ANDRÉ COURRÈGES le grand architecte du vêtement.

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Il aurait du construire des ponts, il révolutionnera finalement nos habitudes vestimentaires. André Courrèges nous a fait don de la couleur et de la lumière, il a libéré les corps. Avec fantaisie et folie.

Au commencement, son style  était futuriste, aujourd’hui il nous semble délicieusement sixties et vintage. Au point que les jeunes filles de 2016 n’hésitent pas à emprunter ses petites robes trapèze et ses blousons vinyle à celui qui aimait dire :

« La mode est une porte ouverte sur la vie ».

A 22 ans et des rêves fous plein la tête, André Courrèges quitte Pau pour Paris. Nous sommes en 1945.

Je suis arrivé, je me suis bien habillé et j’ai descendu l’avenue Montaigne, j’ai senti une vague d’optimisme et de chaleur. J’avais pris ma décision de devenir un grand couturier.

Ainsi, il envoie valser son diplôme d’ingénieur des Ponts et Chaussées pour finalement architecturer les vêtements. Il commence par dessiner pour Jeanne Lafaurie, une maison modeste, avant de croiser le chemin de l’espagnol Cristobal Balenciaga. Surdoué, il apprend rapidement le métier, mais s’ennuie bientôt, d’autant que le maître ne le laisse pas facilement s’émanciper.

Je suis à l’abri sous un grand chêne, mais le soleil ne passe pas, poétise Courrèges avant de mettre fin à une collaboration de onze ans. Il emmène avec lui celle qui a déjà changé sa vie. Coqueline, rencontrée chez Balenciaga quand elle n’avait que 17 ans.
C’est ensemble qu’ils créent leur maison, en 1961, et on une fille, Marie, qu’ils surnomment « Clafoutis » dès la naissance. Ils rêvent d’habiller un monde meilleur, disent-ils. Courrèges peut maintenant donner vie aux folies qui peuplent son imaginaire, à cette  » poésie junénile », ainsi qu’il qualifie son style.

A l’instar de le Corbusier, qui a fait pénétrer la lumière dans les maisons qu’il concevait, j’ai voulu faire entrer la lumière dans mes vêtements. explique-t-il.

De la lumière, en 1965, Courrèges en fait jaillir comme aucun avant lui, osant un blanc immaculé de la tête aux pieds, des rouges et oranges vifs, des motifs graphiques. Il épure les lignes, les structure au carré, associe vinyle et plastiques aux étoffes nobles, imagine des imperméables ultralégers en toile de parachute…Mais surtout,  il raccourcit jusqu’à mi-cuisse les jupes de ces dames. N’en déplaise à l’irascible Mademoiselle Chanel qui crie au scandale :

Ce couturier détruit la femme, il la transforme en petite fille. Elle s’entête et répète avec hargne : Rien n’est plus laid qu’un genou ! 

Pourtant, Courrèges a su respirer l’air du temps, le goût du tailleur grisâtre se conjugue au passé et la jeunesse yéyé raffole de sa fantaisie. Françoise Hardy la première !

Françoise Hardy en robe Paco Rabanne

Qui mieux qu’elle pour arborer ses petites robes trapèze ou chasuble aux couleurs acidulées, à carreaux, à lignes ou à pois, ses bottes hautes et plates en vinyle ou ses bibis casques ?

Sheila, Sylvie Vartan, Catherine Deneuve, Brigitte Bardot ou Romy Schneider la suivent de près et bientôt toute la jeunesse de France, Claude Pompidou, plus tout à fait une jeune fille, parade à son tour à un gala officiel en robe Courrèges au-dessus du genou. Jackie Kennedy,

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alors, cède elle aussi à la tentation. Et le créateur a plus d’un tour dans son sac : Il fait du pantalon un habit du soir – ce que les femmes n’auraient jamais osé avant lui ! -, et impose des collants épais qui ne se cachent plus. Les hommes, eux, en perdent leur latin, regrettant bas, jarretelles et lingerie corsetée. Et, tandis que Coco Chanel continue de persifler, un certain Yves Saint Laurent s’émerveille :

Je m’enlisais dans l’élégance traditionnelle. Courrèges m’a stimulé .

La jeunesse s’apprête à faire pleuvoir des pavés, les Américains à marcher sur la lune et André Courrèges continue de révolutionner le look de ses clientes, toujours plus nombreuses de par le monde. Il présente des défilés d’une nouvelle ère, avec de la musique, des mannequins qui dansent. Des femmes libres. Avec Couture Future, en 1967, il propose un prêt-à-porter plus abordable, il démocratise la couture. Rien de cela ne serait possible sans Madame Courrèges !  « Coqueline est ma créativité complémentaire » confie-t-il. Au côté du créatif, aussi visionnaire qu’angoissée, elle est la gestionnaire efficace et avisée, la patronne de l’usine qu’ils créent à Pau.

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Avec les années 70, l’empire se diversifie, les licences se multiplient aux confins du monde : bijoux, lunettes, linge de maison, parfums, mode masculine, planches à voile, bicyclettes ! Trop sans doute….En 1978, excité à l’idée de se lancer dans une nouvelle aventure, la voiture électrique, le couple vend sa marque à un groupe Japonais. Courrèges assistera dès lors à un sabotage en règle de son oeuvre. Puis les temps changent, des petits prodiges font des miracles : Mugler, Montana, Alaïa, Gaultier….

Mais c’était compter sans la ténacité du couple qui, en 1993, parvient à racheter sa marque. L’espoir est de courte durée, puisqu’un an plus tard, touché par la maladie de Parkinson, André Courrèges doit se retirer. Il exercera sa créativité dans d’autres domaines, la sculpture et la peinture. Coqueline organise la suite, elle confie les rênes de la marque à deux hommes de médias qui redonnent vie à des pièces historiques du patrimoine Courrèges, que portent triomphalement des vedettes du petit écran comme Anne-Sophie Lapix, Alessandra Sublet ou Laurence Ferrari. Et c’est Coqueline encore qui, de blanc vêtue, joua en janvier dernier les maîtresses de cérémonie aux obsèques de son mari.

Le maître rejoignait l’ombre à 92 ans, lui qui avait fait de la lumière son terrain de jeu….

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Aujourd’hui c’est à un autre tandem, Sébastien Meyer et Arnaud Vaillant,   que les deux propriétaires de la marque,  créée en 1961,  ont confié la direction artistique.

S’ils ont commencé par consulter les archives, « un legs titanesque », confient-ils, ils se sont depuis affranchis pour mettre à jour un style résolument moderne. Et ayant recours aux nouvelles matières et techniques : Le collage, la fusion, l’enduction, l’inclusion, la coupe au laser, les impressions 3D…

Tout ce que Courrèges aurait lui-même adoré !

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