollywood. Il devient catholique pour épouser Vivien Daryell-Browning, puis un romancier scandaleux, décrié, puis lu dans le monde entier. Romans, pièces de théâtre, scénarios de films. Sa prose est hantée par un pessimisme terrifiant, mais auquel la foi catholique offre une échappatoire. Ses personnages sont des déracinés. Longtemps au service du Foreign Office, à Londres, il sera accusé à tort d’avoir été un espion au service de l’URSS. Ça l’amusa beaucoup. A la fin des années soixante, Graham Greene s’installe en France mais, atteint d’une leucémie, part en Suisse pour se soigner. Tous ses romans sont empreints de l’atmosphère « Greeneland » : la trahison, l’échec.)

Le dernier film de Mason était une adaptation du roman sinistre de Greene « Le Docteur Fischer de Genève » .

Mais c’est avec Lord Byron qu’a vraiment commencé  une histoire d’amour  avec le lac Léman, il a  écrit un poème, « le prisonnier de Chillon », après avoir visité le château de Chillon, un château robuste qui se trouve sur  la rive du lac.

Les poèmes de Byron étaient un peu les chansons pop de ce temps là, et ses fans britanniques affluent pour voir les sites qui ont inspiré leur idole.

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