Benoîte Grould, une grande figure du féminisme a disparu.

Morte à 96 ans en juin dernier, Benoîte Groult a incarné avec grâce et intelligence le combat pour les droits des femmes. Sa vie et ses livres illustrent la générosité et l’engagement de cette femme éprise de liberté.

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Si l’on devait résumer en un mot la longue vie de Benoîte Groult, celui de « liberté » s’imposerait sans l’ombre d’un doute. Car c’est bien une femme libre, une inlassable militante pour la liberté, qui vient de disparaître, à 96 ans, dans sa maison d’Hyères dont elle aimait tellement le climat méditerranéen et la lumière.

Elle est morte dans son sommeil comme elle l’a voulu, sans souffrir

a indiqué sa fille Blandine de Caunes, ajourant :

Il y a  le choc de la mort, mais c’est mieux ainsi car elle n’allait pas très bien.

Avec ce décès, c’est une des grandes figures du féminisme français qui disparaît. Pas une icône intellectuelle et intimidante comme Simone de Beauvoir, l’auteure du Deuxième Sexe, qu’elle admirait tant. Pas non plus une pasionaria vindicative et inquiétante. Non, une femme solaire, généreuse, qui savait trouver les mots les plus justes pour toucher ses lectrices et ses lecteurs, une femme qui nourrissait ses combats des expériences de sa propre vie et les racontait avec sincérité dans des livres qui, dès le départ, connurent le succès : en 1975, Ainsi soit-elle, est vendu à plus d’un million d’exemplaires en France et est traduit dans le monde entier ! Un an après le vote de la loi Veil sur l’avortement qu’elle a beaucoup soutenue, elle y dénonce la condition de second ordre des femmes à travers l’histoire, et y condamne, comme personne avant elle, l’excision. Elle a alors 55 ans, et déjà une sacrée vie derrière elle, fait de joies et de douleurs, de légèreté et d’engagements. La joie, c’est celle d’une gamine de la bourgeoisie intellectuelle des Années Folles née en 1920. Son père, André, est un brillant créateur de meubles. Sa mère, Nicole, sœur du couturier Paul Poiret, dessine des vêtements.

Il y a de l’insouciance dans l’adolescence de Benoîte et de Flora, sa cadette, son inséparable. Les années de guerre ne sont simples pour personne, elles sont particulièrement cruelles pour elle : ses deux premiers maris, Blaise qu’elle épouse en 1943, et Pierre en 1945, meurent quelques mois après leur mariage. Il en restera toujours une blessure. A la libération, elle entre à la Radiodiffusion française. C’est là qu’elle fait la connaissance d’un fringuant journaliste, Georges de Caunes. Coup de foudre, Noces. Mais l’amour fou est de courte durée, et, malgré la naissance de Blandine et Lison, le couple se sépare.

La rencontre qui va bouleverser sa vie a lieu en 1952, un journaliste de la radio là encore, Paul Guimard. Ils ne se quitteront plus jusqu’au décès de celui-ci en 2004, dans la maison d’Hyères, déjà. Ensemble, ils vont tout partager, la passion pour la mer, le goût de l’écriture et celui des combats politiques. Ils auront une autre fille, Constance. Benoîte soutient Guimard lorsqu’il décide de se lancer dans une carrière de romancier, il la pousse à faire de même : en 1958, elle signe son premier livre, Journal à quatre mains, coécrit avec Flora, sa sœur.

Benoite et Flora Groult

La complicité des deux sœurs Groult est telle qu’elles semblent ne pouvoir se passer l’une de l’autre, et les livres écrits à deux s’accumulent. Ce n’est qu’en 1972, à partir de La Part Des Choses, un roman, que Benoîte osera prendre seule son envol littéraire, avec notamment Ainsi soit-elle.

Cet essai marque l’aboutissement du cheminement féministe de Benoîte Groult. » Je me suis réveillée tard », dira-t-elle à ce propos. Ce n’est en effet qu’après Mai 68 qu’elle prend réellement conscience des batailles à mener pour les droits des femmes. Elle s’y lance à corps perdu, devenant dans les médias  » La féministe de service », comme elle en souriait elle-même.

Femme de gauche, proche de François Mitterrand, elle se voit confier, par celui-ci, la responsabilité d’une commission chargée de féminiser les noms de métiers : Cela ne se fera pas sans remous, mais renforce sa conviction dans le fait que rien n’est encore gagné pour ce qui est de la place des femmes dans la société.

Ces dernières années, cette inlassable militante avait choisi de s’engager pour la légalisation de l’euthanasie et du droit de mourir dans la dignité. Comme toujours, elle en avait fait le sujet d’un livre, le bouleversant  » La Touche étoile » .

Le 20 juin dernier, Benoîte Groult est morte digne et libre, comme elle a vécu.

3 choses à savoir 

  • Durant tout sa jeunesse, ses parents et ses proches préféraient l’appeler Rosie. Trouvant Benoîte trop dur pour une fillette
  • Journaliste pendant près de quarante ans, elle a toujours privilégié la presse féminine et progressiste comme Elle ou Marie-Claire, créant même en 1978 le mensuel féministe F.Magazine.
  • En 1982, elle vient jurée du prix fémina, un prix littéraire sont les membres sont des femmes, qui fut crée en 1904 pour s’opposer au Goncourt dominé par les hommes.

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