VICTOR LUSTIG, l’homme qui vend la Tour Eiffel et escroque Al CAPONE (3)

Cela fait belle lurette – depuis la tuile survenue au banquier Green – que Lustig continue d’escroquer à qui mieux mieux.

Il plume les nouveaux riches avec un flair insensé et un génie de l’abordage qui l’apparente à un psychologue de haut vol. Mais ne nous leurrons pas et gardons-nous de toute admiration : Le faux comte Lustig est totalement amoral. Il n’éprouve aucune compassion pour touts ces gens qu’il détruit, sans compter les suicides qu’il laisse dans son sillage. Car il n’est évidemment pas question de retracer par le menu une carrière de voyou aussi prolifique. Oui, de «voyou» : C’est le qualificatif qu’il mérite. Ni son aplomb ni son intelligence de l’exonère. Il plume son prochain avec un sang-froid innommable, quelles qu’en soit les conséquences. Lustig n’a pas de coeur. Ou plutôt, si : seulement, il ne bat que pour l’argent. Voleur de grande classe, Arsène Lupin de l’escroquerie, il mérite d’entrer au panthéon des grands truands, même si cette idée eût choqué celui qui se prenait pour un artiste. Un de ses coups les plus fumants aura pour théâtre Paris. Le Paris de l’entre-deux guerres, où il fait si bon vivre….et travailler. Enfin, chacun à sa manière! 

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Il a fait de très bonnes affaires, le cher Victor, qu’il souhaite désormais joindre l’utile à l’agréable. Il a toujours eu la nostalgie de Paris. Si les pigeons n’avaient pas été aussi nombreux en Amérique, candidats naturels à un dépouillement en règle, nul doute qu’il aurait choisi Paris pour y couler des jours heureux. Mais Victor prend la vie comme elle vient, avec une certaine philosophie. Puisqu’il y est désormais, dans cette ville fascinante, il y trouvera bien quelques gogos à plumer. 

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Hôtel Le Crillon à Paris

Il arrive au printemps de 1925 flanqué d’un secrétaire particulier – oui, vous avez bien lu – et descend au Crillon, le palace le plus huppé de la Capitale. Il loue une suite, cela va de soi. Quand on est un noble, même faux, de l’ancien empire de Habsbourg, on est tenu de mener grand train.

Le secrétaire répond au nom de M.Dante ; il s’agit en fait de Dan Collins, alias «Le Dandy». Comme son surnom l’évoque, le Dandy porte beau. Regard clair, bronzé, épaules carrées, chevelure de jais, c’est une gravure de mode. Inutile de dire que le couple étrange – l’aristocrate à la fine moustache, toujours tiré à quatre épingles, et le bellâtre – ne passent pas inaperçus. En réalité, ce fameux Dandy est un escroc ; moins professionnel que Lustig, mais un escroc de bonne facture tout de même, qui s’est rempli les poches en écumant la côte ouest des États-Unis. Il parle français sans accent, car sa mère est française. C’est un peu la raison pour laquelle Victor l’amène dans ses valises. 

Dan alias M.Dante a plumé ses propres pigeons avec des armes ma foi fort peu reluisantes, puisqu’il faisait chanter les couples illégitimes descendant dans les motels tenus par des amis à lui. Il a donné aussi dans le faux monnayage et la traite des blanches, ce qui ne le rend pas plus recommandable.  Avec cela, un rusé, ce Dan le Dandy ! Arrêté trente-six fois, il n’a jamais été condamné. Une prouesse. Il a même réussi à voler son propre avocat ! Bref, c’est flanqué de ce triste sire aux dents blanches et à l’haleine fraîche que notre cher Victor débarque au Crillon. Mais Victor, on le sait, n’a aucune morale ! L’autre s’est attaché à lui comme un mousse s’arrime au capitaine pour changer d’horizon, et la réputation de Lustig, grand escroc célèbre dans les milieux de la haute pègre, n’est pas faite pour lui déplaire. Tout au contraire : c’est aux côtés des maîtres qu’on se forge. 

Vive la dolce Vita ! À Paris, tout brille, les femmes, les tripots, les cercles, les champs de courses….mais surtout les fameux Champs-Elysée.

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C’est là en sirotant un pastis, que Lustig attend. Il attend qui ? Quoi ? Le gogo, parbleu. Il n’a pas la moindre idée du lieu où il le dénichera. Mais ce dont il est sûr, c’est qu’il viendra à lui. Il en a toujours été ainsi, et il n’y a aucune raison pour que ça change. Dan le Dandy, se montre un peu agacé. Quoi ? L’autre l’a entraîné ici à Paris, sans aucun plan ? Réflexion de besogneux. De médiocre, même. Les génies n’établissent jamais de plan préalable. Jamais. Leurs plans leur viennent naturellement, au jour le jour. 

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Tenez, là, à la terrasse de ce bistrot des Champs-Élysées, par exemple. On est au quatrième jour de «sirotage» de pastis sans qu’il ne se passe rien lorsque, soudain, Victor Lustig jette sur la table le canard qu’il vient de parcourir d’un oeil distrait ….«Regarde !» Le Dandy a beau regarder, il ne voit rien – enfin, rien qui aiguise son intérêt ! «Regarde mieux, là, en page deux !» L’autre ne voit toujours rien. «Notre pigeon a sa carte de visite dans l’article, ici, en bas de page !» Dan hausse les épaules.  

Je t’annonce solennellement, reprend Lustig, que notre buse travaille dans la récupération des métaux !

– Oui…et alors ? rétorque Dan en lui lançant un regard bovin.

– Eh bien, creuse un peut ta petite cervelle. Nous allons lui vendre la tour Eiffel!»

Dan s’étouffe avec sa gorgée de pastis. Victor serait-il devenu fou ? Vendre la tour Eiffel ? Et puis quoi encore ? Pourquoi pas Notre-Dame de Paris, tant qu’il y est ! «Lis donc !» insiste Lustig. Le Dandy, les yeux ahuris, apprend alors que la tout Eiffel est un gouffre financier : un demi-siècle après son inauguration, elle rouille et nécessite des réparations qui coûtent les yeux de la tête. L’escroc à la chevelure de jais ne comprend toujours pas. «Et alors ?» hasarde-t-il. Manifestement, Dan n’a que faire de cette information. La tour Eiffel qui rouille ? La belle affaire ….La mairie de Paris envisageait même de la démolir. Soit ! Mais jamais, au grand jamais, ils n’oseront ! La Tour est un emblème National. Elle est l’équivalent de «La Marseillaise». Et encore, changer les paroles de «La Marseillaise» ferait moins scandale que démolir la tour Eiffel. 

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«Faux ! Tu connais fort mal son histoire, essaie de le convaincre Lustig…N’oublie pas qu’elle a été construite pour l’Exposition universelle de 1889, au départ à titre temporaire. Temporaire seulement. De plus, elle a fichu en rogne pas mal de gens, et non des moindres. Zola et Alexandre Dumas la regardaient comme une horreur absolue. Des campagnes de presse virulentes ont été orchestrées contre la tour Eiffel. Je vais vendre la tour Eiffel, te dis-je, et ça ne fera aucun scandale. Si je la mets en vente, les acheteurs vont se presser au portillon. «Et je vais la vendre cher !» précise-t-il. À ce point de la discussion, il est impossible de savoir si Dan le Dandy ne songe pas que le «maître» a une case fêlée. Lustig poursuit : «Il me faut des papiers à en-tête de la Ville et de la Société d’exploitation de la tour Eiffel. J’en fais mon affaire.»

Une belle lettre à en-tête de la Société d’exploitation de la tour Eiffel atterrit bientôt sous le nez des cinq principaux récupérateurs de ferraille de la capitale. Que dit-elle, cette lettre ? Que la ville, devant l’incapacité où elle se trouve de conduire sa rénovation, a décidé de vendre la tour Eiffel, et qu’il faut, cher monsieur, si cela vous intéresse, souscrire à l’appel d’offres. Rendez-vous est donné par l’adjudicateur désigné par la Ville à l’hôtel Crillon…tel jour, telle heure. L’affaire paraît extravagante, mais ça marche ! Le jour dit, à l’heure dite, les cinq bonshommes sont devant Lustig. 

Il n’a pas fallu longtemps au psychologue hors pair pour désigner sa victime. Celle qu’il appâte avant de l’hameçonner s’appelle – ça ne s’invente pas – M.Poisson !  André Poisson. Pourquoi Lustig choisit-il celui-là ? D’abord parce qu’en réalité il l’a déjà choisi : eh oui, les quatre autres candidats ne sont là que pour donner le change. Ce sont des hommes de paille, en quelque sorte, dûment chapitrés par M.le comte. Ensuite parce que ce Poisson est un de ces nouveaux riches qui se sont faits tout seuls, à la force du poignet. Un battant qui, pour arriver là où il est, est passé sur le corps de tout ce qui s’oppose à son ascension. Il a presque atteint le sommet de l’Olympe, mais pas tout à fait encore. Il lui reste une marche à gravir pour attraper le pompom. Justement, l’Olympe, c’est la cime de la tour Eiffel….

À suivre …. 

VICTOR LUSTIG, l’homme qui vend la TOUR EIFFEL est escroque AL CAPONE. (2)

Victor Lustig, vient de rencontrer le banquier Tormut Green, auquel il s’est présenté comme le comte Victor Lustig, un réfugié venu d’Europe, à ce qu’il lui  raconte…

Résultat de recherche d'images pour "Victor lustig"Victor Lustig, parle bien, avec une classe, un don de persuasion proprement irrésistibles ! Issu d’une vieille famille qui remonterait aux croisades, il possédait terres et château dans le Tyrol lorsque soudain, patatras ! À l’annonce de la défaite autrichienne, ses paysans se sont révoltés, se sont emparés de tout, terres et château, et ont chassé les maîtres ! Une histoire à dormir debout…Quel gogo peut gober pareilles balivernes ? Mais Lustig n’est pas un conteur ordinaire. C’est un acteur. Et un acteur prodigieux, capable de faire prendre des vessies pour des lanternes. 

L’autre, le banquier,  écoute. 

Je suis un sans-abri…Je n’ai plus rien. Je voudrais refaire ma vie ici, aux États-Unis, poursuit Lustig. 

  • Soit, mais que puis-je fait pour vous ? lui demande Green, un tantinet embarrassé. 
  • Je veux acheter une ferme, lui répond Lustig.

Green regarde fixement l’individu sans lâcher un mot. Le bonhomme ressemble furieusement à quelqu’un qui dit la vérité. Un type, un émigrant qui vient aux États-Unis acheter une ferme, pourquoi pas ? 

  • J’ai un peu regardé alentour. On m’a parlé de la ferme Marsten. Vous la connaissez ? poursuit notre escroc.
  • Si je la connais ! C’est même ma banque qui en est devenue propriétaire. 
  • Est-elle chère, monsieur ? s’enquiert Lustig, un brin d’inquiétude dans la voix.
  • Chère ….non. Elle est disons, au juste prix ! 

Green a de la peine à cacher sa satisfaction. Hier encore, il s’arrachait les cheveux en pensant à cette ruine dont personne ne voulait, et voilà qu’aujourd’hui un aristocrate déplumé veut l’acquérir. Green songe que la vie ménage décidément de satanées surprises. Précisément, il n’est pas au bout de celles-ci. Voici que l’autre lui dit : «cher monsieur Green, je n’ai pas grand-chose. Juste le produit de la vente des bijoux de famille….Tenez, voici…» Et Victor de sortir de son cartable une enveloppe. Il l’ouvre. «Voici 25 000 dollars, monsieur Green…Est-ce que ça suffira ? ». Décidément, ces aristocrates sont des gogos. Pas un de ces fins de race qui ait les pieds sur terre. 25 000 dollars ? Cette ruine en vaut trois fois moins ! Mais puisque l’autre en offre 25 000, va pour 25 000 ! «C’est OK, monsieur Lustig !». 

Reste à accomplir une formalité délicate : la visite. Quand le comte va voir la ruine, il est probable qu’il prenne les jambes à son cou. Eh bien, pas du tout ! Lustig semble satisfait. «Au boulot», dit-il en serrant la main du banquier. 

  • À propos, monsieur Green, je compte sur vous pour m’apporter les papiers demain à mon hôtel, n’est-ce pas ? 
  • Bien sûr, monsieur Lustig ! 

Il sont sur le point de se séparer quand, soudain, Lustig semble hésiter. Il aurait une dernière requête à formuler. Il lâche le morceau : 

  • Voilà, monsieur Green, j’aurais besoin d’un petit capital pour commencer….Il y a, vous l’aurez remarqué, des travaux à faire. J’ai encore 25 000 dollars de bons, vous savez ! Pourriez-vous me les échanger ? 
  • Bien entendu ! lui répond Green avec un large sourire.

Marché conclu. Le lendemain, Green est dans la chambre du Lustig.

  • Voilà le titre de propriété, monsieur Lustig ! entame le banquier. Et là-dedans, j’ai vos 25 000 dollars en argent ; vous avez vos bons ? 
  • Bien sûr, reprend Lustig, les voici. 

Et il extrait d’un tiroir une enveloppe contenant une liasse de bons. «Mais avant de conclure l’affaire, trinquons, cher monsieur…. Une bonne affaire mérite un bon verre !» Un verre, puis deux, trois….Au bout du dixième verre, Green, complètement saoul, prend l’enveloppe que lui tend Lustig, lui donne les titres de propriété et les 25 000 dollars en liquide et s’en va en titubant. Au bureau, il s’effondre dans son fauteuil et examine le contenu de l’enveloppe, tout joyeux. Il manque soudain de se trouver mal : l’enveloppe ne contient que de vieux journaux au lieu de 50 000 dollars espérés. Il fonce à l’hôtel. La chambre est vide. L’oiseau s’est envolé. 


L’honorable Mr Green lance une meute de détectives à ses trousses, qui retrouvent le fameux comte Lustig dans une chambre d’hôtel de New York. Victor ne se cache pas le moins du monde.

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Comme tous les grands escrocs, il sait que rares sont les victimes qui veulent étaler leur infortune à la une : peur du scandale, du ridicule…les deux peut-être. Quoi qu’il en soit, l’animal étant coincé, on lui passe les menottes. Direction : Salina et le Kansas ! Ils sont cinq à l’escorter : quatre flics et l’avocat du banquier floué. 

Le voyage est long de New-York jusqu’au Kansas. Alors, Lustig parle tranquillement à l’avocat. Et ce faisant, il jauge sa personnalité : un type bien, droit, mais très conformiste. Un de ces bonhommes qui n’aiment ni les histoires ni les embrouilles. 

  • Ça va bouger, à Salina, n’est-ce pas, cher monsieur ? hasarde-t-il 
  • Sans aucun doute ….répond l’autre 
  • C’est pas joli, un escroc, j’en conviens. Un escroc, ça exploite les bas-fonds de l’âme humaine, reprend le « comte ».

L’avocat ne comprend pas bien où Lustig veut en venir, et il réprime une furieuse envie de hausser les épaules. Voilà que les escrocs se piquent d’être philosophes, songe-t-il ! 

  • Ah, les bas instincts de ces banquiers…poursuit énigmatiquement Lustig en lissant sa moustache. 

L’autre comprend d’un coup : Green a vendu à Lustig 25 000 dollars une ferme pourrie qui en valait 10 000 ! Pas honnête pour deux sous, le banquier! 

  • Je crains le pire pour la banque, renchérit soudain l’escroc.
  • Et pourquoi ? 
  • Se faire taper avec de vieux papiers journaux ! C’est pas bon pour un banquier ! La confiance des clients va ficher le camp ! C’est là hélas plus que probable ! 

L’avocat a compris au quart de tour. Il prend le téléphone et appelle Green. Lustig ? Monsieur Green, on a tout intérêt à le laisse filer. On étouffe l’affaire, et par-dessus le marché il promet de rembourser. Il s’y engage même par écrit. Green renâcle un peu. C’est tout de même un escroc ! Le banquier pèse le pour et le contre des heures durant. Puis il tranche : «OK…On le laisse filer !». La couleuvre est difficile à avaler, mais le scandale serait bien pire ! 

Ce qu’il ne sait pas, le bon Mr Green – et que Lustig, lui, sait -, c’est que les histoires finissent toujours pas remonter à la surface. Les rumeurs courent vite. Peut-on empêcher les rumeurs ? Sans doute pas….Et, un beau jour, cette histoire fâcheuse revient à Mr Green comme un boomerang. Les clients de la banque commencent alors à lâcher le banquier gogo. Comment garder sa confiance à une buse qui se fait croquer par un aigrefin, surtout quand cette buse est un banquier ? Lustig n’a évidemment pas remboursé les 25 000 dollars.

A suivre……

VICTOR LUSTIG, L’homme qui vend la TOUR EIFFEL et escroque AL CAPONE. (1)

1890. La petite ville d’Hostiné, de l’Empire austro-hongrois. Un bébé vient au monde dans une famille de la bonne bonne bourgeoisie locale, ou on a l’habitude de travailler hardiment et de se battre pour conquérir les positions sociales. C’est ainsi que s’est conduit papa Lustig, devenu à la force du poignet le maire de sa ville. 

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Le petit Victor grandit entre des parents aimants, et le moins qu’on puisse dire, c’est que ses principes sont bien différents de ceux de son géniteur : Victor conçoit d’emblée un mépris souverain pour le travail. Il se tourne les pouces en classe. Cependant, il compense sa paresse naturelle par une intelligence très fine et une imagination hors pair. Ses dons sont évidents : charmeur et polyglotte, il parle bientôt couramment cinq langues – le tchèque, l’allemand, l’anglais, le français et l’italien, et ne tarde pas à se lancer à la conquête de Paris. Il n’a pas encore vingt ans. Dans la ville lumière, il s’éprend de la bohème, des voyous, des joueurs et des femmes faciles. Il se frotte au milieu – d’un peu trop près, semble-t-il : il lui en coûte une balafre qui lui court de l’oeil à l’oreille gauches. C’est le prix à payer pour avoir courtisé d’un peu trop près la dulcinée d’un truand. Lustig a compris la leçon : il ne sera pas bandit, mais escroc. C’est moins dangereux, et ça rapporte tout autant. 

Il a dans sa manche deux armes fatales de l’escroc de génie – ou plutôt trois. Sa séduction et sa grande classe sont irrésistibles. Il voit aussi clair dans la tête de ses interlocuteurs que dans une boule de cristal. Enfin, il est totalement amoral. Autant dire qu’il possède tout le bagage nécessaire pour faire carrière dans le jeu. Bientôt, poker et bridge n’ont plus de secret pour lui. Il lui reste à trouver les dupes. Il les lui faut riches. Très riches. 

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Il ne tarde pas à remarquer que ce genre d’oiseau se pavane alors en cette vieille de Première Guerre Mondiale dans les cabines de première classe des palaces transatlantiques. Et hop ! Le voilà aussitôt au beau milieu d’entre eux, yeux et ouïe grands ouverts pour traquer le pigeon. En quatre ou cinq traversées, il fait son beurre, sans plus …Il n’est pas encore passé, pourrait-on dire, à la vitesse de croisière.

Il lui faut encore s’attacher un bon professeur qui sente d’où vient le vent. Justement, ce « professeur », ce maître qui l’aide à franchir un échelon dans l’Everest de l’escroquerie, « travaille » lui aussi sur les bateaux. Nicky Arnstein Résultat de recherche d'images pour "nicky arnstein" – c’est son nom -, joueur professionnel aux bras longs et aux doigts crochus, n’a pas son pareil pour jongler avec les cartes. Il gagne en trichant, et on n’y voit que du feu. La grande classe. 

Lors d’un de ces crépuscules dorés qui portent aux confidences, penchés sur le bastingage d’un somptueux paquebot, les deux nouveaux amis échangent leurs étranges expériences.

Tout est affaire de psychologie, lui dit Nicky. Le reste n’est rien…Elle seule permet de repérer le pigeon.

  • Ah oui ? commente Lustig Résultat de recherche d'images pour "victor lustig" en lissant sa fine moustache dans un geste familier 
  • Le bon pigeon ? C’est simple ! reprend Nicky. Il est riche, très riche. Dans le style nouveau riche. Ce sont ceux-là les flambeurs. Ces types-là ont déjà tout claqué, en voitures, en maisons, en femmes. C’est là une attitude naturelle quand on a été pauvre. Les vieilles fortunes sont près de leurs sous ; les récentes brûlent tout. Et surtout, elles ont besoin de se mettre en danger ; alors elles jouent ! Reste le point le plus important : le pigeon repéré, comment le ferrer ?
  • En lui proposant une partie, parbleu ! l’interrompt Lustig.
  • Arnstein lui décoche un fin sourire : « Surtout pas ! C’est la faute à ne pas commettre ! C’est au pigeon de proposer. A toi de résister…Si tu résistes, il insiste ! C’est la faiblesse du nouveau riche : il aime commander et, plus encore, il aime persuader !  » Arnstein sait de quoi il parle : il vient de soutirer 30 000 dollars à une buse de banquier en résistant deux jours à ses prières réitérées avant de craquer. Victor n’oubliera jamais la leçon de Nicky.

La guerre oblige le filou à mettre quelque temps ses activités lucratives en sourdine. Soudain, on n’entend plus parler de lui. Mais voilà qu’il pointe le bout de son nez au lendemain de la guerre, durant cette période si propice à tous les aigrefins de la terre : « Les année folles », qui, ne l’oublions pas, sont aussi les « années fric » de l’entre deux-guerres. Le temps de la prohibition et de tous les possibles. Celui des fortunes bâties sur du papier et des chutes vertigineuses, avec son lot de faillites retentissantes et de suicides qui ne le sont pas moins. Le temps des « nouveaux riches », précisément, et des gogos. Des gogos à la pelle.

Le cher Victor se sent d’emblée dans cette époque comme un poisson dans l’eau. Il faut un petit capital pour appâter la buse. Justement, l’ami Nicky, Nicky Arnstein, son « maître » sur les bateaux à vapeur, qui est cul et chemise avec les boss de la pègre de New-York, vient de faire son beurre en dépouillant les commissionnaires des banques pour 5 millions de dollars de bon échangeables. Pourquoi ne pas donner un coup de main au cher ami Victor, son pote joueur ? Avec 25 000 dollars en poche, Victor peut voguer vers son destin : l’hameçonnage d’un gogo….

Le type s’appelle Tormut Green. Il est banquier. Sa banque, l’American Savings Bank, vient de faire saisir une ferme hypothéquée et complètement délabrée dans la petite ville de Salina, dans le Kansas. 

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Une de ces mauvaises affaires dont personne ne voudrait : le bien est invendable. On n’imagine pas un fermier des environs s’intéresser à cette ruine. Et pourtant, ce matin-là, à l’été 1924, Tormut Green tomberait presque à la renverse de son fauteuil : un drôle de bonhomme, là, devant lui, lui tient d’étranges propos. Il se présente comme le comte Victor Lustig, un réfugié venu d’Europe, à ce qu’il raconte….

A suivre ….

La sentinelle du temps : L’HORLOGE

Le mot apparaît au XIVème siècle avec la chose, dont les rouages, pignons et poids font tourner les aiguilles. Des cathédrales, elle gagne les foyers bourgeois au XVIIIème.

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Dès la préhistoire, l’homme a cherché à mesurer le temps pour régler ses activités. Pendant des millénaires, il s’est contenté d’observer la course du soleil. À l’Antiquité, il conçoit des systèmes simples, tels que le Gnomom Résultat de recherche d'images pour "cadran solaire égyptien" ou le cadran solaire utilisant l’ombre portée du soleil et la division, établie par les Égyptiens, du jour et de la nuit en vingt-quatre heures. 

Du savoir au pouvoir, le pas est franchi très tôt par les villes médiévales qui affirment, au beffroi et au fronton de leur hôtel de ville ou au clocher de leur cathédrale, leur mainmise sur les horaires diurnes et nocturnes de leurs habitants. Un contrôle qui se veut aussi enseignement des beautés et mystères de la religion, grâce aux extraordinaires mécanismes d’horlogerie réglant des ballets d’automates, comme à la cathédrale de Strasbourg en 1354, à celles de Lyon et de Bourges ou encore de Besançon Résultat de recherche d'images pour "automate cathédrale de besançon " et de Beauvais, crées aux XIXè siècle. 

Pendant des siècles, seules les institutions civiles et religieuses peuvent se doter de ces merveilles et la vie des campagnes s’écoule au rythme des cloches paroissiales.


Au XVIIe siècle, les inventions géniales de Galiléependule oscillant – concrétisées par Huygens et Coster, sont à l’origine des pendules à balancier, plus précises et plus faciles à régler que les précédentes.

Les premières grandes horloges de parquet, ciselées par Boulle Résultat de recherche d'images pour "horloge de parquet de boulle" et d’autres ébénistes de renom, font leur apparition dans les palais et autres demeures aristocratiques. 

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En 1675, Huygens invente le ressort à spirale qui supprime le balancier. Une véritable révolution qui permet de fabriquer des pendules plus petites et modifie les usages. Louis XVI, passionné d’horlogerie, possède des centaines de pendules dans ses appartement et acquiert, en 1789, une monumentale horloge astronomique de plus de deux mètres de hauteur, Résultat de recherche d'images pour "pendule astronomique de louis xvi"encore plus perfectionnée que la célèbre pendule dite de la «création du monde» réalisée par Louis XV

Au XVIIIe siècle, les pendules de cheminée ou murales s’imposent dans les maisons bourgeoises, mais les campagnes restent fidèles aux horloges de parquet, dont la fameuse comtoise est l’archétype. Résultat de recherche d'images pour "pendule comtoise"Leur haute silhouette droite ou galbée, leur coffre souvent peint de motifs rustiques, leur cadran en cuivre et leur balancier visible derrière une vitre, en font les sentinelles d’un temps qui semble s’écouler moins vite qu’au cadran des cartels de la ville et de la cour. 

L’industrialisation de l’horlogerie au XIXe siècle et la nécessité croissante de contrôler le temps, à une époque où le progrès s’accélère et où l’on invente la productivité du travail, les trains, les avions et les programmes de télévision…accroissent l’exigence de précision et de miniaturisation.

 

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La montre bracelet a mis tout le monde à l’heure après 1950, le quartz et l’atome ont rendu caduques les horloges mécaniques dont on s’émerveillait encore il y a seulement un siècle. Accélération du temps et relativité des choses sont à l’ordre du jour. 

Pas de quoi en faire une pendule ! 

Jean de La Fontaine, l’auteur de près de 250 fables

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Trois siècles après leur parution, les Fables de La Fontaine continuent d’être récitées par les enfants. Malgré leur apparente puérilité, les Fables laissent deviner les idées de leur auteur, notamment son pessimisme. 

Jean de La Fontaine naît à Château-Thierry (Aisne) le 8 juillet 1621. Son père était maître des Eaux et Forêts et capitaine des Chasses.

Une jeunesse sans soucis.

Après le collège, il entre en 1641 à l’Oratoire, où il mène une vie monacale qui ne l’intéresse pas plus que le travail scolaire. Il quitte l’établissement 18 mois plus tard. En 1649, il décroche un diplôme d’avocat. En 1647, son père le marie à une jeune fille de 14 ans, Marie Héricart. En 1652, il retourne à Château-Thierry et hérite de la charge paternelle de maître des Eaux et Forêts. Ne parvenant pas à exercer cette lourde tâche, il revend la charge. 

Préciosité et Libertinage 

Quand il se rend à Paris, il fréquente les société précieuses et libertines. Sa vocation poétique s’éveille de plus en plus. Il passe de longues heures à lire, traduit l’Eunuque de Térence, compose un poème, Adonis, qu’il offre à Nicolas Fouquet. Au moment de la chute de Fouquet, La Fontaine reste son plus fidèle défenseur. Cette fidélité lui vaut la haine de Colbert, puis celle de Louis XIV lui-même. 

Ses protecteurs : 

Après Fouquet, il devient le protégé de la duchesse d’Orléans. En 1673, Mme de La Sablière le recueille et, après la mort de celle-ci en 1693, Mme d’Hervart. En 1684, il est élu à l’Académie française. Il y retrouve ses amis Boileau, Perrault et Furetière. Malade, il meurt chez ses derniers protecteurs, le couple d’Hervart

La FONTAINE a-t-il inventé la fable ?

Non, la fable est une forme littéraire très ancienne. Après avoir été longtemps oubliée, La Fontaine l’a remise au goût du jour. Avant lui, le fabuliste le plus célèbre est le Grec Ésope, mais aussi de Phèdre, du Moyen Age et du XVIe siècle. Il s’inspire aussi des légendes orientales, et notamment des récits exotiques de l’Indien Pilpay. Comme il le dit lui-même : «Mon imitation n’est point un esclavage,  / Je ne prends que l’idée, et les tours et les lois,/ Que nos maîtres suivaient eux-même autrefois…» Il essaie, en fait, de créer un genre nouveau. Son originalité réside d’abord dans la transposition de la prose en vers. Il se distingue aussi par un effort constant de la variation, afin que le lecteur ne s’ennuie pas.  Autre nouveauté : on ne trouve plus, comme chez Ésope, de sèche moralité à la fin du conte. La Fontaine s’amuse à en varier constamment à la place. Lorsqu’il arrive que celle-ci soit trop claire, il la supprime. Après lui, la fable devient une mode et influence des auteurs comme Perrault, Mme de Villedieu, ou encore Furetière. 

Une comédie animale et humaine. C’est ainsi que La Fontaine définit son recueil.

 

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Le fabuliste explique que ce sont toujours des hommes qui se cachent derrière les animaux : «Ce n’est pas aux hérons que je parle ; écoutez, humains.» Quelque 180 animaux peuplent ses fables. Parmi eux, il y a les puissants et les faibles. Les «Forts» sont souvent des carnivores (le lion, le loup, le renard, le chat…), des rapaces (le vautour, l’aigle…). Les victimes, ou «faibles», sont généralement symbolisées par l’agneau, l’âne ou la souris. Mais tous les personnages n’entrent pas forcément dans l’une de ces catégories. Les animaux utilisant la ruse peuvent parvenir à changer de classe : c’est le cas du renard ou du singe. 

L’Art d’instruire :

Les messages du premier recueil présentent une morale traditionnelle. La Fontaine signale au lecteur les dangers qui le menacent. Il lui propose de se contenter d’un bonheur simple. Il lui conseille de se méfier des autres, d’utiliser la ruse plutôt que la force brutale et, enfin, de ne compter que sur lui-même. Dans le 2ème recueil , il insiste souvent sur l’idée que l’homme est sot, avide et superficiel. Il l’accuse d’ingratitude, de cruauté et de manque de piété envers Dieu. Selon lui, il faut accepter la mort, savoir profiter de l’amitié, chercher la retraite dans la nature et respecter les autres peuples. Le fabuliste affirme aussi des idées politiques. Il défend la monarchie contre la démocratie, à condition que le peuple soit solidaire de son roi. Par ailleurs, la Fontaine est un catholique convaincu. Selon lui, seul Dieu peut guider les hommes. La sagesse passe par un équilibre entre l’âme et le corps. L’homme doit s’accepter tel qu’il est, supprimer ses désirs et ses passions. La Fontaine lui conseille de rester chez lui, de ne pas voyager ni de s’intéresser à la science. La sagesse passe par l’épicurisme : L’homme doit profiter de la vie, de façon modeste, en jouissant des biens que lui offre la nature. 

L’Art de divertir :

La Fontaine n’est pas un donneur de leçons. D’ailleurs, il sait ridiculiser les beaux discours, à l’image de celui du Pédant faisant la morale à l’Enfant qui se noie. Pour ne pas ennuyer le lecteur, il a recours au comique. La confusion qui règne entre le monde animal, humain, minéral, végétal et mythologique complique les récits. Mais elle permet surtout de jouer sur les mots et les situations. La Fontaine utilise la moquerie et la satire pour attaquer les vices. Le comique de description passe par la caricature. Celle du renard «Serrant la queue, et portant bas l’oreille» ou encore celle du Héron «au long bec emmanché d’un long cou». Les exemples de comique de geste sont également nombreux [L’Âne «se vautrant, grattant, et frottant»]. Enfin, l’auteur utilise aussi le comique de caractère pour grossir le défaut d’un personnage : La légèreté de la Cigale et l’avarice de la Fourmi, l’hypocrisie du Renard et la vanité du Corbeau. 

Son mot d’ordre : Plaire «On ne considère en France que ce qui plaît ; c’est la grande règle et pour ainsi dire la seule». Disait-il dans sa préface.  

Bien sûr, c’est la manière de dire les choses qui les rend légères ou sérieuses. La Fontaine joue sur le décalage. La fable est traditionnellement un genre qui s’adresse aux enfants. Or il est évident que La Fontaine a écrit cela pour les adultes. Les Fables de La Fontaine sont d’une richesse inépuisable. Mais elles sont également un texte difficile, pour les enfants comme pour les adultes.  Le langage de La Fontaine est en voie d’archaïsme. Il fait des allusions au langage savant. Son style est très allusif car il a souvent recours à l’ellipse. Tout cela fait que les Fables ne sont pas compréhensibles facilement. 

 

Par exemple : 

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Un loup affamé et affaibli rencontre un chien gras, beau et puissant. Le loup fait des compliments au chien qu’il admire, et celui-ci lui dit que si il veut être aussi bien soigné que lui, il n’a qu’à le suivre, et obéir à son Maître. Mais la contrepartie de ces soins est que le chien est attaché et qu’il est au service son Maître, justement. Le loup lui répond qu’il préfère être affamé mais libre, que bien nourri et asservi.

La morale de cette histoire est que la liberté n’a pas de prix. Il vaut mieux être libre mais affamé, que bien nourri mais attaché.

LE CHOCOLAT, un guérisseur universel

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Cet «aliment des dieux», découvert par les conquistadors, fait son apparition en France dans la seconde moitié du XVIIème siècle, grâce à l’épouse espagnole de Louis XIV. On le boit avec du lait et parfois des oeufs.

Originaire de l’actuel Mexique, la fève de cacao est consommée depuis plus de trois mille ans.

Pour les Olmèques, les Mayas et les Aztèques, c’est un «aliment des dieux», mais aussi une monnaie d’échange.

On ignore si Christophe Colomb a goûté à cette boisson nourrissante, amère, que les élites aztèques servent dans des tasses d’or, en fin de repas, avec les tubes à fumer le tabac. Ils l’additionnent de piment, de vanille, de fleur de magnolia …Séduits, les colons espagnols se convertissent très vite à la coutume de boire du chocolate, mais ils le préfèrent chaud et avec du sucre.

En provenance de Veracruz, les premières fèves arrivent officiellement à Séville en 1585. Cinquante ans plus tard, nul ne saurait se passer de chocolat à la cour d’Espagne. Il devient la boisson nationale, du moins pour les riches. Dès qu’un hôte passe le seuil de la porte, on lui offre une tasse de chocolat qu’il serait fort impoli de refuser… Il est mélangé avec du piment, de la poudre de rose, de la cannelle, de la vanille, des amandes, de l’ambre, du musc…Tout comme les Aztèques, les Espagnols le font mousser avant de le boire et lui ajoutent du sucre.

Il est réputé être stomachique, cordial, calmant, aphrodisiaque…Il est censé guérir la goutte, le scorbut et même, pour certains, la vérole …

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Il fait son apparition en France dans la seconde moitié du XVIIe siècle, grâce à ses vertus thérapeutiques et au mariage de Louis XIV avec une infante espagnole.

On dit que le roi réprouvant l’habitude se son épouse de boire du chocolat, Marie-Thérèse est obligée de le faire en catimini.

Quelques années plus tard, inutile de se cacher, toute l’aristocratie en consomme. Ainsi, Madame de Sévigné Résultat de recherche d'images pour "Mme de sévigné chocolat" qui écrit à sa fille : «Vous ne vous portez pas bien, le chocolat vous remettra ». 

En Italie, le chocolat se diffuse à peu près à la même époque. En 1698, des recettes du cuisinier Massialot attestent que les Français le boivent avec du lait et parfois des oeufs pour qu’il mousse mieux. Les Anglais des Antilles y ajoutent du vin de Madère. Le Marquis de Sade Résultat de recherche d'images pour "Marquis de sade" est, sans nul doute, le plus grand «chocolatomane» du XVIIIe siècle. Sa fidèle épouse est chargée de lui faire parvenir, dans les différentes prisons qu’il fréquente, du chocolat bien sur, mais aussi des pastilles vanillées au chocolat ou des biscuits de Savoie glacés, fourrés au chocolat. 

Il faut attendre 1828 et l’invention par Van Houten de la poudre de cacao pour que le chocolat devienne accessible à presque tous.

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La première tablette industrielle voit le jour à Bristol, en 1847. On doit le chocolat au lait à Daniel Peter qui a l’idée, en 1875, d’ajouter au beurre de cacao du lait en poudre inventé par Henri Nestlé, quelques années auparavant. 

Aujourd’hui, les véritables amateurs se tournent vers des entreprises artisanales qui reprennent certaines règles établies au XVIIe et XVIIIe siècles, et, surtout qui «n’oublient» pas de mettre du chocolat dans leurs tablettes ! 

La dangereuse percée de la pensée complotiste

De quoi parle-t-on quand on parle de «COMPLOT»

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Quand on cherche à nuire, il est plus facile et plus efficace de le faire en équipe et secrètement. C’est le principe du complot, nommé aussi «conspiration» (parfois, on dit que la conspiration implique plus de personnes, qu’elle est plus élaborée, mais toutes les définitions ne sont pas unanimes et, en français, les deux mots sont la plupart du temps présentés comme des synonymes, tandis que dans le monde anglo-saxon, seul le terme conspiracy a été conservé). 

On complote quand on a l’intention de nuire à une personne, un groupe de personnes, un pouvoir en place ou un pays entier, dans le but d’obtenir un avantage ou de tourner une situation en sa faveur. Pour pouvoir parler de «complot», il faut aussi que le projet soit tenu secret. Le nombre de participants peut varier, mais il faut obligatoirement plusieurs personnes pour fomenter un complot ; seul c’est impossible. Quant au méthodes, elles sont variables : on peut manipuler des situations, falsifier des documents, avoir recours à l’assassinat ou à l’enlèvement. Un complot implique souvent la manipulation et le contrôle de l’information, ne serait-ce que pour maintenir le projet secret, mais parfois aussi pour influer sur l’opinion publique. 

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On trouve dans l’histoire un certain nombre de complots célèbres, comme celui de la dépêche d’Ems. En 1870, la France redoutait la puissance prussienne. Le trône d’Espagne était vacant, et le candidat le plus probable était un prince allemand. Les Français demandèrent diplomatiquement le retrait de ce candidat, ce qu’ils obtinrent. La situation semblait donc aller vers l’apaisement, mais Bismarck, chancelier de Prusse, et quelques uns de ses sbires, déformèrent légèrement la dépêche (provenant de la ville d’Ems) qui confirmait ce retrait. Le ton, plus sec, donna aux Français une impression de provocation de la part des Prussiens. L’intérêt de Bismarck était de créer un conflit, ce qui fonctionna parfaitement : la France déclara la guerre à la Prusse, et la perdit. Cette anecdote véridique est un bel exemple de complot réussi, par simple manipulation d’un document. 

La cabale est un autre type de complot qui vise plutôt à détruire la réputation d’un individu.

On parle aussi de «machination». Dans le passé, des cabales ont par exemple été lancées contre des pièces de Molière (considérées comme offensantes par certains petits groupes) afin d’empêcher leur succès. Mais c’est peu fréquent aujourd’hui. Lors de l’affaire DSK, certains se sont empressés de parler de «cabale» ; les accusations d’agression sexuelle portées contre D.Strauss-Kahn étaient selon eux une machination destinée à le discréditer pour l’empêcher de se présenter à l’élection présidentielle de 2012. DSK l’a lui-même suggéré dans une interview télévisée, mais comme il a par ailleurs choisi d’éviter un procès en dédommageant financièrement la plaignante, il est impossible de connaître le fin mot de l’histoire. Même si nous le devinons facilement, au vu des accusations portées contre lui ensuite.

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Complot, conspiration, cabale et machination reposent sur le secret. Paradoxalement, ils sont toujours véhiculés par la rumeur. La rumeur est invérifiable, on ne connaît pas son origine (elle peut d’ailleurs en avoir plusieurs, plus ou moins simultanées), elle peut être partiellement vraie ou entièrement fausse. 

Et le méga-complot, ça existe ?


De nos jours, on entend souvent parler d’un «nouvel ordre mondial». Cette expression très vague est en général utilisée pour désigner la mise en oeuvre d’un complot planétaire.

Elle a une origine : le titre d’un livre d’H.G.WELLS publié en 1940, The New World Order, où l’auteur évoque la possibilité d’un gouvernement mondial unique et l’établissement d’une liste de droits que tous les humains devraient posséder. Plus récemment, c’est George Bush père qui dans un discours au Congrès en 1990 a parlé d’un «nouvel ordre mondial (…) une nouvelle ère, moins menacée par la terreur».  Son souhait était de décrire une inflexion dans la diplomatie américaine et les relations internationales. Pourtant, l’expression a aujourd’hui une connotation beaucoup plus large et parfois très éloignée de son origine. Selon certains, le nouvel ordre mondial existe déjà car le petit groupe qui dirige le monde en secret a atteint son objectif ; selon d’autres, cela ne saurait tarder. En tous les cas, c’est dans cette grille de lecture univoque que l’on trouve le plus haut degré d’irrationalité. 

On peut distinguer les théories du complot, c’est-à-dire le fait d’expliquer un événement que l’on ne comprend pas par d’hypothétiques complots, de l’expression au singulier, qui englobe tous les événements pour supposer qu’ils émanent d’un unique complot. On peut alors parler de «conspirationnisme», car l’existence d’un complot d’une telle ampleur n’a jamais été prouvée et paraît à l’heure actuelle parfaitement délirante. 

A quels indices repère-t-on un discours complotiste ?

Plusieurs critères nous permettent de déceler un tel discours. La caractéristique la plus flagrante est sa rapidité d’apparition. Le 7 janvier 2015, jour de l’attentat contre Charlie Hebdo, les premières thèses complotistes apparaissaient l’après-midi même. Ces thèses se propagent de façon virale sur les réseaux sociaux – tout un chacun peut en effet publier un statut Facebook, un Tweet ou un commentaire sans avoir pris le temps de la réflexion. Des followers peu consciencieux prennent ensuite la responsabilité de «partager» ce point de vue, le répercutant ainsi à l’infini. Mais comment faire confiance à une théorie échafaudée sans la moindre preuve, dans les heures qui suivent l’apparition d’un événement ? Outre la rapidité, on remarque dans l’explication complotiste une opposition systématique à la version dite «officielle». Cette opposition se fonde sur l’idée que les journalistes présentent une version préapprouvée par les comploteurs, voire fournie par eux-mêmes, pour tromper le grand public. Ce qui revient à discréditer en bloc tout discours des médias traditionnels.

Parfois, cette opposition est d’une mauvaise foi absolue. De nombreuses hypothèses de type complotiste ont circulé à propos des attentats du 11 Septembre, contestant la version des événements communément acceptée. Mais le soupçon permanent est précisément la marque des complotistes qui se croient plus lucides que les autres, refusant d’être «dupes», comme si les choses n’étaient jamais ce qu’elles semblaient être. Cette forme de scepticisme total est systématique permet clairement de repérer un discours conspirationniste. 

Le paradoxe du discours complotiste

On pourrait s’attendre à ce que les théories du complot se trahissent par leur incohérence. Or, c’est plutôt le contraire: un autre indice permettant de repérer un discours complotiste se trouve justement dans son implacable logique. 

Après l’effondrement des tours jumelles Résultat de recherche d'images pour "tours jumelles 2001" du World Trade Center en 2001, un passeport appartenant à l’un des terroristes a refait surface, intact, sur les décombres. Après l’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, la carte d’identité de l’un des suspects a été retrouvée dans une voiture utilisée par les tueurs. Dans les deux cas, la découverte de ces documents offre pour les complotistes la preuve évidente d’une machination : selon eux, elles auraient été placées là intentionnellement pour orienter l’opinion publique et faire accuser des innocents. La personne qui anime le site Conspiracy Watch, s’efforce de dénoncer les théories du complot. Elle  rappelle qu’en 2001, la fameuse découverte du passeport ne s’est pas produite exactement comme les complotistes le disent. Le passeport était bien intact, mais il n’a pas été retrouvé sur un tas de gravats après l’effondrement des tours, il a été ramassé juste avant l’effondrement, par un inspecteur de police, Yuk H.Chin. Aucun tenant de la théorie conspirationniste n’a jamais demandé à lui parler, car cela aurait contredit l’hypothèse du complot. Il aurait fallu alors prendre en compte un autre fait : de nombreux effets personnels appartenant aux passagers avaient été retrouvés intacts également.

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Pour la carte d’identité trouvée après l’attentat contre Charlie Hebdo, on a pu lire sur Facebook dès le jour du drame qu’aucun tueur ne serait bête au point de signer son crime d’une telle façon, quelqu’un avait donc forcément placé là la carte d’identité pour faire porter le chapeau au suspect. Pourtant un terroriste a aussi le droit d’être stupide et incohérent, ni plus ni moins que le commun des mortels. 

Pourquoi est-il difficile de couper le sifflet à un complotiste ?

Hormis le refus du hasard et des coïncidences, une autre caractéristique du discours conspirationniste consiste à refuser, ignorer ou feindre d’ignorer les témoignages, parfois très nombreux, que ne vont pas dans le sens de sa théorie. Si vous n’êtes pas d’accord, soit vous êtes trop naïf, soit vous faites partie du complot. Dans tous les cas, pas moyen de débattre, le conspirationniste a réponse à tout. 

Une autre constante encore permet de démasquer un discours complotiste : l’utilisation très particulière de l’argument d’autorité. Procédé classique de la rhétorique, cet argument consiste à utiliser l’avis d’un expert pour convaincre. Parfois ce recours est justifié car nos connaissances ont des limites. Mais pour les théoriciens du complot, il s’agit de donner une respectabilité à leurs thèses, une apparence de sérieux. 

Dans le cas du 11 septembre, qui a donné lieu à une abondante littérature complotiste, deux groupes d’experts sont souvent cités : Les Architects & Engineers for 9/11 Truth (Architectes et ingénieurs pour la vérité sur le 11 Septembre) et les Pilots for 9//11 Truth (Pilotes pour la vérité sur le 11 Septembre), deux associations américaines. Un documentaire Italien de Giulietto Chiesa intitulé Zéro s’appuie même sur l’opinion d’un prix Nobel.

Si les références aux architectes, ingénieurs et pilotes peuvent sembler solides et crédibles, les premiers ne sont pourtant pas des spécialistes du calcul des structures, ce groupe comprenant par ailleurs des architectes d’intérieur dont le niveau d’expertise en matière d’analyse dans le domaine concerné est égal au vôtre ou au mien. Les pilotes pour la vérité ont de leur côté essayé de décrypter les enregistrements des boites noires mis à disposition par les autorités et ont cru identifier des incohérences ; le problème est qu’ils n’ont ,«ni les compétences ni les logiciels permettant de décoder cette boîte noire» Enfin, pour le prix Nobel qui apportait sa caution à la thèse du complot, il s’agit de Dario Fo, un dramaturge ayant effectivement reçu un prix Nobel….Mais de littérature. 

Ces trois exemples nous montrent que lorsque notre degré de connaissance d’un sujet technique et complexe est nul, nous avons tendance à écouter aveuglément l’avis d’«experts» improvisés. Sans vérifier au préalable leurs compétences ou leur légitimité. 

Avec les réseaux sociaux, le complotisme a de beaux jours devant lui. Il peut désormais s’adresser au plus grand nombre, et quand on saura dans quel bain d’ignorance barbotent parfois les masses indifférentes, on est en droit de s’inquiéter. À lui seul, il est capable de ramener l’humanité vers cet obscurantisme dont elle a eu tant de mal à s’émanciper. On en sent déjà le frémissement chaque  jour de plus en plus affirmé, sans que nous soyons capables de nous y opposer. 

Est-il possible, dans ces conditions, d’éviter de tomber dans le complotisme ?  C’est difficile, mais on peut tenter de garder une certaine lucidité. Par exemple en s’informant sur le site : 

Conspiracy Watch ◄ 

Dont la spécialité est de repérer, d’examiner et de dénoncer les rumeurs conspirationnistes. 

BALSAMO CAGLIOSTRO, l’escroc des Lumières (5 et fin).

Cagliostro le sait : L’Angleterre ne lui a jamais porté bonheur. 

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Qui ne se souvient des Scott, qui l’ont jadis persécuté ? Mais il semble ne craindre rien ni personne. Il est parvenu à un tel degré de suffisance et de foi qu’il se sent au-dessus des lois comme des turpitudes qui pèsent sur le commun des mortels. Cette fatuité sera la cause de sa dégringolade. À peine a-t-il débarqué sur le sol de la perfide Albion qu’on le fouille au corps et qu’on lui dérobe un écrin farci de diamants dont les policiers anglais pensent qu’il ne peut s’agir que des diamants du fameux collier de la Reine….L’affaire fait si grand bruit qu’elle est connue de toute l’Europe. Qu’importe ! À peine installé à Londres, le voici donc qui, avec impudence, fait tapage contre les ministres du roi de France, qui le servent si mal, contre l’arbitraire, la Bastille, les lettres de cachet. 

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La France ? Il n’y reviendra qu’une fois la Bastille devenue «une promenade publique» ! Propos évidemment prémonitoires….«Vous avez tout pour être heureux, vous autres Français…Il ne vous manque q’un petit point, c’est d’être sûrs de coucher dans vos lits quand vous être irréprochables !». écrit-il. (Cité par P.Brunet, Cagliostro, op.cit., page 284)  Par-dessus le marché, il se permet de faire suivre sa diatribe d’une citation devant le Châtelet de Paris assignant le gouverneur de la Bastille, de Launay.

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À Versailles, on ne rit pas de ces pitreries, et on tend un piège au persifleur en lui faisant valoir qu’on autorise son retour en France pour le temps du procès.

Cagliostro n’est pas assez idiot pour se laisser prendre au piège, mais il se le tient pour dit : il est surveillé comme un rat par une meute de chats !  Il s’en va dire à l’ambassadeur de France qu’il ne rentrera en France qu’armé d’une autorisation signée en bonne et due forme par le roi en personne. Ce qui, on s’en doute, est impossible. 

Dans son entourage, nombreux sont ceux qui commencent à prendre peur. Serafina en tête….Mais Cagliostro n’en a cure. Il lui suffira de fonder une nouvelle loge de rite égyptien sur le sol anglais pour que, depuis toute l’Europe, on accoure pour se placer sous son aile ! On le voit Cagliostro se ment à lui-même comme il ment à tout le monde. 

Sérafina, dotée d’une perspicacité de diablesse, l’a deviné : Alexandre Cagliostro est en train de redevenir l’imposteur escroc Giuseppe Balsamo. Ce Balsamo dont il dément être le réincarnation : «JE NIE ÊTRE BALSAMO ! » hurle-t-il.

Alexandre Cagliostro a beau renier haut et fort son ancienne défroque, il n’y peut rien : il redevient Balsamo. Balsamo dont le nom, comme le rocher de Sisyphe, lui retombe sans cesse sur le visage. Partout, depuis la France, l’Angleterre, depuis les tanières de tous ses ennemis, on le murmure, puis on le crie : «OUI, CAGLIOSTRO ET JOSEPH BALSAMO NE FONT QU’UN ! OUI, LA DAME DE CAGLIOSTRO N’EST AUTRE QUE LORENZA FELICIANI, ÉPOUSÉE À ROME ET UN JOUR ENFERMÉE À SAINTE-PÉLAGIE SUR LES PLAINTES DE BALSAMO SON MARI, POUR RAISON DE SON LIBERTINAGE !». 

À partir de ce moment, les réseaux d’amitié se désagrègent autour du Grand Cophte. On commence à ne voir en lui qu’un aventurier, proxénète et escroc. Oui, Balsamo, n’en déplaise à Alexandre Dumas, rattrape Cagliostro ! Bientôt, on considère que la maçonnerie égyptienne n’est qu’une escroquerie fumeuse. Ses transmutations ? Elles ne sont que l’oeuvre d’un faussaire ! Le 30 mars 1787, au bout du rouleau, Cagliostro quitte l’Angleterre pour ne plus y revenir. 

Serefina demeure, cette fois, en Angleterre où elle est finalement arrivée pour partager le sort de son mari. C’est une première dans l’histoire des Cagliostro. Il n’a jamais supporté d’être séparé de sa femme. Que s’est-il passé? Serafina se souvient-elle soudain de son emprisonnement à Sainte-Pélagie, dont elle a tant souffert ? Pressent-elle que son mari ressemble de plus en plus à ce Joseph Balsamo, aventurier sans foi ni loi, à demi proxénète et escroc sans morale ? Alexandre veut-il éprouver Serafina – la mettre au défi de se ternir sagement ? Après tout, n’est-elle pas la moitié de l’homme le plus extraordinaire de la Terre ?  

Seulement, Serafina n’est plus la gamine de quinze printemps fascinée par son mentor. À trente-quatre ans, la femme intuitive fait la part des choses. Elle sait que la bonne étoile de son mari est en train de pâlir. Et que l’éclipse risque cette fois de durer. Elle fait le bilan de sa vie. Un bilan douloureux. Alors elle le renie. En réalité, elle renie Balsamo en Cagliostro. Les espions de l’ambassade de France se disent qu’ils tiennent le mage. Un simple petit mot. Oui, un petit mot de Serafina qui attesterait par exemple que les charges se son mari contre de Launay sont des mensonges….et le tour est joué ! 

Pourtant, la belle s’y refuse. Jouer les judas ? Très peu pour elle. Du moins pour l’instant. La voici donc qui rejoint son mari en Suisse.

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L’atmosphère commence de devenir irrespirable pour le mage. Ses hôtes le harcèlent. Ils n’attendent de lui qu’une seule et unique chose : qu’il fabrique des diamants et grossisse des pierres précieuses, voilà tout. Il s’y refuse. Pour qui le prend-on ? Alors, son hôte, vexé, lui annonce tout de go que Serafina l’a trahi. Le mage est effondré. Il se laisse aller. 

Commence pour le couple à la dérive un long périple durant lequel Serafina, petit à petit, songe qu’elle pourrait pour de bon trahir Cagliostro.

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Bientôt, ils sont à Turin, car Serafina languit de sa patrie d’origine. Choix abominable : Turin est sous la coupe de Victor-Amédée, roi de Sardaigne, qui est lié à la cour de France par le comte d’Artois. Un ordre part aussitôt. Les Cagliostro doivent fuir Turin sous peine d’y être arrêtés. Gênes, Parme, Vérone….Les Balsamo-Cagliostro évoquent de plus en plus un couple de fugitifs. Qu’ils le veuillent ou non, ils sont redevenus Giuseppe et Lorenza, les errants du temps jadis. Lorenza s’abîme dans la prière. Elle prie Dieu qu’il la débarrasse de ce Giuseppe dont elle ne veut plus et qui est son calvaire. Elle ne le respecte plus. Elle ne l’admire plus. Elle veut retourner dans sa famille, revoir les siens. Là-bas, à ROME.

À Trente Résultat de recherche d'images pour "Trente italie", Cagliostro connaît un retour de fortune : on dirait qu’il guérit des cancéreux. Hélas, ils trépassent au bout de quelques semaines. Le feu sacré semble éteint. Pourtant il persévère. Mgr Thun, l’évèque de Trente, ne s’est-il pas entiché de lui ? Ne lui conseille-t-il pas de persuader le Saint-Siège de bénir sont rite égyptien ? Et puis, Serafina ne veut-elle pas rejoindre Rome, où l’attendent les siens ? Y a t’il une raison, même minuscule, de ne pas s’y rendre ? Aucune. Le Vatican ne semble pas nourrir d’hostilité à l’égard de Cagliostro. 

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Ce que le mage oublie, c’est qu’il est seul, désormais, face au Vatican, et que le cardinal de Rohan ne lui servira pas d’intermédiaire. Il ne peut que compter sur lui-même et personne d’autre.

Le 27 mai 1789, le couple arrive à Rome.  

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Il a décidé de jouer sa vie à quitte ou double.

Il est de plus en plus seul. Ses beaux-parents, catholiques bigots, le haïssent. Pire sa lettre au papa ne rencontre que le silence. Il est blessé dans son orgueil. Il aurait voulu se réfugier à Malte, le berceau de ses origines, mais le grand maître Emmanuel de Rohan ne l’entend pas de cette oreille, car Cagliostro, désormais, sent le soufre, et Rohan ne veut pas se mettre en délicatesse avec le Vatican. Il est devenu un poison. Pour tout le monde. 

En juillet 1789, on apprend une nouvelle ahurissante : La Bastille a été prise, et on a coupé la tête à de Launay !  Pour Pie VI, il ne faut voir là que le résultat du travail de toutes ces sectes et société secrètes….Le COUPABLE est dès lors tout désigné : il s’appelle CAGLIOSTRO ! Le mage marche désormais au bord du gouffre. Il suffit de le pousser.  Et c’est SERAFINA qui s’y emploie. On a pu penser que la comtesse avait été le jouet de sa famille et de l’Église. Pas du tout. En réalité, la charmante Lorenza-Serafina, maintenant, le déteste. Elle ne lui pardonne pas leur ruine. Elle hait en lui ce Giuseppe Balsamo qu’il est redevenu. Où dont est passé le Cagliostro amoureux qui idolâtrait sa femme ? Maintenant, il la moque pour ses prières, l’injurie, lève la main sur elle. 

En septembre, le Saint-Office apprend que la comtesse de Cagliostro

 a des révélations à faire pour libérer sa conscience.

 le 27 décembre, le Grand Cophte est arrêté par la police

 du Saint-Office et incarcéré au château Saint-Ange. 

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Le château Saint-Ange à Rome 

Au XVIIIème siècle, le Saint-Office, c’est à dire l’Inquisition, fait toujours peur. On imagine à quelle vitesse les rares soutiens que Cagliostro compte encore s’envolent comme une nuée de moineaux.  Même Rohan, qui hier encore l’assurait de son appui, demeure muet comme une tombe….. Cagliostro est au secret. On l’enchaîne car on craint qu’il se suicide.  On vient de trouver dans ses papiers une prophétie : Pie VI sera le dernier pape  de l’Église. Le crime est flagrant ! Dans sa cellule putride, celui qui a été le Grand Cophte attend maintenant son jugement. À l’issue de quinze mois de tortures morales abominables, Cagliostro est enfin livré aux juges. 

De quoi l’accuse-t’on ? Il est franc-maçon, 

il a blasphémé,

 il s’est adonné à une kyrielle de pratiques magiques et sataniques.

 À cela s’ajoutent les charges imputables à Giuseppe Balsamo, c’est à dire le faux, 

l’escroquerie, des filouteries sans nombre.

 Pour l’Inquisition, il est un symbole. 

Si on condamne un Cagliostro, l’Église est assurée de faire peur à 

tous ceux qui osent la défier. 

On a pas idée aujourd’hui de l’abjection de l’Inquisition, inventée par le célèbre Torquemada au XVIème siècle.

Retenons simplement qu’il s’agit d’une machine à écraser, sans aucun débat possible entre l’accusateur et l’accusé. 

Son dossier ? Le pauvre homme qui se trouve entre ses griffes ne le voit jamais. On paie les délateurs, car toute dénonciation est la bienvenue, d’où qu’elle vienne, de quelque nature qu’elle soit. Enfin, cerise sur le gâteau, l’accusé doit se charger lui-même s’il veut espérer la clémence des juges. 

La torture fait évidemment partie du tableau. Pour Cagliostro Résultat de recherche d'images pour "cagliostro mort", ce seront onze mois de procès. L’accusé, arrivé encore pimpant est sûr de lui, peu à peu se désagrège. Sous le feu d’interrogatoires plus pervers les uns que les autres, il prend peu à peu conscience qu’il est fini, que ces gens-là ont juré sa perte et….que Serafina elle-même, sa compagne, son double, l’a irrémédiablement trahi.  Cuisinée, la charmante petite comtesse confie à des prêtres experts en diableries tout ce qu’ils désirent. Absolument tout. Voulant sauver sa peau – autant que son âme -, confite de haine, Serafina accuse son mari du pire, c’est-à-dire de commercer avec Satan. 

Épuisé, le corps comme l’esprit brisés, Joseph Balsamo alias Cagliostro confesse ses crimes, puisque, ainsi que ses avocats le lui représentent, c’est la seule façon d’attendrir le tribunal. La sentence est prononcée en présence de Pie VI, le 7 avril 1791. 

Cagliostro, agenouillé, la tête recouverte d’un voile noir, entend le déroulé de ses crimes. Normalement, l’Église, qui ne tache pas ses mains pures du sang des condamnés, livre leurs corps au bras séculier, autrement dit à la justice laïque, qui seule se charge de l’exécution des sentences. Cette fois, par commisération, l’Église na pas voulu que le sang soit  versé. Elle commune la peine de mort prononcée contre Cagliostro en prison perpétuelle. 

Pour que cette grâce lui soit accordée, encore a-t-il fallu que le condamné abjure publiquement et solennellement ses crimes. Il acceptera cette épreuve odieuse pour sauver sa vie. Vêtu de blanc, cierge à la main, il ira depuis sa prison jusqu’au parvis de Sainte-Marie-de-la-Minerve, face à l’obélisque égyptien. 

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Un obélisque égyptien…. Tout un symbole pour celui qui,  jadis, s’appelait «Le Grand Cophte». 

Il est enfin transféré à la forteresse de San Leo Image associée pour y purger sa peine. Il y parviendra à dos de mulet le 20 avril 1791. Il y restera jusqu’à la fin de ses jours dans le silence. Le silence de la mort. La cellule est abjecte. La nourriture infâme. Seul le vin lui est servi à profusion ; il en ingurgite quatre litres par jour. Comme il s’agite et injurie ses gardiens, on finit par le jeter dans un puits. S’ensuivront des mois affreux, des mois d’agonie lente, sous les coups et le plus souvent l’entrave des chaînes. 

Il pleure Serafina Résultat de recherche d'images pour "Sérafina cagliostro", que, dans son délire, il croit emprisonnée elle aussi, comme jadis à la Bastille. Enfin, au bout de cinq années de ce régime épouvantable, la mort le libère.

C’était un 26 août 1795. 

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BALSAMO CAGLIOSTRO, l’escroc des Lumières (4)

Voyons quelle histoire à joué Cagliostro dans l’affaire du collier de la Reine. 

En 1785, le mage quitte Strasbourg de façon semble-t-il précipitée. Pourquoi abandonner cette ville, la seule qui l’ait reconnu ? C’est que le grand Cophte est inquiet. Son ambition augmente au fur et à mesure qu’il vieillit. Lui reste-t-il encore le temps de parvenir à cette gloire dont le désir le brûle telle une tunique de Nessus ? En février de cette année-là, un convent extraordinaire de la maçonnerie doit se réunir à Paris, et Cagliostro veut absolument qu’on y proclame la supériorité de son rite égyptien. 

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Les divers courants vont s’y chamailler, et Cagliostro rêve d’imposer alors «SA» maçonnerie. Que lui restera-t-il alors à accomplir ? À faire bénir la maçonnerie de rite égyptien par le pape. Il n’est pas interdit de rêver. Oui, réconcilier l’Église et la maçonnerie, le voilà, le grand dessein ! 

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C’est alors qu’il emménage rue Saint-Claude, à Paris, où il installe au premier étage une loge égyptienne. Son train de vie est de plus en plus somptueux. Il vit à l’égal des grands princes. Ses dépenses avoisinent les 100 000 livres par an – c’est trois fois son train de vie strasbourgeois.  

D’où sort-il cet argent ? Des poches du cardinal de Rohan, son protecteur ? C’est peu probable : La fameuse comtesse de La Motte-Valois soutire déjà des fortunes au prélat. Justement, Rohan parle à Cagliostro d’un collier magnifique, oeuvre de deux grands Joailliers. 

L’idée saugrenue de la comtesse de La Motte serait qu’il achète, lui, Rohan, pour l’offrir à Marie-Antoinette…..Que répond Cagliostro ? On l’ignore. Certains affirment qu’il dissuade le cardinal de faire cet achat. D’autre au contraire qu’il l’y encourage. Quoi qu’il en soit, le collier est livré par les joailliers. Image associée Mais hélas, il tombe entre les doigts crochus de la comtesse de La Motte et de ses complices. 

Pendant ce temps, Cagliostro, au fond peu intéressé par l’histoire du collier, progresse dans son délire.

Il jette des pions sur le chemin qui doit le conduire au sommet de la maçonnerie universelle. Et soudain, patatras ! Il suffit d’une lettre à tous ses frères où Cagliostro ne parle pas autrement que Jésus des Évangiles pour tout ficher par terre : le mage est bel et bien un mégalomane. Les francs-maçons qui l’ont adulé désormais le haïssent. Rien de tel pour exalter encore la suffisance de Cagliostro, qui fait de la rue Saint-Claude le Vatican de la nécromancie européenne. 

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À ses dîners de nabab, trois ou quatre fois par semaine, on voit à la place d’honneur Son Éminence de Rohan, flanqué de cette Jeanne de La Motte que le maître de céans tolère plus qu’il ne l’apprécie. L’appui de Rohan lui est plus que jamais nécessaire pour arracher à Rome la reconnaissance de sa maçonnerie. Alors, il ferme les yeux sur la présence de Mme de La Motte, cette gourgandine. 

À cette époque, il semble que Cagliostro se fasse moins guérisseur. la toute-puissante faculté de Paris ne vient-elle pas d’obtenir la disgrâce et l’exil de son concurrent, le fameux Mesmer, Résultat de recherche d'images pour "mesmer magnétisme animal"l’inventeur du «magnétisme animal» ? Mais le comte est tout à son ambition : régner sur vingt et un millions de maçons d’une maçonnerie reconnue comme la «fille aînée de l’Église». Devenir ainsi immortel. Le mage déraisonne. Pourtant, on ne parle que de lui dans les salons. On s’arrache une foule d’objets gravés à son effigie. bref, il fait fureur. Il est devenu la coqueluche du tout-Paris pré-révolutionnaire. De séances divinatoires en charlatanismes de haute-volée, le mage a conquis Paris !.

Pendant ce temps, alors que ses complices essaient d’écouler les diamants du fameux collier à Londres, Jeanne de La Motte coule des jours heureux en songeant que, si l’affaire tourne mal, elle pourra toujours «mouiller» l’alchimiste fabricant de diamants en série….Il fera un parfait bouc émissaire! Cagliostro, dans sa fatuité, ne devinera pas – LUI LE GRAND DEVIN – ce qui se trame, tout occupé qu’il est à ouvrir la première loge féminine, la loge Isis, présidée par l’incontournable Serafina, qui agglomère autour d’elle les noms les plus prestigieux de la cour de France. 

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Le 15 août 1785, on arrête Rohan en pleine galerie des Glaces, à Versailles. La monarchie est ébranlée. La rumeur aussitôt se met à circuler : le mage tremperait dans ce scandale dont le roi et surtout la reine ne se relèveront pas. L’escroquerie du siècle ne serait que la face émergée d’un complot maçonnique visant à détruire la monarchie de droit divin. Il faut bien convenir que tous les acteurs de l’affaire du collier sont plus ou moins liés à la maçonnerie – y compris Jeanne de Valois et davantage encore son complice de frère, Jacques, qui est un protégé du duc de Penthièvre, lui-même beau-père du grand maître de la maçonnerie française, le duc de Chartres. Ce dernier, devenu Philippe Égalité et révolutionnaire, contribuera à faire couper le cou à son cousin Louis XVI ! 

Cagliostro, qui tient le cardinal comme le marionnettiste tient son pantin, ne peut qu’avoir trempé dans le complot ! Qu’importe si tout cela est cousu de fil blanc, si Cagliostro n’arrive en fait à Paris qu’une fois le bijou déjà acheté…Sans doute n’est-il pas besoin d’être présent pour tirer les ficelles d’un complot ? 

Le 15 août, le cardinal a été arrêté. Le 23 août, c’est au tour du grand Cophte. L’arrestation s’opère sans ménagements et s’assortit de la confiscation de ses poudres, onguents et élixirs. 

Résultat de recherche d'images pour "Cagliostro en prison"Direction la Bastille, où Cagliostro est incarcéré dans une geôle qui porte le nom de «la Calotte»  – c’est l’une des plus rudes, on y cuit l’été pour y geler l’hiver. Jeanne De La Motte dort deux étages plus bas. Ce que le mage ignore encore, c’est que Serafina va les rejoindre. Il est au désespoir. De crainte qu’il ne veuille en finir, on le dépouille de tous les objets un peu pointus dont il pourrait faire usage. Mais c’est mal connaître Cagliostro et son incroyable capacité de rebondir que d’imaginer qu’on puisse ainsi le neutraliser….. 

D’abord, il témoigne de si habile façon que Serafina sort de la Bastille pour ne plus être inquiétée. Ensuite, il est bien décidé à se défendre pied à pied. C’est ce qu’il fait durant neuf mois, entre août 1785, date de son arrestation, et mai 1786, date de l’ouverture du procès.

Pendant ce temps et sans qu’il le sache, Jeanne de La Motte le désigne comme le «faux prophète», le «bas alchimiste» et le deus ex machina du complot. L’aventurière a-t-elle le choix ? Probablement pas, car il est pour elle hors de question de charger Rohan, trop puissant. Dénoncer un étranger qui sent le souffre devient son seul recours.

Maître Doillot, l’avocat de la belle, n’y va pas de main morte….Écoutons-le plutôt : 

Dépositaire de la part de M.de Rohan du splendide collier, Cagliostro l’a dépecé pour en grossir le trésor occulte d’une fortune inouïe…. Oui, c’est lui le coupable. C’est lui qui a fait vendre le bijou à Londres ! Que peut-on attendre de celui qui, pour dire son âge, prétend qu’il a assisté aux noces de Cana ? Sa fortune ? Mais elle est le fruit de son escroquerie, bien sûr ! La comtesse de La Motte comme le cardinal sont les victimes de sortilèges de Cagliostro. Ils ont été ensorcelés.

Cagliostro n’est nullement prêt à se laisser faire. il se défend avec hauteur et habileté, préférant s’appuyer sur l’évidence : était-il à Paris au moment de la négociation avec les Joailliers ? Non, il était à Bordeaux ! La confrontation entre les deux protagonistes est sanglante. Jeanne l’accuse d’ignominies – en particulier d’avoir abusé d’elle ! Indigné, le mage la traîne dans la boue, tant et si bien que l’exaltée s’empare d’un chandelier et tente de l’assommer. La confrontation s’achève en pugilat. Comme son amant Rétaux de Villette a fini par avouer, la comtesse de La Motte se retrouve empêtrée dans ses délires, d’autant que ledit Rétaux, aux abois, lave Cagliostro de tout soupçon. 

On connaît l’issue de l’affaire : le parlement de Paris disculpe Cagliostro comme son ami le cardinal. Le voici acquitté et triomphant. Les portes de la Bastille s’ouvrent devant lui. Le peuple de Paris en liesse l’acclame. On craint même une émeute tant sa popularité est grande. Hélas, le roi, vexé de la décision du Parlement, intime bientôt à Rohan l’ordre de se démettre de ses charges, ce qu’il fait sur-le-champ. Brave-t-on un ordre du roi ? Quant à Cagliostro, le voici «relégué», dans l’obligation de quitter le royaume sans tergiverser. Derrière l’ordre du roi, on devine la volonté de la reine – la principale responsable, hélas, de ce tragique vaudeville. Elle exècre Rohan, mais elle méprise tout autant Cagliostro. Vaincu le Grand Cophte fait ses malles. Serafina, qui n’est pas exilée, l’accompagne jusqu’à Boulogne, où il embarque pour l’Angleterre.

À Suivre….

BALSAMO CAGLIOSTRO, l’escroc des Lumières (3)

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Cagliostro est à présent en Pologne. 

Malédiction pour Cagliostro : partout où il passe, le bon peuple attend qu’il le fasse rêver, et les Polonais, à leur tour, sont déçus que le grand Cophte ne se montre pas enclin à changer le plomb en or plutôt qu’à guérir les fripouilles dont le sort leur importe peu. Tous ces nobles l’attendent au tournant : sait-il oui ou non, grossir les perles et accroître les fortunes ? Comme il renâcle à fabriquer or, diamants et pierreries, les admirateurs de la veille le lâchent le lendemain et crient à l’imposture. Bientôt, il n’aura plus d’autre solution que de quitter cette Pologne incrédule. 

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Strasbourg 

Pourquoi choisit-il alors Strasbourg comme port d’attache ? C’est que cette ville au carrefour des civilisations européennes est alors dirigée par un prince-évêque étrange :  Louis René de Rohan Résultat de recherche d'images pour "louis rené de rohan" en féru d’ésotérisme. Il a été ambassadeur à Vienne, s’imagine volontiers qu’il pourrait devenir un autre Mazarin à la cour de France. 

Il y a hélas loin de la coupe aux lèvres ….En effet, la jeune reine Marie-AntoinetteImage associée, pas plus que sa mère, Marie-Thérèse d’Autriche Résultat de recherche d'images pour "marie thérèse d'autriche", ne peut le souffrir. Et elle souffre le froid à l’oreille de son mari, Louis XVI, au sujet du cardinal. 

Pour le brave cardinal, l’avenir soudain s’assombrit. D’autant qu’il manque toujours d’argent. Il a beau être riche comme Crésus, le grand train de sa maison et ses folles dépenses aplatissent sa bourse sans qu’elle trouve jamais le temps de se remplir. 

Pour Cagliostro, Strasbourg présente un double avantage : la maçonnerie ésotérique y est florissante, comme elle l’est en Allemagne, et l’amitié du prince-évêque l’aide à faire taire l’Église, qui l’accuse volontiers de pactiser avec le diable.

Très vite, le renom de Cagliostro Résultat de recherche d'images pour "cagliostro en 1781" grandit dans la cité. Sa suffisance, sa morgue, sa soif d’honneurs exaspèrent ceux qui exigent vérité et modestie. Le mage n’en a cure et continue, imperturbable, de soigner et de guérir les souffrances humaines. Son succès lui vaut de l’argent. Beaucoup d’argent. Le couple vit sur un grand pied : Alexandre et Serafina s’installent à la place d’armes, dans une demeure aristocratique où tout n’est que luxe – lit de plumes, meubles en bois de rose, lustres de cristal (P.Brunet.Cagliostro, op, cit, page 103) – laquais en livrée et emperruqués. 

D’où vient tout cet argent ? De l’or et des diamants que le comte fabrique comme il respire ?  Des parties de jambes en l’air de la toujours ravissante Serafina ? Résultat de recherche d'images pour "serafina cagliostro" De la fortune volée à un prince d’Asie ? Ou bien encore de l’amitié sonnante et trébuchante du cardinal de Rohan ? Mystère. Cagliostro connaît les méfaits de la rumeur quand on la laisse courir….Mais il se tait. 

Très vite, le cardinal-prince le reçoit en son palais de Saverne avec tous les honneurs dus à son rang. Cagliostro lui souffle à l’oreille : «Votre âme est digne de la mienne et vous méritez d’être le confident de tous mes secrets» (Ibidem, page 105). Rien ne peut flatter davantage le cardinal à la perruque poudrée….Oui, Rohan est séduit. Le prélat sémillant est plus avide de prodiges que d’initiation aux grands mystères. Qu’importe ……

 

L’amitié de Rohan vaut à Cagliostro un prestige inouï, et l’année 1781 marque son zénith.

Tout le monde alors veut se montrer en sa compagnie, chacun veut se mettre à l’ombre de sa gloire. Toutes les personnalités que comptent Strasbourg et l’Europe prient le mage de leur faire l’aumône de quelques mots, de les honorer d’un regard. À se presser dans le sillage du comte, les femmes ne sont pas les dernières, à l’instar de cette Mme Sarazin, épouse d’un banquier rongée de mélancolie qu’il guérit par des remèdes mystérieux.  On révère le couple comme d’authentiques dieu et déesse. À leur côté, on a le sentiment de boire la coupe de l’immortalité. 

ce n’est guère, on s’en doute, du goût de la toute-puissante faculté de médecine. Les officiels sont jaloux des succès de Cagliostro et sonnent l’hallali. Sa médecine, que l’on qualifierait aujourd’hui d’«orientale», apparaît comme le fruit d’un pacte avec le diable. Ses ennemis l’attendent au tournant, dans l’espoir de le coincer. Au moindre échec du mage – un décès, une rechute…-, ils pavoisent. 

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Cagliostro, impavide, les tient pour une docte assemblée d’imbéciles et le clame. Son orgueil lui joue parfois de vilains tours. L’appui du cardinal fait penser qu’il est intouchable. Ne vient-il pas de guérir un malade particulièrement cher à Son Éminence, son propre cousin, Charles de Rohan, Résultat de recherche d'images pour "charles de rohan" prince de Soubise, qui se mourait de la gangrène ? 

À l’été 1781, devant l’assistance ébahie du château de Rohan à Saverne, Alexandre Cagliostro consulte un flacon d’eau lustrale et déclare voir la naissance d’un dauphin de France. 

Quelques semaine plus tard, Marie-Antoinette Résultat de recherche d'images pour "Marie antoinette"accouche d’un fils….Bien sûr, le mage n’avait qu’une chance sur deux de ne pas se tromper. Mais tout ce beau monde est éberlué. 

Vient d’apparaître à Strasbourg une jeune créature que la comtesse de Boulainvilliers présente au Cardinal de Rohan et qui jouera un rôle désastreux à la fois dans l’histoire de France et dans celle de Cagliostro. elle s’appelle Jeanne de Valois Résultat de recherche d'images pour "jeanne de valois" et descend des amours d’Henri II par la jambe gauche. Résultat de recherche d'images pour "henri ii" Le naïf prélat pense aussitôt redorer son blason à la cour de France en présentant à Versailles une descendante des Valois. 

À suivre ……